‹ Grammaire des langues romanesChapitre 96 sur 141 · SEBBENE, SE ANCHE, QUANDO ANCHE, QUANTUNQUE, BENCHE · texte numérisé non relu

SEBBENE, SE ANCHE, QUANDO ANCHE, QUANTUNQUE, BENCHE

coMECHÈ, ANCORCHÈ, OU simplement angora surtout dans l'ancienne langue, avvegnachè ou avvegna, tuttochè, non ostante CHE, même perche; esp. si bien, bien que, aunque,

PUÈSTO QUE, DADO QUE et QUANDO, V.esp. aUSSi MAGAR, MAGAR

QUE, coMOQUER QUE (surtout daus les Cast. de B. Sancho et le CLuc.) ; port, se bem que, bem que, ainda que, posto que ; prov. SITOT (rarement séparé : s'o^n tôt nol demanda LR. I,

486), SI BEN, BEN que, CUM QUE PO. 153, QUANQUE, JA

(pourra que), ja sia que, ja sia so que GO. 39^; franc.

QUAND MÊME, QUAND, BIEN QUE, ENCORE QUE, QUOIQUE, et

aussi MALGRÉ QUE; val. DE SI (c.-à-d. quand même), macar ce,

MACAR DE, BATER.

2. Les locutions adverbiales suivantes servent à la proposition adversative : elles se composent généralement de démonstratife auxquels s'adjoint d'ordinaire la négation en tant que cette proposition nie ce qui est énoncé dans l'autre : ital. non PERCiô, non perô, non per tanto, ciô non ostante, non meno, NONDiMENO et d'autres analogues, coN tutto ciô, tuttavolta,

TUTTAVIA, PURE, esp. NO POR ESO, CON TODO ESTO, TODAVIA,

siN EMBARGO, port. les mêmes expressions, prov. no per tal, NO per tan, nequedonc, ges no, parfois si {Choix III, 266 :

si dei chantar), franc, néanmoins, pourtant, toutefois, val.

TOTUSI, SITOT, TOT, MACAR, lARE, AFARE DE ACEASTA. Ces motS

servent à faire ressortir la contradiction et ne s'emploient régulièrement que dans le cas où la proposition principale prend la place de la proposition secondaire. On les omet lorsqu'on ne veut pas mettre en relief l'idée en question : ital. quantunque di buona famiglia fosse, era avarissimo e cattivo ; esp. dado que no sea miiy aldbada, siempre es digna de la mayor alahanza ; prov. sitôt ai tarzat mon chan, ar ai hen cor e talan ; franc, quoiqu'il soit pauvre, il est honnête homme. L'allemand se passe bien plus difficilement de ces particules adversatives.

3. Le mode, dans la partie concessive de cette proposition, se comporte à peu près comme en latin. S'il s'agit d'une simple conception ou d'une présupposition, on applique le subjonctif, l'emploi de l'indicatif serait incorrect; au contraire si un fait est énoncé comme réel, l'indicatif reprend ses droits. Cependant le subjonctif est facilement appliqué dans le second cas aussi, lorsque celui qui parle use de la liberté qui lui est laissée d'insister moins sur le fait en lui-même que sur l'expression du fait. Les diverses langues présentent, il est vrai, d'importantes divergences à cette règle de la grammaire commune. 1) En italien, on se sert rarement de l'indicatif pour représenter formellement un fait comme tel. Ex. benchè 'l parlar sia indarno P. Cz. 16 ; benchè la somma è di mia morte rea Son, 126 ; benchè avea gli occhj di lagrime pregni OrL 12, 91 ; nacqui sub Julio, ancorchè fosse tardi Inf 1 , 70 ; io ti conosco, ancor sie lordo tutto 8, 39 ; avvegnachè la subit ana fuga dispergesse color, io mi ristrinsi Pg. 3, 1. Quantunque qui est le lat. quantumvis, quamvis, exige, conformément à l'idée qu'il représente (quelque que) , le subjonctif: quantunque ciô sia ottimamente detto, non è perciô cosï da correre a farlo Dec. proem. Perche aussi prend le subjonctif lorsqu'il est concessif, de même qu'il prend l'indicatif lorsqu'il est causal : perché ne' vostri msi guati, non riconosco alcun Pg. 5, 58, comp. 17, 15, Inf 15, 14. — 2) Esp. aunque et puesto que se construisent, conformément à la règle, avec l'un ou l'autre mode : traidores pueden poco, aunque sean muchos\ le diera muerte, aunque le estimdra ; puesto que tû no quiereSy no por eso deœarè de hacerlo Nov. 2. Quando veut le subjonctif : quando esto no tema, temo d mi hermano Nov. 9. L'arch. maguer souffre les deux modes : mager eran

esforzados PC. 171 ; maguer que flaco era Bc. Mill. 188 ; non sahran, magar quieran Alx. 938 ; maguer me dice mi aima Cal. è D. p. 26^ ; maguer me yo tema ibid.; como QuiER QUE sean madrés , los sus hijos son semientes de sus padres Cast. de D. Sancho 96^ ; como quier que bien es verdat etc. ibid.; port, par ex. macar m' el viu sol, non quiz falar migo Trov. vat. p. 97. — 3) Le prov. sitôt ne s'emploie partout qu'avec l'indicatif, même là où on s'attendrait à trouver le subjonctif : sitôt m'o tenetz a fades, per tan nom poiria laissar Choix II, 249. Parmi les autres expressions JA QUE, JA siA, QUAN QUE régissent le subjonctif, comp. III, 207, III, 472, GO. 228\ — 4) En français, toute énonciation concessive demande le subjonctif, même lorsqu'un fait est énoncé comme tel : il est de très-bonne maison, quoiqu'il ne soit pas riche ; encore qu'il soit fort jeune, il ne laisse pas d'être fort sage. D'autre part, une simple présupposition peut être exprimée par quand et quand même avec le conditionnel, par ex. quand {même) je le voudrais, je ne le pourrais pas.

4. Diverses conjonctions concessives peuvent être préposées comme des adverbes à un nom, sans régir elles-mêmes un verbe : elles se comportent en ce cas comme la particule adversative sed. Ex. Ital. ho avuto un guadagno benchè piccolo, quantu7ique piccolo ; gli impotenti como che virtuosi Mach. Disc. 1, 18. Esp. el juez aunque severo parece justo. Fr. la pièce a réussi quoique faible de style. On supprime avec élégance la particule adversative devant un adjectif attributif, ainsi en espagnol muerte aunque cruel, loable Num. 3, 2; port, aspeito ainda que agreste, venerando Lus. 4, 71.

5. On peut, sous certaines conditions, obtenir un sens concessif d'une autre manière encore qu'à l'aide des conjonctions citées. 1) S'il s'agit de concéder une qualité dans une proportion indéterminée, on place devant l'adjectif la préposition causale PRO (ital. per), et on le fait suivre du mot de liaison que ; puis vient le verbe au subjonctif. Ital. per bella che sia, non mi piace {quamvis sit pulchra, mihi non placet). Esp. por celado que lo tu estes, Bios te oird Cast. de D. Sancho 223* ; por docto que seas, no me puedes commencer. Prov. que quecs, per pauc qu'el n'agues, son pretz volri' escoiscendre Choix IV, 381 ; franc, pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes Corn. Cid (archaïque). En espagnol et en portugais, le comparatif n'est pas non plus

inusité dans cette circonstance : por mas grande que fuese ; por mas discrecion que tenga ; por mor mal que me façaes (quelque grand que soit le mal que vous me fassiez) GCer. II , 268. Même des substantifs peuvent entrer dans cette construction : ital. per pena ch'eo patisca PPS. II , 134 ; per chiamar ch'uom faccia (quantumvis clames) P. Cz. 6,2; esp. por ocasion que venga Alx. 1466 ; prov. per perdre que fassatz {quantumvis perdas) Choix Y, 44 ; v. franc, pour povoir qu'aie eu TFr. 539. — 2) La même action peut aussi être exercée par l'ital. tutto, le fr. tout devant des adjectifs suivis de que : ce mot est concessif comme la conjonction tuttochè : tutto ricco ch' egli era ; tout puissants qu'ils sont ; toute charmante qu'elle est; Tespagnol semble ignorer cette tournure. Le mode prescrit en ce cas est l'indicatif, peut-être parce que la conjonction a ici un sens comparatif comme corne ou quanto. Le v.fr. tant suivi du subjonctif produit le même effet : vens, tant ait grant force, n'en abat jus foille FC. III, 117 ; tuit li paintre qui sont vivant, tant soient sage, ne portreroient un visage si biau NF. Jub. II, 259. — 3) Les expressions interrogatives accompagnées de que expriment également un sens concessif, de même que les mots correspondants en allemand lorsqu'ils sont unis à auch. « Qui que ce soit qui l'ait dit, la chose est fausse » équivaut à « que celui-ci ou celui-là l'ait dit etc. » ; seulement l'idée indéterminée ressort davantage dans le cas où le pronom est placé en tête. Divers interrogatifs de ce genre, par leur composition avec d'autres mots, ont passé dans la classe des pronoms indéfinis ou des adverbes ; mais ces derniers sont pour la plupart aussi accompagnés du mot de liaison que. Le mode appliqué ici est le subjonctif, contrairement à l'usage du latin qui se sert de l'indicatif. Voici quelques exemples : Ital. chi che l'dbbia detto et chiunque l'abbia detto (quisquis id diœit) ; che che questo sia (quidquid id est) ; chenii che elle si fossero {qualescunque fuerunt) ; ovunque ella sia {ubi ubi est) ; comunque si sia (ut ut est). Esp. quienquiera que seais ; en qualquiera manera que sea ; comoquiera que ello sea ; port, quemquer que seja ; qualquer cousa que succéda ; como quer que apparecesse o inimigo. Prov. qui que m,' en tengues per perjur ; cui que plassa ; que qu'om vos dia ; que quel corps faça Boèce 155 ; quai que-s vuelha ; en qualque loc que sia ; quoras qu'ieu fos grieus (en quelque temps que je fusse chagrin) Choix III, 195 ; quoras que-s vol (ind.) Boèce 185 ;

on qu*ilh estey ; cum que sia ; franc, qui que ç*ait été ; quoi que vous disiez ; quel que soit son mérite ; quelque personne que ce soit ; on se sert aussi de quelque devant des adjectifs : en ce cas il est adverbe et ne varie pas, par ex. quelque savants qu'ils soient. — 4) Il y a un cas où le sens concessif peut être exprimé au moyen de la particule disjonctive (lat. sive) suivie du subjonctif : c'est quand on admet dans la proposition subordonnée la possibilité de diverses actions, sans que la proposition principale y revienne. Il va de soi que la particule peut aussi être omise. Au subjonctif roman s'oppose ici encore l'indicatif du latin. Ital. o vero o non vero che si fosse, morendo egli oddivenne {sive verum fuit sive falsum etc.) Bec. 2, 1 ; sia o no stato, cio nulla importa (sive fuit sive non fuit, nihil ad rem); il cielo, opra sua fosse o fosse alt7'ui, celolla Ger. 2, 10 ; o ira o coscienza cheV mordesse, forte spingava Inf 19, 119 ; vogliatemi bene, vogliatemi maie, non m'importa niente, Esp. ya libres ô y a cautivos esteis, escuchadme Cald. I, 139^; or a fuese visto, ora no DQuix. 1, 27; ahora colles, ahora hdbles etc. (le sens disjonctif s'exprime volontiers par ya ou ahora) ; respondiô que el pagaria, viniese 6 7io huesped alguno ; mi padre era muy igual, sea en lo adverso, sea en lo prospero ; port, irei, quer chova, quer faça bom tempo. Prov. l'amarai, ben H plass' o lipes Choix III, 73; volgues o non volgues (v.fr. vossist ou non) ; o sia que il sunt pupil o sia que non GO. 91^ ; franc, qu'il soit brave guerrier, qu'il soit grand capitaine, je lui rabattrai bien cette humeur si hautaine Corn. Cid ; soit qu'il cède ou résiste etc. Les

formules ital. sia sia (sia o), esp. sea sea (sea

ô), si quier si quier, port, quer quer, franc, soit que

soit que (soit que ou que, ou) rendent le lat. sive sive.

6. De même que la proposition conditionnelle, la proposition concessive se forme parfois en appliquant la construction de l'interrogation directe avec le subjonctif, et cette forme est moins rare que dans le premier genre de proposition. Ital. par ex. lo trovero e fosse egli alla fine del mondo\ v.ital., sans modification de l'ordre des mots : (quantunqué) morto fossi, dovria a madonna tornare PPS. I, 276. Prov. am mais morir de lai, e fos mia Alamanha Choix IV, 114 ; 7nais vueilh servir vos qu'autra, em des ni anel ni cordon 217 ; franc, fût-il la valeur même ... il verra ce que c'est que de n'obéir pas Corn. Cid; dût tout cet appareil retomber

sur ma tête, il faut parler Rac. Iph. Dans Charles d'Orléans, une chanson commence par un et , qui est un renforcement : Et eussiez vous cent yeulx. — Nous avons signalé plus haut, p. 251, les constructions participiales concessives.

Il y a des propositions secondaires pour exprimer la manière réelle et la manière possible dont se passe une action.

1 . La proposition secondaire pour la manière réelle est caractérisée par le relatif come qui répond au lat. ut, quemadmodum : ital. è notissima l'istoria di Code, come egli sostenne i nemici ; l'espagnol et le portugais emploient de même como et le français comme ^. Pour indiquer la conformité, on emploie surtout l'ital. secondo che, prov. segun que, franc, selon que, tandis que l'espagnol et le portugais, parfois aussi l'italien, se contentent de la simple préposition. Ex. Ital. egli è morto secondo che affermano ; secondo pare loro più a proposito. Esp. él es muy rico segun creo ; no era posihle levantarse segun ténia hrumado todo el cuerpo (selon que) DQuiœ. 1,4; v.esp. (avec que) segund que es en otra ley FJ.; port, segundo estava mal apercébido (comme) Lus. 3, 35; b.lat., dans des chartes espagnoles : secundum docet sententia Esp. sagr. XL, 363 (ann. 757) ; secundum testaverunt bisavi XVIII, 935.

2. La manière possible est rendue par quasi, qui, toutefois, n'est usité comme conjonction qu'en italien et en provençal (cais que Jfr. 144'' etc.). On remplace cette particule dans tout le domaine roman par une combinaison qui répond au lat. uti si : ital. come se, esp. como si, qual si, prov. cum si, fr. comme si, val. CA CUM, CA cund. On emploie après cette combinaison avec si le même mode qu'après si dans la proposition hypothétique ; en provençal et en français on peut donc employer l'imparfait de l'indicatif. Ex. Ital. vi stette quasi non pot esse parlare\ io venni meno come s'io morisse Inf. 5, 141;

1. Le v.espagnol se sert beaucoup de en como, par ex. meie mientes en como Adan é Eva cayeron en pecado mortal Cast. de D. Sancho 226* ; todos los homes tienen mientes al rey en como face sus cosas 202^. De même aussi en v.portugais : vos veed, en como sera etc. DDin. 56; coido mia morte e coid' en como fui mal dia nado Trov. p. 14. Cette combinaison a-t-elle été introduite pour éviter la confusion avec la particule temporelle como (= quum)'i Sur la combinaison de como, voy. plus bas ch. 5, § 1.

tu ci ucelli quasi corne se 7ioi non conoscessimo Dec. 6, 6. Esp. la he criado yo como si fuera mi hija ; quai si fuese de ronianas haces Num. 4, 2 (p. 81); port, os marinheiros trabalhavam como se aqui os trahalhos se acahassem ; busco des aventuras alheijas como que as minhas nâo ahastassem R. Men. c. 3. F ro\. cu7n s' ieu moris ] cum si eron canut Choix III, 196. Franc, il me pressait de le servir comme si j'y étais obligé. En italien on se sert aussi bien du simple coyne : com'avesse lo *nferno in gran dispitto Inf. 10, 36; corne' l sol fosse davante Fg. 1, 39, et ailleurs iort souvent; aussi v. franc, cume ço fust David LRs. 75; com eles unkes ne s'en partissent LJ. 496" ; con fusse une garse TFr. 492 ; corap. m. h. ail. mir icas wie (comme si) mich zer helle ein tiuvel fuorte.

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