TRAITEMENT DU PARTICIPE
1) Dans le verbe transitif, qui ne prend comme auxiliaire que hahere ou tenere, jamais esse, le participe devrait, d'après l'exemple donné par le latin, se construire avec le régime et s'accorder avec lui, de sorte que habeo ahsolutmn carmen donnerait en ital. ho compita la canzone, en esp. tengo acabada la cancion. Et, à la vérité, cet accord avec le régime n'a pas encore disparu, mais la langue a établi à côté un autre procédé qui ne pouvait guère ne pas se produire. En effet comme hahere dans cette construction a passé de sa signification concrète à une signification absolument abstraite, qui était déjà trèssensible dans les formules latines sans régime neutre comme haheo cognitum, hdbeo perspectum, la force transitive de ce verbe devait nécessairement s'efiacer ; il devait se fondre avec le participe suivant en une seule formule pour pouvoir gouverner le régime, et de cette façon le participe s'est pétrifié en une expression neutre désormais incapable de flexion. On nomme' le participe construit, suivant l'usage latin, avec le régime et accordé avec lui, participe variable, et celui qui se rapporte simplement au sujet, invariable. Au point de vue de leur signification dans la proposition on peut aussi bien nommer l'un objectif ei l'autre subjectif. Sur l'emploi de l'un ou de l'autre de ces participes la grammaire donne des règles précises ; celles du français sont les plus strictement déterminées, aussi les présentons-nous ici en premier lieu.
Règles du français. 1) Le participe est invariable lorsqu'il précède le régime : j'ai vu la maison ; j'ai reçu les lettres. — 2) Il est variable lorsqu'il le suit. Le régime est alors soit un pronom personnel , soit un relatif : je les ai vues ; les lettres que j'ai reçues. Chez les anciens auteurs c'est souvent aussi un substantif amené à cette place par inversion ; Corneille dit encore : aucun étonnement n'a leur gloire flétrie (au lieu de flétri leur gloire) Hor. 3, 5 ; et l'on trouve dans La Fontaine : j'ai maints chapitres vus Fabl. 2, 2, et d'autres exemples encore. Il faut remarquer à ce propos : a) Si le participe est suivi d'un infinitif, la règle reste en vigueur, tant que l'accusatif du pronom est regardé comme dépendant du participe : je L'ai vue danser ; l'histoire que je vous ai donnée à étudier ; la résolution que vous avez prise d'aller à la
en sont dérivés, pour leur appliquer la règle donnée ci-dessus. Ex. junto passif, juntado actif, suelto pass., soltado act. et même manifesto pass., manifesiado actif.
campagne. Il n'en est pas autrement lorsqu'un second participe dépend du premier, par exemple : ces bras que dans le sang vous avez vus (non pas vu) baignés. C'est à peine si le poète peut s'affranchir de cette règle, comme l'a fait Racine, lorsqu'il dit : tantôt à son aspect je l'ai vu {vue) s'émouvoir Athal. 5, 2. Mais si l'accusatif dépend de l'infinitif, le participe reste invariable : la route que l'on a commencé à suivre, aussi lorsque T infinitif n'est pas exprimé : vous lui avez rendu tous les services que vous avez pu ou diX (se. rendre). En conséquence rinfinitif dépendant de voir et d'entendre peut être caractérisé comme actif ou passif : je l'ai vue peindre, je l'ai entendue chanter répond à vidi eam pingentem, audivi eam canentem, mais je l'ai vu peindre, je l'ai entendu chanter répond à vidi eam pingi, audivi eam cani. Cependant les participes de faire et de laisser suivis d'un infinitif restent invariables parce qu'on les regarde comme n'exprimant avec ce complément qu'une seule idée : on les a fait mourir, on les a laissé tomber, b) Si le participe a sous sa dépendance une phrase commençant par que, il ne peut être fléchi : les livres que vous n'avez pas voulu que j'étudiasse, c) Si le participe est suivi du sujet de la phrase, il est également invariable, selon certains grammairiens, mais il semble, d'après l'usage le plus suivi, devoir s'accorder : la lettre qu'a écrite le roi. — Diverses exceptions à ces règles ont été signalées par Monnard, Chrestom. I, 141.
Le provençal ne connaît pas de règle stricte, mais il fléchit volontiers, surtout lorsque le régime précède; après le relatif le participe est partout fléchi ; voy. à ce sujet les Leys II, 382. Voici seulement quelques exemples pour établir la comparaison avec le français : 1) Participe placé avant le régime : ai fag tantas clamors Choix III, 278 ; que renégat a tota cortesia Y, 5 ; mais a forostada honor ibid. 13 ; ai passatz pons ni planchas 33. — 2) Participe placé après le régime : la doussa votz ai auzida Choix III, 91; l'avia gent servida 92^; la chanso quel joglar avia fâcha V, 32 ; la crotz qu'avem perduda IV, 115; mais qu'ieu ai sufertz III, 249 ; falsa mortz quens a faitz partir (en français on dirait fait partir)
1. Guillem de Tudela, G A. 160, dit lor a messa caniat pour cantada. Il semble qu'on ait cru avoir affaire ici à un composé, et ce sentiment pouvait être causé par le substantif messacantan (cat. missacantant, esp. misacantano). Mais on n'aurait certainement pas employé un présent ieu mebsacanii.