‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 105 sur 269 · LE SUJET DES VERBES UNIPERSONNELS EN FRANÇAIS 33 I · texte numérisé non relu

LE SUJET DES VERBES UNIPERSONNELS EN FRANÇAIS 33 I

(1742), il est jugiet que nus les ocirum (884), // est escrit en Vanciene geste (3742), // nen i ad neveie ne sentier (2399) etc.; même on n'y trouve pas encore d'exemples de la troisième classe. C'est seulement dans la paraphrase des IV Livres des Rois qu'on rencontre // te plaist (6), // pert (261), il ajurnad (184), il pluve (262) et dans le Brut de Munich il l'en est remeis uns fil:( (2488), // nel gari ses osbers blans (1775), il lo tesmoine nostre historié (ij^^). Au cours du xv^ siècle apparaissent ensuite plus souvent des tournures réfléchies comme // s'agit, il se passe et autr. sembl. qui, au xvi^ siècle déjà, sont devenues tout à fait courantes. Mais de l'ancien usage ont encore persisté des débris de toute espèce. Chez Molière on trouve suffit (Et. 823), besoin est (Tart. 175 1) et autr. expressions sembl., et l'usage actuel a conservé peu importe, qu'importe, n importe, de là vient que, je m'en irai quand bon me semblera, que t'en semble, soit dit entre nous, à quoi nous sert, mieux vaut, autant vaut, bien lui fasse, à Dieu ne plaise, plût à Dieu, sans tenir aucun compte de soit, peut-être, pièça, naguère, dont l'origine verbale est entièrement oubliée. La langue populaire connaît aussi faut Qt y aQa moins que ce dernier ne soit qu'une simple contraction de // y a par l'intermédiaire de ta^, puis vaut mieux tard que jamais (H. Monnier, Scènes Pop. i, 542); en outre, le picard an'empec (Rev. Pat. Gall, i, 109) au sens de n'importe. Il est à noter que presque en aucun cas le verbe ne (358) commence la proposition, d'où il résulte que //, grâce à l'analogie des verbes à trois personnes, s'est introduit avec une facilité particulière dans les cas où le verbe n'est précédé d'aucun autre mot. Cet // est donc purement et simplement, surtout dans la première classe, dans // pleut, où l'on pouvait encore au xv^ siècle l'omettre sans la moindre difficulté, une création due à l'analogie de // chante, il veut, il arrive etc. En dehors de cela, on peut trouver dans quelques cas isolés des points de contact plus déterminés. A côté défait jour et ajourne apparaît // jours ajourne. Or si // jours, au lieu d'être exprimé, était seulement indiqué par le pronom : // ajourne, il devenait possible de dire également il fait jour et autr. expressions sembl. Mais le VIEUX FRANÇAIS, à côté de //, possède aussi un el neutre : cf. qu'eu n'est c'un Deu (Benoît, Chron. i, 203), qu'eu n'aveit joie

en negum leu (113 3), qu'eu na si bêle (2, 6377) et pareille nent dans des textes du Poitou et de la Saintonge, de même d'ailleurs qu'on dit encore aujourd'hui dans ces provinces du Sud-Ouest a fo, al arrive etc. Le provençal aussi distingue entre el masculin et lo neutre : cf. si dreg mi fug, lo sera gran peccat:^ (Dern. Troub. 64), mentre anavo aisi parlan, lo venc N. S. (Appel, C. 116, 8), lo es un segnor Dio (108, 113). Il se manifeste donc ici une tendance à employer comme pronom-sujet, lorsque le sujet n'était pas connu, la forme du neutre qui s'était d'abord maintenue comme cas régime; cette tendance ne s'est toutefois généralisée que dans quelques dialectes.

Cf. A. Horning, Le pronom neutre Wen langue d'oïl, Rom. Stud. IV, 229-272; C. Chabaneau, Rom. IV, 342; G. Paris, Rom. XXIII, 163-166.

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