‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 122 sur 269 · RÉGIME INDIRECT · texte numérisé non relu

RÉGIME INDIRECT

§ 370. Souvent en italien, plus rarement dans les autres langues, quand la direction de l'action est exprimée par un ADVERBE DE LIEU, on trouve un régime indirect avec n'importe QUEL VERBE : cf. en roum. nu avea ninie puteare sa le stea mainte (394) (C. B. I, 402, 17 : nul n'avait le pouvoir de leur faire face), en ital. venerli inan^i (Nov. 37), gli andava dietro (42), la moglie li venne incontro (70), fuisesi lo coper chio sotto (30), non voglio esserli impiccato appresso (Arioste, Cass. 4, 9), gli apparecchiavano qualche cosa contra (Leop. 104), giratisi intorno (152), te la condurrà avanti (169) etc., en a. -franc, surtout corre sovre : il li qmurt sovre (il lui court sus) et aussi il lor vont seure (FI. Bl. 89), li vavasors contre li cort (Érec 384), en prov. ren con li fe:(es entorn (Appel, C. 119, 68), en esp. el mundo entero se le venia encima (Coloma, Pequen. 135), c^oi" 0 très gatos tan mansos y sociables que sele ponian à uno encima (J. Valera, Pep. Jim. 27) etc. L'italien manifeste ici une propension marquée à la tournure adverbiale, en ce sens qu'il s'en sert aussi quand l'objet vers lequel se dirige l'action est une personne déjà nommée, laquelle est indiquée par un pronom. Or, tandis qu'en pareil cas, à part quelques exceptions, les autres langues ont recours à la tournure prépositionnelle et par suite au pronom tonique, l'italien s'en tient au pronom atone, entièrement suffisant au sens, l'emploie sous la forme du régime indirect et peut ainsi conserver l'adverbe de lieu.

§ 371. Dans une proportion assez étendue, on rencontre le régime indirect avec les verbes les plus divers pour exprimer que soit le sujet, soit le régime ou une détermination adverbiale se trouve en étroite connexion avec une personne, souvent même pour marquer purement et simplement le RAPPORT DE POSSESSION. Le phénomène a déjà été indiqué au § 75, mais il se présente ici avec une extension un peu plus considérable. Cette tournure est très recherchée en ROUMAIN : cf. deacà i và:{urâ Runileaniî viatà porceascà (C. B. I, 359, 10 : dès que les Romains lui virent la vie ignominieuse), ce qui pourrait d'ailleurs être également expliqué d'après le § 375, le sparse cetdtile (361, 21 : il leur détruisit les cités), deacà luarà Turcii cetatea delà Greci, ei le

410 CHAPITRE m : LA PROPOSITION § 371-

tàiarà împeratul (405, 29 : dès que les Turcs eurent pris les cités aux Grecs, ils leur tuèrent l'empereur), eu tatà sînt gâta a-mî da vieatà pentru line (Basme 12, 12 : je suis prêt à donner (395) ma vie pour toi), asâ mî-a fost tri^tea (33, 17 : ainsi me fut le destin), de ti-i dor sà-tï fin muiere (Cânt, Mold, 294 : si tu as le désir que je devienne ta femme), puis on a le régime absolument au sens du possessif et détaché du verbe : când ma uit la sînu-i plin, mapiicà dor {i suspin, Când vâ:( pâru-i de mâtasà, Dorul et tare niapasâ (Doine 65, 5 : quand je vois son sein plein, me saisissent désir et soupirs; quand je vois sa chevelure de soie, un grand désir me pousse vers elle) etc. Nous avons signalé p. 92 un emploi analogue pour le macédonien. — En ITALIEN l'on trouve : le passava da casa (Lasca 75), cercargli la casa (Arioste, Cass. 2, i), la cassa gli troveremo in casa (2, i), gli abbi veduto un pajo di hellissime giovani in casa (i, 2), esser veduto loro in compagnia (5, 2), gli vedeva il viso trafelato (Verga, Vita Campi 118), pareva che gli fosse entrato il diavolo in corpo (99), Vanimo gli iisciva del corpo (Leop. 131), niè grande amico (Arioste, Cass. 3, 3), mi sii sorella (Leop. 135), Jeli si sentiva tremare le ginocchia (Verga, Vita Campi 87), le si vedevano i denti blanchi e tutto l'oro che avea indosso le sbatteva e scintillava sulle guance e sul petto (87), ti sentirai balzellare il cuore (Leop. 169) etc. et de même dans les patois, p. ex. en abruzz. ma esse nne le sapave ca chille ye ye le friyete (Trâd. 2, r : mais elle ne savait pas que ceux-là sont ses frères) etc. En français, au contraire, ce genre de construction est assez rare, et la langue actuelle notamment, comparée à celle du xvi^ siècle, atteste une diminution marquée de son emploi, en ce sens qu'elle ne recourt plus au datif que s'il se rapporte à un régime et non au sujet : il lui prend les deux mains, il lui serre vivement la main, je m'attachais à me perfectionner le goût, on lui frappait sur l'épaule etc., mais il ne dit plus guère le visage leur reluisoit (Rabelais, 2" Prol.) et autr. expressions sembl. L'espagnol aussi ne pousse pas bien loin cet emploi : cf. p. ex. me duele la cabe^a, me pongo los :(apatos, se quit a los guantos et autr. locutions sembl. ; mais le portugais les offre en d'autant plus grand nombre : viulhe 0 rosto lu^ir (Aleixo 6, 26), desarmaromlhe a cabeça (Graal 125), quis Ihe beijar 0 pee

§ 37i-~374- RÉGIME POSSESSIF 411

(123), Ihe matou 0 cavallo (125), Ihe pensarom das chagas (126), vieram apertarlhe 0 coraçào (Diniz, Pup. 109), eu Ihes interrotnpo a conversa (248), ao perceberlhe 0 tnovimento (75), para Ihe evitarem a visinhança (153), facialhe realçar 0 rosto (30), 0 favor de me aceiiarem 0 serviço (Gomes de Amorim, Am. Patr. 15) etc.

§ 372. Pour finir, il faut encore citer le datif marquant en (396) latin LE BUT, à part les considérations qui doivent être réservées pour le § 455. Le latin peut mettre au régime indirect un substantif qui exprime la direction au sens figuré, le but d'une action : cf. non scolae sed vitae discimus. Le roman s'écarte ici de la conception de la langue-mère, en ce sens qu'il recourt d'ordinaire à la préposition indiquant le but : roum. pre, ital. per, franc. p07ir, esp.-port. por. C'est ad, l'équivalent habituel du datif latin, qui remplit le plus souvent cette fonction en FRANÇAIS, surtout aux XVI' et xvii^ siècles, où l'on rencontre des phrases comme // est tout généreux et tout né à la gloire (Malherbe, Lettre à Racan), réserve ton courroux tout entier au besoin (Corneille, Clit. 120), puisque tu la hais tant, pourquoi la gardes-tu? Au bien de mes enfants (Médée 869). L'espagnol aussi nous offre quelques traces d'un usage analogue de A : nacer à la virtud, velar à la venganza et autres cas semblables.

Page 1