V. Le Complément adverbial
§ 418. Reste encore un dernier développement de la proposition, le complément adverbial, c.-à-d. (comme son nom l'indique) une détermination qui du moins à l'origine est ajoutée au verbe pour exprimer les circonstances dans lesquelles une action s'accomplit et par conséquent avant tout le temps, le lieu, la cause, le moyen, la manière. Le complément adverbial peut se présenter sous trois formes : en effet, ce peut être soit un simple nom, soit un adverbe, soit un nom uni au verbe par une préposition, de sorte donc qu'ici encore on peut distinguer entre les cas de juxtaposition et ceux de copulation. Il est vrai que, du moment qu'on embrasse un espace de temps assez considérable, la délimitation est encore plus difficile à fixer ici qu'avec les parties de la proposition examinées jusqu'à présent.
§ 4l8. LE COMPLÉMENT ADVERBIAL ' 467
En effet, conformément à leur origine et en tant du moins qu'on reconnaît leur étymologie, les adverbes ne sont autre chose que les formes d'un nom ou des combinaisons de prépositions et de noms telles que, suivant la période linguistique qu'on étudie, on doit les attribuer tantôt à l'une, tantôt à l'autre de ces classes. Ainsi l'a. -franc, a ceste heure est incontestablement un substantif combiné avec une préposition, tandis que Vasteure, asture qui en est issu et qui est assez fréquent dans la langue écrite du xvi^ siècle, doit être avec non moins de certitude compté parmi les adverbes. Autre exemple : le franc, mod. aujourd'hui se décompose encore actuellement pour quiconque a le sens étymologique en au jour d'hui; néanmoins la langue moderne pourrait le considérer comme un pur adverbe, de même aussi que le lat. hodie malgré sa connexion évidente avec dies a dû être déjà pour Cicéron un véritable adverbe. Dans ces conditions, pour faire un exposé historique, la meilleure façon de procéder sera de distinguer les cas, non suivant qu'il y a juxtaposition ou copulation, mais selon la nature des mots : il faudra donc prendre pour base la tripartition exposée ci-dessus. Naturellement les compléments adverbiaux pourraient, eux aussi, se partager en nominaux, pronominaux et verbaux; toutefois le complément adverbial pronominal n'a d'importance que lorsque c'est un adverbe, non quand c'est une locution prépositionnelle; quant à ce qui correspond p. ex. aux substantifs adverbiaux en fait de formes pronominales, il y en a si peu (450) qu'on peut rattacher celles-ci à ceux-là, d'autant plus que selon toute vraisemblance il se trouve au fond, non une substitution du pronom au nom, mais une élimination du nom dans un groupe formé primitivement d'un nom et d'un pronom. Mais le complément adverbial verbal, lui, joue un rôle si particulier et si important qu'il peut recevoir une place à part. D'un autre côté, à l'intérieur des trois premières classes, on ne peut guère baser que sur le sens le classement ultérieur, car il ne se produit pas de différences essentielles dans la forme quand on combine les divers éléments avec le verbe et les autres parties de la proposition, tandis que leurs significations diverses sont précisément pour la proposition de la plus grande importance. Les catégories de sens qui devront être étudiées ici, ce sont, ainsi que
nous l'avons indiqué plus haut, celles de lieu, de temps, de cause, d'instrument et de manière. Naturellement, bien que les mêmes moyens d'expression servent parfois pour plusieurs de ces catégories, il n'y a pas lieu de les réunir en un tout; au contraire, en ce qui concerne précisément l'étude de la vie du langage, il est intéressant de rechercher dans leur ensemble les procédés psychiques qui ont déterminé cette diversité d'emplois.
§ 419. Pas plus qu'entre l'adverbe et la locution prépositionnelle, il n'y a de limite fixe entre l'adverbe et la préposition; c'est ce que nous avons déjà montré aux § 206 sq. par toute une série d'exemples. D'une façon générale, les langues romanes peuvent avec une grande facilité unir un adverbe à un nom de la même manière qu'une préposition, ainsi qu'on le verra dans la suite par de nombreux exemples, tandis que le procédé inverse est plus rare. En italien, il faut p. ex. citer sen^^a : la faute bisogno gravissimo aveva di marito e, sen:(a, potrebbe incorrere in qualche strana infermità (Lasca r8), voleva quattro anni stare sen:(a (87, 10) et autr. cas sembl.; il est vrai qu'étant donnée l'incertitude où l'on est de l'étymologie de sen:(a, la chose n'est cependant pas tout à fait sûre. Même observation par rapport au français quand on Va contre soi, bonsoir les combinaisons, mais quand on l'a pour, les sottises mêmes vous réussissent (Richepin, La Glu 247), car ici le soi qui est dans contre soi exerce encore son action après coup. C'est pour une (451) autre raison que avec n'est pas probant dans des cas comme il a pris son manteau et s'en est allé avec, car avec est à l'origine un adverbe; enfin, dans il restait juste de quoi se couler autour (Loti, Pêcheur d'Islande 2), autour n'est par étymologie ni adverbe, ni préposition; aussi la tournure adverbiale ne peutelle pas être rattachée à la tournure prépositionnelle comme on la trouve dans autour de la maison, où elle ne l'est d'ailleurs qu'à demi, mais bien à la locution substantive au tour. Seules, les particules qui rendent le sens du latin usque ad, se rencontrent avec l'emploi adverbial dans un domaine étendu, mais avec cette restriction, il est vrai, qu'en conformité avec leur origine elles ne s'éloignent généralement pas du substantif: cf. p. 366 et en ital. la mia piccola celebrità letteraria era nota