‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 145 sur 269 · SUJET ET PRÉDICAT · texte numérisé non relu

SUJET ET PRÉDICAT

2101), puis ceo est lur drei^^ de mesparler (M. France, G. 18), voilà que c'est d'offenser l'Eternel (Gamier, Juifves 67) et de même encore aujourd'hui /orr^ m'est de me taire, il est utile de le faire; mais, quand c'est ce qui fait office de sujet et être de verbe, la langue actuelle et déjà celle du xiv siècle recourent à la tournure plus explicite avec que : c'est une belle chose que de garder le secret, en a. -franc, car c'est irez^ bon office que d'estre boutillier (H. Cap. 2217), tournure qui est donc en parfaite conformité avec nos observations relatives au nom p. 455. Dans l'Ouest aussi l'on rencontre de : en esp. assa:^ es grant pena de nunca veer omne la faz^ del criador (Alex. 225 7), a! tal senor es bmno de servir e rogar (Berceo, S. Mill. 445), en port, me parece necessario de di^er eu (Rom. IX, 367), sera vosa honrra de 0 fa^erdes (Graal 2), non vos he prol de me ial rrogo rogardes (31), où l'on peut voir un (44^) procédé semblable à celui du français, mais peut-être aussi (étant donnée la prédilection de l'Ouest pour de, p. 305) une nouvelle extension, comme en italien, de la construction adjective.

Cf. pour les § 410-41 1 A. Tobler, Beitr. i, 5-15, qui a le premier ouvert la voie à l'interprétation exacte des tournures françaises. Il assigne à de sa valeur habituelle, d'après laquelle il marque le point de départ et « ajoute au verbe estre un sens encore un peu plus concret », traduisant donc de vostre mort fust grans damages par « de votre mort serait sorti grand dommage ». En effet, le franc, de, par opposition notamment à l'ital. di et au roum. de, a conservé pleinement son ancien sens locatif; dès lors il n'est pas contraire à la vraisemblance d'admettre que, même avec des tournures nouvelles et étrangères au latin, il ait pu également être employé dans ce sens. Mais il est tout aussi certain qu'à l'époque latine déjà et plus encore dans la période romane il a pris une série de significations abstraites, notamment celle de relation, qui par la fréquence de leur emploi auront supplanté le sens purement locatif; par conséquent, il nous paraît plus logique de partir, pour ces tournures nouvelles, de ces significations abstraites.

§ 412. En ce qui concerne le cas du prédicat, il va de soi que sujet il se met au cas-sujet, régime au cas-régime. Toutefois le vieux français et le vieux provençal font une exception pour les verbes réfléchis, avec lesquels ils rapportent le prédicat, non au pronom réfléchi, mais au sujet qu'il représente, et par conséquent peuvent l'employer au nominatif : ainsi en a.-

4^0 CHAPITRE m : LA PROPOSITION § 4 12. 413.

franc, plus se fait fiers, mires se fist et autr. cas sembl. (cf. p. 48). Un fait plus important est la présence même avec esse d'un prédicat au cas oblique : cf. en a. -franc, ce fu ge hui le premier homme au desfendre que Meraugis (Mér. 5298), puis en franc, mod. cest moi et de même en ital. è me k côté de sono io : cf. déjà chez Sacchetti fai ragione di esser me (20e) à côté de io sono staio io (206), en port, eu se fosse à ti (Diniz., Pup. 149). Si l'on a déjà pu citer pour le nom à l'accusatif un exemple pris à la période du vieux français, en revanche cest moi ne paraît pas avoir pris avant le xV siècle la place de Tancienne expression ço sui jo, de manière qu'on peut se demander si moi n'est pas (443) déjà la forme tonique usitée comme nominatif par opposition à la forme atone je. Mais, étant donné que c'est moi est si récent, il n'y a que l'italien è me qui réclame une interprétation, qu'il faut peut-être chercher dans la direction suivante. À la question chi é, on donne comme réponse è lui, è lei, è il padre etc. Or, si la personne interrogée, moitié en pensant à une réponse de ce genre, moitié par un écho mécanique des mots entendus,axiopte le è qui figure dans la question, elle peut alors, pour éviter la contradiction qui se produirait entre le verbe, le prédicat et le nom par l'emploi de é io, recourir à une tournure où le pronom revêt la forme qui lui est également habituelle en d'autres cas après un verbe à la troisième personne. Cf. encore p. 81.

§ 413. Il y a plus d'observations à faire sur les rapports de

GENRE ENTRE LE PREDICAT ET LE SUJET. Et d'abord il va sanS

dire, bien entendu, que le second entraîne le premier lorsqu'il est constitué par un mot qui distingue les genres : on dit donc en roum. casa este frumoasà, ital. la casa è bella, franc. la maison est belle, esp. la casa es hermosa, port, a casa é fermosa. Mais il y a une première exception en italien pour cosa qui, lorsqu'il a la signification générale de « quelque chose », reçoit un prédicat au masculin (originairement au neutre) : ogni cosa era finito (Sacch. 269) et surtout dans l'interrogation : CDs' è stato? che cosa era avenuto di lui dopo quel colloquio? (De Marchi, Giac, id. 281), puis tutta la guisa li fu contato (Nov. 15) et cf. l^-dessus p.. 173 ; vient ensuite en franc, mod. personne

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