‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 126 sur 269 · RÉGIME PRONOMINAL · texte numérisé non relu

RÉGIME PRONOMINAL

régime indirect et du régime direct; il ne s'en présente peutêtre une extension que dans le « dativus ethicus », qui se rencontre aussi dans d'autres langues, c.-à-d. dans l'emploi du pronom de la première ou de la deuxième personne avec n'importe quel verbe pour indiquer un rapport intime entre l'action et la personne à qui l'on parle ou bien celle qui parle, sans que d'ailleurs la valeur du verbe en soit d'aucune manière modifiée ou complétée : ainsi p. ex. en ital. uccideîemi il nialfattore, en franc, regardez^-moi la mine de ce gaillard, en esp. me le dieron una biiéna felpa al ladrôn etc. Mérite surtout ici une mention le roum. iatàti împàratul, ital. eccoti l'imperatore, a. -franc, es-vous l'empereor, prov. vec-vos V emperador , a. -esp. afevos el emperador. Enfin, une dernière question à examiner, c'est le rapport entre les pronoms-régimes et les adverbes de lieu. Le ad du roman remplit deux fonctions différentes : d'une part il introduit un régime indirect, de l'autre une (400) détermination de lieu; mais avec le pronom atone on distingue d'abord entre le datif : en ital. gli, a. -franc. //, franc, mod. lui, esp. le et l'adverbe : en ital. ci, franc, y, a. -esp. i ou, lorsqu'il s'agit de personnes, en ital. a lui, franc, à lui, esp. a elle; on dit donc en ital. gli credo, franc, je lui crois, esp. le creo, mais ital. civo, franc./')' vais; en ital. pensa a lui, franc, je pense à lui, esp. pienso à elle. En ce qui concerne le rapport entre ci et a lui etc., nous avons déjà donné p. 83 les indications nécessaires. Mais il se pose maintenant une autre question : l'identité de tournure quand le complément est un nom, telle qu'on l'a dans l'ital. credo al padre, franc, je crois au père, esp. creo al padre et dans l'ital. vo a Parigi, penso al padre, franc, je vais à Paris, je pense au père, esp. voy A Paris, pienso al padre, n'amène-t-elle pas à conclure que parfois le datif du pronom personnel est employé même dans les cas qui renferment, à proprement parler, la signification locative de ad} La grammaire résout catégoriquement cette question par la négative; toutefois une enquête plus attentive montre que la langue n'observe pas toujours la limite entre les deux formes : cf. en ital. rilornatagli (Bocc, Dec. 3, 10 : retournée à lui), pensami aile undid (d'Annunzio, Trionfo délia Morte 19 : pense à moi à onze heures) et probablement aussi di Ionian

4l6 CHAPITRE III : LA PROPOSITION § 111 -1)1^'

salutollo e con gran feste Gli corse (Arioste, Rol. 23, 10), à moins que l'écrivain n'ait eu dans l'esprit une tournure gli corse incontra (p. 409). Le vieux français nous offre un exemple analogue dans // // chevauche et cil a lui (Thèbes 5742).

§ 378, Le FRANÇAIS présente encore une autre particularité. Dans l'ancienne langue, surtout du xiv^ au xvi^ siècle, à se trouve très souvent avec le pronom tonique même en des cas où le pronom ne porte aucun accent spécial : cf. il sembloit à lui que (Froiss. 2, 12, 200), et aloient à euls dire que (2, 73), que vos à lor commandoi:(^ vostre comandement (Villeh. 106), tels con à lui convient (132), // manda au seigneur d'Aimeries que à lui fust deffendu de partir (Comm. 4, 12), quelle peut asservir à soy les cœurs des brigands (Amyot, Th. 21), la pitié servit à elle de juste excuse (Hept. i, 345) etc. C'est avec parler que cet usage a persisté le plus longtemps, car au xvii^ siècle encore à toi parler est plus fréquent que te parler. En français moderne, (401) il s'est perdu à son tour, mais à sa place à moi etc. doit être rigoureusement employé quand le régime direct est me, te, se, nous, vous; en d'autres termes, le datif me etc. est uniquement admissible lorsqu'au verbe ne s'adjoint pas en même temps un pronom à l'accusatif, à moins que ce ne soit celui de la troisième personne. Cette règle doit avoir été déterminée par cette circonstance que, dans l'association de deux formes dépourvues de la différenciation casuelle, il pouvait facilement se produire une équivoque : en effet, me, te peut aussi bien signifier « à moi toi » que « moi à toi », tandis que avec me le pareille amphilologie se trouve exclue par le fait que le ne peut être qu'un accusatif. Un emploi plus remarquable est celui qu'on rencontre en moyen français de à lui tenant lieu de l'atone lui etc., emploi qui est en rapport avec l'élimination de l'atone H par lui (II, p. 115); peut-être a-t-il aussi pour point de départ l'identité phonétique au féminin du datif atone H et du cas régime tonique li, circonstance qui a pu avoir pour effet d'affaiblir le sentiment de cette distinction, ce qui s'est manifesté dans le fait que a li a pris alors également la place de l'atone //.

§ 379. Il peut arriver que fasse défaut un régime pronominal DIRECT qu'on attendrait. C'est notamment le cas lorsque

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