SUJET RÉPÉTÉ
mettre particulièrement en relief : cf. en ital. noi tre rompemtno le catene, franc, mus trois nous avons brisé les chaînes, mais en esp. los très rompimos las cadenas, los senores non preciades las génies tante como debedes, los dos yd pora allâ[(Cid 638) à côté de nosotros los Almoradis y Almohades le hemos quilado la obediencia (Guerr. Civ. 562 b), proposition qui se trouve avec la première dans le même rapport que nosotros hemos avec preciades. En outre, le français moderne exige l'emploi du pronom atone quand le sujet est exprimé par un pronom personnel tonique ou par un substantif et un pronom personnel, ou bien quand un sujet nominal, dans une proposition énonciative, n'est exprimé qu'après le verbe : moi fy pense, Roger et moi nous avons écouté en silence, il me vient une idée, elle nest pas tarie la source de mes larmes etc. Mais une certaine liberté ne lui est cependant pas interdite : cf. toi-même avoueras (Molière, Et. 845) à côté de vous-mêmes vous voye-^ (824), lui-même heureusement a découvert sa ruse (1564); de nos jours on dit tout à fait couramment lui était touché (Zola, Lourdes 267), vous pense^ ainsi, mais lui pense autrement etc. Cet usage existait déjà, quand le sujet était mis après le verbe, en ancien provençal : et ilh lasfant morir e decha:(er 1st fais pastor (G. Fig. 4, 26). Ensuite, à côté du pronom accentué, les patois du Nord de l'Italie offrent souvent la forme atone : en vén. mi e no vorave (Calmo 94), mi e son (95) à côté de iutto :(o cho mi (94). Mais, à part cela, le sujet nominal et le pronominal apparaissent quand il s'agit d'attirer l'attention sur le premier : en roum. un fecïor a împàratuluî anume Kostantin el mûri (G. B. i, 390, 8 : un fils de l'empereur du nom de Constantin, il mourut), en obw. igl ritter aher quel a protestau (S. Ulr. 62, 24), en a. -franc, mais salves hum il deit faire message (Roi. 315), // cuens Rollan^^ il est mult irascu:( (777)3 ^^ ^^^^ Marsilies il est venu:(^ avant (860}, en prov. can Nohe ins en l'archa ell si salvet (Ev. Nie. 2350), en port. 0 (362) marido esse adorava-a (Eça de Queiroz, Cr. Am. 6) etc. Il semble qu'on doit partout admettre une pause entre les deux sujets : on voit en effet, dans les exemples tirés de la Chanson de Roland, que la césure tombe toujours entre les deux.
§ 342. Quand le sujet se compose de plusieurs personnes différentes et qu'elles sont énoncées séparément, le vieux
FRANÇAIS peut employer une tournure qui lui permet de placer le verbe au singulier et de le faire suivre, en la lui donnant pour sujet, de la personne principale, puis il reprend encore une fois ce sujet au moyen du pronom personnel et il y unit avec et les autres personnes : ceste parole ot escoutée Li seneschaus, il et ses frère (Ch, Lyon 4412 va.r.), pris est par force li riches reis Gaifiers, Il et sa fille et sa franche moillier (Cour. Louis 3 50), quant repo:(ee fu et saine s' amie, Elle et ses fix, dont ne s'atarja mie, Vers Romme droit ont leur voie acuellie (Aub, 2020). Le cas se produit encore plus facilement quand le sujet précède le verbe : cf. en prov. lo vescoms de Beyers estec el pahalhon Del comte de Nivers, el e sei companhon (Albig. 745), et même en pareil cas c'est une règle absolue de reprendre le sujet au moyen de ille.
Cf. A. ToBLER, Beitr. I, 187-189.