RÉGIME INDIRECT
prière), vence miseiloru (9,31 : il vainc les misérables), tninti cui-va (mentir à quelqu'un), et cela abstraction complète étant faite des réfléchis (p. 424). Aux autres langues nous nous contenterons d'emprunter quelques exemples répandus sur plusieurs domaines. Tandis que le roum. se închinâ (s'incliner, saluer) présente le datif de la personne et que, même sans le pronom réfléchi, le vieux français dit a icel mot Vuns al altre ad clinét (Roi. 2008), le provençal, lui, étend davantage le sens du verbe et recourt au régime direct : descendet tost e pois la clina (Flam. 819). Il y a beaucoup d'hésitation, comme en latin déjà, avec les verbes qui signifient « aider, être utile ». Ainsi l'ancien italien dit plutôt ajutare a qiialcheduno , la langue actuelle ajutare qualcheduno; de même le vieux français préfère le datif avec aidier; c'est seulement par degrés que s'introduit l'accusatif. Les verbes qui expriment la prière, pour l'ancienne époque en français et à l'Ouest, sont également à ranger ici. Le vieux français dit uniquement jo H pri, sauf quand prier signifie « adorer »; c'est seulement au xv= siècle qu'apparaît je le prie, qui peut finalement rester seul parce qu'on ne joint plus de régime de chose à prier. En provençal, on a prec H que tenha car s'amor (B. Born 37, 30) à côté de on mais la prec, peit-^ s'en capté (P. Vidal 5, 36); en portugais, pedir a, rogar a sont tout à fait courants, surtout dans les premiers temps : pediolhe d'augua (Rom. IX, 438), rogava a a minha guiador (XI, 376), ensuite aussi sur ce modèle ora pro mini a nosso Senhor (379). Servire alicui est latin; au contraire, servire aliquem prédomine résolument dès l'origine en roman; toutefois le roumain disait serbi cui-va à côté de a serbi pre cine-va et ne dit que slujésc hn maniona (je sers Mammon); au Nord de la France a, rare avant et après Froissart, n'est très fréquent que chez lui; l'ancien provençal au contraire lui donne la préférence : cf. seignors e dompnas guerpira S'a lei plagues qiieu li servis (M., R. 8, 8). Mais, quand on indique en quoi consiste l'action de servir, le verbe devient intransitif et par conséquent la personne devient le point d'aboutissement de l'action : en ital. gli serve di scudo, franc, il lui sert de bouclier etc. Il y aurait encore bien des particularités à signaler dans chaque langue. Si l'on dit en
ital. danneggiare a, cette construction peut être due à l'analogie de nuocere ou de ajtitare; derrière compassionare a se cache peut- (393) être aver compassione a; l'un et l'autre sont en outre des verbes dont l'activité se rapporte exclusivement à des personnes. Si Barrili place côte à côte benedicendo a suo figlio (Notte Comm. 341) et malediceva in cuor suo la smania di darsi per amico di tutti i valentuomini (387), il est possible que dans le premier exemple le sens de dire soit demeuré plus sensible que dans le second. Est également remarquable le franc, survivre à quelqu'un alors que l'ancienne langue disait aussi survivre quelqu'un (p. ex. Garnier, Marc Antoine 621), où c'est probablement encore une fois, comme nous l'avons dit, le fréquent emploi intransitif du verbe qui a déterminé le changement de régime, etc.
§ 369. Avec les verbes unipersonnels, la personne chez qui se manifeste l'action exprimée par le verbe, se présente au régime indirect, surtout en italien : gli pesa, duole, rincresce, aggrada, giova, cale, importa, tocca, occorre, riguarda, riesce, conviene, lece etc., plus rarement en français, où l'on doit citer p. ex. // importe, convient, faut, fâche, démange, tandis que touche, regarde exigent un régime direct, ensuite prendre : cela lui avait pris et aussi la fièvre lui a pris, de plus en a. -franc. avient, de s'amie H sovient, mult li pesa etc., en prov. // tanh, en port. Ihe cumpre et autr. sembl. Mais il n'est pas certain que tous ces verbes doivent être placés sur le même pied. Il est hors de doute qu'il y en a quelques-uns qui, dans leur emploi primitif et à toutes les personnes, prennent aussi une désignation personnelle comme régime direct, tels p. ex. le franc, peser (accabler) ou l'ital. toccare (toucher), sans tenir aucun compte defallere (tromper). Il se pourrait donc bien que nous eussions affaire en partie à des assimilations. Licet niihi est déjà latin, de même placet mihi; c'est sur eux qu'ont pu se régler l'ital. giova et autr. sembl. Dans opus est, le datif se justifie également en latin, de même dans l'ital. è d'uopo, è hisogno; puis leur exemple aura entraîné des expressions de sens analogue, si bien qu'on finit par se persuader que les verbes unipersonnels doivent avoir un régime indirect, ce qui alors détermina cet emploi même avec des verbes comme en iïî^nç. penser, démanger.