‹ Grammaire des langues romanesChapitre 99 sur 141 · PROP. RELATIVE. CONSTRUCTIONS AVEC LE PR0N03I ADJECTIF · texte numérisé non relu

PROP. RELATIVE. CONSTRUCTIONS AVEC LE PR0N03I ADJECTIF

resare soarele (où le soleil se lève). Prov. Torqiiator dunt eu dig Boèce 43 ; lo mestier don aviatz honor. En français, cette particule est fort usitée, non-seulement dans le sens prépositionnel, mais aussi dans le sens causal àe de qui ou duquel : les fautes dont je l'ai repris ; les héros dont il tire son origine; Dieu dont nous ad^nirons les œuvres. B.lat. Ex. digituni, unde sagitta trahitur L. S al. tit. 47 ; unde se postea poenitivit Form. Bal. 13 ; res ecclesiasticas, unde decimae dantur Cap. Car. Calv. Baluze II, 206, monasterio, unde tu es abhas Form. ital. app.; comp. Du Gange s. V. et Pott sur la L. Sal. 135 ^ Le synonyme français d'oit exprime au sens concret ou figuré l'éloignement d'un lieu, par ex. l'endroit d'où il vient; des secrets d'où dépend le destin des humains. — 2) Ubi (ital. ove, dove, esp. donde et en poésie do, port, onde, prov. on, franc, où) s'emploie en latin pour in quo, apud quem (navem ubi vectus fui ; meretricem ubi abusus sis Térence) et de même en roman; mais il s'applique ici aussi bien au mouvement qu'au repos, et en général avec un sens plus abstrait ; cependant il ne remplace pas proprement le datif. Ex. Ital. il giardino dove siamo stati {nel quale). Esp. las sepulturas donde estaban enterrados; en los palacios do esta S Rom. 4. Prov. domna on es beutatz (^o\xv ab oui) Choix IV, 15; sella on ja merse non trobarailj 235; v. franc, (ici ubi se rapporte souvent à des personnes) le duc Rollan où tant ait bai'onie G Vian. 1304 ; franc. mod. l'état où Je suis (dans lequel); l'emploi de où pour auquel est tombé en désuétude : cet achat où tu pousses si bien Mol. l' Etourdi 1, 10; le bonheur de lui plaire est le seul où f aspire Rac. ; je renonce à l'empire oùfétois destiné ibid.; le dieu où on croit QFA. 1029 2.

1. L'auteur de la Grammaire de la langue d'oil (I, 1G2) sait exactement quand le franc, dont, qui, à l'origine, n'a dû exprimer que le sens de d'où, a commencé à prendre celui d'un pronom relatif : c'est à l'époque où ont été écrits les sermons de saint Bernard. Un coup d'œil jeté sur la cantiléne d'Eulalie l'aurait fait revenir d'une affirmation si péremptoire.

2. A propos de ubi, il faut encore observer une périphrase extraordinairement usitée dans l'ancienne langue. Au lieu de l'ital. egli venue aW abbate on trouve venue là dove Vabbate era Dec. 1, 7; esp. en los palacios do esta {en sus palacios), voy. dans le texte; llevanos do stà el ladron CGen. 195; prov, vos man lai on es vostfestatges Choix 111, 23 ; lai on sa cortz es 391; laij on era sos evesquatz LR. l, 558*; de môme esp. â los Judios le dexeste prender do dicen Monte Calvari (m.lat. ubi diciiur) PC.

5. En outre, chaque pronom relatif ou adverbe peut se rapporter à un nom déterminé de la proposition principale. Ainsi QUALis, dans son acception primitive (sans article) et quantds, par ex. tutti i cittadini, quali credeva potessero essere gonfalonieri ; tutti i nemici , quanti erano ; de même en espagnol et en portugais. Quando peut de même s'adjoindre à une idée de temps (ital. il giorno quando, lat. dies quum), PERCHÉ à un nom qui exprime le motif ou la manière (la ragione perché, il modo perché, lat. causa cur, ratio cur), mais perc/^e peut aussi être remplacé par que, comp. plus bas §ll,n. 1.

6. Lorsqu'il s'agit de renvoyer à une proposition entière, on se sert des neutres. L'ital. che se fait ici précéder de l'article (il che, lo che), par ex. eglino cominciarono a vivere sotto quelle leggi, il che successe loro felicemente\ cependant lorsqu'il s'emploie au génitif et au datif et après diverses prépositions, il se passe plus volontiers de l'article ; on dit aussi per il che pour éviter la confusion avec la conjonction perché. L'espagnol se sert du neutre qui lui est propre, lo qual, et parfois aussi de lo que : à lo quai respondio ; lo que hice de muy buena voluntad. Le français prépose le démonstratif au relatif et dit : nom. ce qui, ace. ce que, après des prépositions QUOI, et au lieu de de quoi il emploie ce dont, par ex. il est mort, ce qui m'afflige beaucoup ; il fut absous, ce dont personne ne doutait ; il a manqué à son ami, en quoi il est coupable. On renvoie encore par l'ital. cosa che, l'esp. cosA QUE, le franc, chose qui à une idée déjà exprimée.

7. Lorsque le relatif, comme sujet, se rapporte à la première ou à la seconde personne, c'est-à-dire à ego, tu, nos, vos, même lorsque ces mots sont sous-entendus, le verbe de la proposition secondaire se met à la même personne, sans qu'il soit nécessaire, même en français, de lui adjoindre un pronom personnel. C'est que qui se prête surtout à marquer ce rapport. Ital. io che non lo sapeva ; tu che nulla vedi ; poeta (voc.) che 7m guidi; ahi gente che dovresti esser devotal Pg. 6, 91 ; tu magnanimo Alfonso, il qual ritoglime etc. Ger. 1,4. Esp. yo que vine d tan buen puei-to ; ah traidores que sois muchos! port, tu que nuncar épousas. Prov. ieu qui vos am tan ; tu quim sols goernar ; gai a vos guizadors,

348. Cette tournure rappelle la périphrase du m.h.allemand : ich (jie hin da ich min niftel vant ; er gieng da er sine kamern sach.

l'ROP. RELATIVE. CONSTRUCTIONS AVEC LE PRONOM ADJECTIF. 343

Li Qv Ah disets GO. 172^; franc, moi qui te veuœ\ c'est toi qui es la cause de tout cela. Val. eu carele fecutam (ital. io che ho fatto) ; voi carii atzi vezut {voi che avete veduto). Ce procédé est commun au roman et au latin et se retrouve encore, pour ce qui concerne l'omission du pronom personnel, en V. h. allemand et en anglais : ih bin ther sprichu ; / who am your scholar\ our father which art in heaven. Le Tasse a pu dire o Musa tu che circondi, jamais o Musa che tu circondi. En français cependant on applique parfois encore la troisième personne : si c'était moi qui eût fait cette faute ; c'est toi seul qui l'a fait Corn. Cinn. ; nous qui sachent bien écrire (au lieu de sachions) Mol. Femm. sav. 3, 2; mais c'est contre la grammaire. — A ce sujet, il reste encore à observer un cas. Lorsque le relatif ne renvoie pas directement à la première ou à la deuxième personne, mais à un nom attributif qui leur est attaché, la règle citée plus haut trouve également son application. Ital. io son un che vo piangendo GGav. 277 ; che son un che piango Inf. 8, 36 ; io son la donna che volgo la rota, sono colei che tolgo e do stato GCav. 326 ; tu sei quelli che non volei (volevi) etc. CN. 48 ; {io) corne quel che men curato avrei Orl. 2, 40. Esp. yo he de ser el primer o que he de pisar tu margen arenosa Cald.

I, 263^ ; heme holgado que tu fueses la que llegaste \A.'^ ; yo no soy homhre que robo DQuiœ. 1, 25; port, tu es o deus que fizeste o ceo. Prov. eu sui cel c'a tota ma vida te far ai ait al esvasida Jfr. 55^ ; de totz caitius sui ieu aisselh que plus ai gran dolor Choix III, 189; aquel soy ieu que nous falhirai V, 23 ; sols sui que sai 34 ; franc, jo sui la tue ancele ki fis etc. LR. 5 ; es tu ço li huera Leu qui venis de Juda ? 288 ; tu es li ters (tertius) qui Rome auras Brut

II, p. 128 ; je suis tel qu'amour favois en vous (avec un je pléonastique) Mar. III , 305 ; je suis médecin passager qui vais de ville en ville Mol. Mal. imag. De même en latin : non swn is qui putem ; solus sum qui ita senserim ; tu es qui interrogas, ego respondebo ; ego sum panis vivus qui de caelo descendi Vulg. Evang. de Jean 6, 41 ; v.h.allem. ih bin Gabriel die azstantu (qui suis là) fora gote. Mais la langue se permet souvent de construire le verbe avec l'attribut, surtout lorsqu'on insiste sur cet élément de la proposition, par ex. esp. que fui yo quien le guardô la vida (celui qui) Cald. I, 90^ ; port, eu sou o que fallou ; franc, /e suis le seul qui ait vu cela ; je suis celui qui a parlé \ car je sui cil qui n'en auroit mestier Thib. 10.

8. Rapport du démonstratif avec le relatif, — 1) Lorsque dans la proposition principale le démonstratif employé substantivement indique un objet suffisamment déterminé par luimême, qu'on a nommé ou qu'on montre, il peut être représenté par tous les pronoms de cette classe : ital. questi che, colui che etc., esp. este que, aquel que, franc, celui-ci qui, celuilà qui (non pas celui qui). Le pronom personnel formé de ille n'est même pas exclu : ital. egli cK avea il hrando nudo Orl. 12, 83 ; franc, elle qui se prétend si sage, — 2) Mais si l'objet désigné par le démonstratif n'acquiert sa détermination, son existence que dans la proposition secondaire, on choisit un démonstratif de la troisième personne , le déterminatif (p. 70), qu'accompagne régulièrement le relatif que, plus rarement quale. Les formules usitées sont donc : ital. quello che ou colui che, esp. aquel que, el que (non pas él que), port. aquelle que, o que, prov. aquel que, selh que, el que, franc. celui qui, val. cel ce ; toutes ces formules répondent au lat. is qui, ille qui et à l'ail, derjenige welcher, Ex. Ital. la gloria di colui che tutto muove, Esp. aquel ou el quel lo hizo se llama Alfonso, Prov. non es fis drutz cel ques camja soven ; d'els qui solon esser melhor Choix IV, 105 ; franc, ceux qui ont vécu avant nous ; mais cependant ceux- LA se trompent qui croient etc., c'est-à-dire qu'on emploie celui-LK lorsque le déterminatif est séparé du relatif par un verbe. Ce qui vient d'être dit s'applique aux personnes. S'il ne s'agit pas de personnes, le démonstratif ne peut représenter qu'un nom déjà exprimé : ital. questo giardino e quello che ho comprato ; esp. la escuridad de la noche y la que causaban lo s portâtes Nov, 10; franc, cette maison et celle que vous m'avez montrée. — 3) Le sens du déterminatif est aussi attribué en italien au pronom personnel lui (fém. lei, pi. loro), qu on regarde généralement dans cette acception comme une abréviation de colui, bien que colui ne soit autre chose qu'un renforcement de lui, par ex. siccome lui che ardeva di saper e Bec, 10, 4. Le provençal et le v. français emploient leur pronom correspondant, qui peut être aussi remplacé par le possessif : un gai descort tramet lieis cui dezir Choix I, 178; pustelV en son huelh qui Ven amonesta {en V huelh de lui qui) IV, 172 ; Beus est en lui ki aime vérité TCant, p. 22. La même force démonstrative existait aussi dans les pronoms personnels et possessifs du v. allemand, par ex. er ist ein vil wîser man, der tumbe gedanke verdenken kan (celui-là est un homme bien sage qui peut chasser de sou esprit les folles pensées) ;

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