ACCORD DES PARTICIPES
des patois français modernes, tandis que la langue littéraire doit aux grammairiens un édifice de règles très artistiquement construit, que l'italien laisse régner une certaine liberté et que l'espagnol avec teneo cantatu (p. 342) exige toujours l'accord. On dit donc en ital. aveva rubati danari (Mach., Disc, i, 8) à côté de aveva vinto una impresa (ibid.), abbiatm discorsi gli effetti (i, 6), avendo tolta la via, avendo prese le leggi (ibid.) etc., mais quelle che ... abbiamo veduto (Leop. 160), più luoghi ho veduto (17e) etc.; toutefois, en général, quand le régime précède le verbe, l'accord est plus usité. Il n'y a rien à objecter contre la distinction établie entre l'ho veduto pingere et Fho veduta pingere, parce que c'est seulement dans le dernier cas que la est régime de vedere, tandis que dans le premier il dépend de pingere. Cependant, avec fare et lasciare, des exceptions comme mia nave che io ho fatta apprestare (Bocc, Dec. 5, i) ne sont pas inconnues. Avec les verbes réfléchis transitifs, (446) l'accord doit être de règle, tandis qu'avec les réfléchis intransitifs (p. 425) il y a hésitation : la grammaire exige noi ci siamo immaginato, mais cependant il se présente parfois des infractions à cette règle. En français, pendant longtemps il a régné une grande Hberté, avec cette restriction toutefois que, dans les plus anciens textes, l'accord l'emporte de beaucoup et même qu'il est presque de règle dans le Roland. C'est dans l'anglonormand qu'apparaissent le plus tôt les infractions; ensuite l'ancienne règle se maintient naturellement plus longtemps dans la disposition : verbe, régime, participe que dans celle de verbe, participe, régime; ou bien l'accord peut disparaître quand le régime est séparé du participe par plusieurs mots : la rereguarde ave:( sur mei jugiet (Roi. 754), exemple où le verbe, qui est d'ordinaire intransitif ou du moins exige un régime de personne, est en outre employé contrairement à la coutume. Il est à noter que déjà dans l'Alexis /atV peut rester invariable : malvaise garde t'ai fait (79) et de même dans le Roland : Guenes li fel en ad fait traïsun (844), // nostre deu i unt fait felunie (2600) etc., tandis qu'inversement, il est vrai, l'accord a lieu même dans des cas tels que Caries en ad l'amure, mercit Deu! En Vorie punt V ad faite manuvrer (2505). Cette indifférence de fait à l'égard de l'accord, laquelle se poursuit à travers toute
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la période du vieux français et qu'on peut encore rencontrer parfois rnême chez Corneille, trouve probablement son explication la plus naturelle dans la valeur générale du verbe faire, qu'on exprime tout d'abord sans songer au régime qui va suivre. Parmi les autres exceptions de la vieille langue, des exemples comme un quartier de la coiffe li a parmi copé Et des çhaveus du cief grant partie rasé (Fierabras 1470) et autr. sembl. ne sont pas autrement surprenants, parce que grand partie est traité comme un neutre, de même que rien et autr. termes sembl. (voy. p. 460). Pareillement les deux tournures molt i ont de vostre gent tué (H. Bord. 82 11) et de lor gent ont molt perdue (Troie 9774) ne réclament aucune autre explication. Avec le xvi* siècle disparaît ensuite l'accord quand le régime vient après le verbe; son emploi devant le verbe, à moins que ce ne soit un pronom, devient toujours plus rare; la différence phonétique entre le féminin et le masculin se perd chez le participe à finale vocalique, comme elle s'est perdue entre le singulier et le pluriel; les grammairiens se sontempa? (447) rés de la chose, et jusqu'aujourd'hui les règles sur l'accord ou le non-accord ont fait le tourment de tous ceux qui écrivent en français. En ce qui concerne les verbes réfléchis, on comprend sans peine après les observations formulées p. 33 1 que la vieille langue dise esloignie^ me sui. Quand le pronom réfléchi se trouve au datif, le participe ne s'en met pas moins au nominatif : gran:(^ cox se sont done (Ch. Saisn. 2, 33), cil^^ quatres con loiaus amis Foi et amour se sont promis (Ys. Lyon 286); il ne s'accorde donc pas avec le régime auquel à proprement parler il sert pourtant de prédicat, ce qui prouve combien est considérable la force de l'analogie qui, sur le modèle du type si fréquent je me sui esloignie^, crée également le type je me sui pense:(^ et le conserve alors d'une manière absolue. En vieil ESPAGNOL, l'accord se présente encore assez régulièrement : vos seis cientos e yo treinta he ganados (Cid 207), las puertas dexa' das an abiertas Ç/^6i^, los cavalleros que el Cid le avie dados (105 1), cercados nos han (m 9), vencida avedes esta batalla (3668), ovo leidas las cartas (Alex. 129) et même avie muertos con ella mucha barba ondrada (Alex. 1205), où il faut voir yne construction d'après le sens analogue à celle dont il a été
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question au § 343. A côté de nombreux exemples de l'accord, on trouve alors aussi aquesta rrique:(a que el Criador nos a dado (Cid 811), esta batalla que han arrancado (2485), avien una fijuela que lis avie Dios dada (Berceo, S. Mill. 342), as ierbas bebido (Mill. 340), aviale Dios dado los regnos (Alex. 2164), et au xv^ siècle on devait être à peu près arrivé à l'état de choses actuel. En portugais, nous avons un état de choses analogue; la vieille langue présente des exemples de l'accord sans toutefois en faire une règle; celle d'aujourd'hui ignore complètement cet usage, même avec ter cantado, qui a tout à fait usurpé, comme on sait, la place de haver cantcdo. Enfin il faut encore observer que dans I'asturien, qui distingue -0 et -u, le participe se termine en -0 : tengo sio (j'ai été).
Cf. BonNard, Le Participe passé en vieux français 1879, K. Nyrop, Nordisk Tidskrift for Filologi IV, 106-135, A. Mercier, De l'histoire des participes français 1879; sur la Chanson de Roland, cf. A. MussAFiA, Zs. IV, 104-108 et sur le pronom réfléchi A. ToBLER, Beitr. 2, 56-61.
§ 417. Quand le sujet et le prédicat ne s'accordent pas en nombre, le verbe peut suivre tantôt l'un, tantôt l'autre. (448) On dit en italien i cittadini sono la difesa del paese, i Romani furono un popolo bellicoso, istrana cosa è belle:(^e di femina (Nov. 25), mais en même temps l'on trouve la vera nobiltà sono le vertu ed il temere Iddio (Lasca 99, 8), où peut-être on pourrait considérer la vera nobiltà comme prédicat. Dans al quale parve molto strano i 2j Jiorini (Lasca. 139, 6), le singulier peut aussi s'expliquer par le fait que le sujet vient après le verbe (voy. p. 379). Voici d'autres exemples : non ce nessuni, non si puo esser buoni cristiani (De Marchi, Giac. id. 104), quando si ê stati una volta i padroni del mondo (243), si era allegri e matti (10) etc. — En français, on constate tout d'abord la même règle, surtout aussi avec // employé comme sujet neutre : // mourut deux mille hommes etc., mais elle souffre cette restriction que être avec ce comme sujet et un prédicat pluriel se met au pluriel : ce sont mes amis, ce sont des bêtises, bien qu'on trouve aussi c'est des bêtises (Zola, Lourdes 200) et déjà chez Commines cestoit les frontières (1341), de même d'ailleurs qu'aujourd'hui encore c était, ce serait s'emploient
Meyer-Lûbke, Grammaire III. 50
fréquemment même avec un prédicat au pluriel. Nous avons un usage tout spécial quand le prédicat est un pronom personnel. À c'est moi, cest toiÇ^p. 460) correspondent c'est nous, c'est vous, tandis que ce sont eux persiste à côté de c'est eux et que jusqu'en plein xvi^ siècle ce sommes nous a été usité : cf. en a. -franc, c'estes vous (Berthe 2502) etc. En espagnol et en portugais, au contraire, l'accord entre le prédicat et le ve-^e est plus fréquent : cf. la litera eran andas (D. Quich. i, 19), le cuerpo eran hmsos (19), todos los encamisados era gente medrosa y sin armas (19) et même quelle que aqui parecen no son gigantes, sino tnolinos de viento (8) etc. L'exception n'est qu'apparente dans no son cosa mayor, pero, al fin, son cal:(ones (Pereda, Sotilezas 19), où il est vrai qu'avec cosa comme prédicat le verbe est au pluriel, mais uniquement parce que cosa représente un pluriel qui a déjà figuré dans l'exposé de celui qui parle. En revanche, dans lo que suelen hacer es algmias misturas (D. Quich, i, 22), hacer pourrait bien avoir exercé une influence qui aurait fait prendre algunas misturas pour le régime de hacer et non pour le prédicat de es. Enfin voici des exemples portugais : quanto (449) cuidava, eram tudo meinorias (Lus. 3, 121), isto sâo por farça espiôes (Gomes de Amorim, Am. Patr. 212), sào tudo pastores (Eça de Queiroz, Cr. Padr. 55) etc.