‹ Grammaire des langues romanesChapitre 98 sur 141 · CONSTRUCTIONS AVEC LE PRONOM ADJECTIF · texte numérisé non relu

CONSTRUCTIONS AVEC LE PRONOM ADJECTIF

Le pronom le plus important est que, invariable partout, sauf en français (probablement dérivé de quid, voy. p. 295) ; L'italien l'écrit che et le valaque ce. Ce pronom est de

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l'usage le plus étendu et s'applique partout presque indifféremment aux personnes et aux objets. Cependant la grammaire exige qu'il suive immédiatement l'objet auquel il se rapporte, mais la pratique ne s'accorde pas partout avec la règle (pour ce qui concerne le français, voy. Monnard Chrest. I, 118). Voici ce qu'il convient d'observer à propos de chaque langue en particulier : 1) En italien, il faut éviter les combinaisons per che et da che, parce qu'elles existent déjà comme conjonctions sous la forme perché, dacchè ; on les remplace par per il quale, dal quale. L'italien possède en outre une forme secondaire GUI pour les cas obliques du singulier et du pluriel, précieuse en ce qu'elle évite les équivoques [è morto Francesco, cui molto Pietro amavà) et peut même dispenser de l'emploi des particules casuelles ; elle se rapporte le plus ordinairement à des personnes, mais on l'applique aussi fort souvent à des objets. Blanc donne, p. 299, des exemples de l'emploi de cui au nominatif. — 2) La même forme existe en provençal et en v. français, et ces dialectes en font le même usage, par ex. la domna cui désir ; lo rei cui es la terra ; vos autres a cui d'a^mor non cal ; celui cui il atendoit ; la culpe cui avoient ; le 7^ois cui la cité estoit. Qui pour cui (dat.) se trouve dans quelques textes V. français : li sires ki le castiaus fu MFr. I, 98; Renart qui des chapons sovient Ren. II, p. 208. — 3) Le français moderne présente une particularité. Le nominatif qui et l'accusatif que peuvent se rapporter à des personnes et à des objets, mais il n'en est pas de même des cas prépositionnels {de qui, à qui, par qui, sans qui etc.), qui ne renvoient qu'à des personnes ou à des objets personnifiés; les objets non personnifiés exigent d'autres relatifs, comme lequel, dont, oit, comp. t. II, p. 101. Ex. l'homme qui raisonne \ la femme de qui je parle ; le rocher à qui je me plains (le rocher est ici personnifié) ; la personne que vous connaissez ; la maison que vous avez vue ; les terres qui portent du blé ; mais le moyen duquel (non pas de qui) il s'est servi ; le cheval sur lequel je suis monté ; les pays dont nous n'avons point de connaissance ; la maison où je demeure. Cette langue établit donc pour le relatif qui les mêmes restrictions que pour le pronom personnel il, mais les poètes se permettent parfois d'enfreindre cette règle. Enfin une forme propre au français, quoi, qui ne peut se construire qu'avec des prépositions, s'appliquait jadis aux objets non personnifiés de toute nature, par ex. li cevaus {cheval) sor quoi il sist ; la contrée en quoi il sont ; mais

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aujourd'hui c'est tout au plus s'il est permis de rapporter quoi à des noms abstraits : l'ignorance en quoi nous som7nes\ le gra7id secret pour quoi etc. (au lieu de pour lequel). Quoi renvoie bien plus habituellement à des pronoms indéfinis comme chose ou Wen : la chose à quoi l'on pense ; il n'y a rien sur quoi on ait plus écrit. — 4) Dans une partie du domaine germanique on peut, sous certaines restrictions, omettre les pronoms relatifs, par ex. angl. the apartment (which) he had ôccupied (la chambre qu'il avait occupée) ; suéd. det medel (som) han valde (le moyen qu'il a choisi) ; dan. den vei (som) h(xn gik (le chemin qu'il a suivi). Cette même ellipse s'observe aussi dans les anciennes langues de la France, par ex. pr. tais la cuf en hailia tener (qui) non a mas l'ufana B. Chrest, pr. 57, 29 ; m'azauta sos aibs de tal (qu'ieu) non am B. p. 40, 7; non ai membre {qui) nom fremisca Choix II, 223 ; non ha una peir' el mur (qui) non luza com d'aur o d'azur Leseh. 35, 43; franc, el pais n'a home ne femme (qui) ne cuit qu'ele soit decolée Orelli 61 ; nH ha un (qui) ne face samblant etc. Burguy I, 165. Le fait que le pronom relatif est réellement omis dans cette circonstance a été reconnu par les grammairiens, voy. Raynouard, Choix I, 237, YI, 184, Orelli, 1. c, Burguy, 1. c, Bartsch Denkm. p. 322, Tobler dans ses notes sur le Chev. au Lyon p. 12 et Jahrb. VIII, 350. On trouve aussi en italien des exemples de cette omission, surtout lorsque le déterminatif quello précède : sempre s'indovinava di fare tutte le cose (che) mi piacessono Rie. Malisp. (Nann. II, 14); no7î rimase un solo (che) non lacrimasse; impose loro quello {che) avessero a fare, voy. Blanc 297 ; non si curano molto di quello (che) si scriva o si dica di loro ; impadronitisi délia pyHma carozza (che) fosse loro capital a davanti, voy. Tobler. Lorsque les verbes des deux propositions sont à l'indicatif, il n'est guère possible de douter de la chute du pronom. Quand le verbe de la proposition dépendante est au subjonctif, la nature du mot de liaison omis est incertaine, c'est-à-dire que le que qu'il faut suppléer peut aussi être une conjonction, comp. plus haut p. 311.

2. QuALis, toujours muni de l'article (sauf parfois en v.itahen, voy. Blanc 294), a charge d'appuyer la particule neutre que et renvoie à des personnes et à des objets. C'est ainsi qu'on l'emploie parfois à la place de que pour rattacher la proposition secondaire à un objet qui s'en trouve éloigné. Ital. Amor e ma donna trovai, lo quai mi disse GCav. 292. Esp. conoci ser

muger en el habito largo, la quai diœo etc. Prov. hom simples sembla lo riu de la font, lo quai fai deleitahle beure. Fr. j'ai vu le mari de votre sœur, lequel je connais bien. Val. fiia negutzetoriului, carea trecû pe aici (la fille du marchand qui a passé par ici); carele est privé de l'article lorsqu'il se rapporte à des objets. On emploie encore cette locution lorsque le nom, par trop éloigné de la proposition principale, est uni de nouveau au relatif dans la proposition secondaire : it. il quai giardino mi piace (ce jardin dont il a été question). Ensuite lorsque le relatif dépend d'un substantif précédant, comme ital. la donna, la beltà délia quale etc.; esp. muchas horas, al cabo de las quales etc. Gela n'a lieu en français que lorsque le substantif est précédé d'une préposition : l'âne, pour l'ombre duquel vous disputez ; mais on dit : la nature dont nous ignorons les secrets. Cette même langue n'emploie régulièrement lequel qu'au génitif, au datif ou avec des prépositions ; elle ne s'en sert au nominatif et à l'accusatif que pour éviter des équivoques.

3. Le possessif cujus s'accorde en espagnol et en portugais (cuyo, cujo) avec le substantif dépendant et peut-être précédé de particules casuelles et de prépositions : el autor, cuyos libros he leido ; una criatura, a cuyo lloro estaba atento ; o moço, cuja imprudencia me admira, de cuja imprudencia est ou admirado. Les autres langues remplacent ce pronom par le génitif des autres relatife.

4. Il y a deux adverbes de lieu qui peuvent exprimer le sens d'un pronom relatif prépositionnel, unde et ubi, et qui correspondent tout-à-fait aux démonstratifs inde et ibi (p. 49. 50), qu'on emploie également avec une valeur pronominale. Ces adverbes s'appliquent aux objets aussi bien qu'aux personnes. 1) Unde (ital. onde, donde, esp. de donde, port, d'onde, prov. DON, franc, dont) était déjà usité en latin dans le sens de eœ quo, a quo {fons unde hauritur\ praedones unde emerat); les langues fîUes l'appliquent à tous les rapports exprimés au moyen de leur préposition de. Seuls l'espagnol et le portugais, du moins aujourd'hui, ne lui laissent plus que le sens local. Il s'unit, comme qui, immédiatement à son substantif. Ex. Ital. il crine onde (del quale) le fiere tempie eran avvinte Inf. 9, 42 ; la mano onde io scrivo ; quel dond' io mai non fui sazio P. Cz. 8, 5. Esp. la casa de donde habia salido ; v.esp. el regno onde el rey es aima et cabeza S Part. II, p. 8 ; port, o lugar d'onde vem ; de même val. regïunea unde

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