‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 104 sur 269 · LE SUJET DES VERBES UNIPERSONNELS · texte numérisé non relu

LE SUJET DES VERBES UNIPERSONNELS

pouvant pas se produire, il n'est ni possible ni nécessaire d'exprimer le sujet sous la forme d'un pronom. Néanmoins on dit en ital. egli piove à côté de piove, en franc. // pleut, mais l'espagnol ne paraît avoir que llueve. Pour la forme, le pronom est presque partout identique au masculin, donc en ital. egli, franc, il; dans de rares cas seulement, comme l'exemple de l'allemand « es » pourrait le donner à penser, il représente le lat. illid. Divers patois, p. ex. ceux du Dauphiné et ceux du canton de Vaud, emploient le féminin : en dauph. la pliïâ, vaud. la plou; cf. encore dans la Nobla Leyczon la non se troba en scriptura sancta (Appel, C. io8, 24), phénomène particulier qui rappelle la substitution étudiée à la p. 103 du féminin au neutre. Toutefois la question réclame encore des recherches plus approfondies. En effet, à l'ital. ella canta correspond le vaud. île i canto, à egli canta le vaud. el a canto, à piove au contraire là plow, or là est ordinairement la forme du féminin pluriel : cf. lur là canten = esse cantano. En soi il est bien possible que cet a soit le même qu'au masculin, et la pourrait bien être une forte réduction âiQ el a; mais alors l'allongement de la voyelle reste obscur. Le choix du masculin en revanche est (356) très facile à expliquer. Ainsi qu'on le verra tout à l'heure, le plus ancien roman emploie généralement sans pronom les verbes en question; or, à l'époque où l'on fit un usage plus fréquent du pronom, il ne subsistait guère que les deux formes distinguant les sexes, parmi lesquelles celle du masculin était de beaucoup la plus employée et par conséquent occupait dans la conscience linguistique la première place; aussi put-elle facilement s'introduire aussi dans les rares cas où il existait une forme spéciale du pronom neutre (p. 371). — Si nous examinons à présent les verbes dont il s'agit ici, ils se partagent en trois classes : ceux que nous avons étudiés aux § 99 sq., puis les combinaisons de est avec un adjectif prédicatif, enfin tous les verbes indistinctement dont le sujet n'est d'abord pas exprimé et n'est désigné avec plus de précision qu'après le verbe, p. ex. en franc, il pleut, il est tard, il arrive des étrangers.

§ 337. Le ROUMAIN n'offre que peu d'exemples, et encore semblent-ils n'appartenir qu'à la troisième classe : el se ràdicâ

Meter-Lùbke, Grammaire III. 24

un om (C. B. i, 377, i : il se présenta un homme), când statu Mahamet împârat, el era numârul ailor 6p6o (405, 12 : quand M. devint empereur, le nombre des années était 6960), el Venise atunce vreamea Troianilor de périt (353, 38 : alors était venu le temps pour les Troyens de périr) etc. Comment faut-il interpréter si tu ce seameni, el nu iaste trupuluî sa fie semânat (Gaster I, 13, 33 : et ce que tu sèmes, il n'arrive pas pour le corps qu'il soit semé), où l'on pourrait rapporter el au ce qui précède? Ce point reste douteux. Mais dans tous les cas un pareil emploi de el est encore très rare. L'usage est le même en espagnol, où le neutre ello ne se présente aussi que tout à fait rarement et en cas d'accentuation spéciale : se os decir que no sera ello con voluntad y consintimiento mio (D, Quich. 2, 5), ello es lo cierto (J. Valera, Pep. Jim. 26) et autr. tournures sembl. — Le parler DES Grisons pousse très loin cet emploi, et son ei est usité dans une proportion presque plus étendue encore que l'allemand « es » : cf. ^ob^^^ ei plôfÇil pleut), ei gliei daventau (Barlaam 273, 13 : il est arrivé), pang eis ei muncaii (286, 21 : peu a-t-il manqué), eifo sera (Alig27, le soir était venu), ei ^/ (il est), d'où l'on en vient même à dire da glie:( temps era ei in niebel ritterÇS. Ulr. 61, 14 : en ce temps-là il était un noble chevalier), ei compare (357) à gli in aungel (Alig 165, il apparut à lui un ange), schi baul SCO eilg ei stau tilgiau gin igl tgiau agli ritter (S. Ulr. 64, 27 : aussitôt qu'eut été coupée la tête au chevalier) etc. En italien également on a toujours emplo3^é egli, ei : egli piove (Lasca 38), e' mi ti par conoscere (Sacch. 135), ei non mi pare fuor di proposito (Mach., Disc, i, 13), ^' portava pericolo (Cellini 5), e' non ce vino (Sacch. 20), egli non è gran tempo (21e), egli è notte buja (61) et aussi egli è mesi (379), gU era nel cuor del ver no (Lasca 25), gli era legato il pa^pio (28), egli ti debbe placer e Vunto (53), egli era una vedova (Bocc, Dec. 2, i) etc.; il est donc rare en somme avec la troisième classe.

§ 338. Le français présente un intérêt spécial parce qu'il maintient assez longtemps une distinction entre les différentes classes. Dans le Roland on ne rencontre que plaist, chaut, estuet etc., mais en même temps // nen est drei:( (2349), ja li corners ne nus aweit mestier, Mais nepurquant si est il ase:^ niiel:(^

Page 1