‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 128 sur 269 · EMPLOI DE LA TOURNURE RÉFLÉCHIE · texte numérisé non relu

EMPLOI DE LA TOURNURE RÉFLÉCHIE

à rorigine l'emploi d'un pronom-régime. Il va de soi, sans qu'on ait d'ailleurs besoin d'en donner aucune preuve, que tout verbe transitif, qu'il admette un régime direct ou un régime indirect, peut également prendre la tournure réfléchie : en franc. // se trompe comme // me trompe, il se dit comme il me dit. Mais, un fait essentiel, c'est que le pronom reflechi employé comme régime direct peut assumer tout simplement le rôle du passif latin et que le lat. domus venditur devient en roum. casa se vinde, ital. la casa si vende ^ franc, la maison se vend, esp. la casa se vende, port, a casa se vende. Nous avons montré ci-dessus (§ 94) que cette môme construction s'emploie aussi quand le sujet est indéterminé, général, et que par conséquent casa se vinde etc. correspond également à la tournure française « on vend la maison ». En réalité, le sens est exactement le même dans les deux cas : chaque fois, il s'agit d'un objet qui est atteint par une action, sans que l'auteur de cette action soit alors déterminé d'aucune façon dans l'esprit de celui qui parle. Dans ces conditions, l'objet en question peut passer lui-même pour auteur de l'action, mais seulement si la langue possède précisément un moyen d'indiquer qu'il subit en même temps l'action. L'emploi du réfléchi avec cette valeur ne se rencontre point partout dans la même proportion. En ce sens le roumain va très loin : il oflre notamment cette différence essentielle avec les langues-sœurs que son réfléchi lui sert aussi pour le passif de la première et de la seconde personne : ma bat, te batï répond au lat. ferior, feriris; peutêtre est-il permis de voir là une influence slave, puisque dans les langues slaves également le réfléchi prend à toutes les personnes la valeur passive. Le rhétique, qui peut former le passif avec venire (§ 305), ne recourt que rarement à la tournure réfléchie, mais il en est tout autrement de l'italien, comme aussi l'on doit s'y attendre après la consta- (406) tation faite au § 94 : cf. / tuoni non si sarieno potuto udire (Bocc, Dec. 2, i), mai di lui alcuna cosa si sentio (Serc. 388), oltra vivanda non si mangera per me (340), sapendosi per ognuno (Lasca 87, 11), si rinvenne una délie scarpe (Verga, Vita Campi 108), rimpiccolirsi le scarpe non si potevano (no) etc.; mais il ne l'emploie avec un nom de personne comme sujet que si

toute équivoque est impossible : laddove Cristo tutto di si mena (Par. 17, 51), perché si de punir donna (Arioste, Roi. 4, 66), uno che non s' era mai visto (Verga, Vita Campi 120) et même si che veder si potean tutti quanti (EnL 4, 117), mais on ne dit guère il poeta si loda et autr. locutions sembl. Le français est encore plus rigoureux, car il repousse en général la tournure réfléchie quand le sujet est une personne et ne l'admet qu'avec un nom de chose : la langue française se parle dans toute l'Europe etc., mais non où Jésus-Christ se vend chaque, jour. En ESPAGNOL, c'est Seulement au xvi^ et au xvii^ siècle que la langue présente l'emploi du réfléchi étendu aux cas où le sujet est une personne : se matahan los cristianos, se degollaron los catalanes et encore aujourd'hui l'on continue à s'y exprimer de même quand le sujet est indéterminé : se huscan criados, se nomhrarmi alcades etc. En même temps, on peut rencontrer le verbe au singulier et le substantif sous forme de régime, ainsi que nous l'avons déjà montré au § 94.

§ 383. La tournure réfléchie sert ensuite à exprimer la réciprocité. L'ital. si hattono, franc, ils se battent a le double sens de « chacun se bat soi-même » et « les uns battent les autres ». Or cette ambiguïté de sens a pour résultat d'entraîner l'adjonction au simple réfléchi de toute espèce de locutions destinées à dissiper l'équivoque. L'une des personnes peut y être rattachée par la préposition qui marque l'accompagnement : en ital. si hatter à con me, franc. // se battra avec moi, ou bien la pluralité des personnes est exprimée par unus et alter : en roum. nu se vedea iinul eu altul (Gaster I, 71, 15 : ils ne se voyaient pas l'un avec l'autre), en ital. vedi quanti spiriti riempiono questa riva e corne si calcano l'un l'altro (V.), en franc. ils s'aiment l'un l'autre, en esp. mirâronse unos à otros; cf. encore d'autres exemples p. 193. L'italien recourt également àfra suivi du pronom personnel : amiamoci fra noi, si batterono fra se ou fra loro. Enfin, ce qui est essentiellement français, (407) c'est la tournure s'entr'aimer etc., c'est-à-dire l'association d'un pronom réfléchi et d'un verbe composé avec entre; cf. là-dessus II, p. 679.

§384. Dans les cas examinés jusqu'ici, l'emploi du pronom

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