‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 144 sur 269 · SUJET ET PRÉDICAT · texte numérisé non relu

SUJET ET PRÉDICAT

observer qu'en vieux français et en provençal, quand le verbe est estre ou sembler et le prédicat oin substantif, le sujet peut être introduit par de : cf. en a. -franc, de vostre mort fust, grans damages (Rich. 2871), del mangier fu nus dedui^ (Chev. Lyon 3468) et encore chez Rabelais de ma chair eust été fort malvaise viande (2, 14) et en intervertissant le sujet et le prédicat moût est grans cose de preudomme (Rich. 2691), noble ordene est de chevalerie (J. Cond. I, 71, i), paure cose est de mortel vie (265, i). Quand le sujet vient après le verbe, il est assez souvent annoncé par l'emploi de çou : c'est toux^ reviaus de leur (440) enfance (Watr. 18, 311) et encore en franc, mod. cest un étrange fait du soin que vous prene-^ (Molière, Éc. d. M. i, 57). Quant à l'interprétation à donner à cette tournure, il ne peut y avoir de doute là-dessus : le de marque la relation (p. 384) et par conséquent les premiers des exemples ci-dessus doivent être traduits tout à fait littéralement : « par rapport à votre mort c'aurait été grand dommage », « par rapport au manger il n'y eut nulle joie » etc. ; en d'autres termes il se rencontre des propositions dépourvues de sujet, des constatations d'impressions subies, et l'on introduit sous la forme du régime relatif ce qui provoque ces impressions, c.-à-d. ce qui pourrait au fond être l'auteur de l'action, comme c'est le cas en français moderne dans la tournure la santé est un grand trésor. Il est plus rare que la même construction se présente avec le prédicat du régime : cf. toutefois le prov. del fiel deu no volg aver atnig (Boèce 45). Le français moderne a renoncé à cette tournure, à part quelques faibles traces comme dans qu est-ce de ce langage, qu'est-ce de lui et autr. sembl. Il faut citer enfin un croisement de cette construction avec celle dont nous avons parlé p. 438 dans c'est une merveille à entendre que de ses fex^ (Mér. 1868), tournure anciennement très en usage, mais à peine encore employée depuis le xv* siècle.

Ce n'est pas ici qu'il faut placer l'ital. non gïi fu necessario delV autorità (Mach., Disc. 30); quant au port, ter precisado de alguma causa et autr. sembl., il faut plutôt y voir une tournure influencée par aver bisogno, ter mester et autres semblables.

§ 411. Quand un infinitif employé comme sujet est POSTPOSÈ AU verbe, cct infinitif peut tantôt jouer complète-

ment le rôle d'un substantif, mais tantôt aussi se joindre à des prépositions. Le premier cas est assez fréquent en italien : cf. intra le più necessarie cose è stato costituire una guardia alla libertà (Mach., Disc. 1,5), non è la salute di una repubhlica avère uno principe (ii), mi fu for:(a chinargli (Lasca 128, 17) et toujours notamment quand le prédicat est un adjectif : è necessario venire, è difficile rispondergli etc., en a. -franc, nest mie petite chose estre gendre le rei (IV Livr. 72) et aussi per me non vos est obs plorer (Pass. GO), mais le français moderne n'a plus que il fait beau voir, en esp. serate, sancîo padre, por grant yerro tenido Tu entrar en tal çena, yo fincar desffamnido (Berceo, S. Laur. 67), pero (441) bien me semeja ra^^on e aguisado Descobrir la raxpn (S. Mill. 365) etc., en port, isto é d'uma pessoa morrer com riso (Diniz, Pup. 244), 0 peior é ter de sahir (94) etc. Mais en même temps l'on trouve de bonne heure l'infinitif avec ad : en ital. a voi sari stato poco a donarmi (Nov. 9), cortesia era a rimandallo (Nov. 49), gli era bene a dormir solo (Lasca 187, 3), sarà loco facile cosa a mantenere la loro repubhlica religiosa (Mach., Disc, i, 12), è pa'^x^a a porre cura (Lasca 12e, 28), è vano a pensare (Leop. 175), en a. -franc, bone chose est a annuncer la tue miséricorde (P. O. 91, 2), car ni est pas H vos très biens a demorer en cest rivage (Perc. 8822); cet usage n'existe plus en français moderne et il est également très rare dans l'Ouest : cf. p. ex. a ver rossas flores en el mes nombrado non es maravilla (C. Baena 208 b). Le point de départ de cet ad pourrait se chercher auprès d'adjectifs comme è facile a tradurre, où l'infinitif dépend de l'adjectif (p. 305) et n'est pas le sujet proprement dit. A côté du neutre facile se présente l'expression presque synonyme facile cosa, qui peut alors prendre la place du premier sans que pourtant le reste de la tournure subisse de modification. Il s'agit par conséquent ici d'un changement du sens, d'un emploi abusif de ad, qui n'a d'ailleurs pour ainsi dire pris pied qu'en italien. Le vieux français le remplace en ce cas par de, ce qui ne peut pas surprendre après les observations présentées à propos des substantifs au § 410 : cf. gran:(^ depor:{ est de veoir (R. Charr. 5977), grant viutance est de ferir fame (Érec 1018), bone chose est d'aprandre (Dolop. 8900) et en intervertissant les termes De beisier fu H premiers jeus (Érec

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