Régime répété
§ 393. Dans une large mesure un régime nominal peut être repris après coup ou indiqué d'avance par un pronom. En ceci les langues ont des procédés qui ne sont pas absolument les mêmes : les unes se comportent plus librement, les autres observent des règles plus rigoureuses, le parler populaire aime mieux que la langue écrite le régime deux fois exprimé. C'est le piémontais qui pousse le plus loin ce procédé : en effet, dans la combinaison de habere et esse avec le participe en -t, le pronom qui précède le verbe y est encore une fois exprimé après le participe, auquel il est attaché : mi i ô vdiilo (je l'ai vu), s' era perdiisse (il s'était perdu), Vô tornalo a trové (je l'ai retrouvé), a ne stane vsin (il en a été voisin), y a diye (il lui a dit) etc. Où faut-il chercher les raisons de cette particularité? Peut-être
dans le fait qu'à la 3° personne du singulier le pronom-sujet ■ atone a pour forme al et par là se confond avec l'accusatif atone /, de sorte donc qu'au tosc. egli Vha veduto et egli ha veduto correspond indifféremment al a vdû; c'est ce qui entraîne d'abord en ce cas, puis par analogie aux autres personnnes ou avec d'autres formes pronominales l'adjonction du pronom-régime au participe, même quand celui-ci a déjà été exprimé devant le verbe principal. Quand la forme verbale est simple, cette répétition ne se produit pas : / v servo (je vous sers), to fardel lo kerdia mort (ton frère je le croyais mort) etc. Abstraction faite de cette particularité, l'on peut dire en général que, si le régime précède le verbe, sa répétition au moyen d'un pronom devant le verbe est très en usage et qu'elle est même de règle en français moderne; au contraire, quand le régime vient après le verbe, il est plus rare qu'on le rappelle au moyen d'un pronom; enfin, dans un cas comme dans l'autre, cette répétition pronominale du régime est plus ordinaire quand celui-ci est déterminé que s'il est indéterminé.
§ 394. En ROUMAIN, quand le régime précède le verbe, sa répétition par un pronom n'est pas précisément une règle sans (424) exception, mais elle est cependant très fréquente : cf. Isusu lu cunoscu (Cod. Vor. 5, 8 : Jésus je le connais), pre J. X. Vau ràstignit Obreaniî (C. B. i, 358, 19 : Jésus-Christ les Juifs l'ont crucifié), oare cui i fu mila (i, 358, 12 : à chacun lui fut compassion), paînrea noastrà sàtioasà dâ-o noao (2, 123 : notre pain donne-le nous à satiété), pàmîntul Vau impartit lor (Caster 2, 50, 7 : la terre il la leur a partagée), lui Sem i-s'au venit partile ce cautà spre ràsàrit (50, 9 : à Sem elles lui sont venues les parties qui regardent vers l'Occident), mais nuntà bunà si viatà dràgostoasà vor dobândi (51, 17 : ils obtiendront un bon mariage et une vie pleine d'amour), pe murg de frîn Vau luat (Cânt. Mold. 293 : le brun il l'a pris par le frein), tîrlile mi le-at pràdat (295 : les brebis tu me les as dérobées), mais immédiatement avant : turmele aï împrà{tiat (les troupeaux tu as dispersé), pe al mieu stàpîn Vomorî negru pagîn (295 : un noir païen tua mon maître). — En italien, cet usage est beaucoup moins répandu. Sans doute, on trouve là aussi des