LE PARTICIPE EN -M
tions de temps et s'unit, par conséquent, au simple thème verbal; au contraire, le participe en -nt marquant la durée, on ne le conçoit d'abord que joint à des formes temporelles ayant le même caractère, c'est-à-dire aux formes d'imparfaits, tandis que par son sens il se trouve exclu du domaine des parfaits (§ loi sqq.); il en résulte qu'il se combine avec le radical du présent et, par conséquent, qu'on ne dit pas seulement cantans comme cantatus, mais aussi stringens, bien qu'on ait à côté strictus. Mais, si la nature de son emploi assure au participe en -nt une étroite corrélation avec le verbe, en revanche elle augmente d'autant pour lui le danger d'être complètement supplanté par une forme rivale, et de fait cette élimination s'est produite, favorisée par cette tendance de la langue à remplacer la tournure adjective par une tournure adverbiale. Exemple : une phrase telle que Catonem vidi in hibliotheca sedentetn (j'ai vu Caton dans la bibliothèque dans la position d'un homme assis) devient en italien vidi Catone sedendo in biblioteca (j'ai vu dton alors qu'il était assis dans la bibliothèque). Cette complète altération de sens devait ou bien causer la perte de l'adjectif verbal, ou bien aussi l'entraîner hors de sa sphère et le faire passer au rang d'adjectif. En réalité, c'est la dernière alternative qui s'est réalisée, et le plus souvent comme suit : le participe, ayant subi une certaine modification de sens, a par suite perdu presque toute attache avec le verbe; plus rarement, c'est parce que la forme du participe diffère beaucoup de celle du verbe, comme dans puissant (II, § 517), que cette modification s'est produite. Mais la différence principale consiste surtout en ce que l'idée de durée disparaît graduellement, et que le sens de durée limitée est remplacé par celui de caractère désormais permanent. Ainsi, par le franc, un excellent homme, on entend non pas un homme qui excelle pendant le moment où l'on énonce quelque chose sur (21) son compte, mais un homme à qui cette quahté est toujours inhérente. Au contraire, dans la phrase latine précitée, legentem n'a d'autre durée que celle de vidi; à la rigueur il se rapporte encore aussi à l'instant où vidi a été prononcé, mais il ne le dépasse pas. Cette extension de sens des participes en -nt peut encore se prouver aussi d'une autre façon : parfois, en effet, à l'instardes p articipes en -/, ils peuvent se borner à indiquer
d'une façon tout à fait générale qu'une action est la marque distinctive d'un individu, de sorte que par là ils prennent directement un sens passif. L'équivalence des deux groupes de formes saute aux yeux rien qu'à voir l'allemand traduire par le participe passé « ausgezeichnet » l'ital. eccellente, franc, excellent. A tout prendre, il est vrai, le nombre des exemples paraît assez restreint, et il n'y a guère que le français qui semble en posséder, car l'ital. un mio conoscente (une de mes connaissances) signifie au fond : quelqu'un qui me connaît, et pagare a pronti conîanti (payer comptant) ainsi que denari paganti (argent comptant) pourraient bien être simplement la traduction des termes français correspondants. Mais le français, lui, en offre des exemples dans tous les temps, autrefois comme aujourd'hui. Ainsi il traduit le lat. notum fecisti par /m conosant (An. rat. 14, 3) et la locution correspondante faire entendant (faire savoir) est assez fréquente; dieus mescreans (Enf. Og. 5888 : un dieu auquel il ne faut pas croire), prisant (estimé ou estimable), valant (voyant = visible), buvant (potable), sans tenir compte de verbes unipersonnels comme chaut me (il me chaut, m'importe), chaland (intéressé), poise me (il me pèse, peine), pesant (peiné) etc. Le franc, mod. connaît encore une ville passante, argent comptant, carte payante, prix coûtant, chemin bien roulant et quelques autres locutions. Si même, comme on le voit par le premier des exemples précités, où le participe en -nt rend directement un lat. notum, on peut dans l'un ou l'autre cas remplacer le participe en -nt par celui en -/, en général il n'en subsiste pas moins entre eux deux une démarcation assez nette : c'est ce que prouve à l'évidence notamment une comparaison entre buvant et le bàut roum., bebido esp. etc. mentionné au § 13 : l'un signifie « potable », l'autre « ivre » ou « rassasié de boisson »; de même l'a. -franc, doutant veut dire « redoutable », tandis que le roum. temut a le sens de « craintif ». Donc, les (22) adjectifs verbaux en -nte représentent l'action en ce qu'elle a de caractéristique par rapport à celui qui parle; ceux en -to la représentent ainsi par rapport à l'être caractérisé par l'adjectif; chez les premiers, ce sens est primitif; chez les seconds, il n'est que secondaire : il provient de l'idée de durée dans le passé et date d'une époque où les formes, se détachant
§ 15. l6. LE PARTICIPE EN -fit 23
du système verbal et devenant d'un usage moins fréquent, admettent aussi dans leur sens une certaine imprécision. En ce qui concerne, indépendamment de cela, l'emploi des adjectifs en -nte, on s'en rapportera aux prescriptions formulées par les grammairiens pour déterminer quels sont les verbes ainsi employés, prescriptions que d'ailleurs l'usage courant ne respecte guère; voyez en effet, en Italie p. ex., outre Leopardi (qui, lui, a dû subir l'influence du latin), Mathilde Serao, qui fait de nos jours un emploi assez fréquent de ces adjectifs : cf. quella filosofia cost amara, cost dura... cosî trapelante Vegoismo e la crudeltà (Serao, Ad. Am. 73), la luce divampante délie fiamel le a gas (76), il gran pianerotiolo vivido di luce, brulicante digente, la quale ascendeva pian piano, giàtranquilliz\ata, già assorbente...il piacere dello spettacolo, pregustando quello che avrebbe avuto nella sala (76), le signore, formanti un quadro di stofe seriche (77), la fiitissitna platea nereggiante (77), sembrava una statua, sgorgante délia linea netta di quelP abito (78), esse erano dissimiglianti (78), / capelli formanti un nimbo (78), era apparso Cesare Dias, portante sul viso bello...la fiiti^ia eccita^ione délie sue serate (80), grida slra::^ianti di cuori angosciati (81), etc.
On trouvera, sous ce titre caractéristique : Parti\ipia prâsentis mit Aiisartung des Sinnes (Participes du présent à sens dégénéré), de plus nombreux exemples pour le vieux français chez A. Tobler, Beitr. I, 32-44; ajoutez-y les observations de A. Stimming, Zs. X, 552 sq. Malgré l'étroite parenté du sens de quelques-uns de ces participes avec le participe futur passif latin, on ne peut pas songer à chercher celui-ci dans ceux-là : c'est ce qui résulte déjà de ce fait invoqué à bon droit par A. Tobler, qu'on ne rencontre jamais une finale féminine-am/e; mais nous ne pourrions pas môme admettre que, par une sorte de méprise {-nte et -ndu ayant dû se confondre en français sous la forme -m/), -nt = -nte ait usurpé dans quelques cas la fonction de -nt = -ndu, car -ndu selon toute apparence avait péri depuis longtemps quand -nt adopta cette signification nouvelle.