TEMPS. FUTUR
Dec. 4, 9, passage dans lequel l'impératif succède au futur. Ce dernier temps n'est pas non plus inconnu aux anciens textes de lois germaniques, qui expriment en général le commandement avec le subjonctif : mter Burgundionem et Romanum haec forma servabitur L. Burg. ; sacramentum praebere debehit L. Wisig,; il n'est pas moins fréquent dans les chartes, par ex. illi maledictioni subjacebit iste au lieu de subjaceat Mabil. III, 55. L'ancien droit français n'emploie pas d'autre temps, ainsi déjà dans les lois de Guillaume le Conquérant : si li rendra demi were (il lui donnera un demi wergeld) § 13^ — 2) De même que le futur conseille ou commande, il appelle aussi, sous forme d'interrogation, le conseil ou l'ordre, ainsi gr. d luaidçoiAsv èv [xa^aipa ? ital. percoteremo noi con la spada? esp. heriremos a cuchillo? franc. frapperons-nous de l'épée? prov. vos fara pros domna amor complida? (une noble dame doit-elle vous donner tout son amour ?) Choiœ IV, 25. — 3) Comme un fait placé dans l'avenir est incertain, le futur peut aussi servir à exprimer la probabilité. Ital. mia moglie sarà col suo fîgliuolo. Esp. el joven sera a mi parecer de edad de diez y ocho anos ; estard enfermo, pues no me escribe. Franc, mon ami sera à Paris. Val. placetzi a sedeà, ce vei fi ostenit (assieds-toi, car tu dois être fatigué). B.lat. quia intellectus (puerorum) scientiam non habebit (ne peut guère avoir) LBurg. 47, 3. Plante nous fournit l'exemple suivant : an Chares? an Charidemus? num Charmides? Réponse : hem, istic erit (ce doit être lui) Trin. 4, 2, 77.
7. Le futur antérieur qui désigne un avenir accompli (ital. futuro perfettOy franc, futur passé : avrô amato, j'aurai aimé, pass. sarô stato amato, f aurai été aimé), pris comme temps absolu, peut aussi être échangé contre le deuxième parfait : ital. Vavrd fatto subito ou Vho fatto subito ; fr. j'aurai fini dans un moment^ et j'ai fini dans un moment. En latin on
1. Un trait propre au v. français est l'emploi du futur précédé de l'adverbe mar (à la maie heure, mal à propos, lat. maie) pour l'impératif prohibitif : mar douterés païens (vous craindrez mal à propos les païens = vous n'avez pas besoin de les craindre) Her. p. 118 ; je n'irai mie, ja mar en douterez Gar. 1, p. 102 ; mar serés esbahis R. Mont. 9, 15 ; 7nar aurez marison 11, 11. Voy. Schelersur Condé I, p. 429.
2. Dans le cas cité l'action est toujours encore considérée comme avenir. Mais en provençal on trouve aussi ce temps là où il s'agit d'une action accomplie, par ex. quem digatz novas del crit que tan soven aurai
exprime d'une manière analogue avec le futurum eœactum la rapidité d'une action : si pergis, abiero (je serai parti, j'aurai disparu).
8. En dehors de ces temps la grammaire française possède encore à l'actif un parfait, un plus-que-parfait et un futur SURCOMPOSÉ : fai eu aimé, j'avais eu aimé et j'aurai eu aimé, et ces temps sont destinés à exprimer le passé avec encore plus de force ; mais on ne se sert que rarement de ces périphrases exagérées.
9. Quant au sens temporel de Tinfînitif et des participes, les différences avec l'usage latin ou général qu'on peut relever sont peu nombreuses. 1) La forme simple de Vi7ifinitif, qui a la valeur d'un présent, lorsqu'elle dépend des verbes « espérer, promettre, menacer » et autres semblables, s'emploie pour le futur : on dit en ital. spero di venire, franc, il promet de le faire etc. Ce n'est que dans le style négligé que cet infinitif peut prendre la place du parfait, ainsi dans une romance espagnole : prometo de no enterrar el cuerpo hasta su muerte vengar (pour haher vengado) S Rom. 69, et sans doute aussi dans ce passage de Dante : che di vederli (averti veduti) in me stesso n'esalto Inf. 4, 120. Le parfait amavisse, amatum esse, est, comme on sait, rendu par une périphrase (ital. avère amato, essere stato amato etc.), et pour le futur amaturum esse et amatum tri on a aussi créé une formule (p. ex. it. essere per amare, essere per essere amato) qui, il est vrai, s'emploie peu. — 2) Le gérondif simple suit, comme l'infinitif, au point de vue de la détermination du temps, le verbe principal, ainsi ital. imparo leggendo, imparai leggendo, imparerô leggendo, et ce n'est que pris absolument qu'il répond au présent ou à l'imparfait de l'indicatif ou du subjonctif : ital. io dissi tacendo lui = mentre egli taceva ; esp. diœo que llegando el termino volveria = quando liegase el termino. Le prétérit nouvellement créé (ave7ido amato, pass. essendo stato amato) a la même valeur que le parfait ou le plus-que-parfait des modes finis : avendo detto questo
auzit (pour ai auzit) Jfr. 105^; es complit so que désirât aurai 171^; estât aurai de cantar... mas ar' ai cor quem n'assai PO. 304; estai aurai lonc temps en pessamen... mas Ai{Am platz Choix V, 272. On conçoit que dans ces antithèses le parfait puisse s'employer aussi bien, par ex. estât ai en gran cossirier... aba vei etc. III, 25. Gomp. IP section, cli. I, g 2 (à la fin). Tobler, Lit. Centralblatt 1870, p. 20 et Groeber, Jahrb. XI, 338 ont donné de nouveaux exemples de cet emploi du futur antérieur.