RÉGIME EXPRIMANT LE RÉSULTAT
déjà en eux-mêmes le régime de résultat, tels Tital. cantare^ franc, chanter, esp.-port. cantar (chanter, produire un chant). Tandis que les premiers exigent presque toujours un régime à titre de complément nécessaire, le cas n'est pas tout d'abord le même avec ceux de la seconde classe : l'ital. cantar e un canto, franc, chanter un chant ne dit au fond rien de plus et rien autre que le verbe simple. Mais, quand le régime est spécifié d'une manière plus précise, en ital. cantare un bel canto, en franc. chanter un beau chant, il n'indique plus seulement le résultat en général, mais la qualité du résultat ou bien en conséquence un résultat d'une nature tout à fait déterminée. On peut donc dire qu'avec un verbe et un nom de radical identique le régime de résultat est ordinairement un régime composé, bien que naturellement cette règle n'ait aucun caractère absolu; en revanche, quand les radicaux sont différents, le plus souvent cette (381) condition n'a pas de raison d'être. Pour donner une idée de ce qu'on appelle la « figura etymologica », qui du reste outre le régime de résultat comprend encore maint autre phénomène, il pourra suffire de citer ici un petit nombre d'exemples, car leur examen détaillé appartient plutôt à la stylistique qu'à la grammaire. En roumain, l'on rencontre surtout fréquemment le type « rêver un rêve » : cf. un vis am visât (Cânt. Mold. 28e), am visât ni{te vise (Basme 65, 15 : j'ai rêvé certains rêves), {i se veselirà veselie îngereascà (70, 34 : ils jouissent d'une joie anglaise), urmând urma celor buni (Gaster I, 118, 28 : suivant les traces des bons), cându-^-au sâmànatû sàmînta (i, 119, 33 : quand ils ont semé leur semence) etc., en ital. donare grandissimi doni (Bocc, Dec. i, 71), sonarono diversi suoni (207), vivere una vita oscura (Leop. 175); en somme, les exemples y sont plutôt rares, mais ils sont d'autant plus fréquents en vieux français : por Dieu, me donnés un don (Chev. II esp. 6075), ot entes entées (Rich. 193), noif negier, locution souvent usitée, empristrent une emprise (Chardry, S. D. 771), il orrunt corner les cor:( (Benoît, Chron. 5791), un val avale (Alise. 4782), si doi conter un conte (4829), songai un songe moût avenent (Aiol 360), hau:( crix crient e angoissus (Benoît, Chron. i, 1727) etc.; en français moderne, le phénomène s'est très fortement restreint : on a joué un jeu d'enfer, vivre une vie heureuse et tranquille etc.,
396 CHAPITRE in : LA PROPOSITION § 358.-359.
toujours d'ailleurs avec un attribut; puis en prov. donava sos dons als grans et als paiic:^ (B., C. 358, 25), anet chanîan un chan noel (269, 31), di:(ens pecx ditT^ ses valensa (G. Riq. 94, 60) etc., en esp. yerran muy grandes yerros (Gaza 53, 10), caçar todas las caças (6G, 15), morîmos muerte supitania (Enx. 87, 32), tournure qui se présente aussi dans AppoU. 2^6, esta peticion que vos à 7ni pedides ÇAipipoW. ^12), ganar tal ganancia (583), ensenavanles todo huen ensehamiento (Buen. Prov. 8, 14), sospira sospiro grande (65, 10), visco con s su muger vida dulce e sabrida (Appoll. 650), plus rarement sans attribut : si non perdiessen perdidas (Appoll. 136) et autr. tournures sembl.; il en est de riiême en portugais : cf. seulement viorrer morte de valente (Rom. Port, i, 72). Parmi les autres régimes internes ne présentant pas un thème identique à celui du verbe, il y a peut-être encore à mentionner en franc. Its honneurs que lui a valus cette action, où la forme du participe montre que l'accusatif-régime que n'est pas ce débris d'ablatif signalé p. 61 qui accompagne les verbes d'évaluation, (382) tel qu'il réapparaît il est vrai (le participe invariable le prouve) dans la somme qua valu il y a dix ans ce domaine ; le cas est le même dans la peine que lui a coûtée ce travail, et il ne faut pas oublier que, dans les deux cas, le verbe d'évaluation est employé au sens abstrait. Naturellement, c'est ici qu'on doit citer également des expressions comme l'ital. dormir un brève sogno, esp. dormir un sueho et autres semblables.
Cf. F. Leiffholdt, Etymologische Figuren hn Romanischen, 1884.
§ 359. Voici des exemples de régime indiquant le contenu sans qu'il y ait identité de thème : en roum. a visât 0 femete (Basme 119, 5 : il a rêvé d'une femme), adormi Adamu somnul cel amar (G. B. i, 346, 31 : Adam dormit le sommeil amer), en ital. sognare la polenta (De Marchi, Giac. id. 27 : songer la polenta), // pensare la sua miseria (55), VAdda doveva correre vin di Piemonte (26), stillavano acqua (Leop. 157), respirare sangue e morte etc., en a. -franc, ont le vostre mort jurée (Rich. 4861), on corna V aiguë (Enf. Og. 1370) etc. et de même en franc, mod. parler politique, causer religion, conspirer la mort, crier merci, menacer ruine et expressions analogues, dont une partie reparaissent dans les langues-sœurs, en prov. parlât
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entendensa (B., D. 25, 20), major colp cairas {i<)'j, 3). A l'Ouest, il n'y a à mentionner que l'esp. correr sangre, port, correr sangue.
§ 360. En fait de régimes internes, il nous reste à examiner les adjectifs qui s'attachent au verbe sous la forme masculine et dès lors désignent facilement la manière dont s'accomplit l'action. En l'occurrence, il n'est pas toujours possible de dire si l'on est vraiment en présence d'un adjectif ou bien au contraire d'un adverbe, ou si l'adjectif ne doit pas être considéré • comme un prédicat. Ainsi dans l'ital. tnirandol iofiso (Pétrarque, Canz. 24, "Ç), fiso peut être rapporté à io ou bien être le régime interne de mirar, et c'est seulement quand on met en regard la niente mia mirava fissa (Dante, Par. 33, 98) qu'on peut se décider avec certitude pour la première hypothèse. Autre cas : dans le franc, il parle trop vite, il est permis de prendre vite aussi bien pour un adverbe que pour un adjectif, et c'est seulement la tournure correspondante il parle trop lentement qui donne la solution de la difficulté. Sont donc seuls décisifs les cas où le sujet est au féminin ou au pluriel et ceux où l'adverbe est différent de l'adjectif. Voici de ces expressions dont il s'agit (383) ici : en ital. sudar freddo, veder chiaro, ed io eterno diiro (Enf. 3, 8), en franc, sentir bon, mauvais, coûter cher, chanter faux, en prov. del cor sospiret preon (B., C. 51, 9^, vos puesc dir segiir (B., D. 145, 27), en esp. el campeador fermoso sonrrisava (Cid 923), tan velidofahlô (1368), se holgaron infinito (Nov. ej. 285), érales necesario hahlar gordo â aquella gentu^a (Coloma, Pequeiï. 126), en el Petit-Cltib se juega gordo (154) et autres semblables.
§ 361. Avec la même facilité qu'ont certains verbes primitivement dépourvus de sujet de s'adjoindre un régime (p. 389), inversement des verbes transitifs aussi peuvent devenir intransitifs, que le régime direct soit laissé de côté parce qu'il s'entend de soi-même, comme dans le franc, le cœur hat, ou bien qu'il soit passé sous silence parce qu'il est inconnu, comme dans je lis et autr. sembl. A cette classe appartiennent p. ex. en ital. doppiare (s'augmenter), giungere (arriver), sanare (se guérir), rovinare (tomber en ruines), muovere (se mouvoir), gonfiare (se gonfler), impaurare (prendre peur), seccare (se
sécher), piegare (se plier), inaridare (devenir aride), invecchiare (devenir vieux) et quantité d'autres verbes formés d'adjectifs et de la prép. in, et de même raffreddare (devenir froid), rassottigliare (décroître) etc. , en a. -franc, couvrir : tant i a barges et gran^ dromons, tote mer cuevre (Og. Dan. 2339) et même encore en franc, mod. le héros à ce discours flatteur sentit couvrir le front d'une noble rougeur (Voltaire, L.), enfler de mautalant e d'ire est une formule épique recherchée, niovoir : . mais je sai bien que ce muet par envie (Enf. Og. 3512), remuer : del mautalent qu'il ot tous H sans li remue (Aiol 5210; cf. encore à présent ne remue:( pas de la), sevrer '. après ce que des François sevra (Enf. Og. 4909) etc., et il n'en est pas autrement avec le franc, mod. amender : le malade n'a point amendé depuis sa saignée, coucher, éteindre, vider, plier : je plie et ne romps pas etc., en esp. al^ar (se lever), colgar (être suspendu), mover (se mouvoir), mudar (se changer) : el tiempo muda, partir (s'en aller), vestir (se vêtir) etc., en port, estourar (crever). Ici aussi la grammaire doit se contenter d'indiquer le phénomène et de l'éclairer par quelques exemples. Beaucoup de ces verbes peuvent se présenter sous la forme réfléchie et alors garder par conséquent leur caractère transitif; mais, et cela va de soi, il n'en résulte pas (384) que la forme réfléchie ait existé partout comme étape historique intermédiaire entre l'emploi transitif et l'intransitif : on dira plutôt que la langue indique le caractère intransitif d'un verbe ou bien d'une manière négative en ne le faisant suivre d'aucun régime direct ou d'une manière positive en recourant au pronom réfléchi.