PRONOM PERSONNEL. PÉRIPHRASE
latin et en allemand on intercale souvent un datif du pronom de la première et de la deuxième personne pour donner plus de chaleur à l'expression (dativus ethicus), comme wç /.aXcç [xzi 6 Tiariuo;! quicl mihi Celsus agit? das war dir eine Geschichte! Si Ton met à part les cas où le pronom donne au verbe un sens moyen et où par conséquent il doit toujours, au point de vue de la personne, s'accorder avec le sujet (ital. io 7ni taceva ; ella si sedea), cet usage semble se présenter moins souvent dans nos langues. Cependant il faut considérer comme attenant à ce procédé l'emploi de ecce lorsqu'il est uni à tibi ou vobis : ecce tibi Sebosus ; ital. eccoti un nuovo accidente ; v.esp. afevos dona Ximena ; prov. vecvos l'emperador ; v.fr. es-vous un 7nessagier\ val. eaccetelu. C'est le v.français surtout qui nous en fournit d'autres exemples : pernez mei Michée ! {tollite Michaeam !) LRs. 338 ; ce pautonnier me pendes ! ÈCam. 310; la me noiez! NFC. II, 2Q ; le m' ochies! SSag. p. 119; de même regardez moy la mine de ce galand H. Es tienne Hypomn. p. 172 ; je vous luy ay bien chanté sa leçon ibid.
10. Une expression périphrastique destinée à représenter le pronom personnel a été formée en provençal et en v.français au moyen du mot corpus (corps, cors)^ en sorte que meum corpus a un sens identique à ego. C'est en provençal que cette périphrase est le plus usitée, par ex. non puescon mesclar vostre gent cors encontral mieu (ils ne peuvent pas séparer votre beau corps du mien , c'est-à-dire vous brouiller avec moi) Choix III, 142 ; quel vostres cors so teinh' a mal ibid. 8 ; bem 77ieravil cwn vostre cors s'orguelha 22 ; ieu noii sai ges son cors s'el s'azauta de me Jfr. 90^; v. franc, mon corps se pendera QFA. 564; mes corps est liiés du fort lien de mariage Ccy, 218 ; ne volray mon corps remarier ChCyg. 679 ; quant men cors y venra HCap. 119 ; par un des siens e par mon cors soit la bataille Parton. I, p. 93 ; de même aussi le cors Rollant pléonastiquement pour Rollant, voy. Roi. p. 19. En v.esp. cuerpo peut signifier personne, vie, âme, on trouve Bacus, mi cuerpo venturado Alœ. 218, comp. Bc. Mil. 850. 869 ; mando vos los cuerpos servir PC. 1880; quitar el cuerpo 1043; alegrôsle tod' el cuerpo 3195 ; puso el cuerpo en aventura Sanch. I, 175. Le latin employait aussi corpus, comme le grec awjjLa, pour personne (salvete optuma corpora Enn. ex. Med.). Une expression plus abstraite que le roman corps et beaucoup plus usitée est le m. h. allemand lîp : got hazze sînen lîp=z i^r. dieus azir S07i cors: Sïvrides
lîp = v.fr. cors Rollant ; min lîp der was gedanke vol ; ir lîp ist vro \ ez bekumberte minen lîp. De nos jours les langues romanes emploient avec une valeur pronominale le classique PERSONA, autrefois on usait moins de cette liberté : ital. struggon di dolor la 7nia persona = me GCav. 282 ; campatemi la persona CN. 88 ; pr. ai ma persona plena de gran tristor Choix lY, 78 ; guarda ma persona 421. Gomp. encore l'anglais no hody, every hody.
1. Quelques langues possèdent deux formes pour le possessif, Tune conjonctive, l'autre absolue; dans les autres la même forme sert aux deux emplois. 1) En espagnol mi, tu, su et mio, tuyo, suyo sont conjonctifs, mais seuls les trois derniers ont en même temps la valeur absolue : mi amigo, el amigo mio ; aquel es enemigo tuyo y no suyo ; el mio, lo mio, los mios (v.esp. lo so pour lo suyo par ex. FC. 986). La seconde forme n'est pas plus expressive que la première, aussi les voyons-nous employées comme synonymes l'une à côté de l'autre : mal tratas mi amor y la fe mia\ mi bien y gloria mia! — 2) En provençal aussi mon, ton, son et mieu, iieu, sieu sont conjonctifs, et la seconde forme est aussi absolue : mos amies, lo mieus amies ; no sia fâcha la mieua voluntat, mas la tieua ; despendre lo sieu. — 3) En français mon, ton, son sont seulement conjonctifs ; le mien, tien, sien seulement absolus. Le pronom absolu ne s'emploie plus guère comme attribut : au lieu de ces fruits-là sont miens on dit mieux sont à moi ; ce livre est à vous, mais ital. questa casa è sua ; esp. este jardin es tuyo ; port, isto he meu.
2. Sur le rapport du pronom avec l'article, dont nous avons réservé jusqu'ici l'explication, il faut observer ce qui suit. 1) L'article défini est absolument nécessaire au possessif grec (ô Goç BouXoç), le possessif gothique et v. h. allemand le prend à volonté {so giba theina, thaz mînaz hluot). En roman les diverses formes du possessif conjonctif (car c'est de ce pronom seul qu'il est question ici) aussi bien que les différentes périodes de la langue déterminent la distinction suivante : les formes qui ne peuvent que précéder le substantif écartent partout l'article à l'époque moderne, celles qui sont mobiles (voy. à la quatrième section) s'accommodent avec lui. a) Le possessif italien demande l'article {il mio libro, il lihro mio), sauf dans les cas suivants :
a) Des titres de parenté employés au singulier le rejettent : mîo padre, vostra madré, loro zio^\ si le titre de parenté est caractérisé par un nom propre ou accompagné d'une épithète, l'article reprend ses droits : il vostro figlio Antonio, la vostra signora madré, la sua hella moglie, et de même partout au pluriel : le vostre mogli etc. (i) Des titres abstraits se passent également de l'article : vostra Maestà, sua Santità. Mais ni la règle, ni les exceptions ne sont strictes : il arrive souvent qu'on supprime ou qu'on tolère l'article là où la grammaire en prescrit ou en défend l'emploi. — b) Le possessif espagnol mi, tu, su se passe partout de l'article : mi lïbro, sus caballos. Mais les ainciens l'appliquaient à leur gré : le Poema del Cid débute par de los sos ojos et présente encore las sus hocas 19, las sus fîjas 21h, el mi corazon Bc. Or. 537 ; les Castigos disent el tu padre, el su cuerpo, la tu vida, la mi simiente, mais aussi sans article tu fecho etc., au xv® siècle encore on le trouve chez le marquis de Santillana, J. de Mena, dans le Cane, g en. , plus tard dans les poèmes populaires, dont Cervantes imite le style quand il dit dans une chanson la mi madré Nov. 7. Aussi lorsque don Quichotte veut parler à l'ancienne mode dit-il la vuestra fermosura. Le second possessif m.io, tuyo, suyo consent au moins à se placer après le substantif précédé de l'article : el suceso mio, los sucesos nuestros ; les anciens le mettaient aussi en tête avec ou sans article : el ynio senor PC. 1942, los mios dias 220, mio amigo 1472, mio buen cavallo 506. — c) Le possessif portugais est traité presque de la même manière que le possessif italien : il s'emploie avec ou sans article, et ce dernier cas se présente lorsqu'il s'agit de noms de parenté ou de titres : a minha casa, minha casa, meu tio, minha mai, teus filhos, vos s a Mage stade. — d) Le provençal mieus etc. se fait volontiers accompagner de l'article : la mieua ma, lo tieus renhatz, H tiei sospir, per los nostres peccatz ; mais aussi mei oill, nostre senher ; mos, tos, sos le laissent de côté. — e) L'article est tout-à-fait étranger au fr.
1. Peut-être parce qu'ils sont assimilés à des noms propres et qu'ils n'ont pas besoin d'être individualisés? En v. h. allemand on dit aussi bien min fater que der mîn fater. Mais le bulgare se com porte comme l'italien : basta mi (mio padre) sans article, mais ke'ste te mi {la mia casa) avec l'article, voy. Miklosich Vergl Gramm. I, 263. — Toutefois Mussafla remarque à propos de l'exemple cité ci-dessus : « Non loro zio (p. es. andô), ma il loro. L'articolo s'omette solo quando è predicativo : io sono loro zio. »
mon, ton, son. Chez les anciens les formes primitives mis. Us, sis le repoussent, tandis que les formes dérivées miens, tuens, 5wen5 s'en font escorter, par ex. tu ies H miens filz Psaut. Choix Yl, 145; les meies leis TCant. p. 68; lœtoie merci G Vian. 492; pur le soen deu Roi. p. 3, la sue grant ire 154 ; au contraire deus H doinst sue amur. Cet usage s'est maintenu jusque dans le courant du xvi^ siècle, époque à laquelle Marot et Rabelais disaient encore le sien traict, les membres siens. — f) Le possessif valaque ne peut pas se passer de l'article ; on dit ainsi prietinul meu (ital. l'amico mio) et avec un adjectif : prietinul meu gel mai hun (l'ottimo mio amico). Les noms de personne même l'exigent, et il les suit lorsqu'ils sont masculins : Petrul meu, dat. Petrului yneu, sans posses. lui Petru ; cependant les noms de parenté au singulier peuvent s'en passer comme en italien : frate meu, socru seu. — 2) Le roman a aussi la faculté de construire Varticle indéfini avec le possessif, qui se présente alors sous sa forme absolue. Il faut à ce propos remarquer une circonstance particulière. En italien, de même qu'il mio servit or e signifie « le serviteur que j'ai », un mio servit or e signifie « un serviteur que j'ai » {servum aliquem meum) et non « un de mes serviteurs » (unum ex servis meis), ce qui serait rendu par uno de servitori miei. Parfois le possessif forme tout-à-fait pléonasme : avea una sua moglie CN. 112; aveva una sua donna Dec. 4, proem.; per far una leggiadra sua vendetta P. Son. 2. Esp. un criado mio {una su hermana pour suya BQuix. 1, 35); port, hum meu amigo, hum filho seu. Pr. us mieus amicx (quelquefois avec le possessif conjonctif W5 505 filhs Choix Y, SS)\ v.franç. un suen humme, un soen drut, un lur deu Tervagant, un vo ami RCam. 78, eyi une siemie épistre H. Etienne, un 7nien allié Mont.; pléonastiquement comme en ital. : Gunter avoit un soen chastel Havel. v. 53. Cette combinaison élégante n'est plus permise au français moderne : il ne peut plus disposer que du génitif partitif. — Ainsi se comportent aussi avec le possessif certains pronoms indéfinis et noms de nombre, surtout en italien : gli altri suoi consorti, alcun suo atto, ciascun vostro parente, nessun tuo passo, nulla sua tenzone, ogni lor casa, tanti amici suoi, duo miei sensi, tre nostri cittadini, mille miei mali. Esp. algun escritor nuestro, sin ningun merecimiento vuestro, qualquiera razon tuya, con mucho dolor suyo, con tanta solicitud mia ; port. outro seu irmâo, qualquer meu amigo. Prov. nulhs mos
plazers Choix II, 238; v.fr. un mien autre hostel TFr. 527, quelque sienne dévotion Mont. 1, 3. En v.h. allemand et en m. h. allemand on dit comme en italien : ein thîn gisihha, ein mm wange, dehein sîn kint.
3. Emploi àxx personnel pour le possessif . — 1) En grec les possessifs de la première et de la deuxième personne sont souvent remplacés par les génitifs des pronoms personnels, et le possessif de la troisième par le génitif de aùiéç. En latin cet échange n'est pas admis pour le génitif de possession et lorsqu'il se présente on le considère comme un hellénisme. En roman il n'est pas non plus d'usage de dire il libro di me, le livre de moi, un amico di te, un ami de toi, au lieu de il mio lihro, mon livre, un tuo a^nico, un de tes amis. Le gr. r.izzp y][jl(Ï)v ne peut donc être exprimé en latin que par pater noster, en roman que par nostro padre, notre père, à quoi répond aussi l'ail. Vater unser. Le pronom personnel ne se présente que rarement : ainsi par ex. en esp. el aima de mi CGen. 313 ; juro al cuerpo de mi GVic. 95; et un peu plus souvent déjà au nord-ouest : prov. al cuiamen de me LR. II, 430; por Vonor de se Chants rel. n. 18 ; segner de nos 14 ; seinor de me Jfr. 120^ ; sciencia de lu{i), separacio de lor, voy. Revue des lang. rom. I, 10; v. franc, par la salveté de tei (per salutem animae tuae) LRs. 155 ; la feblece de nos Brut I, p. 309 ; l'ame de vous TFr. 488 ; le cueur de vous Mar. II, 343. Tout cela ne s'applique toutefois qu'au personnel dépourvu de genre ou personnel proprement dit, lat. mei, tui, sui ; le mot variable ille, qui doit à la nouvelle langue d'être entré dans la classe des pronoms personnels, remplit souvent les fonctions de suus (voy. le paragraphe suivant); c'est surtout à l'égard de la personne à laquelle on parle qu'on est tout-à-fait libre de dire en italien la sua ou la di leicasa. Si le sujet, au heu de posséder, est dans une relation de dépendance, le génitif du personnel est bien à sa place, comme lat. pars mei, ital. una parte di me, prov.per amor de me, îrsmç.pour l'amour de moi. Le passage qui s'opère en latin du personnel objectif au possessif (à'invidia tui à invidia tua) n'est pas non plus étranger au roman, sans parler de la formule bien connue per amor mio, por mi amor. Exemples : ital. in Amor mess' ho tutto mio pansare ed in sua suggezione (soumission envers lui) PPS. I, 47; chi non ha già l'ingiurie nostre intese? (= lat. injurias nostras) Ger. 4, 12, comme esp. vengar su injuria, franc, venger ses injures ; esp. su Victoria estimo (la victoire
sur elle-même) Cald. I, 90^ ; mi respeto (respect à mon égard) 13^; port, saudades tuas (= desiderium tuum aspiration vers toi), expression très-usitée ; prov. vist ai vostre trachor (c.-à-d. trachor de vos celui qui vous trahit) Choix III, 402 ; franc, sans votre respect (au lieu de le respect de vous) Mol. Crit. de l'école des ferames, se. 4. La tournure italienne un suo migliore pour un migliore di se (un qui soit meilleur que lui) Nann. Lett. I, 75 se rattache à ces expressions. — 2) Gomme dans d'autres langues le datif du personnel, quand il se trouve sous la dépendance d'un verbe, peut avec élégance, ou lorsqu'on n'insiste pas sur la possession, prendre la place du possessif. Ital. egli mi è figliastro ; voi mi sete amico ; ruppemi l'alto sonno nella testa Inf. 4 ; vedendoti la notte al lato P. Son. 317; hen fu rabbiosa tigre a lui nutrice Ger. 4, 77. Esp. si vostio no me fuessedes etc. SRom, p. 13; port, vejote o coraçào triste (c.-à-d. vejo o teu cor. tr.) R. Egl. 2. VvoY. serai li hom Choixlll^ 11 \ li sui amans ibid. 123 ; franc, je me suis cassé le Iras (on ne dirait pas bien j'ai cassé mon bras). Lat. pater mihi m^ortuus est; pes mihi tardus erat ; abii ad proœumos tibi, qui erant. Ter. Heaut. 5, 2.
4. Réfléchi. — A côté du réfléchi personnel sui dont il a été question plus haut se place en latin le possessif suus ; il renvoie au sujet logique qui grammaticalement peut être régime : bestiis homines ad utilitatem suam utuntur ; hune sui cives amant (= hic a suis civibus amatur), tandis qu'on emploie ejus lorsque le pronom n'est pas réfléchi : Cleopatra sibi aspidem admisit et veneno ejus eœstincta est. Dans les cas où il ne peut y avoir d'équivoque suus est susceptible de prendre aussi la place de ejus, comme dans la phrase Scipio suas res Syracusanis restituit. Les langues filles connaissent aussi cette distinction, mais elles ont troublé l'ancien rapport. Il faut rappeler à ce propos qu'en vertu d'une atteinte portée à l'organisme de la langue suus, qui se rapportait en latin à un seul ou à plusieurs possesseurs, a été supplanté par le démonstratif zY^orwm (en sarde par ipsorum) quand il exprime la possession de plusieurs. Seuls l'espagnol et le portugais ne se sont pas conformés à cet usage. Il arrive "parfois, à la vérité, de trouver suo pour loro même chez d'anciens auteurs italiens, par ex. Inf. 9, 24 Eriton che richiamava l'ombre a' corpi sui; Lee. 5, 2 poichè gli arcieri del vostro nimico avranno il suo saettamento saettato ; voy. par ex. Gorticelli 1, 19, Blanc p. 283.
— Les règles qui président à l'emploi du possessif de la troisième personne vis-à-vis du démonstratif 27/(? sont les suivantes : 1) Le sujet exige, comme en latin, que sa possession soit indiquée au moyen du possessif : it. 7nio fratello vide la sua casa, i miei fratelli videro le loro case ; i suoi condttadiyii Vamavano ; esp. mi amigo ha visto d sus priynas, mis amigos han visto d sus priynas ; franc, il aime son ami, ils aiment leur ami, leurs amis. Mais de même qu'on trouve çà et là le personnel de la première et de la deuxième personne employé pour le possessif (voy. plus haut § 3), on constate aussi cet échange pour la troisième personne, par ex. v.fr. H rois ert affeblis del sanc de lui (de son sang) Gar. I, 41. — 2) En outre, tandis que l'emploi du pronom personnel qui répond à suus s'est beaucoup restreint (voy. plus haut p. 55), le pronom possessif de la troisième personne prend souvent la place du lat. ejus et cela : a) Lorsque le possesseur n'est pas nommé dans la même phrase : ital. il suo cavallo è hello ; conosco il suo amico ; esp. sus razones son malas ; he visto sus grandes aposentos ; franc. son jardin est beau; il nourHssait leur père. Il peut résulter de là que les réfléchis suus et se se rapportent à des personnes difierentes, comme esp. los discipulos se espantaron de sus palabras (discipuli obstupescebant in verbis ejus) et souvent. Le style le plus ancien présente quelquefois illius (= ejus), par ex. vaud. la ley de luy (fr. sa loi) deguessan gardar Choix II, 82; v. franc, li cors de lui (son corps) vaut bien chevaliers dis Gar. I, 29. b) Lorsqu'on attribue une possession au régime : ital. egli trovô un uccello nel suo nido ; esp. aquel le via en su resplandor ; franc, mon ami aime la rose pour ses couleurs. — 3) C'est au démonstratif (déterminatif) qu'il appartient d'écarter les équivoques, comme en latin et en allemand (ejus, dessen), mais ce soin reste souvent à la charge de la logique. C'est la langue littéraire italienne qui se comporte sur ce point le plus scrupuleusement, ainsi elle rend vidit patrem suum et ejus par egli vide suo padre et egli vide il padre di lui. L'espagnol semble plus néghgent, car si l'on trouve la distinction exactement établie dans aquel viô su padre (patrem suum) et aquel viô su padre de él (ejus patrem), on trouve aussi limpiô sus pies con sus cabellos (extersit pedes ejus capillis suis) où l'on aurait pu s'en tirer en mettant sus pies de él. Le français est à la vérité trèsfavorable au possessif, cependant il le remplace par l'adverbe en lorsqu'on attribue une possession à un être inanimé déjà DiEz in .5
connu : cette affaire est délicate, le succès en est douteux pour son succès ou le succès d'elle, et cette dernière forme n'est pas tolérée par la langue d'après ce qui a été dit à la p. 44. En valaque la distinction classique entre suus et ejus (seu et lui) serait encore en vigueur (d'après Alexi), mais des phrases telles que un tate supusilor lui {pater suhditorum suorum) vont à rencontre de cette opinion. — L'hésitation entre suus et ejus remonte jusqu'au plus ancien moyen âge, on trouve par ex. quia mihi ah adolescentia eorum deservisse noscuntur Bréq. 112^ (ann. 615); haheat casa[m]cum adjacentia sua Mur. y, 1009 (ann. 754); dictas villas cum illorum fines HL. I, 26 (ann. 782); vir autem suus {ejus) in grandem tribulacionem erat Rev. des lang. rom. II, 52 (viiiMx® siècle).
5. L'usage d'un possessif pléonastique s'est surtout implanté au sud-ouest. En effet, lorsque la possession a déjà été indiquée par le génitif de la personne qui possède on ajoute encore souvent et avec élégance le possessif à l'objet possédé. Exemples, avec le génitif du pronom personnel : esp. los sus f échos dellos S Part. I, 49; nonpongas gran fieldat en su mano de aquel que te quiere mal Cast. de JD. Sancho ; su hermano dellos ; su merito de Vm. ; port, sua fermosura délia. Avec le génitif du substantif : so sohrino del Campeador PC. 142\ SOS manas de los Infantes 2181 ; su senorio de Assuero S. Prov. 52 ; su madré de dios Flor. 1,6^; que diœese a sus padres de Leonisa Nov. 2 ; port, dos sanctos nào me maio em seus louvores S. de Mir. I, 266. On trouve même un double possessif : esp. su mugier de sus parient es FJ. 60^. Ce n'est pas le personnel qui dans les phrases citées forme pléonasme, mais très-certainement le possessif, aussi ce dernier accompagnet-il tout aussi bien les substantifs au génitif, qui ne peuvent être suspects de faire pléonasme : su padre dél se comporte comme su padre de mi amigo. Les autres langues ne s'interdisent pas non plus absolument ce procédé. Ital. cotai d'amore è sua malvagia legge PPS. I, 404 ; di quel sigyiore la sua gran dolcezza II, 120. Gâtai, tu es d'amor son enemich mortal A. March C. de 7nort 5. Pr. (assez usité) son hellas sas faissos de lieis Choix III, 379 ; de cui vos vuelh comtar sa via LR. I, 549^; per esproar de quascun son semhlan Choix III, 50 ; tant era de Karle grans sos es fort z G Ross. 1746 ; son cosin del dalfln Choix V, 431 ; de met g es lor metgia B. 222; v.fr. des Normanz veient lor félonie Rou