‹ Grammaire des langues romanesChapitre 93 sur 141 · PROPOSITION CONJONCTIONNELLE PURE. SM · texte numérisé non relu

PROPOSITION CONJONCTIONNELLE PURE. SM

ital. aUr étant 0 (aussi grand), altr étale, altresî, pr. atretan, atretal, atresi, franc, autant, aussi, ainsi ; ces mots prennent place dans la proposition comparative. L'intensité est aussi exprimée par des substantifs qui , ne désignant par eux-mêmes que le mode et la qualité, se passent de tout adjectif intensif : ital. in guis a, in inaniera, in modo (au lieu de in tal guisa, con sïfatta maniera), esp. de modo, de manera, de suerte, franc, de manière, de sorte. Dans cette dernière langue si que et tant que ne s'emploient que dans certaines conditions : quand il s'agit d'intensité, la proposition principale doit être positive, quand il s'agit de comparaison, elle doit être négative : il est si sage qu'il n'a pas son pareil ; il a tant de richesses qu'on ne les saurait compter ; il n'est pas si sage que son frère ; il n'a pas tant de richesses que vous.

7. Une tournure qui présente de l'analogie avec la proposition relative est celle où la proposition subordonnée, avec la copule en tête, ajoute à un objet de la proposition principale un rapport qui le détermine avec plus de précision. On dit par exemple ital. la trovai sul letto che ella dormiva (tandis qu'elle dormait, dormant); mi ritrovai in una selva oscura che la diritta via era smarrita Inf. 1,2; corne mastin ch'ultimo giugne al hue . . . che trova sol le corna Oy^l. 14, 37. Esp. aquellos que mueren que no fazen testamientos FJ. 67^ ; harallonle en el patin que queria cavalgar S Rom. 11 ; yo le vi que presidia ; port, como dayna que foi mal tratada, que se queixa e se ri Lus. 2, 38 ; como menino da ama castigado, que qumn o affaga o choro Ihe accrescenta 2, 43. Prov. hen la volgra sola trohar que dormis Choix III, 55 ; cen domnas sai que cascunam volria tener ah se P. Vid. p. 84 ; el estava ah sa moiller que mais de lieis nos (=r no se) partia Choix V, 98 ; v. franc, e H sainz s'esveilla qu'il fu en esfreur TCant. 93, 5 ; franc. mod. je lui parlai qu'il était encore au lit (où que est pris pour lorsque). Yal. eu am vezut pre frate teu cç au scris carte. Gomp. m. h. ail. sint wol drîzic, daz man âne angest sande ir islîchen (ils sont bien trente dont chacun pourrait être envoyé sans crainte) Ulr. v. Liclit. p. 148, comme prov. ac n'i trenta que cascus plora Jfr. 76^. Le verbe de la proposition secondaire pourrait être aussi remplacé par un gérondif : la trovai dormendo ; mi ritrovai essendo la via smarrita. Parfois on ne voit pas clairement si l'on a affaire à la conjonction ou au pronom que. — Si les deux phrases sont négatives, la seconde

exige le subjonctif, et il en résulte une combinaison qui peut se comparer au latin non ... ut non ou non . . . quin. Ex. Ital. non posso lodar uno che non lodi tutti (non possum laudare unum, ut non laudem omnes) ; tu non cadrai ch'io non caggia teco {non cades, quin cadam tecum) ; ne mai sarehhero iti che non avessino persuaso ai soldati etc. Mach. 1, 14. Esp. nunca me halle con ellos que no estuviese seguro; port, nâo correo muito tempo que a vingança nâo visse Pedro Lus. 3, 136. Prov. messonja nos pot cobrir que no-s mostre quoique sazo PO. 62 ; v. franc, ils ne passent en ville qu'on ne les voit gâtant QFA. 444 ; n'en mentirai que je n'en die tôt le voir Ren. II, p. 173 ; nus ne remest que tuit ne soient a l'ors batre (aucun ne resta, au contraire tous allèrent combattre l'ours) Ren. I, p. 344; fr.mod. je ne m.' en irai poi^it que vous ne veniez avec moi. Cette construction rappelle le v.h.all. denne ni kitar parno nohhein den pan furisizzan , ni aller 6 m^annô welîh ze démo mahale sculi (aucun fils des hommes ne doit manquer à l'invitation, bien au contraire ils doivent tous être jugés).

8. Omission de la conjonction. — Deux propositions peuvent aussi exprimer le même assemblage d'idées sans mot de liaison, et le roman n'est pas peu porté à se servir de cette expression elliptique. Il faut distinguer trois cas. 1) Les deux propositions sont grammaticalement séparées, le verbe de la seconde (de la proposition complémentaire) est conséquemment à l'indicatif : ital. ben credo, savete ver a moneta divisare da falsa ChoiocNl, 311 ; sacciate, eo pero PPS. I, 441 ; veggendo i Fiorentini, per forza non la poteano avère Malesp. c. 53. Esp. sep as de mi, non puedes nulla cosa levar Choix VI, 311. Prov. hen sai, mon lausars pro nom te III, 160 ; v.fr. sachiez de fi, n'est failli Thib. 123 ; quant V arcevesque vit, tuit se tindrent al rei TCant. p. 102 ; ore veit li patriarches, deus i fait vertut Charl. v. 196; quant il oient, Tristran s'en vet (vait) Trist. I, p. 142. Cette construction s'applique après les verba sentiendi, mais plutôt dans la période ancienne des langues. La même ellipse, si ce nom peut s'appliquer au procédé en question, a lieu ep. provençal et en v. français; elle est aussi extrêmement fréquente dans la proposition d'intensité (voy. plus haut § 6). On trouve par exemple ella's tan bella, (que) reluz ent lo palaz Boèce 162 ; adoncœ r émane si esbaitz, no sai on vauc Choix III, 202; sa beutatz resplan tan fort, nuegz n'esdeve jorns 38; ieit sui hom

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d'aital natura, no vuelh l'onor 28 ; v. franc, tel plenté, ja par home ri erent nombre Brut II, p. 132; qui a tel cuer, plus chante au bois FC. I, 302 ; tant ont foui, le mireoir ont desterré SSag. p. 160; vostre amor mi désirent si, mors suis, se n'aveis merci Rom. éd. B. 162. Comp. v.ital. tanto è saggia, non credo che distornasse di cio che m'impromise FPS. I, 67; certamente è tanta {la gioja) non ha dove s'asconda 191 . — 2) Le verbe principal est intercalé dans la proposition accessoire comme une parenthèse et forme une seule proposition indépendante ; c'est là un usage fort répandu. Lat. nemo posset, sat scio, hanc perpeti\ flet aliquid, spero ; maie, credo, mererer ; narra id, quaeso, quid sit. Ital. voi stessi serbate, prego, ai prosperi successi Ger. 5, 91 ; sono parole , credo, assai chiare. Esp. entendieronse, creo, estas artes; pernotar, asmo, se debe J.Enz. 34^; esa gana que dices, te ha venido Nov. ^2\ y a, me parece , vuelve mihermano. Franc, j'ai pu, vous le savez, vous laisser échapper Corn. Cinn.; v. franc, (surtout espoir) : Ja, espoir, gré ne l'en saurai. — 3) Les deux propositions sont unies grammaticalement par le fait que le verbe de la seconde est au subjonctif. Cette construction aussi est latine et d'un emploi fréquent : oro dicas ; velim existimes ; concedo sit dives ; jubé mihi respondeat ; fac intelligam ; me âmes oportet ; fremant omnes licet. On en a de nombreux exemples en roman, surtout à la période ancienne. On peut avoir dans la première proposition des verbes de toute nature. Eulalie présente déjà no7i la pouret omqi pleier {que) la polie non amast\ et Boèce : no es obs {que) fox i ssia alumnatz 164 ; fasia en so sermo {que) creisson deu 23. Exemples ital. : pregolla caramente la tenesse celata Malisp. ; non vqlle fosse recato in luogo sacro ibid. ; Varia par di f avilie intorno avvampi Ger. 1, 73; in dee non credev'io régnasse morte P. Son. 270; spera vedal colei (al. vedeï) Cz. 22, 5; né spero i dolci dî tornino Son. 100 ; temendo no'l mio dir gli fusse grave Inf. 3, 80 ; dubitava forte non gl'ingannasse Bec. 1, 1; pregandolo glielo dicesse 5, 9; le comando si uscisse di Roma Mach. Disc. 1, 13. Esp. es fuerza te quiera a ti JEnz. 22^ ; es bien haga fiestas Cald. I, 139^ ; no creo las rosas sean tan fermosas voj. Choix VI, 310; guarda toi engano no te prenda S. Prov. 194 ; le hahia pedido le dexase ; ordenôle le entretuviese y que le pusiese ; les asegurô estuviesen seguros ; de même port.

prouvera a Deos fora assi S. de Mir. I, 82. Prov. no sembla sia corals amies Choix I, 341 ; miels fora fosses campios ibid. ; volgra morts PO. 251 ; non crei pieier mortz sia Choix IV, 17 ; ar es sazos fassam son mandamen 91 ; gara nom sia celât Fer. 844 ; v.fr. et quide ce soit faerie Choix YI , 308 ; defent nés tiengiez mie TCant. p. 23 ; ne puus {peux) lesser nel die Charl. 683 ; c'estoit avis li mons deust fenir Gar. I, 41 ; ce procédé était encore usité au XV® siècle {Choix VI, 309), il est maintenant abandonné. Le bas latin l'appliquait rarement, voy. par exemple rectum est y regalis potestas illis tuitionem impertiat BL. I, 29 (ann. 795) etc. Sur ce point encore, le vieux haut allemand se rencontre avec le roman, car il supprime facilement la conjonction après des verbes impersonnels, des verha sentiendi et signiflcandi, et d'autres encore. Otfried dit thâhta, iz imo sâzi (il pensait qu'il lui convenait) 1, 8, 12 ; kundt er imo in droume, er thés wîbes wola goume (il lui annonça en songe de prendre bien garde à la femme) 1, 8, 20 ; iagilîh himîde, inan thiu akus ni sntde (que chacun prenne garde que la hache ne le coupe pas) 1, 23, 58. — Il sera parlé, au chapitre de la proposition relative, de Tellipse de que devant la négation, ce qui équivaut au latin quinK

9. Rapport avec l'infinitif. — A la proposition composée formée au moyen de la copule que répond matériellement la proposition simple suivie d'un infinitif, et il n'est pas rare que l'une de ces formes de proposition se présente à la place de l'autre. On peut dire par exemple en italien : lo vedo venir e et vedo che viene ; confesse di conoscerlo et vi confesso che lo conosco ; et en français de même : il assure le connaître et qu'il le connaît ; je confesse avoir tort et que j'ai tort. Cependant cet échange de formes n'est pas du tout indifférent. Si le second verbe n'a pas de sujet qui lui soit propre,

1. La répétition de la particule de liaison après une proposition incidente n'est pas absolument rare, au moins en v.français, par ex. afin QUE, se riens vous envoie, que vous li estoupez la voie, voy. les notes de Tobler sur le Chev. au lion p. 14; croy bien que, si le roy eust voulu, Qu'elles y eussent eïe Monn. Chrest. l, 147; je voies prie que, si je meurs, QUE vous vous monstriez amy de ma femme ibid. Ital. avvenne un giorno CHE, domandandone ella molto istaniemenie, che l'uno de'' fraielli disse etc. Bocc. (Blanc 588). Esp. viô que todas las feridas que dieron los moros â aquel caballero que andaba lidiando, que todas las ténia Antolinez etc- Cast. de D. Sancho 94^. On doit pouvoir trouver ailleurs encore de ces pléonasmes qui caractérisent le langage vulgaire.

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on s'en tient généralement à la proposition simple : au lieu de voglio sapere, spero di vedervi, on ne dirait pas aussi bien voglio ch'io sappia, spero che vi vedrô, et il en est de même dans les autres langues. Les phrases avec l'infinitif pur ne tolèrent en aucune façon l'échange de ce mode contre un mode fini. Si le second verbe possède un sujet propre, on ne peut en général appliquer que la forme de la proposition composée : ital. voglio che voi lo facciate ; fr. j'espère que vous viendrez ; cependant le second membre de cette proposition peut être rendu, suivant les circonstances, par l'accusatif avec l'infinitif: dico lui esser perduto etc. Plusieurs verbes impersonnels aussi admettent cette transformation de la proposition composée en proposition simple : au lieu de ital. conviene ch'io renda ragione ; bisogna ch'io vada ; franc, il faut que vous veniez de bonne heure ; il est nécessaire qu'on l'en fasse sortir , on peut dire aussi bien mi conviene render ragione ; bisogna andare ; il faut venir de bonne heure ; il est nécessaire de l'en faire sortir. — La transformationde l'accusatif avecl'infinitif en une proposition complète commençant par quod, quia, quoniam est un trait caractéristique de la Yulgate qui a son origine dans le gr. 5ti, car dans le Nouveau Testament (grec) l'accusatif avec l'infinitif est déjà assez rare. On trouve par ex. audiret quod regnabat (oti gaaiisusi) ; coepit dicere ad illos quia hodie iynpleta est haec scriptura (oti (njiJ.£pov TusTuX-^pwTat -f) YpaçYj); vider et quoniam illusus esset (oxi èvcTuai/ÔY)). Ce procédé communiqué au latin se présente déjà souvent chez des écrivains comme Pétrone (scio quod, video quod, dico quod), et dans les plus anciennes chartes on dit régulièrement : notum sit, quia dominus tradidit etc. Bréq. 5* (ann. 497); scimus, quia locus iste intemperatus est 21° (ann. 523) ; co gitans, quia attribuer entur 63* (ann. 566) ; cognitum est, quod etc. 69*^ (ann. 572); ad notitiam cunctorum per venir e jubemus, quoniam adiit etc. 64* (ann. 673); manifestum est multis, quoniam etc. Tir. 29^ (ann. 789); et de même partout. Cet usage b. latin a sans aucun doute sa source dans la langue populaire ; la réduction de la proposition infinitive à la proposition composée a dû se produire très-facilement, mais moins par suite de la chute des flexions (en tant qu'elle entraînait la confusion du nominatif et de l'accusatif) qu'en vertu de la tendance générale à décomposer les tournures simples en locutions périphrastiques.

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