‹ Grammaire des langues romanesChapitre 8 sur 141 · Nos et vos, lorsqu'ils servent à désigner une classe de · texte numérisé non relu

Nos et vos, lorsqu'ils servent à désigner une classe de

l. Tobler a montré comment le pronom féminin est généralement employé dans le sens d'un neutre {Jahrbuch Mil, 338 et dans ses Miltheilungen I, 270, aussi dans le Dis dou vrai aniel p. 22) par les exemples suivants : il en ra une doné tel ; H a tele donnée (pr. a'n donat a Jaufre tal.. . û7 tal colp donat LRom. I, 153); puis ja altre n'en ferons; ceste m'a il baslie; ital. di sorta glien' ho data una. On est sans doute convenu d'expliquer d'autres cas par la chute d'un substantif, ce qui est possible pour l'it. in quella (se. ora), mais non pas pour m questa Petr. Canz. 17, à moins qu'on ne veuille suppléer dans ce passage meditazione.

Du reste cet emploi de pronoms féminins dont il vient d'être ici question rappelle un procédé analogue qui se présente pour divers adjectifs dont les féminins ont pris la valeur de substantifs indépendants et dont le sens répond à des neutres latins, féminins à côté desquels subsiste encore çà et là une forme masculine, c'est-à-dire neutre. Exemples : ital. esp. prov. alba, franc, aube (proprement la blancheur du ciel); ital. chiara, esp. prov. clara, franc, glaire; it. grossa, esp. gruesa quelque chose d'épais, un tas ; esp. larga distance ; it. lunga longueur; ital. nuova, esp. nueva, prov. pi. novas nouveauté; it. piana, \)vov. plana, franc, plaine, esp. llana un outil plat; ital. piena surabondance ; v.franç. pure la vérité pure; ital. secca bas-fond, esp. seca banc de sable; ital. stretta étroitesse; v.franç. voire, esp. pi. veras ce qui est vrai, vérité.

44 PfiOPOSlTION SIMPLE.

personnes, s'unissent généralement à alteri. Ainsi ital. noi altre donne pensiamo cosî ; pr. anc vos autres non demandetz venjansa Choix IV, 136 ; aussi franc, nous autres, vous autres. En espagnol nosotros, vosotros ont tout-à-fait pris la place de nos, vos (tome II, p. 82); ces derniers ne sont plus employés qu'en parlant d'une seule personne : dans le style de chancellerie on les applique à un groupe d'individus (nos los Inquisidores). Cette règle n'a pas pénétré en portugais, mais on fait dans cette langue un usage très-libéral des combinaisons nosoutros, vosoutros.

2, Quant au pronom de la troisième personne, quelques langues ont établi dans la manière de l'employer une distinction fine, suivant qu'il se rapporte à des personnes ou à des choses. 1) L'italien possède pour cette personne deux mots, egli et esso. Le masc. egli, plur. eglino, au nominatif au moins, ne se rapporte qu'à des personnes; ella, lui, lei, loro aussi représentent plus volontiers des personnes. Mais esso s'emploie indifféremment pour des personnes et des choses et tient lieu volontiers des autres pronoms, en vertu du principe d'euphonie, comme dans lui con essa au lieu de lui con lei, — 2) En français, le nominatif et l'accusatif du pronom de la troisième personne {il, lui, ils, euœ\ elle, elles) seuls s'appliquent aussi bien à des choses ; les formes accompagnées de prépositions {de lui, à lui, d'eux, à eux ; d'elle, à elle, d'elles, à elles ; contre lui, avec elle) ne renvoient qu'à des personnes ou à des objets personnifiés; en renvoyant à des objets on emploie en et y (plus bas § 6) : pour des êtres qui ne connaissent pas la distinction des sexes des adverbes sont assez bons. Cette distinction rigoureuse des objets personnels et impersonnels, qu'ignorent d'autres dialectes, tels que l'espagnol et le portugais, n'a pas non plus toujours existé en français. Dans la plus ancienne période de la langue cette règle n'était pas encore établie ; on trouve par ex. li hom est en lei neiz [en la cite) SB. 532" ; vos conformeiz a lui (se. exemple) 535 *! ; et même chez des écrivains d'une époque plus récente, par exemple chez Molière, on trouve et on blâme des infractions contre la règle telles que par elles {les actions), pour lui {l'intérêt). Cependant on tolère l'application du datif lui et leur à des animaux et à des plantes, et Ton dit ainsi coupez-lui les ailes {à l'oiseau)] il faut leur donner de l'eau {aux plantes).

3. En français le remplacement du nominatif par l'accusatif est devenu une règle. En effet, partout où le pronom ne se

borne pas simplement à indiquer la personne du verbe, mais se présente avec une valeur indépendante comme sujet et réclame aussi en conséquence l'accent, les nominatifs je, tu, il, ils, que l'usage a ravalés presque au rang de simples mots formels, ne suflSsent plus, et leur place est prise par les accusatifs moi, toi, lui, eux ; ce changement ne pouvait atteindre elle, nous, vous, elles, car ces pronoms ont la même forme à Taccusatif. Cependant ces formes expressives ne sont pas immédiatement préposées au verbe, au contraire celui-ci reste accompagné des nominatifs faibles, on dit : moi je dis et non moi dis. Autres exemples : moi je n'en sais rien ; lui il s'en alla ; ils sont venus nous voir eux et leurs amis ; lui qui me l'a donné ; qui a fait cela ? moi ; il est plus riche que moi ; je ferai comme toi ; c'est toi ; toi seul. Cet accusatif se trouve aussi en anglais et en danois dans les formules it is me, it is him, it is her, det er mig. Le réfléchi soi se présente aussi comme sujet, mais non pas d'une manière indépendante : il est toujours réuni à même : il faut conduire ses affaires soi-même] angl. he told me himself. Si l'on se reporte à l'usage ancien on ne tarde pas à se convaincre que les formes du nominatif étaient loin d'avoir cédé à celles de l'accusatif dans la proportion admise aujourd'hui. On lit par ex. dans les Serments : si salvarai eo; quid IL mi altresi fazet ; ne lo ne neuls ; ce qu'on traduirait aujourd'hui par : ainsi sauverai-je moi ; que lui à moi pareillement fasse ; ni moi ni nul. Dans des textes postérieurs : je qui le ains (moi qui l'aime); je et vous ; je par 7na foi ; il et sa lignée ; il ou ma femme ; il seuls, il mismes ; je Jehan Froissart ; encore chez Marot je qui suis ; je de ma part. Toutefois il était aussi d'usage alors de mettre l'accusatif dans le cas où le pronom n'était pas directement uni au verbe, par ex. mei e ceste femme LRs.\ je ne vous fauldray mie, ne moi, ce dit Guichart QFA. 435; moi et mon frère Oarins nos irons la Gar. I, 68. Cela était surtout usité après les particules de comparaison comme et que. Les traces de ce procédé sont si rares en provençal qu'on peut à peine le regarder comme indigène. On lit dans le Choix III, 60 : mo7î escudier e me aveyn cor, où le substantif aussi est à l'accusatif. La grammaire italienne ne l'admet pas non plus et cependant on trouve assez souvent chez des écrivains anciens et modernes lui, lei, loro pour egli, ella, eglino et elleno (voy. surtout Blanc 226 ss.). En outre on s'est habitué à assigner la forme de l'accusatif au pronom dépendant du^rbe esse : io non sono

te ; s'io fossi lui ; aussi che fosse creduto lui Dec. 3, 7 ; de même après come : egli è corne me stesso ; io sono padre corne te ; sei donna come lei ^ Le grec moderne applique aussi dans ce cas l'accusatif, par ex. aÙToç sTvai i^s^aXo? aàv (grec anc. waav) àdéva (il est aussi grand que toi). Dans les Serm. de S. Bernard p. 523"^ on lit il serait si cum deu (pour deus). Les langues du sud-ouest ne savent rien de ce procédé ^,

4. Pronom personnel conjonctif. — Pour les deux cas obliques, l'accusatif et le datif, des deux nombres du pronom personnel, le roman possède deux formes, l'une absolue et l'autre conjonctive (t. II, p. 76). La première trouve son application lorsqu'il s'agit de faire ressortir l'idée pronominale, aussi l'accent lui revient-il toujours, la seconde s'emploie lorsque l'accent du verbe prédomine ; lorsque le pronom se trouve sous la dépendance de prépositions la première forme est la seule applicable. La forme absolue suit donc le verbe comme tous les autres régimes selon la construction ordinaire, la forme conjonctive accompagne le verbe qu'elle suit et avec lequel elle s'agglutine souvent, voy. pour plus de détails à la quatrième section. Ital. ho detto a LUI ed a lei et gli ho detto ; vedo voi et vedoi^z ; date a LORO et date loro (pour cette dernière expression on a aussi en v.it. dategli). Esp. parece d mi et PARECEme; digo d vosotros et os digo ; via d tI et te viô. Fr. je ne loue que lui et je le loue; il conseilla à elles et il leur conseilla. Val. el au zis MIE et el mi au zis^ Le neutre ne se distingue du masculin qu'en espagnol et en provençal : él le quiere, él lo quie^^e ; sel lo quier, sel o quier ; dans les deux cas l'it. dit egli lo vuole et le fr. il le veut^. Les avantages syntactiques de cette méthode sont évidents : les mots atones se condensent en formes plus courtes, mais cependant distinctes, et se subordonnent à l'accent de la partie du discours dont ils dépendent. La chute de la particule

1. On ne peut sans doute plus contester que Pétrarque Son. 93 ait écrit cià che non è lei (d'après d'autres cià ché non c in lei), voy. Blanc 267. Cette leçon a été acceptée aussi par Marsand.

2. Du moins les expressions dont se sont servis D. Diniz : o coraçon pode mays ca mi p. 101, ou Gamoens, dans une de ses chansons, porque sois maior que mim, semblent être des gallicismes.

3. «Le pronom personnel conjonctif» remarque à ce propos un savant roumain « est toujours appliqué, même à côté de la forme absolue, de là el mi-a zis et el mi-a zis mie ; eu l'am vezut et eu l'am vezut pre el ».

4. Rarement, dans Jaufre par ex., le prov. lo est aussi employé pour so = ital. cià : quant la veg, lom dobla mai mon mal B. Chr. prov. 250, 4. Voy. Paul Meyer Derniers troub. p. 64.

ad introduite pour Texpression du datif rapproche la nouvelle méthode de celle de l'ancienne langue. Il faut encore observer : 1) Les pronoms conjonctifs ne s'appliquent que pour rendre l'accusatif et le datif. Le verhe substantif lui-même doit se prêter à être accompagné de Taccusatif au lieu du nominatif : ital. io lo sono, io la sono (qui ne se trouve pas chez les bons écrivains); esp. yo le soy, yo la soy, yo Io soy, ellas las son ; fr. je le suis, je la suis (voy. plus bas chap. 4, § 2). Et ce qui prouve qu'on n'a pas à faire ici à des formes du nominatif dérivées de ille illa illud, mais bien à de véritables accusatifs, c'est en espagnol la forme le qui, usitée à l'origine pour le datif seulement, a fini par s'employer aussi pour l'accusatif (§ 5), et l'abus constaté plus haut de ce dernier cas vient aussi à l'appui de cette opinion*. — 2) En place du neutre on se sert aussi du fém. la, en sous-entendant causa, surtout en italien et en espagnol, et ici ordinairement dans certaines phrases. It. non posso capirla ; voi me la pagherete cara ; giacchè ho tempo, voglio un poco discorrerla ; ben ascolta chi la nota Inf. 15, 99 ; l'ha fatta bella (il a fait là une belle affaire); de même ella (res illa) non andrà cosî. Esp. el mas diestro la yerra ; dios te la dépare buena ; hacersela (tromper qqn.) etc. Peut-être le val. o (= illam pour le sens) doit-il être jugé de la même manière : el a zis o (il l'a dit); el 0 de de (il l'a donné). — Ce système est, comme on le sait, inconnu au latin, bien qu'il s'y trouve des formes abrégées comme mi pour mihi et, d'après Festus, aussi nis pour nobis, mais ces formes ont, à cause de la longueur de la voyelle, une dimension trop grande pour servir comme mots atones. Cette langue possède d'autre part dans les enclitiques met et pte un expédient suffisant pour faire ressortir l'idée du pronom. Mais le grec moderne présente pour la troisième personne une analogie parfaite en ce qu'il emploie la dernière syllabe d'aùxcç, comme le roman celle à' ille, au heu de la forme complète, par ex. Uq to (it. dallo); xbv -piùpiliù (lo conosco)] ôéXo) tcv YptJ'et (gli voglio scrivere)\ ty;v pXé'iïu) [la vedo). En v.h.allemand sie, sia, imo, inan s'affaiblissent en se, sa, mo, nan et en m.h.allemand si, ez, im, in, ir se réduisent à s, z, em, en, er, ce dont il s'est encore conservé quelques traces dans les patois allemands ; mais c'est dans le m. néerlandais que ces formes appuyées se sont le

1. Il ne faut pas voir des accusatifs dans les formes italiennes familières, mais qui se trouvent aussi chez de bons écrivains, la pour ella, le pour elle, par ex. la va cosi-, se le vi piacciono (le cose). Déjà dans les PPS. 1, Z1 : se c'è fallanza, la è tua.

plus développées. Le slave, Talbanais et les langues celtiques présentent aussi des traits du même genre.

5. Il faut tenir soigneusement compte, à propos des pronoms conjonctifs, des formes doubles et des confusions véritables des cas. Chaque langue a ses particularités. 1) L'italien possède : ci) pour l'accusatif sing. masc. la double forme il et lo ; la première s'emploie élégamment devant les consonnes, sauf s impure, la seconde est d'un usage général : il vedo, lo sveglio, Vamo. h) La poésie est libre d'échanger à la rime les suffixes mi, H, si contre me, te, se, ainsi de dire par ex. lodarme pour lodarmi. c) On rencontre aussi du reste la forme absolue là où Ton s'attendrait à trouver la forme conjonctive, par ex. chez Dante : un poco me volgendo ; che purgan se ; per lui campare; mostraf ho lui etc. En valaque ce fait a passé à l'état de coutume. — 2) L'espagnol a trois formes doubles : lo et le pour illum, los et les pour illos, le et la pour illi au féminin, à) Lo pour illum, forme organique régulière à côté du datif le, domine dans l'ancienne langue, cependant on trouve déjà quelquefois le pour lo dans le PC. (v. 663, 720), plus souvent dans Berceo et dans les textes des xiii^ et xiv® siècles, assez souvent dans le Cane, gênerai, dans J. del Encina etc.; à partir du xvi° siècle le est la règle, bien que lo se hasarde encore çà et là, surtout chez Cervantes. Mais aujourd'hui le est considéré comme la forme correcte et on ne peut dire que le veo (je le vois) et non lo veo. b) Le pluriel les, proprement un datif, pour los est encore inconnu au PC, mais il apparaît dans des textes peu postérieurs, par ex. Alœ. 579 les pudo ventar ; CLuc. p. 11 fuéles ferir, et cette forme devient fréquente plus tard. La grammaire considère cet emploi comme fautif, c) La, comme datif du féminin, est très-usité dans les auteurs modernes à côté de le. On lit déjà dans Cervantes sin replicarla mas ; descubrila el rostro ; la diœo etc. — 3) En français les pronoms me et te, quand ils suivent immédiatement l'impératif et font pour ainsi dire corps avec lui, sdîit échangés contre les formes absolues moi et toi : on dit ne me donnez pas, mais donnezmoi, ai,de-toi, déjà en v. franc, pardonnez lo moi, mais lorsqu'un second suffixe suit, me et te restent autorisés : donnem'en et non pas donne-moi-en. En v. français moi, toi, soi, lui sont généralement aussi employés comme des conjonctifs, sans qu'on cherche pour cela à insister sur le pronom : ainsi moi est avis ; ce poise moi ; je vanterai moi ; pour toi conforter ; prent soi à correcier ; chauça soi e vesti ; pour lui veoir ;

PKONOM PERSONNEL. 49

dans les Liv. des rois : pur mei ocire 11 ; pur sei aiser 93 ; pur sei salver 106 ; pur li [lui) salver 74 ; encore au xv® et au XVI® siècle : pour tuer moy ; de toy rendre ; soy monstrant Gh. d'Orl.; soy trouvant Gom.; soy rigoller Rabelais.

6. Outre le pronom conjonctif il existe encore deux particules pronominales, qui peuvent représenter d'une manière concise et nette la troisième personne lorsque l'on ne veut pas la mettre en relief; cet usage n'est toutefois pas commun à toutes nos langues. 1) Le rapport exprimé par la préposition de peut être rendu par l'adverbe inde, c'est-à-dire ital. ne, prov. en, ne, franc, en. Gela a lieu le plus souvent lorsqu'il s'agit d'objets, ou d'une phrase déjà exprimée, auxquels cas le véritable pronom (ital. egli, franc, il, voy. § 2) n'entre pas en jeu. Exemples : ital. quanto ne voleté ? {di quelle cose) ; ne fece una ghirlanda {de' r ami) ; io me ne ricordo ; il en est de même en provençal. Franc, j'en ai assez ; fen suis content ; qu'en pensez-vous ? il pourrait en mourir {de cette maladie ; d'elle serait incorrect). Mais on désigne aussi de cette façon des personnes. Ital. noi navremo huon servigio {di lui) Dec, 3, 1 ; erane amante {di lei) Orl. 5. 64. Prov. una'n sai {d'elhas) ; aissi cum suelh del senhor de Narhona chantar ah gaug, ne chanti ab dolor Choix lY, 77 ; amicx a vos mi ren e faitz en so queus plaia (où en renvoie à la l""® personne : « de moi ») I, 183. On ne dirait pas en allemand hier hin ich, macht damit {mit mir) was ihr wollt. Fr. il avait deux fils, il lud en est mort un, Get usage roman se rattache immédiatement à l'emploi latin de inde qui peut, en se rapportant à des objets ou à des personnes, remplacer ex illo, ex illis, ou le génitif partitif ; des chartes du plus ancien moyen âge en offrent déjà des exemples : si inde potis manducare (franc. en manger) Form. jB. n. 11 ; qui inde aliquid vult dicere Form. ital. app. L'espagnol ne dispose que du pronom {de él, de ellos)\ mais pour le génitif partitif il peut employer l'accusatif de la forme conjonctive, p. ex. romances, como los hay (fr. il y en a) para ciegos ; un vaso de vino, si le hay. Mais le v.esp. connaissait un adverbe pronominal ende, p. ex. hagades ende sabor PC. 2110 ; so ende bien certero Bc. Mil. 353 ; èl non quiso ende {de la ganancia) parte Alx. 1294 ; lo que ende ha notado en su corazon Cal. é D. p. 11^ On a aussi en v.port. ende et em : que Ihi dé ende alguna cousa SRos. I, 422; nunca vos raais direi en Trov. p. 19. — 2) Pour le rapport représenté par ad, en tant qu'il ne répond pas au datif proprement

dit, auquel un pronom conjonctif a déjà été affecté, on a l'adverbe iBi, ital. vi ou ci, v.esp. v.port. y, pr. y (hi, i), fr. y. Ital. io vi penso (a questa cosa)\ metteteci delV acqua\ ci vuol molto. Esp. si algun otro embargo y no fuere ; port, non me val y. Prov. non hi vuelh tornar jamais (se. al turmen). Franc. j'y répondrai dans la suite ( se. à la lettre ; à elle serait incorrect, comp. § 2); je n'y ai pas pensé \ je l'y ferai consentir. Cet adverbe renvoie à des objets et à des propositions entières ; il se prête difficilement à être rapporté à des personnes : fr. c'est un honnête homme, fiez-vous-y ; prov. er don per dieu sa vid' e la y prezen (qu'il donne maintenant sa vie à Dieu et qu'il la lui offre) Choix lY, 110^. Ici encore le latin donne l'exemple avec ibi, dans les cas où ce mot peut s'expliquer par ea re, et ce procédé est aussi fort usité dans le plus ancien bas-latin (voy. des exemples dans le Choix I, 62). En espagnol le pronom se maintient : me fio en ello ; no pienso en ello. — Au reste les deux adverbes n'en conservent pas moins leur signification d'adverbes de lieu : ital. me ne son tornato ; vi vado ; non ci sono stato mai ; prov. ieu ni en anarai ; tôt lo bes hi es ; franc, il en vient ; j'y passerai ; esp. de alli pour inde, alli (aqui) pour ibi.

7. Pronomen reverentiae. — Dans tout le domaine néo-latin on peut s'adresser à une seule personne au moyen de tu, et le daco-roman (ainsi que le polonais) ne possède même que ce seul mode d'interpellation pour la deuxième personne ; on s'adresse à l'empereur lui-même en lui disant meria ta (ta majesté); mais dans les autres langues on a introduit un pluriel de courtoisie vos\ enfin dans quelques-unes d'entre elles on se sert de la troisième personne, c'est-à-dire d'une interpellation indirecte, ce qui a entraîné l'emploi régulier de constructions anti-grammaticales.

Vos (possessif vester) suggéré, comme l'a déjà remarqué Dante [dal voi che prima Roma sofferie Par. 16, 10), par l'expression nos pour ego, que les princes revendiquent d'après l'exemple donné par les empereurs romains. Ce mot, déjà couramment usité dans les plus anciens textes romans, a refoulé toujours plus loin l'expression plus naturelle tu. Seuls le langage de l'amour et de l'amitié la plus intime, comme d'autre part celui de la colère et du mépris, se servent encore de Tinterpellation

1. Sur la combinaison provençale lo y, la y comp. cependant tome II, p. 90 note.

PRONOM PERSONNEL. PRONOME N REVERENTIAE. 51

au moyen de tu ; ce mot est aussi appliqué à des individus d'un ordre tout-à-fait inférieur par des personnes plus haut placées. On se conforme encore à l'ancien usage en s'adressant à l'être suprême et aux saints, bien que l'emploi de vos dans ce sens ne soit pas sans exemple au moyen âge, non plus qu'en espagnol encore dans certaines occasions. Dans la langue poétique les choses se passent un peu différemment. La plus ancienne poésie, à la vérité, ne s'écarte pas beaucoup de l'usage du discours familier : vos prend déjà une grande extension, mais il ne se sépare pas encore si rigoureusement de tu qu'ils ne puissent être employés tous deux à l'égard d'une même personne, par ex. Fer. 3585 ss., cf. Orelli 149*. Des poètes espagnols, provençaux et V. français rapportent sans difficulté vos à des objets personnifiés : ils interpellent ainsi le cœur, la pensée, l'orgueil, la mort, le monde et même le sang (voy. Num. 4, 3, p. 86)-. Dans un ancien poème épique français, par exemple, le célèbre héros Renaut dit vous à son cheval Baiart, et même à son épée Frohert [ahi Frohert, quel bonté en vous a!) Ren. de Mont. p. 301. 434. Un vieux poète portugais applique sans hésiter le pronom vos à un étourneau : ay estorninho do avelanal, quando cantades vos, moir' eu Trov. Vat. p. 14. D'autre part la poésie moderne a fait de nouveau des concessions au classique tu ; elle l'a surtout réintroduit dans les peintures du monde antique. Des poètes italiens appliquent par ex. ce mot à de hauts protecteurs, Pétrarque à J. Golonna, le Tasse à Alphonse, tandis que l'Arioste et Camoëns s'adressent au pluriel au cardinal Hippohie et au roi de Portugal. Dans la littérature française vous prédomine jusqu'aux abords du xvr siècle : Charles d'Orléans encore dit vous à Dieu (Dieu par vostre courtoisie p. 203), mais Clément Marot n'emploie que tu dans ce cas, de même qu'à l'adresse de hauts personnages (approchetoi, (7^aWe5.'), et cet usage s'est maintenu dans l'ode. Dans la

1. Cette confusion n'est pas moins fréquente dans le latin du moyenâge : nolui sine consilio vestro, tu autem dixisti Gr. Tur. 5, 19 ; qui timor tibi in deum sii. . . omnia quae gloria vestra profert 8, 30 ; ut dignemini quasi finno amico tuo Form. B. 1 ; tu domine mi rex, audiat me clementia vestra Esp. sagr. XXXIV, 474 (ann. 985).

2. Conformément à ce procédé, certaines personnifications sont quelquefois accompagnées du titre seigneur ou dame. Prov. En et Na : En Leutatz (employé comme masc.) LR. I, 413, Na Discordia Poes. der Trouh. 200; v.franç. sire, dame : sire Yver NF. Jub. II, 40, aussi dans Denier ibid. 265, dame Envie Ruteb. 1, 81 ; csp. Don, Doha : Don Jueves, Doha Quaresma Rz. On connaît le m. h. ail. hêr Meie, vrou Minne.

tragédie le vous plus cérémonieux est employé entre personnes d'un rang élevé, le tu entre les personnes inférieures et quelquefois dai)s le discours de deux amants ; tout cela est en rapport avec les usages du jour. — Au point de vue de la syntaxe il faut noter comme un fait commun à tout le domaine roman que le verbe avec vos se met au pluriel, mais que l'adjectif ou le participe se règle sur le genre ou le nombre de la personne à qui l'on s'adresse, ainsi en italien on dit, en s'adressant à une seule personne : voi siete arrivât o (et non arrivati); voi siete gra- Zlosa (et non graziose) ; esp. vos habeis llegado ; vos sois hermosa ; franc, vous êtes arrivé', vous êtes bonne. Mais le plus ancien bas-latin disait, d'après le strict principe grammatical, à une seule personne vos estis inhonorati (Grimm, ly, 300) et le grec moderne se comporte encore de même. Mais le passage de la construction grammaticale à une construction plus matérielle était tout indiqué, car le substantif attributif ne pouvait pas se plier au nombre du pronom ; voi siete donna, voi siete donna graziosa devait nécessairement entraîner voi siete graziosa. Dans l'interpellation dirigée à plusieurs personnes la langue n'a pas réussi à distinguer le premier degré du second : voi siete arrivati, vosotras sois hermosas, vous êtes bonnes permettent de supposer qu'on interpelle chacune des personnes aussi bien par tu que par vos.

Le français s'en est tenu à vous\ les autres peuples ont poussé plus loin l'obséquiosité, a) L'italien a donné le titre de vostra siGNORiA, prononcé vossignoria, écrit V. S., d'abord seulement à des personnes de haut rang, enfin' à tout individu qui est censé faire partie de la bonne société, bien que des personnes du même monde et dont les relations ont un certain caractère d'intimité reprennent volontiers la formule voi. Le pronom qui remplace V. S. est ella (posses. suo), au plur. elleno (posses. loro), mais ces pronoms peuvent aussi être sous-entendus. Les plus anciens auteurs accompagnent vostra signoria de voi au lieu de ella et reviennent donc à la deuxième personne (voy. Guittone Lett. 2Q et CN. 10 : dinanzi alla vostra signoria domando che mi facciate etc.). Ella ne débute qu'avec le XVI® siècle, on le trouve dans Machiavel, Annibal Garo, le Tasse etc. (Blanc 273). Les formes des cas obliques sont le, la,

I. Ce n'est qu'en s'adressant à des personnages très-haut placés que l'inférieur parle à la troisième personne, par ex. Son Excellence veut-elle que je lui raconte ce qui s'est passé ?

PBONOM PERSONNEL. PRONOMEN REVERENTIAE. 53

plur. loro, le, quand on parle sans insister sur le pronom. Le participe ou l'adjectif qui se rapporte à V. S. ou à ella s'accorde volontiers avec ces expressions, cependant beaucoup d'écrivains procèdent ici comme pour voi. Exemples : F. S. è stata sempre bene? ha (ella) da comandarmi qualche cosa? perdoni signora ; ascoltino un poco ; serva umilissima di lor signori (de vous, messieurs); ho da supplicarla ; se le place ; gliene sarô obbligato ; non faccio che secondare la sua (aussi la di lei) inclinazione \ son serva loro. Au lieu du nominatif ella et elleno on se sert généralement de l'accusatif lei et loro, nouvel exemple de la faveur accordée à ce cas : dove va lei? loro Inglesi sono ricchissimi etc. L'allem. Sie difîère par deux côtés de ella, ce mot est un pluriel et, comme renforcement de l'ancien Er (d'après Grimm), il tient lieu d'un titre concret (der Herr) et non de l'expression abstraite Euer Gnaden ; il est inférieur à ella en ce qu'il n'admet aucune distinction de nombre. — b) k l'ital. vossignoria répond l'esp. VUESTRA MERCED, abrégé usted^, plur. vuestras mercedes , ustedes, écrit Fm., Vmd., plur. Vyns., Vmds. Ce pronom de courtoisie a pris peu à peu dans les derniers temps une grande extension, cependant vos (d'après le dictionnaire de l'Académie) continue à être employé par des personnes inférieures à l'égard de gens plus haut placés et réciproquement. Usted ne peut pas être remplacé par ella, on doit répéter le premier mot ; mais au datif et à l'accusatif les pronoms conjonctifs sont applicables. Le participe et l'adjectif se règlent per synesin sur le genre de celui à qui l'on parle. Exemples : digame vuesa merced\ vuestras mercedes se queden a la puerta ; no diga Vmd.\ no digan Vmds.; soy de V7nd.\ Vmd. quedard satisfecho; Vmds. sean bien venidos; le quiero decir\ yo se lo daré d entender ; pléonast. (voj. § 9) yo las halle d Vms. ; avec suppression de Vmd. : si otra cosa quiere ; no lo entienden. Le possessif su se renforce souvent au moyen de Vm. : beso sus manos de Vm.\ sus muchas qualidades de Vm., senora. Le correspondant portugais vossa mercé, pron. vosmsé (familière-

1. L'abréviation est forte, mais elle est certaine. On en trouve la confirmation dans des formes correspondantes, comme usencia de vuesira rêver encia, aussi usehoria et même usia de vuesira senoria. Le v initial est tombé, comme dans os pour vos, mais il s'est conservé dans les formes catalanes vosté (qui est aussi usité en sarde), vosencia, vosenyoria. La dérivation du persan-arabe ustâd (maître, seigneur) est dépourvue de tout fondement.

54 PEOPOSITION SIMPLE.

ment vos se), écrit V. M., suit la même règle. — c) En valaque on trouve un correspondant de l'ital. vossignoria qui est dumniatà (Dtà), plur. dumniile voastre, mais le verbe se construit avec cette expression à la deuxième personne et non à la troisième, et nous avons encore là un exemple de trouble apporté à la grammaire : imde ai fost dumniatà ? (où avez- vous été ? littéral, ubi fuisti dominatio tua?); ce cugetzi dumniatà? (que pensez- vous ? ) ; eu tzi multzemesc pentru hunetatea dumniei taie (je vous remercie pour votre bonté). Les titres honorifiques du grec moderne ne sont pas autrement traités : '(] £ÙY£V£tà aou Tj^cùpsiç cTi G£ aYaTTô) (Votre Grâce sait que je vous aime). On passe du reste de dumniatà au simple tu : eu am tremes dupe dumniatà, se te chieme (je vous ai envoyé quelqu'un pour vous appeler). A la troisième personne on dit de même : unde merge dumnialui, -ei, -lor (où va le seigneur, la dame etc.?). — 11 existe dans quelques langues- certains verbes pour exprimer les diâerents degrés de l'interpellation : b.lat. tuissare, vohisare, esp. tutear, vosear, cat. tuejar, franc. tutoyer, v.fr. envouser, patois genevois vousoyer, ital. seulement da?' del tu, del voi, del lei.

8. Réfléchi. — Lorsque le pronom de la première et de la deuxième personne renvoie à lui-même, le latin emprunte l'expression de ce rapport à la série de ses cas obliques, comme dans ego me laudo, tu te laudas. Les langues filles ne se sont pas écartées de ce principe. Si le sujet est une troisième personne, le rapport réfléchi est de même indiqué par le pronom de la même personne se, sihi, sui : omne animal se diligit ; malus sihi nocet. Ce dernier pronom est le réfléchi par excellence, aussi le nominatif lui fait -il complètement défaut. Les cas obliques du démonstratif is servent au contraire à renvoyer à un objet qui n'est pas le sujet de la phrase. Lorsque le pronom se trouve dans la proposition subordonnée, le renvoi au sujet de la proposition principale s'opère également au moyen du réfléchi : multi nil rectum nisi quod placuit sibi ducunt ; Herculi Eurystheus imperavit, ut arma sibi afferret. On constate certaines hésitations : dans le cas par ex. où l'inconvénient d'une équivoque ne se présente pas, is peut aussi prendre la place du réfléchi : Camillus mihi scripsit, te locutum esse cum eo (secum); dicam cognatis, ut bona mea inter eos {se) partiant.

Quelle forme ce rapport a-t-il prise en roman ? Les diverses langues s'accordent assez bien, cependant il vaut mieux étudier

le français à part. 1) Si le pronom rétrospectif a son sujet dans la même phrase, le réfléchi est presque partout maintenu et le conjonctif se, surtout lorsque le pronom auquel il renvoie le précède immédiatement (eglino si maravigliano), ne se laisse échanger contre aucun des cas de ille. Ital. diceva fra se ; dicevano fra se ; eglino non pensano che a se ; erano fuor di se. Esp. hace esto de si mismo ; hacen mal d si; no estan en si. Prov. pensava entre si; dieus vos a mandai a se venir. Dans le sens réciproque on emploie en italien après des prépositions loro : dicevano fra loro (entre eux, esp. decian entre si, comme lat. inter se) ; domandavan tra loro. En provençal on évite généralement après des prépositions l'emploi du pluriel du réfléchi, on lui préfère lor ou els : las dompnas lo partran entre lor Choix IV, 69 ; sunt abraizat en els mezeus (sibimet ipsis accensi sunt) GO. 1^. En italien à l'inverse on remplace volontiers par seco les formes con lui, con lei, par ex. quel ben perdut' hai seco (avec elle) P. Cz. 22, 2 ; a partir seco (avec lui) 8on. 317 ; comp. prov. annet se sezer lonc se (à côté de lui) Jfr. 169^. — 2) Si le second pronom renvoie à un sujet placé dans une autre phrase, on choisit au lieu du réfléchi le démonstratif ille avec le sens du pronom personnel, on dit ainsi ital. egli disse a colui che Vaveva invitato [qui se invitaverat) ; egli prego Filippo che sedesse con lui (ut sederet secum). Esp. decia tainhien al que lo habia corabidado ; rogô a Felipe que se sentase con el. Prov. endrepetava a els en totas las escripturas que eran de lui meteis (interpretahatur illis in omnibus scripturis, quae de se ipso erant) GO. 112^. A l'hésitation du latin classique sur ce point a succédé dans le latin de la décadence une tendance de plus en plus marquée à admettre cette expression ; ainsi dans Pétrone : scripsit, ut illi (sibi ipsi) semen mitteretur; en b.lat. orans, ut sibi sanctus succurreret atque ei (sibi) concederet gratiam Gr. Tur. 5, 14 ; se venturum in imper ium, quod olim fuerat illi (sibi) datum Nith. 2, 1. Le v. h. allemand est entré dans la même voie, tandis que le gothique est resté fidèle au réfléchi : au lat. dicebat ei, qui SE invitaverat répond le goth. qvathuth than jah thamma haitandin sik ; v.h.allem. tho quath her themo ther inan ladota. On procède de même avec des infinitifs et des participes qui peuvent se remplacer par une proposition relative comme ital. egli aveva veduto un uomo imporgli la mano (sibi imponere). Mais seco peut aussi rester dans la proposition

subordonnée : la donna attenta stava, acciô che nulla seco (auprès d'elle) il mago avanzi Orl. 4, 23.

Le français se comporte avec le conjonctif se de la même manière que les autres langues ; pour soi et lui on a établi les règles suivantes. 1) Soi réfléchit des idées impersonnelles; on dit le vice est odieux de soi. — 2) Il peut aussi représenter des personnes d'un caractère indéterminé, surtout des pronoms indéfinis : chacun travaille pour soi; on pense trop à soi; prendre garde à soi ; mais, ce pronom n'étant pas usité volontiers au pluriel, on dit pourtant quelques-uns dirent en eux-mêmes, ainsi comme déjà en provençal. — 3) Lui renvoie à des personnes définies : le Pharisien priait en lui-même ; il prie Philippe de s' asseoir près de lui; de même en v.fr. le duc disoit en lui ; Artus por faire de lui parler (pour de soi) Brut.; por lui vengier (soi) 242; por lui aaisier (se reposer) RCam. 146; pur els eshaneier (soi) Roi. p. h; por aus garir (soi) FI. Bl. 832. Avec le pronom conjonctif : il dit a celui qui l'avait invité {qui se invitaverat). — 4) Pour éviter des confusions on tolère aussi soi au lieu de lui, et l'on dit ainsi qu'il fasse autant pour soi que je fais pour lui. Dans l'ancienne langue et même dans la langue moderne on surprend soi employé dans d'autres circonstances encore, par ex. Rollant et li XII. per od sei (avec lui) Charl. v. 232; la roïne ses amies fist à soi venir Brut II, p. 104 ; mil damisiax avoit à soi 108 ; Jésus connoissant en soi-même etc. (Jésus cognoscens in semet ipso viriutem quae exierat de eo). On voit que la méthode française présente cette particularité que lui peut faire Toflice de pronom réfléchi, même dans la proposition simple, oflîce qui est attribué au démonstratif aussi dans d'autres domaines. Des écrivains négligents l'emploient même pour l'accusatif se ; Comines par ex. a dit : ces gentils-hommes s'estoyent desarmez pour eux rafraichir (p. 503), il arrive souvent aussi à Froissart de commettre cette méprise ^

9. Pronom personnel pléonastique. — 1) Il arrive quelquefois qu'après avoir déjà exprimé le sujet on joint encore pléonastiquement au verbe le pronom de la troisième personne au nominatif, surtout en français, par ex. la fille donc du plus grand roy du monde elle est à toy Mar. II, 293. Si dans cet exemple le pronom a charge d'insister à nouveau sur le sujet séparé du verbe par d'autres mots, il est d'autre part, dans

1. Dans le dialecte du Berry par ex. on dit : c'est soi {lui) qui a dit cela.

PRONOM PERSONNEL PLÉONASTIQUE. 57

l'ancien style épique, immédiatement uni au sujet comme pléonasme, ainsi dans ces passages : li nies Marsilie il est venuz avant Roi. p. 27 ; reis Cor salis il est de l'altre part ibid. 28; e Berenger il fiert Astramariz 41, déjà dans Léger 20 reœ Chielperings il se fud mors. On est peut-être autorisé à attribuer à cet usage une origine allemande. Il est tout-à-fait reçu dans la poésie populaire anglaise, danoise et suédoise, et très-familier au V. h. allemand : ki/MC Constantin der gap s6 vil ; sîn herze daz was tugende vol, bien que le pronom ici précède plus volontiers le sujet : do wâfent er sich drâte Karl der vil reine. Ce procédé est connu également de la poésie allemande de nos jours : der Thûrmer er schaut ; das Kind es denkt. — 2) Souvent on utilise le pronom conjonctif pour annoncer un -cas oblique qui suit ou pour y renvoyer lorsqu'il a déjà été exprimé. C'est là un procédé extrêmement usité au sudouest jusqu'à nos jours et qui a presque passé à l'état de règle lorsque le substantif est en tête de la phrase. Exemples : ital. queW uomo non lo posso vedere ; eccolo quelV impertinente. Esp. aquelas non las puede lehar PC; capa no la tenian; d mi hermano le parece\ d mi me parece\ a él le pesa ; le dixo el senor d la Magdalena ; damos vos en don d vos] port, do que moiro gran prazer end' ei Trov. 199 ; ao doente nâo se Ihe ha de fazer a vontade S. de Mir. II, 135 ; as merces os rreys as daâo CGer.\ a meu pai jd Ihe peza ; a mim bastame saber ; nos ficou a nos. Prov. de sol lo dig n'ai eu lo cor jauzen Choix III, 371 ; li volia gran be ad ela V, 46 ; a my me sembla (comme esp. a mi me parece) Chr. albig. HL. III, col. 87 ; v.fr. ceste bataille veirement la ferum Roi. p. 35; del vin asez nus en donastes Charl. V. 650 ; corner uni li les oyHlles à celui (tinnient ei aures) LRs. 12. En français moderne il est de règle d'annoncer le pronom absolu en le faisant précéder d'un conjonctif : il me l'a dit à moi; on leur a répondu à eux. Aussi en val. mincinosului nu i se crede {mendaci non creditur) ; m' au trimis pre mine (misit me). D'anciennes chartes d'Espagne et de France présentent souvent ce pléonasme : ipsam civitatem restauramus eam Esp. sagr. XL, 365 (ann. 760) ; ipsas piscariaSy quas didtis, habuit cas antecesor meus XIX, 368 (ann. 961); ipsas villas senior meus michi eas dedid HL. I, 25 (ann. 782) ; ipsas res volemus eas esse donatas ibid. 33 (ann. 804); ut quasdam villas. . . eas confirmare non denegaremus Mab. II, 696^ (ann. 845). Grégoire de

Tours dit eœutos veste juhet eos ad reginam deduci 5, 50, mais ici le pronom contribue à la clarté de la phrase. Il faut encore citer à ce propos un usage de la langue basque, en vertu duquel chaque verbe se fait accompagner d'un pronom qui a la valeur d'un régime, et dans le cas aussi où le substantif dépendant lui-même suit (W. de Humboldt dans les Tableaux comparatifs de Vater). — Si le cas oblique placé en tête est séparé par plusieurs mots du verbe qui le régit, le pléonasme peut contribuer à la clarté de même qu'il favorise l'inversion (voy. à la quatrième section) : ital. di quest' anime st anche non poterehbe famé posar una Inf. 7, 65 ; esp. la fama de mi belleza pocas lenguas hay que no la publiquen Nov. 10 ; port, a linguagem daquella terra nam a sabiam R. Men. c. 6. Quant à la manière dont un nominatif placé au début de la phrase peut être rectifié par un pronom, nous nous réservons d'en parler à propos de la construction. — 3) On renvoie de même à un relatif au cas oblique, lors même que le cas serait indiqué assez clairement pour pouvoir se passer de tout secours de ce genre. Ital. fortezza cui valenza di coraggio la chiama alcuna gente BLat. 111 ; ombre ch'amor di nostra vit a dipartille Inf. 5, 69 ; tu hai unaltra cosa che non la ho io Dec. 3, 10. En espagnol ce procédé est usité en toutes circonstances : el rei que la naturaleza lo hizo S. Prov. 148; las ramas que el peso de la nieve las desgaœa Gare. Egl. 1 ; romances que los cantaba Nov. ; aquella région do no se espéra en ella un dia sosegado Num. 2, 2. V.fr. de qui . . . doit li renons de lui aller. Yal. hertia, carea o ai cumperat. Le grec moderne dit de même 6 àvOpwTîoç, Tov oTuotov (7'r][j.£pov Tov l'Ba. Mais lorsque Térence dit quem neque fides neque jusjurandum neque illum misericordia repressit Ad. 3, 2, illum a pour fonction de rappeler à l'esprit le régime éloigné : c'est là un emploi avec lequel le procédé roman n'a certainement aucune relation. — 4) On attribue généralement aux adjectifs totus et ambo, lorsqu'ils sont employés comme absolus et au cas oblique, le pronom conjonctif, qui usurpe ici en quelque sorte les prérogatives de l'article (p. 35). Ital. egli ama tutti i fiori et gli ama tutti, tutti gli ama. Esp. todos los quebrantaron \ d amas (c.-à-d. ambas) las cubriô PC. 2817 ; port, deos que todo o manda. Prov. todas las mescre Choix III, 69 ; ambedos los rete IV, 100 ; franc. je les aime tous. Comp. grec mod. cXa xà Yix,ou(7a, allem. ich habe es ailes gehô'rt ; ich sah sie beide. — 5) En grec, en

Page 1