CHAPITRE DEUXIÈME
Proposition conjonctionnelle pure.
Ainsi qu'on l'a remarqué plus haut, il existe des constructions svntactiques où la conjonction ne revendique pour elle-même aucun sens, et n'a d'autre but que d'unir en un tout grammatical deux propositions qui s'accordent ensemble au point de vue logique. Cette conjonction, que son manque de signification propre rend analogue au pronom relatif, est que, et l'on pourrait nommer les combinaisons qu'elle sert à former propositions conjonctionnelles absolues ou pures, pour les distinguer des combinaisons dans lesquelles cette copule donne à une idée adverbiale la force conjonctionnelle. La proposition secondaire fournit à la proposition principale son sujet ou son régime, ou bien sert à la détermination plus précise d'un membre de phrase; dans certains cas, que tient exactement lieu du relatif, ce dont il sera encore parlé à propos de la phrase relative. — Le valaque emploie plusieurs particules de liaison : ce répond généralement au latin quod ou remplace la construction de l'accusatif avec l'infinitif, se. a plus de la signification de ut, ca est le plus souvent préposé à ce.
1 . Proposition secondaire dans le rapport du nominatif. — Ce cas se présente après des verbes impersonnels ou des phrases impersonnelles : ital. accade spesso che l'uomo s'inganna ; siegue da cio che voi siete senza colpa ; è vero ch'egli è morto etc. Le valaque emploie se, par ex. trehue se [oportet), lipseste se (opus est), è timp se (tempus est). — Ici il convient de rappeler que les expressions qui indiquent une prétention, comme « il convient, il est nécessaire, il est possible, il me plaît (c.-à-d. je veux) », se construisent avec le subjonctif. Ital. convenne che là venisse con noi ; degno hen è che 'l nome pera Pg. 14, 29; non bisogna ch'io ve lo dimostri con parole ; Vasta è forza che si spezzi ; è uopo che hen si distingua. Esp. conviene que lo hagais ; es razon que obedezcas ; es bien que lo sepas ; es menester que lo cuentes ; es justo que un mismo zelo os inflame ; no es posible que venga mas ; de même aussi en portugais. Prov. se cove qu'om los assai Choix lY, 3 ; nous esta be quem fassatz mal traire I, 338 ; dregz es qu'ieu refranha III, 99 ; ops m'es
que y tenda 472 ; mestier es que sierva V, 36 ; me platz que manje IV, 67. Fr. il est juste qu'il soit puni ; il faut que vous lui obéissiez ; il n'est pas nécessaire que vous sortiez ; il est possible qu'il soit resté chez lui. Après « il semble », l'italien, de même que le provençal, emploie surtout le subjonctif, l'espagnol et le portugais se servent surtout de l'indicatif. Ital. chi è quel grande che non par che curi Vincendio'^. Inf, 14, 46; prov. par que nous envengares Choix IV, 8 ; m* es veiaire qu'ieu senta III, 84 ; me par qu'a razon respos es IV, 36. Esp. parece me que no era bien\ franc, il paraît que vous avez tort ; il me semble que je le vois (il me semble et les formes pareilles ne peuvent être suivis que de Tindicatif).
2. Proposition secondaire dans le rapport de V accusatif . — Cette construction est appliquée : 1) Après les verbes qui ont le sens à' éprouver, de dire et de signifier. Au point de vue du mode, voici ce qu'il faut observer : a) Après «^ voir, entendre, sentir, savoir, penser » et autres verbes analogues qui expriment une conviction, on emploie partout l'indicatif. Ex. ital. vedo, odo ch' egli è bugiardo ; so che non vi piace ; penso che avete ragione ; il en est de même en espagnol, en portugais, en provençal, en français, et aussi en valaque où la particule usitée est ce. Si la proposition principale est conditionnelle ou négative, c'est le subjonctif qui est appliqué le plus habituellement : ital. se vedete che cerchino d'ingannarvi ; en français notamment ignorer, dissimuler prennent ce dernier mode, tandis que ne pas ignorer, ne pas dissimuler prennent l'indicatif. Après « croire » l'usage est hésitant, même le temps auquel le verbe est employé influe sur le choix du mode. Ex. Ital. credo che viene: credo che sia necessario ; credo ch'ei cre dette ch'io credesse Inf. 13, 25 ; credeva che venisse. Esp. creed que yo lo se ; creo que lloverd esta tarde ; siempre he creido que la cosa es verdadera. Prov. crei que planha Choix IV, 40; franc, y^ crois qu'il a tort ; je crois que ce soit l'autre Corn. Ment. 1 , 4 (Voltaire blâme ce subjonctif) ; nous croyons qu'il était mort. La proposition principale négative amène ici aussi le subjonctif : ital. non credo ch'egli più m' ami ; franc, je ne crois pas qu'il réussisse. — b) Après « espérer, craindre, douter » on a le subjonctif ouïe futur de l'indicatif. Ital. sperava çhe dovesse esser pace ; spero che lo rivedremo ; temo che la venuta non sia folle Inf 2, 36; dubito che il nostro arnica venga oggi. Esp. espero que habremos de ser buenos
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amigos ; temo que no se vuelva ; dudo que sea rico. Prov. non ai esperansa que i an reys niprinceps Choix IV, 56; tem qu'amors Vaucia ; franc, j'espère qu'il viendra bientôt ; je me flatte qu'on le fera ; je crains qu'il ne vienne pas ; je doute que vos raisons le satisfassent. — c) Après « dire » et d'autres verbes qui indiquent une communication de la pensée, on emploie partout l'indicatif, même là où, comme nous l'avons vu plus haut (p. 299), on rapporte le dire d'autrui. Ital. vi confesso che l'ho fatto io ; egli disse che io aveva hen fatto ; il re ha pubhlicato che, s' alcun la difesa di lei piglia, Vavrà per moglie Orl. 4, 60. Esp. yo confieso que os debo la vida ; replico que aquel era el décor o mas conveniente. Prov. ieu die quel (c'est-à-dire que Io) bes amoros es maier ; me dis que mos chantars li plai Choix III, 86 ; el respos que avia tôt Io sen perdut V, 77 ; v. franc, cil dient que nel feront Brut I, p. 298 ; franç.mod. on dit que la paix est conclue ; j'avoue que cela est surprenant ; il assure qu'il le connaît. Si la proposition principale est négative, c'est le subjonctif qui suit : ital. non dico che voi l'abbiate fatto ; prov. ieu non die ges que ma dona erguelh aya Choix III, 13 ; franc, je ne dis pas que vous l'ayez fait^. Le valaque est la seule langue qui emploie le subjonctif pour citer une opinion : au respuns el mie cum ce aceasta se fie eu neputintze (il me répondit que [propr. : comme que] cela est impossible), comp. Clemens, Gramm. § 155. — d) Après « vouloir, désirer, prier, ordonner, permettre, défendre, promettre » , de même qu'après les verba dicendi qui se rap-
1. Quand on cite une réponse sous la forme indirecte, on peut employer que sans verbe : ital. la cameriera disse che volentieri Dec. 7, 9 ; esp. preguntôle que buscaba ? respondiô que d unos caballeros, et de même souvent. Pour citer directement la Vulgate emploie une construction avec quia qui est un grécisme,par ex. ille dicebat quia a ego sum » (ôttieyco elfxt). Cet usage se continue dans le b. latin, on trouve ainsi dicens quia « dedi arrhamy> Gr. Tur. 4, 47; dixerunt quia « nos testes sumusy> Marc. 779 (ann. 843); dice7is quod « iste mihi abstulit)) ibid. 783 (ann. 850); dicentes quia « ullum hominem non invenimus » Esp. sagr. XIX, 376 (ann. 987); dicit ci quod « ego scio, quia et credere potes » L. Long, il n'est pas devenu familier aux langues vulgaires, bien qu'elles en présentent quelques exemples : prov. Dreitz dis que « qui men, es mos enemicx » LR. 1, 458 ; li dis que « vos es trop valens)) Choix V, 161 ; us Sarrazi s'en vay al almiran comtier que « mortz es Sortibran, que tant aviatz en chier)) Fer. 4703; v. franc, li dist ensi k' « il convient ensi moi » B. Flor. p. 38; esp. dans une bible : él decia que « yo soy ».
portent au vouloir, auquel cas le latin emploie presque partout ut avec le subjonctif, c'est aussi ce mode qu'on applique. Voici seulement quelques exemples. Ital. voglio che siate sieur o délia mia affezione ; prego, desidero che m' aspettiate ; egli ordinô che ciô si faeesse ; consento che voi lo facciate ; la legge vieta che si seppellisca nella città\ ditegli che venga. Esp. quiero que lo hagais\ os suplico que me dexeis\ manda que tomasen sus espadas ; no deœo que te vayas ; prometiôles que las regalaria ; 7^eplicô que entrasen ; nos diœo que no nos maravillasemos ; il en est de même en portugais et en provençal. Franc, la loi veut que vous obéissiez ; je désire que vous ayez raison ; je vous prie que cela n'arrive plus. La particule propre du valaque est ici se avec le subjonctif, cependant on se sert aussi de ce : vreu se vedem (volo ut videamus); te rog se mi dai [te rogo ut mihi des); m'am rugat lui ce zice {mandavi ut diceret)\ as poftï ca se nu stie nimenea [vellem ut nemo sciret), exemple dans lequel ca s'unit à se. — 2) On peut aussi reconnaître ce même rapport de la proposition subordonnée après divers autres verbes qui régissent l'accusatif, comme faire, opérer, éviter et leurs négations ; on emploie ici le subjonctif comme en latin après ut, quin. Ital. fate che egli a me vegna ; non possô fare che non me ne dolga. Esp. hizo que aquellos senores se sentasen ; hicele que se retirase ; no podia escusar que no huscase ; debemos evitar que no agravemos el mal. Yal. fe se intre {fac ut intret) .
3. La construction latine qui consiste à placer un relatif ou une particule interrogative dans le rapport de Y accusatif ou du nominatif avec l'infinitif, est rendue dans les langues nouvelles par une double phrase, c'est-à-dire qu'elles expriment l'infinitif par un verbe fini dépendant de que. Ital. colui ch'io credea che tu fossi (quem te esse piitadam) Inf. 19, 77 ; le opère che pajono che abbino in se qualche virtû Mach. Lise. 1, 33. Esp. la arrogancia que dicen que suelen tener los Espanoles Nov. 10; esta suey^te es la que el cielo quiere que yo tenga Nov. 7; port, aquellas grandes honras que sabeis que 7io mundo ganhei Lus. 6, 32. Prov. cill qu'ieu die qu'aiso fan Choiœ IV, 96 ; quai vos par que sion maior? 11 ; franc, voilà des raisons qu'il a cru que j'approuverais. La répétition de ce que ne choque pas, et on la trouve dans les meilleurs auteurs ; cependant pour l'éviter on peut employer l'infinitif. Ital. il che iogiudico esser verissimo ;
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il tempo, il quale dicono esser padre d'ogni verità. Esp. el quai se dice haber muerto {qui mortuus esse dicitur) ; de quien se acordô haberle dicho. Franc, cette chose que nous avons dit appartenir à lui (voy. p. 229). On admet aussi la suppression de la conjonction devant le verbe fini. Ital. che dice (che) si chiama Pietro {qui Petrum se appellàri dicit)\ questi che vuole {che) non sia lodato alcuno {ille qui neminem laudari vidt). Esp. que dice {que) se llama Lorenzo etc., comp. plus bas § 8.
4. On ne peut concevoir la proposition' secondaire dans le rapport du génitif qu'après certains substantifs et adjectifs, comme ital. ho speranza che ; questi è degno che ; mais la langue identifie la plupart du temps ces expressions à de simples idées verbales : ho speranza = spero, ho paura = temo, è degno = mérita. Au contraire, la proposition accessoire répond dans beaucoup de circonstances à un substantif accompagné de la préposition de, et par là, dans les cas où de désigne le motif, au latin quod\ certaines langues ont l'habitude de faire dans ces cas précéder la phrase dépendante de la préposition. Le mode peut être l'indicatif ou le subjonctif : l'emploi de ce dernier est amené surtout par des verbes qui expriment un étonnement, une joie ou une affliction. En italien, on emploie simplement che, par ex. mimaravigliavache cotanto ti dilettassi di questa cosa {ïnirahar te tam valde hac re delectari) ; Varrone si maravigliô e dolsegli che tutto il pretorio Vavesse udito Dec. 10, 8 ; godo che mi ami ; si rammaricano che egli debba rimanere lor signore. L'espagnol se sert de la combinaison de que, par ex. de lo que yo me maravillo es de que mi jumento aya quedado libre BQuiœ. 1, 15; he de gustar mucho de que lo sepais ; perdoname de que me tome licencia para responder ; se olvida de que naciô libre ; discidpôse de que jamas habia entrado ; me quecco de que\ blasono de que etc. Surtout après des substantifs et des adjectifs : es tiempo de que respondas ; yo tendre cuidado de que os hagan sabidor dello ; seguro de que no los hallarian. Toutefois cette langue omet aussi le c?e : gracias d Bios que llega (non pas de que); deseoso ou sospechoso que le siguiesen. Le portugais applique de que au même usage. Le provençal met le simple que aussi après des substantifs : meravil me que auza estar Choix IV, 55; pot escusar se que non sia GO. 317^ ; ai cor quem recreya Choix III, 5; luecx es e sazos que anem servir IV, 93. Il donne ailleurs la pré-
férence à son quar causal qui est synonyme du lat. quod : non aia dol car lo pert {non doleat, quod perdiderit) GO. 250^; mot m'agrada quar vos ai trobada Choioclïl, 463; nous (= no vos) sia greu car vos am V, 49 K Le français se sert également de que, qui peut être développé en de ce que : je m'étonne qu'il ne voie pas le danger ; je suis fort aise de ce qu'il écrive si bien ; je suis fâché que vous ne m'ayez pas prévenu ; donnez-vous de garde qu'onnevous trompe ; je suis persuadé que c'est un très-honnête homme etc. Au franc, que répond le valaque ce : bucure te ce (gaude quod) ; me mir ce (miror quod) .
5. La proposition secondaire se présente à peine dans le rapport du datif pris comme cas personnel. Mais de même que certains verbes prennent un régime complémentaire qui indique l'action avec la préposition ad, ils peuvent aussi gouverner une phrase entière par l'intermédiaire de que, et dans ce cas l'espagnol prépose encore spécialement à que la particule d. Le mode appliqué ici est le subjonctif. Ex. Ital. voi m'avete stimolato che io d'amare questa mia ayniga rimanga Dec. 5, 8 ; io V ammoniva che lo dicesse. Esp. me ha obligado à que yo no le encubra Nov. 3; yo te eœhorto à que prosigas; me forzaron à que yo creyese ; esperaba d que viniese ; acudid d que ella os pague Cald. I, 14^ ; me persuado d que otra vez te he visto ibid. 12^ (où seull'indicatif pouvait être employé) ; port, eœhortar a que etc. Le français donne la préférence à l'infinitif : on l'exhorte à faire son devoir ; il persiste à rester ; mais on dit aussi il est accoutumé qu'on lui donne à travailler. — La proposition finale tient de près à cette combinaison, mais comme la simple copule ne lui sufiit plus, nous ne pourrons en parler qu'au chapitre suivant.
6. La proposition secondaire après des adjectifs et des adverbes d'intensité exprime Vaction de l'attribut compris dans la proposition principale : dans cette combinaison, le latin ut avec le subjonctif est rendu par que avec l'indicatif. Des expressions intensives de ce genre sont par exemple ital. tanto, intanto, taie, talmente, si, cosi, esp. tanto, tan, tamano, tal, asi, franc, tant, tel, tellement, si. On ne doit pas employer les composés qui marquent expressément une comparaison, comme
l. Des traductions du Jatin emploient car dans d'autres circonstances aussi : on trouve par ex. auvisz car [eu vos dissii {audistis quia ego dixi vobis) Év. de Jean éd. Hofm.