‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 152 sur 269 · PARTICIPES ABSOLUS · texte numérisé non relu

PARTICIPES ABSOLUS

et leurs correspondantes dans les autres langues appartiennent sans doute à l'origine aux formules de suscription : ce ne sont donc pas à proprement parler des créations spontanées de la langue ; mais elles ont pu s'y acclimater parce que rue de Seine en ce cas n'est pas considéré connue un appellatif auquel se rattache une idée déterminée, comme celle de rue conduisant vers la Seine et caractérisée par quelque signe particulier, mais parce qu'il apparaît tout simplement comme une indication de lieu, comme un terme locatif, tandis que l'appellatif correspondant est la rue de Seine. Parfois un locatif se trouve employé même avec d'autres verbes qu'avec ceux de séjour : cf. l'argent était rare rue des Panoyaux (Daudet, Jack 686). Semblablement, c'est à la langue des chemins de fer qu'aura été pris nous partirons trois heures vingt, d'où provient alors aussi vous n'avez^ plus su que penser, depuis hier quatre heures (Zola, Lourdes 480), tandis que quel jour sommes-nous aujourd'hui? (137) doit sans doute être considéré plutôt comme le résultat d'un mélange avec qu^l jour avons-nous aujourd'hui! — En dehors de là, le ROUMAIN présente fatà (en présence de) : cf. eram {i eu fatà la acele întîmplârt (Basme 305, 25 : j'étais moi aussi présent à ces événements), fratiî mei remaserà în mirare và^ânduse fatà eu not (303, I : mes frères restèrent dans l'étonnement en se voyant en présence de nous), où l'on attend à vrai dire înfatà; vient ensuite /«^a, proprement « en fuite », puis « rapidement » : // fuga se repeal de î aduse si 0 bàrdacà de apà (Basme 263, 29 : et vivement il se hâta et apporta aussi une cruche d'eau ; cf. eu fuga Gaster i, 262, 4), enfin casa (à la maison) souvent à la place ou à côté de a casa. L'omission des prépositions dans le premier et le dernier cas peut s'expliquer à la rigueur par un abrègement (I, § 634); dans le second, l'explication fait difficulté; toutefois l'emploi de l'article âvec fuga montre qu'il a été précédé de eu fuga, où l'article est entièrement justifié (§ 179)- — On est frappé de l'abondance des cas en survil- VAiN, où tantôt on emploie particulièrement souvent les anciennes tournures, tantôt on en crée sur leur modèle de nouvelles : cf. el ei vegnius quel medem onn, il nieins de September (C. Mem. 212, 33 : il est venu cette même année, au mois de septembre), in de ses spirituals, il quai figiess leu certs dis digl

onn ils divins uffecis (210, i6 : un de ses ecclésiastiques, lequel (458) célébrât là à certains jours de l'année les offices divins), quels que massian per quel ault e perigulus cuolm, temps de malaura ne freid, stovessen buca pirir (210, 13 : ceux qui iraient sur ce haut et périlleux sommet, par le mauvais temps ou le froid, ne devraient pas périr), ion ai igls dis da mia vitta mai giu in mal patertgiamen tier vossa Grova (S. Ulr. 62, 21 : je n'ai les jours de ma vie jamais eu une mauvaise pensée à l'égard de votre comtesse), quel Groff ei la enciatta vivius cun sia Grova enten tutia pasch (61, 9 : ce comte, au commencement, vécut avec sa comtesse en toute paix). L'italien ojffre au contraire peu de chose à citer. Il faut y remarquer andar fonda (aller au fond) et scamhio di pour in iscambio di : io voglio, scambio di ridere, farvi colla mia f avala meravigliare (Lasca 70), scambio délia chicchera, il signor Commendatore si trovà fra le mani un pe:(:(o di carta (Barrili, Nott. Comm. 20), scambio di strillare, si awentd al fanciullo e H la bc^cd animosa più volte sul capo (3 1), où cependant on doit probablement voir un abrègement phonétique. Pour le français, sont à ranger ici l'a. -franc, fin de compte : et fin de compte se ferma Guillaume (Mon. Guill. pr. 2, 12), qui doit peut-être s'expliquer de la même manière que l'italien causa examiné p. 160, "çms faute de, qui se rencontre déjà dans les derniers temps du vieux français, et par analogie à partir du xvii' siècle manque de, enfin crainte de, substantifs qui indiquent tous trois le motif. Leur union constante avec de semble avoir peu à peu fait naître le sentiment que faute, crainte sont une manière de prépositions ou d'adverbes de cause; leur pleine valeur de substantifs s'affaiblit, et la conséquence en fut un amoindrissement de leur forme matérielle, en ce sens que la préposition (^par, de) fut laissée de côté comme superflue, ce qui communiqua aux substantifs une valeur adverbiale. Dans le vieux provençal on ne peut mentionner que temps, qui dans la locution avec tart : tart 0 temps (tôt ou tard) a pris la place de tempore (en a. -franc, tempre, p. 472). En ESPAGNOL, indépendamment de cabo, frente, hacia et du gai. cara (p. 159), on rencontre ribera comme substantif locatif : andar por el mercado ribera de la mar (Appoll. 201), Undo amor siempre bive sin puvor riberas del su grant rrio (C. Baena 34), la

§ 423- 424- SUBSTANTIFS ADVERBIAUX , 477

campiha que se estende ribera del Henares hasta Gimdalajar (Trueba, H. Cid 29) et ,pour indiquer la dimension : la envi- (459) dia y la justicia lucharon largo rato (26), el raso que se estendia largo trecho (48), cas à propos duquel il faut d'ailleurs observer de nouveau, notamment dans le premier exemple, l'étroite parenté avec le régime déjà signalée à la p. 471.

§ 424. Mais une combinaison particulièrement importante est celle d'un adjectif et d'un substantif pour indiquer les circonstances accessoires qui accompagnent une action. Tout d'abord le substantif en question est le nom d'une partie du corps, d'une pièce du vêtement ou de l'équipement, bref d'un signe distinctif observé chez un être, surtout chez une personne, et qui frappe les regards, sous une forme déterminée et rendue par l'adjectif, en même temps que l'être lui-même. Or, au lieu d'exprimer la simultanéité au moyen de la préposition cum (§ 246) ou la relation entre la personne et le signe caractéristique à l'aide de ad (§ 245), on se contente d'énoncer isolément les caractéristiques en question, de les présenter, par anacoluthe, tels qu'ils s'offrent à nous, et de laisser au lecteur ou à l'auditeur le soin d'établir le rapport. On dit donc en ital. io era ritto sul Jînestrone, le braccia tra le barre, le mani incrocicchiate (Pellico, Pris. 34), nudo ciascuno il piè calca il sentiero (Tasse, Jér. 3, 7), corne la voce aver potè Issabella, Non bene asciutta ancor l'umida guancia. Sol de la vwlta cortesia favella (Arioste, Roi. 23, 69), en franc, mod. il s'est retiré les mains vides, il s'en alla le regard farouche, il vient les bras nus, locutions extraordinairement fréquentes dans l'ancienne épopée, puis aussi trait ses crignels pleines ses mains ansdous (Roi. 2906), en prov. s'en levon boca dejuna (Flam. 531), en esp. recibiolo el Cid abiertos amos los braços (Cid 203), las espadas desnudas a la puerta se paravan (608) etc. Naturellement il n'y a rien de changé quand la place d'un adjectif est occupée par une indication de lieu : en franc. // était assis la main à la bouche, en esp. cavalgô Minaya el espada en la mano (Cid 756) etc. Dans les premiers cas, l'on peut certes encore songer à l'ablatif de manière du latin ; toutefois la grande faveur dont jouit cette tournure et l'étendue du

domaine où nous venons de la voir en usage prouvent que nous ne sommes pas en présence d'un phénomène pétrifié, immobilisé, mais d'une construction dont les langues romanes ont (460) entièrement conservé le sentiment et dont l'explication doit sans doute être cherchée dans la signification donnée au début. Mais on peut encore joindre à ces cas le franc, mod. Paul Astier file bon train (Daudet, Immort. 37), bien que le rapport entre le substantif adverbial et le sujet soit essentiellement différent; car ici, ce qui est exprimé par le complément adverbial, ce n'est pas un signe distinctif du nom, mais la manière dont s'accomplit l'action. Le rapport est identique dans le franc, mod. venir le galop, a. -franc, venir, aler les sau:( nienux, les sau:(, le trot, le cors, chevauchier l'ambleure, locutions qui se distinguent aussi des autres par l'absence de l'adjectif et qu'il est peut-être plus exact de considérer comme des compléments internes (p. 394 sqq.). Mais elles peuvent être mentionnées également ici parce que notre esprit se les représente aisément comme des compléments adverbiaux.

Dans ce qu'on appelle accusatif grec, quelquefois employé par les poètes italiens : ranime santé, dipinte di pietade il visa pio (Arioste, Roi. 14, 74), faut-il voir une imitation d'une langue étrangère? Ce qui rend la chose un peu douteuse, c'est qu'on lit chez Giulani, Delizie del volgar loscano i, 239 à propos d'un estropié de Volterra la phrase suivante : gittate un quattrinello a me poverino, tutto storpiato le gamhe. Des exemples tirés des écrivains sont donnés par Diez III, p. 112-113 (traduction française) et par Vockeradt § 187, 7.

§ 425. Les emplois absolus, étudiés dans les paragraphes précédents, de groupes de mots dont un des éléments constitutifs est un substantif et qui sont destinés à exprimer une propriété, touchent de près à l'emploi purement adjectif de substantifs tel qu'il a été signalé au § 125, et les deux phénomènes ensemble peuvent, lorsqu'ils se rencontrent sur une grande échelle, déterminer graduellement un certain affaiblissement dans la distinction entre renonciation adjective (predicative) et substantive (possessive) d'un caractère distinctif. On dit cest une fille de vingt ans ou cette fille a vingt ans; mais on peut aussi exprimer absolument le caractère distinctif et dire *une fille vingt ans. Ce genre de tournure apparaît assez souvent

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