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DEUXIEME SECTION

La proposition composée est formée de plusieurs propositions qui s'unissent en un tout grammatical, et sont entre elles dans le rapport de propositions principales et de propositions subordonnées. La liaison se fait par un mot de nature relative, une conjonction ou un pronom, et souvent elle se comprend d'elle-même sans secours extérieur. Il faut distinguer de la proposition composée au sens propre un autre procédé, en vertu duquel plusieurs propositions indépendantes les unes des autres sont réunies au moyen de conjonctions spéciales, souvent démonstratives ; c'est ce qu'on nomme la coordination. Ce procédé qui, par quelques côtés, se rapproche beaucoup de la proposition composée, sera aussi étudié dans la présente section.

Une particularité des filJes du latin qui demande à être signalée en premier lieu est que l'assemblage de la proposition principale s'opère dans la plupart des cas par une seule et mêyne particule, qui, ou bien est à elle seule suffisante, ou bien s'unit à des adverbes et à des prépositions pour leur communiquer une force conjonctionnelle. Cette particule est que (ital. che), mot d'un usage si étendu que même l'ail, dass, à plus forte raison ut ou cTi, est hors d'état de la représenter complètement. Il n'est pas facile d'indiquer le mot latin d'où procède cette importante particule. La forme la plus ancienne est quid dans les Serments devant une voyeUe, dans Eulalie qued devant des voyelles, que devant des consonnes; l'italien dit de même ched et che, le provençal quez {z pour d) et que. Ces formes renvoient à quid, non pas à quod, qui se serait, selon toute vraisemblance, continué sous la forme co (ainsi l'esp. al go est ^oviiàe aliquod). On ne présume pas trop de l'individualité de la nouvelle langue en admettant que le pronom interrogatif quid, qui en latin déjà était en train de passer à un sens relatif abstrait {faciendum, est quid vis, loquere quid velis), a été transformé en un pronom relatif neutre, puis en une conjonction ^ Que est un

1. En b. latin la forme que est tout-à-fait usitée dès le commencement du VIII* siècle, par ex. suiit anni quinquaginta, que hic me collocavi Brun. 441 (ann. 715); dans la même charte aussi triginta anni quod; talisque

296 PEOPOSITION COMPOSÉE.

simple mot formel, sans signification sensible, une copule de la proposition subordonnée, aussi peut-il souvent être absolument omis. Lorsqu'on dit en ital. vedo, egli viene ; prego, me lo diciate ; egli è si saggio, non puô errare, on a là des phrases indépendantes au point de vue de la forme, qu'on peut, sans les modifier matériellement, réunir au moyen de que en un tout grammatical, dont elles représentent le sens au point de vue logique. Or, aucun mot ne se prêtait mieux à efiectuer cet assemblage que le neutre du pronom relatif, qui se présente ici comme une conjonction relative. Il faut rappeler à ce propos que le grec 5x1, le gothique thatei ne sont pas non plus autre chose que des relatifs neutres. Le grec moderne est entré dans une autre voie : il a abrégé l'Tva de l'ancienne langue en va, et a aussi attribué à ce va les fonctions de oti et d'autres encore, de sorte qu'au point de vue syntactique il répond assez au roman que. Ce mot a été aussi ajouté, comme nous venons de l'observer, à des idées adverbiales afin de pouvoir, avec l'aide de la phrase dont il forme le premier membre, exprimer des déterminations accessoires de la proposition principale. C'est de là que proviennent des combinaisons nouvelles comme ital. poichè, posciachè, subito che, anzichè, dopo che, allora che, frattanto che, giacchè, purchè, sol che , henchè, ancorachè , perciocchè etc., qui se retrouvent aussi pour la plupart dans les langues sœurs. A ces expressions répondent des formes du grec moderne comme r.çh va, (X£ To va (it. con ciô che), dq xb va (a ciô che), Tupb toîj va, et de l'allemand comme dadurch dass, seitdem dass, darin dass etc. Le latin, dans quelques circonstances, unit les prépositions avec quant, atque, ut, quod {priusquam, simulatque, modo ut, eœcepto quod) , ailleurs il ne peut recourir qu'à des particules simples. Des prépositions propres aussi se placent devant une phrase comme devant un substantif, ainsi ital. dacchè, senza che, secondo che, finchè, fuorchè, gr.mod. Bià va, ail. ohne dass, au f dass, ausser dass, bis dass. Enfin la langue s'est si

ultio consequatur, que audienies contremescanf. Esp. sagr. XVI JI, 302. (ann. 774); quid par ex. dans si quis alicui imputaverit, quid perjurasset L.Sal. voy. le mémoire de Pott, p. 142). Pour le relatif neutre, des chartes du vil* et du viir siècle emploient quod, quid, que, quem, quae, ces deux dernières formes sont en quelque sorte des euphémismes pour que. Des passages comme corpus pro quid ipse mortuus est Farm. M. app. 29, de loco quid dicitur Fum. 25 (ann. 748), ratio per quid Bréq. 500"= (ann. 751), fossa, quit vocatur Tir. 52^^ (ann. 845), grano, quit fuerit ibid. peuvent servir, dans une certaine mesure, à appuyer l'opinion exprimée cidessus.

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