PARTICIPE ET ADJECTIF I
remporté une victoire. L'adjectif victorieux a donc, dans ce cas, tout juste la même valeur de prétérit que le participe vaincu dans l'armée vaincue. Il y a encore d'autres cas où les adjectifs expriment souvent une distinction entre les moments de la durée : ils contiennent donc quelque chose de ce qui caractérise le verbe; ainsi immortel indique le futur : quelqu'un qui ne mourra pas, etc. Si donc on peut dire que les participes indiquent plus souvent et plus clairement que les adjectifs un moment déterminé de la durée, cependant, comme il ne s'agit précisément que d'une différence quantitative, on ne peut pas invoquer l'absence ou la présence de l'idée de temps comme un caractère différentiel du participe et de l'adjectif. C'est aussi un signe diacritique de pure apparence que la possibilité pour le participe de recevoir un régime. On dit en esp. callar alguna cosa et habiendo callado a. c, mais on ne peut pas dire un hombre callado a. c. Dès lors, on serait autorisé à conclure que le participe est entièrement passé à l'état d'adjectif lorsqu'il ne peut plus recevoir un régime comme le verbe. Incontestablement, cela est exact; seulement, ce critère fait défaut dans bien des cas, soit que les verbes en question n'aient par nature aucun complément, soit qu'ils l'introduisent avec de, comme p. ex. l'esp. olvidarse (oublier). Il y a encore un autre point, relatif à la forme : nous devons voir des (19) adjectifs, et non des participes, dans l'ital. stretto, fianç. étroit etc., car c'est strinto, étreint qu'on a fait servir comme participes ou, pour mieux dire, dans les cas où le participe, venant à s'unir à esse, habere etc., se trouve étroitement en rapport avec des formes du verbe à un mode personnel, il se modèle alors sur celles-là; ainsi, comme on dit en ital. stringe, strinse ed ha stretto, on en arrive facilement à dire strinto au lieu de stretto, tandis que, dans la strada stretta, strinto ne peut pas s'introduire, du moins sans difficulté. Mais avec cela l'on n'est pas encore au bout de toutes les difficultés, car le toscan populaire emploie très couramment strinto précisément, à la place de stretto. Une dernière différence à signaler, c'est que le participe renferme l'idée d'action, l'adjectif celle de propriété : on peut donc dire que le transfert du participe aux adjectifs est accompli lorsque le dernier sens l'emporte. Naturellement,
nous ne tenons absolument aucun compte de la manière dont ces adjectifs sont rendus en d'autres langues. Si les Allemands traduisent p. ex. le franc, o^^' tantôt par « gewagt » (qui est osé), tantôt par « verwegen » (téméraire), ce n'est pas une raison pour dire que le franc, osé soit une fois participe, une autre fois adjectif; tout ce qu'on peut affirmer, c'est que dans ce cas le français ne connaît pas une distinction que l'on fait en allemand.