TEMPS. EMPLOI DES VERBES AUXILIAIRES
port, as aguias tem pintadas {aquilas pictas hahet) Lus. 8, 5, qui, grammaticalement parlant, pourraient signifier capillos àbscidi, urhem cinœerat, caput fregit, aquilas pinœit K
2. Avec le verbe intransitif la question du verbe auxiliaire est moins claire. Ici les langues se divisent en deux groupes : le premier emploie soit esse, soit hahere, suivant qu'il se représente ridée verbale comme subjective ou objective; le second emploie partout le dernier verbe 2. 1) Les langues qui appliquent les deux verbes, c'est-à-dire l'italien, le français et le provençal, sont loin de s'accorder dans tous les cas, car chacune d'elles donne la préférence tantôt à l'un tantôt à l'autre de ces deux verbes, a) L'italien emploie essere avec les verbes être et paraître et avec les verbes qui expriment une modification involontaire d'un état, comme devenir, naître, croître, diminuer, par ex. sono stato, paruto, divenuto, diventato ; il libro è apparso ; una guerra è surta ; la cosa è smarrita ; egli è natOy mortOy perito] il tempo è passato. Aussi lorsqu'il s'agit d'un changement dans l'espace, comme avec aller, venir et autres verbes analogues : sono andato, camminato, venuto, arrivato, giunto, entrato, ritornato, sortito, uscito, partito, scampato, fuggito ; ou d'espèces de mouvements plus spéciaux : sono ascesOy salito, levato , montât o, disceso, calato, caduto, corso, cavalcato. Avec les verbes rester, cesser, être couché : ella era Hmasa ou restata di parlare ; rira è cessata\ io sono dimorato\ io sono giaciuto. Cas divers : la giovane è piaciuta ; niuna cosa è mancata ; questa cosa mi è giovata ; è sonato mezzo giorno. Plusieurs
1. En latin aussi on ne voit pas toujours clairement quel sens revient au verbe habere. Voici des exemples tirés de Plaute : Sub gemman' absirusos habeo tuam mairem et patrem Curcul. 5, 2, 8. Vir me habet pessumis despicatam modis Casin. 2, 2, 15. Ut eam {amicitiam) junctam bene habent inter se Cistell. 1, 1, 28. Multiplex aerumna me exercitam habet Epid. 4, 1, 3. Qui aut foenore aut perjuriis habent rem partam Men. 4, 2 14. Quando te auratam et vesiitam bene habet b, 2, 50. Hominem servom suos domitos habere oporiet oculos Mil. 2, 6, 80. Ego multos vidi regionem fugere consilii, priusquam repertam habuere 3, 3, 12. Ancilla quae habeat colidianum familiae coctum cibum Merc. 1, 3, 64. Satis jam dictum habeo Pers. 2, 2, 32. Res omiieis relictas habeo Stich. 2, 2, 38.
2. La périphrase des temps de verbes intransitifs [ambulatus sum pour ambulavi) est rare en b. latin ; c'est à migrare qu'on l'applique le plus souvent, mais ce verbe était aussi transitif en latin. Ex. migratus fuerit Mur. I, 228 (ann. 713); migratus fuero Brun. 533 (ann. 749); fuit migratus Esp. sagr. XVI, 462 (ann. 1058) ; fui successus = successi XXXVI, p. xvni (ann. 1012). Obiius est = obiit dans une inscription, voy. Grut. ind, gramm.
de ces verbes peuvent se conjuguer en même temps avec avère, ainsi ho camminato, corso, fuggito, dimorato ; il en est ainsi même pour vivere : siamo vivuti insieme; sono poco vivuta; ho vivuto. On ne peut construire q\x avère avec les suivants : ho ahitato, dormit o, vegliato, taciuto, riso, pranzato, et d'autres encore, de ceux surtout qui deviennent facilement transitifs. Comme dans cette langue beaucoup d'intransitifs revêtent la forme réfléchie, essere acquiert une prépondérance encore plus grande. On dit ainsi: mz sono volato,mi sono taciuto, mi sono riso. Souvent le participe construit avec e^^ere doit être compris comme adjectif et ne représente pas la périphrase du parfait, ainsi io sono assiso, usato, solito, errato (je suis égaré), sudato, ammalato, annegato, impoverito, impallidito, impazzito ; ce procédé est connu aussi des autres langues ^ — b) En français avoir l'emporte sur être, qui forme lui-même ses temps périphrastiques avec le premier verbe. Être s'emploie avec plusieurs verbes qui ont le sens de naître et de périr : il est devenu, né, mort, décédé ; cela lui est échu ; la fleur est éclose ; le temps est passé. Avec aller, venir : je suis allé, venu, revenu, parvenu, arrivé, entré, rentré, issu, so^-'ti, parti ; aussi je suis monté, descendu, et de même je suis accouru (à côté de fai accouru); je suis tombé. Avec le verbe rester : je suis resté (à peine fai) ; je suis deyneuré {j'ai demeuré signifie j'ai habité). On peut encore remarquer les locutions comme je suis convenu du prix, mais cet emploi m' k convenu \ il en est disconvenu. Avoir se construit avec être et aussi avec d'autres verbes qui signifient se produire, croître, périr : j'ai été (dans beaucoup de dialectes allem.: ich habe gewesen); le livre a paru ; il a disparu ; sa colère a éclaté; les eaux ont crû [diVi^si sont cri^tes)\ la rivière a décru {est décrue) ; l'enfant a grandi ; fai rajeuni, vieilli, déchu, dégénéré; j'ai {je suis) péri; j'ai expiré; le vaisseau a {est) échoué; aussi /a^ rougi, j'ai pâli. Avec des
1. Les verbes de mode potere, volere et aussi sapere, qui forment d'ailleurs leurs temps périphrastiques avec avère, peuvent parfois prendre essere lorsqu'ils sont construits avec des verbes intransitifs, ainsi : ella non era ancora pointa venire CN. 150 ; non era alcuna impressione potuta entrare Dec. 5, 1 ; non mi son poiuto levare 4, 2 ; se io fossi voluto andare 4, 6; era volulasene andare 9, 10; costui ottimamente essere saputo uscire 1, 3. Aussi prov. com era pogut intrar Choix V, 9; aissim suy sauputz traire enan LR. 1, 327. Cette influence exercée par le verbe intransitif mérite d'être notée.
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verbes qui indiquent un mouvement matériel : fai voyagé y marché, erré, couru, sauté, fui, échappé ; fai et je suis passé (v.fr. il est mer passez), le sang a coulé. Avec le verbe cesser : fai cessé, fai cédé; de même fai succombé. On dit encore il a réussi dans son dessein ; cela lui a plu ; cela n'a pas suffi. La plupart de ces verbes peuvent aussi se faire accompagner du verbe être, lorsqu'il s'agit d'exprimer non point une activité, mais un état accompli. Aussi dit-on : il a disparu de la cour, l'argent est disparu ; il a vieilli dans le service, il est vieilli ; il a déchu de jour en jour, il est déchu de son autorité ; il a dégénéré de ses ancêtres, cette race est dégénérée ; le reste a péri de faim, tous sont péris ; il a expiré entre mes bras, le terme est expiré ; il a échappé au prévôt, une chose est échappée de la mémoire ; il a cessé de pleuvoir, la fièvre est cessée ; grandir et rajeunir peuvent se construire de même. On remarque en v. français plusieurs particularités, par ex. fai aie LRs. 177, Charl. 279, PDuch. 213; je sui failli Sax. II, 98, RCam. 65; fai guenchi et je sui guenchi Gar. I, 230. 235 ; est sorse une cumpaigne (ital. è surta) Orelli 237; ot geu (ital. è giaciuto) 285; fai remasu RCam. 59 (ailleurs je sui remes)\ j'ai arestu ibid. 77 ; j'ai chevauché ; j'ai walcré par mer Part. I, p. 83. Le dialecte provençal se comporte à peu près comme le V. français, ici aussi on trouve souvent par ex. ai anat à côté de sui anat. — 2) En espagnol haber seul est employé ; ni ser, ni tener, qui est réservé aux transitifs, ne servent en cette circonstance. On dit donc yo he sido, he nacido, he muerto, he caido, sans avoir égard à l'état passif de la personne. Dans les plus anciens textes toutefois ser prédomine encore. Le poème du Cid donne : es venido v. 574, son exidos 466, es tornado 946, es pasada 1798 ; hydos son los cavalières 1421 ; el dia salido è la noch entrada es 1707 ; nuevos son legados 2357; d'autre part : ovo corrido 1598 ; arrivado han las naves 1637 ; han entrado 2257. Berceo : fo venido SU. 456, fo passado 537, fueron tornados Mill. 316, fué partida 318, fueron finados Mil. 334. Lorenzo de Segura {Alx.) : fueran exidos 590, fueron venidos 582. Ruiz : es entrada 643, es pasado 635. SantiUana : ayan venido Sanch. I, p. lui, aver procedido lxi. J. de Mena : ères venido Laher. 55, aver muerto 245. Le Cane, gênerai : son venidos 256, es yda 272. Gil Yicente : es nacido, son pas ados. A la fin du XV® siècle ser et haber avaient encore presque les mêmes droits :
es nacidOy ha nacido, es venido, ha venido se trouvent chez les mêmes auteurs. Garcilaso semble appliquer partout haber, mais Cervantes dit encore au moins es muerto ; d do sois idos? Num. 2, 2 (p. 42); era venido 2, 2 (p. 31). — Le portugais se sert de l'auxiliaire ter : tem sido, estado, ido, dormido, cahido, vivido, morrido\ mais d'anciens auteurs, comme encore Ribeyro, disent aussi bien sou ido, sou vindo, sou crecido, sou passàdo ; foy llegado dans une chanson galicienne d'Alphonse X, Nohl. del Andal. 152^; este saydo D. Din. 136; este passado 137; eu soon chegado Trov. n. 78. — Enfin le daco-roman emploie partout son verbe aveà : am fost (= esp. ?ie sido), am venit, mers, trecut, remas, cazut, tecut, crescut, mûrit, aussi s' au nescut (il est né). A partir de quelle époque ? C'est ce qu'on ignore.
3. Le verbe réfléchi, qu'il soit propre ou impropre (voy. p. 175), forme ses temps périphrastiques (qui sont les mêmes que ceux du verbe transitif) en italien, en provençal et en français avec esse, en espagnol et en valaque avec habere, en portugais avec tenere. Pour ce qui concerne les trois premières langues on peut donc observer que sum à la voix réfléchie marque le parfait, à la voix passive le présent. Exemples du verbe réfléchi propre : ital. io mi sono doluto, mi sono riso, mi sono taciuto, io mi fossi lodato, eglino si sono feriti ; prov. me sui meravilhatz, se son batut ; franc, je me suis réjoui, ils se sont blessés \ esp. yo me he alegrado etc.; val. m'am mirât, m'am fost mirât ; port, eu me tenho lembrado ; o amigo se tem ido. Exemples du réfléchi impropre : ital. io mi sono proposto qc.\ ella si è stracciato il viso; fr. je me suis causé du chagrin ^ Si l'on considère le pronom comme étant nécessairement un accusatif, la périphrase avec esse peut étonner ; mais elle s'explique lorsqu'on l'examine de plus près. En efîet avec les verbes réfléchis qu'on doit reconnaître comme intransitifs, tels que io mi pento, io mi maraviglio, le pronom personnel ne peut avoir d'autre fonction que de faire ressortir l'activité interne, sans se trouver, logiquement parlant, sous la dépendance du verbe. Ici l'emploi de habere était impraticable, car cet auxiliaire, dans le système primitif, demande à être suivi d'un participe passif : ha lodato gli amici
1. L'emploi de avoir pour être n'est pas sans exemples dans l'ancienne langue et dans les patois, voy. à ce sujet Ghabaneau, Histoire et théorie de la conjugaison française p. 34, qui en donne un certain nombre.