LE PARTICIPE EN - «/ I
dans l'ancienne langue : araisnié (causeur), celé (qui cèle, caché), conçu (qui connaît, savant), decëu (qui déçoit, trompeur), desscu (qui ne sait pas, déraisonnable), forfait (qui a forfait), feoné (qui a mis bas), menti (très menteur), passé (qui a dépassé), pensé (qui pense, réfléchi), mescrëu (mécréant), parvëu (qui pourvoit, prévo3ant), porpensé (qui pense, réfléchi), sorfait (impertinent), taisi (qui se tait, silencieux), tressué (en sueur). Il en est de même en provençal, où il pourra suffire de citer issernit (prudent), saput (qui sait, entendu), disnat (qui a dîné, rassasié : e dejus e disnat-^ Appel, C. 97, 18). — Espagnol : admirado (qui admire, étonné), agradecido (reconnaissant), atentado (avisé), atrevido (hardi), bebido (qui a bu, ivre), bicji hablado (éloquent), callado (discret, silencieux), cansado (importun), creido (crédule) et descreido (incrédule), disimidado etfingido (dissimulé, feint), encarecido (qui enchérit, pressant), dormido (endormi, dormant), entendido (entendu), fiado (fidèle, confiant), desconfiado (défiant), leido (qui a beaucoup lu), escribido (qui a beaucoup écrit : es mi seiiora muy prin- (17) cipal^ muy hotiesta, muy recogida, muy discreta, muy leida y muy escribida Nov. ej. 377), mcnosconsiderado (inconsidéré), mirado (circonspect), olvidado (oublieux), osado (osé), arrepentido (repenti), pesado (de poids, important), prevenido (qui prévient, prévoyant), porfiado (entêté), presumido (qui présume, présomptueux), ra:(onado (raisonnable), reposado (reposé, calme), sabido (qui sait, expérimenté), sufrido (qui souflre, endurant), valido (valable), J'f«//^o (sensible, susceptible), et de plus en a.-esp. cffordado (prévoyant), t'rmio (Berceo, S. Mill. 100 : qui erre, égaré), tnembrado (réfléchi), puis avec un sens manifeste de parfait : cenado, comido et en ^..-Qs^.yantado, la parida (Berceo, Mil. 536 : l'accouchée). Cf. encore la fainilia de Soles continuaba incomunicada cou sus vecinos (J. Valera, Com. Mend. 168). — Portugais : callado , esquecido (oublieux), lembrado (réfléchi), 0 somno carregado (Lus. 6, 40), errado (Graal 47 : qui erre, se trompe), etc.
Pour l'ancien français, cf. A. Tobler, Beitr. I, 122 à 134, où l'on trouvera d'autres indications bibliographiques. La distinction qui y est établie entre les participes de verbes réfléchis et de non-réfléchis n'a pas été reprise ici, parce que, comme on le voit par le latin, le
Meyer- LUbke, Grammaire IlE z
sens du participe est tout à fait indépendant du complément que régit le verbe. Selon W. Fôrster (note au Chev. II esp. 1 1494), le sens actif se serait d'abord introduit dans des expressions telles que tnesfaii me sut; et puis, comme, en même temps que mes/ai^ me sut, on pouvait dire aussi mes/ai^ sui, le participe d'autres verbes non-réfléchis aurait, lui aussi, pris le sens actif; mais cette explication suppose que le phénomène est seulement d'origine française et ne remonte pas déjà au latin ; de plus, elle est contredite par le développement historique du français, qui enseigne que le pronom réfléchi, au lieu d'être tombé dans mesfaii sut, s'est au contraire introduit par analogie dans mes/ai^ me sui.
§ 14. Nous avons déjà montré (II, § 395) par une série d'exemples que les participes peuvent finalement devenir de purs adjectifs; aussi la seule question à résoudre ici est celle de savoir quand ce cas se présente, en d'autres termes où se trouve la ligne de démarcation entre l'adjectif et le participe. On pourrait être tenté d'abord de la chercher dans le fait que le rapport temporel marqué par le participe est le caractère essentiel qui en fait un élément du verbe; mais un regard jeté sur les § 11-13 suffit à montrer le peu de fondement de cette explica- (18) tion. Que l'on considère son origine première ou son emploi à n'importe quelle époque du développement latino-roman, la valeur temporelle n'est pas un élément essentiel de nos participes; au contraire, elle y a toujours été introduite par le contexte uniquement, et si parfois elle a pris une certaine prépondérance, jamais elle n'est arrivée à dominer définitivement. Et d'autre part, supposé même que l'idée de temps soit essentielle aux participes, ils pourraient néanmoins, tout en la conservant, devenir des adjectifs, parce qu'il est tout à fait inexact de dénier aux adjectifs proprement dits la propriété d'exprimer des rapports temporels. Pareille supposition est déjà contredite par le fait attesté au t. II, p. 41e, que des adjectifs peuvent parfois être employés comme participes; mais avant tout il y a cette considération que les adjectifs aussi possèdent un sens temporel bien prononcé, ainsi qu'il ressort clairement en franc, d'une comparaison entre la grande armée et V armée victorieuse. En effet, la première de ces expressions se rapporte au présent : « la grande armée » est celle qui est grande à l'époque où se transporte celui qui parle, tandis que la seconde se rapporte à un moment passé : « l'armée victorieuse » est celle qui a