‹ Grammaire des langues romanesChapitre 87 sur 141 · FORMES DE LA TROPOSITION SIMPLE. INTERROGATION · texte numérisé non relu

FORMES DE LA TROPOSITION SIMPLE. INTERROGATION

aussi dans la poésie populaire espagnole, mais elle n'y est pas autant devenue formule : domingo era de ramos . . . quando moros y christianos todos entran en la lid SRom. 106.

2. V interrogation, qui peut également être positive ou négative, doit être considérée à un double point de vue. Lorsqu'on se borne à demander si quelque chose est ou n'est pas, de manière à attendre pour réponse un « oui » ou un « non », on peut alors disposer de deux méthodes qui sont caractérisées par l'ordre des mots. 1) On place le verbe en tête de la phrase, de telle façon cependant que les pronoms conjonctifs et les particules négatives conservent la place qui leur revient dans la phrase ordinaire, c'est-à-dire qu'elles peuvent précéder le verbe. Les langues qui ne sont pas obligées d'employer les sujets ego, tu, ille peuvent aussi les omettre dans l'interrogation. Par ex. ital. è egli arrivato ? vuoi mi tu per marito ? non me lo sapreste dire'^. Esp. venis vos herido? dormis amigo? no tengo yo mi ahna en mi cuey^po'^. port, crês tu? queres tu ir passear? Pr. falh vos conoyssensa? a 07n mon caval emhlat ? amarai (ieu) ma enemia'^ partirai m'en ieu? no sahetz amar? ges nous par? Le français présente plusieurs particularités dans la proposition interrogative. Il faut distinguer si le sujet est un pronom personnel ou un substantif, a) Si le sujet est un pronom personnel, il se rattache au verbe par un trait d'union de la même manière que les enchtiques (donnez-moi, voy. à la quatrième section) : lui donnent-ils? ne lui donnent-ils pas? le leur donnerons-nous ? ne le leur donnerons-nous pas ? en désirez-vous? n'en désirez-vous pas? y viendrez-vous? ny viendrez-vous pas ? Au point de vue de la forme, il faut observer ce qui suit : a) La troisième personne, lorsqu'elle se termine par une voyelle, reprend son t originaire en l'accompagnant d'un trait d'union; par ex. a-t-il? parle-t-elle ? aime-t-on? vous V a-t-il donné? mais on dit en v. français, au moins dans les dialectes et encore pendant toute la durée du xiv^ siècle : aime-07i? fu-il? comp. t. 11, p. 232. (3) Devant je Ye muet se fait entendre de nouveau et on le munit de l'accent aigu: parlé-je? aimé-je? exclamatif : dussé-je! b) Si le sujet est un substantif ou un pronom (excepté un pronom personnel atone), il se place au début de la phrase, comme dans la forme affirmative, et l'interrogation est marquée par un pronom personnel agglutiné au verbe, qui renvoie au sujet : l'âme de l'homme est-elle immortelle? vos sœurs vivent-elles encore? non pas vivent encore vos sœurs? comme en v. franc, est Saul

entre les prophètes? D'autres langues aussi favorisent cette construction du sujet en tête de la phrase : ital. il padrone è egli in casa ? Aux deux formes indiquées sous a) et b) le français peut encore en substituer une troisième, en intervertissant l'expression citée plus haut c'est que en est-ce que : est-ce que je parle ? (ce qui est préférable à l'expression dure parléje?)\ est-ce que vous m'entendez? est-ce que mon père est venu? est-ce ainsi que vos yeux consolent ma disgrâce? Si l'on veut insister particulièrement sur le nom, on le place dans la première phrase et on fait suivre le relatif : estce nous qui avons fait cela ? Le valaque a aussi ses particularités. 1) Il place bien le verbe en tête, mais de telle manière que dans les temps périphrastiques l'auxiliaire suit le verbe principal. Ex. seversesti lucrul? {perficisne opus?)\ are el vin bun? (habetne vinum bonum?)\ esti sanitos? (esne sanus?)] veniva stepenul casei? (veniet herus?); venivoiu? {veniam?). Avec le verbe substantif VsMvihvX se place en tête : cald è? bune è cale? {fiona est callis?). — 2) On applique la construction de la phrase ordinaire, et en ce cas on marque l'interrogation en prolongeant d'une façon particulière l'accentuation de l'attribut, comme dans it. ella è bella ? esp. el padre viene ? tû no ères Pedro ? port, tu nâo sabes o porque? prov. tu non entens? fr. il a gagné? val. acest om tzi au adus calu^

3. La réponse à ce genre de question se fait comme en allemand avec une simple particule : pour la réponse positive ital. SI, esp. si, port, sim, pr. oc, o^ fr. oui, dans les deux derniers dialectes si s'emploie aussi pour un « oui » énergique ; pour la réponse négative ital. esp. no, port, nâo, pr. non, no, fr. no7i (t. II, p. 443)2. Il faut encore observer ce qui suit : 1) On prépose ou on ajoute en provençal à la simple particule le pronom personnel lorsqu'on veut insister sur l'idée, mais cette addition n'est pas nécessaire, par ex. amas trop? ieu oc Choix V, 332; autreyatz lom vos? o ieu III, 163, de même dans //r. 57 a; voletz vos combatre'^ oc nos Fer. 2267 ; poyray m'i fizar?

1. Le prov. oc est le latin hoc, mais cette dernière particule peut aussi bien nier, par ex.: numquid aliud? rép. hoc (seulement cela, pas autre chose) Plaute, Bacch. 4, 4, 105 ; en provençal on dirait al ren voletz ? no.

2. Les locutions françaises dire que oui, que non se rendent en italien par dire di si, di no, en espagnol par decir que si, que no {decir de si, de no PC. 3220, Alx. 1523), en provençal par dir d'oc, de no.

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