Le Régime indirect
§ 368. Le complément indirect consiste, dans la majorité des cas, en une désignation personnelle; en d'autres termes, le roman se sert de ad, le latin et le roumain du datif, le vieux français et le provençal du cas oblique issu du datif pour unir au verbe la personne vers laquelle se dirige l'action, qui en est le but, personne qui par conséquent est intéressée à l'action qu'exprime le verbe; c'est pour cela qu'on aura aussi désigné le (39O datif sous le nom de cas de l'intérêt. Mais cette dernière signification, avec sa valeur abstraite, n'est que secondaire; à l'origine on a plutôt un locatif : c'est ce que montre entre autres le développement de la forme en roman, c.-à-d. cette circonstance que la préposition ad (à), comme on l'a déjà observé p. 59, a repris les fonctions du datif. Étant donné que le régime indirect désigne ordinairement une personne, il en
résulte presque nécessairement qu'avec les verbes à régime (p. 389), à savoir p. ex. ceux qui signifient « dire, écrire, annoncer, donner, montrer » etc., un régime de personne, qui peut quelquefois se présenter à côté du régime direct, apparaît sous la forme du complément indirect. Mais, quand la signification d'un de ces verbes se modifie de telle sorte qu'un régime de chose n'est plus nécessaire et même qu'il n'est plus seulement admissible, alors la désignation personnelle peut aussi devenir complément direct. En outre, aussitôt que l'on compare entre elles différentes langues ou périodes d'une même langue, on constate immédiatement une certaine hésitation. C'est ainsi qu'au lat. minari alicui le roman oppose plutôt en ital. minacciare qualcheduno, en franc, menacer quelqu'un, évidemment parce que le lat. minari, dont minae n'est que le substantif verbal, ne renferme pas en soi d'une manière aussi précise que le verbe roman dérivé de minaccia, menaces l'idée du régime direct. Il peut également arriver qu'un seul et même verbe soit accompagné d'un régime direct de chose ou d'un régime indirect de personne, tel credere, en latin déjà credere aliquid (croire quelque chose), credere alicui (croire à quelqu'un) et de même alors en roman : ital. lo credo et gli credo, franc, (xvi^^ siècle) je le crois et je lui crois. Si en même temps l'on dit également en ital. credo un dio, l'idée abstraite de Dieu a pu évidemment dans cet exemple être d'autant mieux assimilée aux régimes de chose, c.-à-d. que le régime direct en vertu de sa signification est un régime interne (p. 394). Nous sommes plus étonnés de trouver en franc, mod. croire les médecins, croyex^-vous cet homme? qui des deux croire! etc. à côté de croire aux médecins etc., où l'on voit que croire est devenu un pur verbe transitif, de même qu'on dit également en roumain te cred. Il existe alors, cela va de soi, quantité d'autres cas où se présente le même changement, mais ici encore il s'agit d'un phénomène appartenant non à la syntaxe, mais à la morphologie; aussi pourra-t-il suffire de citer quelques exemples. Le roumain laisse voir une certaine prédilection (392) pour son datif : cf. ajutà-k (aide-les), au^i domnul plàngeriei meale (Cod. Schei. 6, 9 : le Seigneur entende mes plaintes) à côté de au^i domnul ruga mta (10 : le Seigneur entende ma