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CHAPITRE TROISIEME

Propositions conjonctionnelles adverbiales.

Les propositions conjonctionnelles adverbiales ajoutent à la proposition principale, qui à elle seule forme un tout complet, une détermination plus précise, une circonstance accessoire (il fait chaud parce que le soleil brille ; je viendrai quand je le pourrai), et s'unissent à elle au moyen de conjonctions qui ont un sens déterminé, comme en latin quum, quando, dum, priusquam, postquam, simulatque^ quoad, donec, quia, quoniam, quod, si, etsi, ut, quasi. Mais dans les langues filles, conformément à leur méthode ordinaire, les rapports des propositions secondaires sont rendus, non plu s par ces anciennes conjonctions, mais par des combinaisons nouvelles : la particule de liaison que se joint à un adverbe ou à une préposition, et souvent même en vient à ne former qu'un mot avec ces particules, voy. p. 296). Les combinaisons de ce genre les plus importantes se rapportent au temps, au motif, au but, à la condition et à la concession, enfin au mode. Puis d'autres rapports encore de la proposition secondaire avec l'attribut de la proposition principale peuvent être marqués par diverses prépositions : ainsi en italien par in ciô che, senza che, eccetto che, seconda che, esp. en que, con que, sin que, excepto que, segun que, franc, en ce que, avec ce que, sans que, excepté que, outre que, selon que, mais c'est à peine si la syntaxe a quelque chose à dire à leur sujet. Dans beaucoup de cas la copule est suppléée par l'esprit, en sorte que par exemple ital. ancora, avvegna, acciô, mentre, poi, esp. mientras, pues, segun suffisent à marquer la liaison. — A propos de ces assemblages de propositions, il est une circonstance importante à observer. Quand la proposition principale est placée après la proposition secondaire, ce fait n'a pas pour conséquence une interversion dans l'ordre des mots comme en allemand (da es regnet, Ueihen ivir zu Hause) ; et dans ce cas des adverbes démonstratifs ne précèdent cette proposition que pour indiquer des rapports de temps comme le latin tum (ital. allora, franc.

PROPOSITIONS CONJONCTIONINELLES ADVERBIALES. 3^7

alors, pr. donCy esp. entonces). Cependant Tancienne langue, pour marquer l'insistance, préposait d'ordinaire certaines particules au second membre de la proposition, lorsque le premier avait une valeur temporelle, causale ou conditionnelle. Ces particules sont sic et et. Exemples de sic : Ital. quando li venue dinanziy si la présenta CN. 124 ; poichè tu non vogli dimorare meco, si ti fard grazia 41 ; sHo fossi hen certo di avère vittoria, si non comhatterei 142. Prov. can lo paire Yitoric, sil laisset mol rie Choix V, 150 ; s'ils eran aytals iiijy sils (si los) conquerria ieu Fer. 976 ; v. franc, quant il veneit devant le rei, si li soleit li reis demander LRs, 107 ; in quant deus savir et podir me dunat, si salvay^ai eo dans les Serments. Dans l'ancienne prose française et provençale, ce si y dans le second membre delà proposition, est presque aussi fréquent que so en allemand, et l'on trouve dans le plus ancien b. latin déjà dum ...sic, cum ... sic rapportés l'un àl'autre, par ex. dum interpellasset . . . sic traditi sunt Mur .II, 665^ (ann. 787) ; cum or dinar émus . . . sic invenimus HL. I, 114 (ann. 862). Le valaque si s'emploie de même. Ce si sert encore de la même manière à introduire l'attribut après des propositions qui servent de sujet, ou des propositions relatives qui dépendent du sujet ; c'est ce que Tobler a montré par des exemples du vieux français comme qui se vialt, si l'oie ; hoyyi qui riens n'a y si est tenus por vil\ voy. Li dis dou vrai aniel p. 24. — 2) Exemples de et (alors) : ital. quando veggio gli altri cavalieri arme portare, ed io tutto mi doglio PPS. I, 15 ; poichè fu morto Otto y e gli elettori elessono Arrigo Malesp. cap. 53; poichè tu cosï mi promettiy e io la ti mostrerô Dec. 3, 4 ; posciachè voi mi promettete . . . e io il vi dira ibid. 1, 1 ; perché tu vuoi ... e io il dira 2, 9; se Arrigo fue nimico délia chiesa, e quesio Otto fue pessimo Malesp. c. 89 ; se dira la saracina, ed io dira CN. 116 ; stando uno tempo, ed elli vide uomini CN. 68. Prov. quant las an en bailiay et ill las fan morir Choix IV, 308 ; con il van aissi parlan, et Estoutz venc esperonan Jfr. 60^ ; per so car li nominatiu son plus salvatge . . .et darai vos en semblanz (je vais donc vous en donner des exemples) G Prov. 11 \ v.fr. et quant ce vint as lances haissier, et li Greu lor tornerent les dos Villeh. 201, 1. 19; quant l'en demandoit au hricon . . . e Maimon le chat apeloit FC. II, 167. Cet et n'est employé que lorsque les deux propositions ont des sujets différents, et semble destiné à faire ressortir le second sujet.

1. QuuM, QUANDO. — 1) Le romaii quando (franc, quand, val. cund), qui exprime aussi le sens de quum, sert à indiquer le temps en général et s'unit à tous les temps du verbe. En espagnol le rapport de la proposition accessoire avec la proposition principale est souvent mis en relief au moyen de prépositions ; c'est ce qui a lieu ici : ensiemplo de quando la tierra hramaha (histoire de la terre qui mugissait) Rz. 88 ; por ganar amigos para quando despertemos (litt. pour quand nous nous réveillerons, c.-à-d. pour le temps de notre réveil) Cald. I, 19^. La répétition de l'adverbe quando équivaut en italien, espagnol et portugais au lat. nunc . . . nunc. — 2) D'autres expressions destinées à rendre la même idée sont : it. allorchè et qualora : 10 credea die tu fossi, allor ch'io feci'l subito dimando Inf. 19, 78 ; qualor si rasséréna il cielo, il sol traspare ; pr. LANQUAN, QUALORA Boèce 166 ; QUORAS 185 ; fr. lorsque et le poétique alors que^ Ces mots aussi peuvent accompagner tous les temps. — 3) Un synonyme de quando est la particule comparative come, como, comme (cf. ut, wç) ; elle passe au sens de ut primum, et en ce cas elle appelle volontiers en italien son corrélatif cosï dans la proposition secondaire. Ex. com' io fui dentro, Vocchio intorno invio Inf. 9, 109 ; come tu mi senti, cosï tu il fà entrare Bec. 8, 8 ; come pria (ut primum) si scopre, il suo splendor si g H occhi assalta Orl. 3, 67. Esp. como fuè creciendo Isabela, aquella violencia se tornô en deseos Nov. 4 ; y assi como Bon Quiœote los via, dixo à su escudero ; port, de même como. Prov. cum el es velz, vai s'onors descaptan Boèce 114 ; franc, comme ils étaient assemblés, on leur apporta des lettres. Val. cum l'am vezut, deloc l'am cunoscut (dès que je le vis, je le reconnus). — 4) Enfin que peut aussi prendre la place de quando lorsque l'antécédent est négatif, ou restrictif avec appena, apènas, à peine. Ital. non avea fatto via molta, che scontrô etc.; ne prima veduta l'ebbe, ch'egli assalito fu Bec. 1, 4; appena di nasconder compiuta s'era, che

1. La différence entre quand et lorsque est assez fine et l'on n'en tient souvent aucun compte. Quand paraît plus "propre pour marquer la circonstance du temps et lorsque paraît mieux convenir pour marquer celle de l'occasion. Ainsi je dirais : il faut travailler quand on est jeune; il faut être docile lorsqu'on nous reprend à propos. Roubaud dans Guizot, Dict des synon. français.

coloro furono alla porta. En espagnol apénas est plus volontiers suivi de quando, le français à peine est accompagné de que aussi bien que de lorsque. — Le mode appliqué en cette circonstance est l'indicatif. D'anciennes traductions reproduisent, il est vrai, le subjonctif latin, et ce mode se trouve même en dehors de ce cas, surtout avec como, par ex. esp. como la reina tomase uno, dieron d cada uno por orden el suyo, é como llegasen d donde la duena estaha, fîzoles senas la reina etc. Cast. de D. Sancho 94^ ; como el preste esperase aun algund pedazo è ella tardase de ir, enviôla otra vez ibid. 95^ ; como reissen é escarneciesen dél, avino la noche 226^. Port, como na terra ao rei se apresentassse . . . orava Lus. 2, 78. Pr. co agues recehuda la companha, vec (venc) ah laternas (cum accepisset) etc. GO. 144^ ; co agues ditas aquestas causas {haec cum diœisset) 126^. Franc, comme le roy de Perse fust en chemin Amyot (Monnard I, 130); com il comenchaissent à nagier Brand. QQ {com est toujours suivi du subjonctif, mais non pas quand) ; comme tous les poeples oïssent le suon Bibl. L'espagnol favorise aussi l'emploi de ce mode, lorsque le verbe de la proposition principale est au futur ; c'est-à-dire qu'il applique le présent du subjonctif au lieu du futur ou du présent de l'indicatif, par exemple : veràs lo que podemoSy quando nos muestres tû lo que pudieres Num. jorn. 1, se. 1 (p. 14) ; mi intento sabras^ quando sola estes Gald. I, 79^; los arroyos, los quales me han de dar de beber, quando tenga gana DQuiœ. 1, 26.

2. DuM. — Les correspondants romans de cette particule sont : ital. mentre che et le simple mentre, aussi frattan- TOCHÈ, esp. à peine mientras que, plus habituellement mientras, aussi entretanto que, et de même en portugais, pr. domentre QUE, ENTRE QUE Choix IV, 157, v.franç. dementres que, entruesque, franc. mod. pendant que, tandis que, mais non pas le simple tandis, encore employé par Corneille, par ex. Hor. 4, 2. Ces mots se construisent généralement avec l'imparfait. — Pour QUAMDiu on a : ital. quanto, in quanto,

TANTO CHE, CSp. EN TANTO QUE, EN QUANTO, prOV. QUANDIU QUE,

AiTAN QUAN, fr. TANT QUE, v.fr. TANT COM ctc. La syntaxo n'a rien à remarquer sur ces mots.

3. SiMULATQUE. — 1) Particules romanes correspondantes et exemples de leur emploi : ital. tosto che verra, glielo dira ; SUBITO che lo vide, corse ad abbracciarlo ; dibattero i denti, ratto ç>YLi^nteser le parole crude Inf. 3, 101, de

même aussi non si tosto . . . che. Esp. luego que la oracion fiié acahada, engafeciô el conde CLuc. 15. Fr. aussitôt QUE (sitôt) QUE/az veçu votre lettre, je suis parti \ v.fr. lues

QUE, incontinent QUE, SOUDAIN QUE, MANES QUE, TANTOST QUE,

aussi siTOST COM Gar. I, 41. — 2) La même idée de temps peut être en outre exprimée par le participe prétérit suivi de que. Ital. sciolto che fu [tosto che fu sciolto), Esp. apartados que fueron [luego que fueron apartados)\ de même en portugais. Prov. ditas que hac Karles sas paraulas etc. Choix I, 177 ; franc., chez d'anciens écrivains : venu que fut Rabel. I, 36; apportez qu'ils estoyent Mont. 1, 20; aujourd'iiui avec aussitôt sans que [aussitôt votre lettre reçue etc.).

4. Antequam. — Cette détermination temporelle se construit, comme en latin , avec le subjonctif : il n'y a guère d'exceptions à cette règle. Ital. innanzi che vengaaquesto oggetto [antequam veniam ad hoc argwinentum) ; mi smarrii, avanti che l'età mia fosse piena Inf 15, 50, et de même avec anzi che, PRIMA CHE. Esp. ANTES QUE amanczca , llevemos\ primero QUE llegase d la casa, oyô gran ruido. Prov. far ai chansoneta nueva ans que vent ni gel ni plueva Choix III, 1 ; abans que lo reis parla . . . sil trames GRoss. 7229 ; franc. sortons avant qu'z7 pleuve ; v. franc, aussi ains que, primes QUE, premier que, par ex. il entrent ens, ains que soit esclari Gar. I, 218. Val. mai nainte de.

5. PosTQUAM. — A cette conjonction répondent ital. poichè, (jadis aussi le simple poi) dipoi che, posciachè, dopochè, dap- PoiCHÈ, esp. despues que, v.esp. pues que, desque, port. despois que, prov. pueissas quan, pus (sans que), desse que, fr. APRÈS QUE, val. DUPE CE. Le temps qui se construit avec cette conjonction est en latin le parfait ou le présent historique [postquam hominem sentio molliri Térence, Phorm. 4, 3), et cette construction a été conservée en italien; les autres langues donnent la préférence au plus-que-parfait. Yoici quelques exemples : ital. poichè la sua mano alla mia pose, mi mise dentro Inf. 3, 19 ; poichè'l pasto morde ; poichè l'alber fiacca\ poi la veo, ohlio cio ch'ho pensato PPS. I, 42; poi giunti fummo Pg. 15, 34. Esp. despues que se via solo, tornô d pensar ; v.esp. desque se asentaron ; desque ha perdido voy. CLuc, S. Prov. etc. Prov. puissas qan ressucitarei [postquam resurrexero) GO. 252^; pus son ries, vos tenon a nien Choix lY, 102 ; franc, après que vous avez dîné ; après que vous aurez parlé.

6. Ex Quo. — Mots romans : ital. dacchè, esp. desde que, prov. DES QUE, DAUS QUE (voy. Flam. 5934), fr. depuis que, val. DEACE, DE CTJND. Au poiiit de vue syntactique, il n'y a rien à ajouter. Sur que pour ecc quo et quando, voy. la Proposition relative.

7. QOOAD. — Ital. FINCHÈ, SINCHÈ, FINATTANTOCHÈ , esp. HASTA QUE, HASTA TANTO QUE, port. TÉ QUE, prOV. TRO QUE,

aussi TRO, franc, jusqu'à ce que, v.fr. aussi le simple jusque, de même tant que, jusques a tant que, val. pune cund. On emploie l'indicatif lorsqu'on présente une action comme accomplie, le subjonctif lorsqu'on la présente comme devant ou pouvant s'accomplir. Quand la proposition principale est au futur, la proposition dépendante prend le présent du subjonctif. Ex. Ital. egli tacque finchè io lo dimandai (tacuit donec eum inter- 7^ogavi) ; rhnani qui con noi finchè egli rivenga (mane hic apud nos, dum redeat ille)\ seguiro l'omhra finchè Vultimo di chiuda questi occhi. Esp. hasta que sale el sol, parece hermosa una estrella Cald. I, 357^ ; no me levantaré hasta que vos me otorgueis un don. Franc, attendez jusqu'à ce que cela soit fait ; je vais traîner une mourante vie, tant que par ta poursuite elle me soit ravie Corn. CÀd, — L'ital. FINCHÈ a encore avec les particules latines dum, donec cette ressemblance qu'il marque la durée d'une activité sans y mêler la notion de terme : nulV uom puô mal pensar finchè la vede PPS. I, 111 ; fin che virtute al suo marito piacque Inf. 19, 111.

8. On a indiqué plus haut (p. 250. 251) de quelle manière ces propositions secondaires peuvent aussi le plus souvent être rendues par des locutions participiales. A la place de dum. (jusqu'à), antequam et postquam, on peut encore se servir de prépositions suivies d'un infinitif, par ex. esp. hasta perder la vida, antes de haber llegado, despues de haberle hallado (p. 225. 226).

propositions secondaires explicatives.

1 . Suivant qu'il s'agit dans la proposition subordonnée d'expliquer ou de motiver la proposition principale, les conjonctions sont de deux genres. Dans le premier cas la proposition secondaire répond à la question pourquoi : (il fait chaud parce que le soleil brille ; il a été puni parce qu'il a commis une faute) ; dans le second, l'explication, en tant que fait, est déjà connue de celui

auquel on s'adresse, et on ne la rappelle que pour en tirer une conséquence (puisque le temps est beau, nous sortirons). Les langues romanes n'ont pas conservé les expressions latines quia, quoniam etc. Pour l'explication simple {quia), qu'elles considèrent comme contenant proprement le pourquoi de l'action, elles emploient des composés où entrent les prépositions causales pro ou per (comp. en anglais le simple for) ; quant à la raison déterminante (quoniam), elles la considèrent comme un rapport de temps, si bien que renonciation de la proposition principale est conçue comme une conséquence de la proposition secondaire, et pour l'exprimer elles se servent de particules de temps, ce qui a aussi lieu dans d'autres langues (lat. quum, quoniam de quum jam et même posiquam^ gr. tei, gr.mod. àç'oO, v.h. ail. sît, all.mod. da, indem, angl. sinoe). — Le mode appliqué ici est toujours l'indicatif, il n'y a que les particules italiennes, aujourd'hui vieillies, conciossiacosachè, conciofossecosachèy qui prennent le subjonctif, car elles sont elles-mêmes formées avec ce mode : la première forme se construit avec le présent, la seconde avec l'imparfait. Como en portugais peut aussi se faire accompagner de ce mode, voy. dans Gamoëns : como fosse débil, ndo teve resistencia Lus. 2, 69 ; como o Gama desejasse piloto, cuidou que enh^e estes Mouros o tomasse 2, 70. Il en est de même pour comme dans le français de transition : comme il soit voir (puisqu'il est vrai); comme jeunesse soit de soy encline à mains mouvemens Christ, de Pisan (Monn. Chrest. I, 129).

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