‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 159 sur 269 · LOCATIFS · texte numérisé non relu

LOCATIFS

buche (Rol. 1487), an tan^ lens estait plaie:^ (Ch. Lyon 4559), être assis dans le trône est l'expression courante au xvii^ siècle, Regnard dit elle mit en mon cou ses bra^^ (L.)j dans la rue^ Jésus est mort en croix a persisté jusqu'aujourd'hui, // porte Vanneau au doigt peut, conformément à ce qui sera dit p. 496, être ramené à el doi ; en dehors de là, il est vrai, c'est à sur qu'on a recours le plus souvent (p. 5 10) ; en prov. en testa porton capel (Appel, C. 115, 201), cil h f rug quen Valbre estan (225), pendre en la crot^^ (118, 58), en esp. la cotnida esta en la mesa, en la calle, en el puente, traer una corona en la cabe^a, sentarse en una cadera, en la puerta tocaron (Amadis 3 b), tocar en estrumentos (C. Baena 213), en la boca l saludô (Cid 2040) etc. Enfin on a renforcé in, pour indiquer l'intérieur, en créant in MEDIO, a. -franc, en mi : anmi la cort au vavassor pandoit une table (Ch. Lyon 211), /'/ oï anmi le gaut un cri (3343) et de même en prov. en miei; on peut également citer ici l'ital. in me7^ a, qui tantôt apparaît sous sa forme complète : in mex^a strada (Purg. 22, 131) et in me^;^ alla strada, tantôt sous la forme proclitique abrégée in me; et de même ma à Montefiascone : arrivata ma Cipro (arrivé à Chypre), à Orvieto : le tuor te faite me lue propio (les torts faits à lui-même) peut venir proprement d'un in medio ad, lequel présente alors le passage (475) de in à ad qui sera discuté au § 437 et qui se trouve d'ailleurs aussi dans le ta signalé p. 250.

Sur ma, cf. B. Bianchi, // dialelto di Casteîh, p. 38.

§ 436. Si l'on a pu, à propos de in, constater un certain transfert dans le domaine de ad, le contraire va maintenant se présenter pour celui-ci, mais dans une mesure beaucoup plus considérable. Sans doute, dès l'origine ad exprime la proximité ou le rapprochement dans Tespace; mais souvent, au lieu d'un point particulier de cet espace, on envisage l'espace tout entier par rapport auquel un point isolé est regardé comme s'y trouvant renfermé. Mais, avant de pouvoir entrer dans l'examen des rapports entre ad et in, nous devons citer quelques autres prépositions qui ont usurpé la place de ad. L'une est ROUMAINE, et il en a déjà été question p. 481. Le remplacement de ad par la remonte plus haut que les débuts de la littérature

roumaine, car non seulement il est connu de tous les parlers roumains, mais il est déjà accompli dans les plus anciens textes : cf. tremeaserà la élu (Cod. Vor, lo, lo : ils envoyèrent vers lui), làcuimu întru o :(i la diînn^ii (26, 6 : nous demeurâmes un jour chez eux), sàrirà la margiînri (95, 2 : ils sautèrent sur la rive) etc. En même temps l'ancien ad s'est encore maintenu chez certains écrivains des xvi^ et xvii^ siècles; ainsi l'on trouve chez Dosofteiu^jmJ a vinat (allant à la chasse), merse in pàdure a lemne (il alla au bois chercher du bois) etc.; actuellement encore ad vit toujours dans des expressions consacrées comme a casa (à là maison), pe alocurea {par endroits), alâturea (à côté de), a lua aminte (faire attention à) et la locution a-^î aduce aminte mentionnée p. 399 et autres semblables. — Dans les Grisons aussi ad a beaucoup perdu de son extension devant l'obw. tier, eng. iiers^ ter de *entu viers, donc une formation correspondant à peu près à l'ital. inverso (p. 165) : cf. en obw. els juvenals een y tier Jesum (Alig 15, les disciples allèrent chez Jésus), y^M vi far paschgias cun mees juvenals tier tei (23, je v£ux faire la Pâque avec mes disciples chez toi), chel turnas tier Diu (41, qu'il retourne à Dieu), Annas ha t armes s Jesum ligaus tier Caiphas (228, A. a envoyé J. lié à C.) et aussi schet Jésus tier sees juvenals (i, Jésus dit à ses disciples) à côté de ad el schet a sees juvenals (i 66) etc.; de même en eng. upôeia chell nun haves ter se una fnatella (R. Chr. 194 : à moins qu'il (476) n'eût auprès de soi aucune jeune fille), Ù7ta bella giuffna da Zuarda es bgear amis fantschella steda ter Jan Raschler (293, une belle fille de Z. a été beaucoup d'années servante chez J. R.), morta et yda ter Dieu (341, morte et allée à Dieu), ter Ig Jilg Adam Clo marideda {^<)S, mariée au fils d'A. C), mais à tout prendre il y est plus rare que dans l'Obwald. Comme on le voit par ces exemples, la nouvelle préposition répond aussi bien au Lit. apud qu'à ad, mais elle est loin d'avoir aussi restreint l'emploi de ce dernier avec son sens locatif originaire dans la même proportion que le roum. la l'a fait pour l'ancien a; avec les noms de lieu, a est notamment encore d'un usage tout à fait courant. Un autre terme a vu limiter considérablement son emploi, c'est vi : en obw. cura che Jésus ei staus morts vid il len délia Sointgia Crusch (Barlaam 270, 17 :

§436. (id LOCATIF ET SES REPRESENTANTS 495

quand Jésus fut mort sur le bois de la Sainte Croix), e ha el voliu satisfar a far avunda vid il len délia Crusch (267, 10 : il l'a voulu réparer et réconcilier sur le bois de la Croix), ligiar vid ina peggia (269, 14 : lier à une colonne), nagitia persuna . . . che havasen enqualche malsognia vid la persuna (262, I : aucune personne qui n'eût quelque maladie dans son corps) et aussi patertgiar vid la mort (258, 33 : penser à la mort) : il indique donc toujours le contact. Au point de vue étymologique, vi doit être identique à l'adverbe î/î (vers), qui est issu du lat. via. L'engadin possède un emploi analogue dans vi alla kasa ou vi dalla Icasa, de sorte donc qu'à l'origine vi n'a peut-être servi qu'à renforcer la préposition, le contact étant marqué par ad. — En italien, da a pris dans une mesure assez considérable la place du locatif ad : cf. sotio sîato da lui, viene da me (il vient chez moi), lo manda dal padre etc.; son emploi se borne à introduire des compléments de personnes avec les verbes essere, stare, andare, venire, enirare, mandare et autr. 'sembl., puis on trouve aussi passare dalla casa (passer près la maison), / Milanesi comincian a sentir alla fine.^ da che parte stia la giustixia (V.) etc. Si dans ce dernier cas da s'appuie sur des analogies de toute espèce (p. 507), les autres cas en revanche nous étonnent et ne s'expliquent probablement que par une confusion entre l'action et l'état résultant de cette action : à une expression comme vengo da lui s'en rattache une autre sono stato da lui. Ensuite il faut citer le français che:( et (477) Ta. -franc. le:(, qui sont les prépositions ayant le moins étendu leur signification primitive : c'est ainsi qiie che:(^ notamment sert encore aujourd'hui à introduire exclusivement les compléments de personnes. Enfin une forme particulière est le béarn. enda,~ enta, nta, ta « .dans », « à l'intérieur de », « vers », puis aussi « pour » : cf. que courri tau barbe (je cours chez le barbier), tornat^ enta vostres maysoos (retournez dans vos maisons), puya entaus ceus (il monta au ciel), courre nta la bile (courir à la. ville), exin de Egipte entau desert (ils sortirent d'Egypte pour entrer dans le désert), qui Vembia ta la so meterio, ta guarda lous hitous (qui l'envoya dans sa métairie pour garder les porcs), aco quey enta tu, mes asso quey ta you (cela est pour toi, mais cecr> est pour moi). Si la terminaison renferme ad, il est en revanche

difficile de dire comment il faut expliquer ent-, surtout aussi, à cause de la forme parallèle end, qui déjà est attestée au XIII' siècle : eîtd arrademption de tot:^ sos peccad:^^ e per so anime (Luch. 293, pour la rédemption de tous ses péchés et pour son âme). Peut-être faut-il partir de en (indé), c.-à-d. que tornat:( ent a vostres maysoos devrait proprement se décomposer en tornatxrcnt a.

Sur l'ital.'dial. ta, voy. p. 250, ma p. 493, sa p. 480.

§ 437. En ce qui concerne les rapports entre in et ad, une première remarque est à faire pour le français moderne : c'est que la' grande ressemblance phonétique entre ou (de en le") et de au (de a le) a fréquemment provoqué la substitution de au à ou, d'où résultent alors des différences d'expression comme il s'en est produit dans croire en Jésus-Christ à côté de croire au S. Esprit. Il faut ensuite citer ici se confier : cf. chez Amyot la sagesse mus desfend de nous confier ou glorifier aux biens de ce inonde (Solon 58) à côté de se confiant en eulx plus qu'à nuls autres (Timol. 2), où à doit être un à nul mal compris, se confiant en ce qu'Uni estoient forts (31), espérer à : cf. vous ave:( mis vostre espérance en la calomnie et au tumulte (Pascal, Prov. 307), puis jeter le bras au cou etc. Abstraction faite de ces cas, l'on constate un empiétement considérable de ad qui est surtout propre aux patois des Abruzzes, où in locatif est même presque entièrement sorti de l'usage : cf. sta a la hase (il est à la maison), a kaskat a lu pottse (il est tombé dans le puits), e nnat a (478) lu Fast§ (il est né à Vasto) etc. Dans les langues littéraires, l'ancien in ou le locatif, surtout avec les noms de lieux, est remplacé par ad. Toutefois il n'est guère possible de formuler une règle précise. Le roumain emploie în avec les noms de pays, la avec ceux de villes : stau în Rumania, sînt la Ruma, merg în Egipet et la Bucure^tt, mais la règle n'est pas absolue, car on peut dire aussi staû în Jaft. En italien, l'on trouve chez Manzoni arrivato in Milano aussi bien que arrivato a Milano (Pr. Sp. 18); on lit : stare a Roma et in Roma, andare a Napoli, giungere in Fene:(ia et autr. expressions sembl.; toutefois dans l'ensemble a paraît être le plus fréquent et in ne se maintenir que devant des noms propres à initiale voca-

§ 437- ^" ET ad LOCATIFS 497

lique, surtout devant a : passera la primavera in Arco, in Astiy in Aiicona, où ce sont donc des raisons d'euphonie qui déter- :: minent le choix de in. Que in persiste devant les noms de pays, cela se conçoit. Le français a partout introduit à devant les noms de villes; il hésite avec les noms de pays : en France, en Suisse, en Chine à côté de au Japon, aux Indes, au Mexique et même, chez La Fontaine, à VAtnériqm (Fables 11, 8), tandis qu'aujourd'hui l'on dit en Amérique, de même que à la Chine est aussi de plus en plus remplacé par en Chine. Si l'on considère qu'à l'origine, après les prépositions, l'article faisait généralement défaut (p. 229), on en conclura que en France etc. était la locution anciennement en usage, mais qu'avec des noms propres plus récents en le ou bien ou et dès lors également à furent de même employés, soit par suite de la confusion entre ou et au, soit par analogie avec les noms de villes. Alors, avec des noms de pays moins connus, cet ad plus récent fut conservé; mais, à mesure que les relations avec ces pays devinrent plus actives et que le nom en fut plus usité, la forme en, qui était plus fréquente, prit de nouveau le dessus. Du reste, avec les noms de villes aussi, en est dans les premiers temps de beaucoup le plus employé : cf. en Rome (Alexis 60), en Alsis (32), et chez les poètes classiques il est encore tout à fait courant; mais d'un autre côté l'on rencontre à Londres déjà dans la Vie de S. Thomas (8x6) et ailleurs. A I'Ouest, les noms de pays préfèrent in, les noms de villes ad : en esp. voy â Cartagena. Ensuite il y a encore quelques appellatifs à citer^ Le roum. a fi, a umhla a casa (être, aller à la maison) a déjà été mentionné ; on dit en ital. andare, stare a casa, a teatro, a letto, all' albergo, alla posta, en franc, être à la ville, à la maison, au théâtre, à l'église, au lit, à Fhôiel, au palais et, comme pendant à la première locution citée, à la campagne, puis à la cour, tandis que l'ancien français disait encore en curt a rei mult (479) i ave:( estet (Roi. 351), en esp. al castello entrava (Cid 98), fué llevado A la carcel, se arrojô al algua etc. Cette façon d'indiquer l'intérieur d'un lieu en exprimant la proximité dans l'espace doit avoir pris son point de départ avec les verbes de mouvement. Lorsqu'il s'agit d'objets déterminés et surtout d'objets déterminés nécessitant un espace assez étendu, l'on

Meyer-Lubkë, Grammaire III, 32

peut d'autant plus facilement se contenter d'indiquer sans préciser davantage la direction, le mouvement, et non le point d'aboutissement, qu'on ne sait peut-être encore aucunement si ce point d'aboutissement est situé à la périphérie ou à l'intérieur, qu'il est possible que tout d'abord on ne se fasse encore aucune idée nette de ce point d'aboutissement, que celui à qui l'on parle et qui demande le renseignement se contente de cette simple indication de la direction. Dans le cas où manque une distinction de forme entre les deux sens de « dans » et « vers », le dernier peut alors être exprimé par la même tournure que le premier. Mais on peut également admettre qu'une expression comme je demeure à Paris, qui signifiait à l'origine « je demeure près de Paris », a suivi, pour en arriver à signifier « je demeure à Paris », la même voie que villa (la propriété rurale) pour passer au sens de « ville » (I, p. 3). Avec ad casam etc., il a pu en être de même, c.-à-d. qu'une expression comme *sto ad casant a pu se modeler sur vado ad casam. Ajoutez à cela que, lorsqu'un complément de personne prend la place de casa, in est impossible ; c'est plutôt ad qu'on employait dans la période ancienne, comme on dit encore aujourd'hui en espagnol : quiere estar encubierto Hasta que llegue la ropa Por no ir à su padre en cueros (C, D.), et dès lors ad a pu s'introduire avec une faciUté toute particulière auprès de casa. Ainsi peut s'expliquer aussi, avec un complément de personne, le roum. întrând la tatul sâû (entrant chez son père); on s'étonne en revanche devant le prov. a la cambra intret (Flam. 252). A l'inverse, il est vrai qu'on trouve aussi l'a. -franc, en larcevesque est la croce salve (Roi. 1670), pour lequel on a dû avoir à l'esprit l'idée des' mains qui tiennent la croix.

§ 438. Abstraction faite de ce qui précède, ad désigne en latin comme en roman la proximité dans l'espace ou la direction d'un mouvement vers quelque chose, puis aussi le point d'aboutissement d'une extension ou d'un mouvement, ensuite la personne chez laquelle s'observe un état, un phénomène, dans le voisi- (480) nage de laquelle arrive quelque chose et enfin la contrée où se trouve un objet, et dans ce dernier cas il entre de nouveau en contact avec in. Toutes ces acceptions ne se rencontrent pas

§ 43^- EMPLOIS DE ad 499

également partout : ainsi l'espagnol dira con malencônico semblante entra â su amo (D. Quich. i, 37) et le portugais s'exprimera de même; le correspondant roumain est comme d'ordinaire la; mais dans ce cas l'italien recourt à da, le français à chex' En dehors de là, comme on l'a dit, c'est le point d'aboutissement, la limite d'un mouvement qui se trouve exprimé dans l'ital. appoggiarsi al muro, a. -franc, vait s'apuier su^ le pin à la tige (Roi. 500) et de même encore au xv^ siècle, mais sur à partir du xvi', esp. arrimarse â la pared, dans l'ital. toccare, franc. toucher^ esp. tocar i, ensuite aussi, avec un sens plus abstrait, dans l'ital. far una cosa a più non posso, esp. ha:(er â mas no poder ou â no poder màs. C'est ainsi que ad se rencontre après les différents verbes signifiant « s'étendre » et par conséquent surtout aussi « s'approcher » : en ital. awicinarsi, a. -franc, aprochier (mais en franc, mod. s'approcher de, p. 507), puis en franc, atteindre, s'étendre etc., puis alors avec le terme opposé se borner. C'est le but final aussi qui est exprimé dans l'a. -franc. a XX milliers les chevaliers preisierent (Roi. 3029) et, avec une tournure un peu différente, dans d'iluec après a 12 lieues soit la cite:^ de Rodestoc (Villeh. 415). En vieux français, des personnes jouent fréquemment le rôle de but, et nous en avons conservé se battre, se combattre à et aussi les troupes marchent à l'ennemi (Acad.), exemple où cependant l'idée de personne a dû s'effacer dans ennemi. L'ancien français fait un emploi tout à fait ordinaire de a dans diverses tournures : a sa fille ne trueve amor (FI. Bl. 3 114), als reis fu prisie^ (Brut M. 425), a soi metsme pleure (Rich. 2925) etc. Enfin la tournure déjà connue du latin situs ad dexteram, ad sinistram esse s'est maintenue et a pjpduit quelques rejetons nouveaux : en ital. posto a tranwntana, franc, situé au nord, à gauche, esp. la dejava a mano derecha (Cid 233), al f rente, à la parte del sur, â todas partes etc. En français, cet usage a pris une extension particulière : se tenir à une distance respectueuse, la lanterne s'arrête à deux pieds de profondeur et déjà en a. -franc, a bien petit que il ne pert le sens (Roi. 326), a po li cuers ne li manti (Ch. Lyon 872), arivames a un port qui estoit a deus lieues d'un chastel (Joinv, 436), puis aussi en franc, mod. // était roi au titre près, à peu prés etc. et de même en esp. â dos palmos se hallaba agua (D. Quich. i> 39)-

(481) § 439. Lorsqu'on doit exprimer simplement la direction VERS, sans idée de but à atteindre, on se sert de versus, inversus, en ital. verso, inverso et aussi ver, inver, en franc, vers, envers et aussi en a. -franc, devers, en prov. ves, enves, deves et de plus en a. -franc, endroit, prov. endreit, en esp. hacia, galic. cara, qui proprement signifient « en face de », qui excluent l'idée de contact immédiat et par conséquent éveillent ensuite uniquement, par opposition à cette idée de contact, celle de proximité, ce qui permet alors de les employer pour exprimer, non seulement le repos, mais aussi le mouvement. Comme on l'a montré p. 494 à propos de l'obw. tier, versus finit par se confondre avec ad. A côté de versus figure contra; or ces deux prépositions se sont parfois différenciées dans leur signification de telle sorte que contra indique un mouvement hostile : cf. le franc, mod. envers et contre tous. Mais cette idée d'hostilité n'était pas renfermée à l'origine dans contra et ne s'est aucunement introduite partout : cf. en roum. veînremu càtrà ei întru Troada (Cod. Vor. 15, 6 : nous vînmes vers eux dans la Troade), Pavelu gràiiea càtrà ei (15, 11 : Paul parla à eux), se apropie càtrà miîa^u (44, 8 : il s'approcha du colonel), chiesariû spre:(ici, càtrà chesarîu se niergi (68,3 : tu t'en rapportes à l'empereur, tu iras trouver l'empereur) et de même aujourd'hui toate lemnele se pleacà eu capul càtrà pâmînt (Doine 337, 2 : tous les arbres se plient avec la tête vers la terre), zj^'a mândra càtrà mine (489, I : ma bien-aimée a dit à moi) etc., càtrà comme l'obw. tier se rapprochant donc beaucoup de ad. L'ancien italien aussi disait de même dire contra (parler avec quelqu'un); autrement, contra exprime d'ordinaire l'hostilité, tandis que l'a. -franc. contre, encontre indique un mouvement de bienveillance à l'égard d'une personne : quant el loi, mut en fu liée, Cuntre lui s'est apareilliee (M. de France, Éliduc 957), Vemperere le vit, si'st encuntre leve^^ (Voyage Charlemagne 145), Sébile la roïne, qui tant ot de hiauié, Ancontre le roi vient (Saisn. 2, 154) et aussi parler encontre; en français moderne, contre exprime tantôt l'hostilité ou du moins l'opposition, tantôt c'est plutôt un locatif « vis-à-vis de » : depuis peu ce damoiseau poli s'est venu loger contre moi (Molière, Dand. i), place-toi contre ce logis (Sicil. 2); en espagnol enfin domine le sens de direction : esta

§ 439-"44^- Contra, super, apud, juxta locatifs $oi

hahitacion esta contra el norte; deteneos, dijo Jtdiano, alargando contra Sahina la mano (C, D.), contra cuerdos y contra locos : esta ohligado cualquier caballero andante à volver por la honra de las muj ères (D. Quich. i, 25), puis aussi surtout chez Montemayor dezjr contra alguno; toutefois cette locution passe pour (482) portugaise.

§ 440. Un MOUVEMENT HOSTILE s'exprimc aussi par super. C'est le ROUMAIN qui va le plus loin dans cette voie : cf. ^i sàri spre ei omulu ce era întru élu duhulu hiileanu (Cod. Vor. 5, II : et il sauta sur eux un homme dans lequel était l'esprit mauvais), // se întàrilea spre ei (5, 14 : et il usa de violence contre eux), fu spre élu sfadà delajudei (14, 6 : il y eut contre lui querelle des Juifs), curse spre ei (34, 4 : il courut sur eux), acesta leastè omulu acela ce spre oanieri {i spre leage {i spre loculu acesta iott totj tutindirea învatâ (32, 12 : c'est cet hommelà qui les instruit tous, tous et partout contre le peuple et contre les lois et contre ce lieu-ci), puis aussi asuprà : ^i spuserà lui arhiereii si tnntânii Judeiloru spre Pavelu (65, i : et comparurent devant lui les souverains sacrificateurs et les premiers d'entre les Juifs contre Paul), mais {i aràtarà lui arhiereulu {i cei mai defrunte ai jidoviloru asupra lui Pavelil dans la version de 1628, deschiserà spre mere rostul sâu (Cod. Schei. 21, 14 : ils ouvrirent contre moi leur bouche), cà manie se sprinse Dumne^eu (17, 8 : car le Seigneur se courrouça contre eux) etc. Dans les autres langues, supra se rencontre surtout en combinaison avec des verbes qui expriment un mouvement hostile : en ital. correre, venirsene sopra una, en a. -franc, reis Gaifiers sur lui venoit (Brut M. 1570), ensuite molt avoit le cuer sor lui iré (Enf. Ogier 1327), sur nus sunt espris (Ph, Thaon, Comp. 76) et alors aussi sur le defens (533, malgré la défense), // vuelt passer mer sur Herolt (Rou 3, 6705), en a.-esp. quantas ontas fiTp sobre la yent ebrea (Alex. 944), cuemo sobrel rey fi^o grant crueldade (945), Narbone^es e Bessus traedores provados ambos son sobre ty sen dulda assembrados ; cuenta que son sobre ty por matar^ Jurados, andan con sus poderes sobre ty assembrados (1527).

§ 441. La PROXIMITÉ DANS l'espace sans l'idée accessoire de contact était exprimée chez les Romains par apud et juxta. LP

premier a persisté en italien, où il est d'ailleurs rare; le second s'est conservé avec son ancienne signification dans le prov. josta, a. -iranç. j ouste. Les termes qui les suppléent sont en partie (485) des substantifs comme l'ital. costa, prov.-catal. costa, qui est rare, le prov. lat:(^, a. -franc, le:(, Ta.-esp. cabe, franc. che:(, termes qui d'ordinaire assument les fonctions de ad, en partie des adjectifs et des adverbes, qui ne se présentent que rarement dans un rôle purement prépositionnel comme le roum. lângà, ital. septentr. rente, ital. rasente (p. 482), a. -franc, près à côté de empres, depres, prov. lonc et qui sont plus souvent combinés avec des prépositions comme l'ital. appresso, vicino di et a, a. -franc, pruef, prov. prop de, franc, mod. près de, auprès de, proche de, esp. cerca de, junto à, port, junto de et a, perto de.

§ 442. Pour indiquer le but final du mouvement, on emploie usque ad. A sa place, ainsi que nous l'avons déjà montré p. 290 sqq., toute espèce d'autres mots se sont introduits, surtout dans la combinaison avec la préposition qui indique le point de départ. Pour compléter ce que nous avons dit à cet endroit, nous devons y ajouter ici les observations suivantes. Dans I'Obwald, la forme la plus ancienne est antroqua, antroqua a, puis sans r entocca, entochen : entochen Veniescha (Viadi 153, r : jusqu'à Venise), où l'on doit voir intrôque ad, le but final étant donc considéré comme ayant le sens de « jusqu'à l'intérieur ». Au contraire, dans l'a.-tosc. di qui a, da qui a, da chi a, a.-lomb. de qui a, a.-vér. et a.-lomb. de qui en, littéralement « d'ici à », le point d'aboutissement est exprimé, de la même manière que dans le vieux français deci a (p. 291), par la mise en relief du point de départ. En même temps, le padouan-vénitien emploie aussi inchin a, en istr. incheint, qu'il faut sans doute considérer comme un mélange de de qui avec in fine. Des éléments analogues constituent le galic. deikâ (jusqu'à), qui doit probablement être décomposé en d'eiqui a acà (d'ici à là).

Cf. A. MussAFiA, Monumenti Antichi, p. 18, Beitrag p. 67.

§ 443. Enfin nous devons encore examiner I'extension sur UN ESPACE. Le latin l'indiquait au moyen de per, sans s'inquiéter de savoir si, pendant l'extension, il y avait ou non un obstacle

§ 443- -P^^ LOCATIF 503

à surmonter. En roman, la signification s'est généralisée. Tout d'abord per apparaît aussi pour indiquer la situation dans un lieu : en ital. mi ritrovai per una selva oscura (Enf. i, 2), en a. -franc, par tot cest pais set Van Cornant ele traï sa datm (Ch. Lyon 4464), dont oissie:(par l'ost itele mélodie (G. Bourg. 4360), chez Commines même porter armes par la ville (7, 8), en esp. (484) grandes son las ganancias que priso por las iierras do va (Cid 548), burgeses et biirgesas por las finiestras son puestas (60). Le double sens de mouvement et repos que nous avons ici peut également s'exprimer chez les Roumains par la double préposition prin : se nu învâtu voi înntre oameri {i priîn case (Cod. Vor. 19, 6 : que je ne vous enseigne pas parmi les hommes et dans les maisons), propoveduescu leagea Domnexeului m'ieu ^i priîn toate satele, {i tn toate dàtâtile (C. B. 2, 146 : que j'annonce la loi de mon Seigneur et par tous les villages et dans toutes les cités) etc. Mais en retour le simple pre perd peu à peu l'essentiel de sa signification, l'extension sur un espace, et indique aussi un point à la surface : vex un cotnit pre cerîû (je vois une comète au ciel), se:(^ pre cal (je suis assis sur le cheval), noi mûri pre perine (Doine 416, 2 : je ne mourrai pas sur des coussins), pe iarbà s'ase:(au (623, 8 : ils s'assirent dans l'herbe), daca mi-i însela Juràmlnt ce-oi jura Pe capul tau va càdeaÇ^o^, 15 : si tu me trompes, le serment que je jurerai tombera sur ta tête) etc. ; cf. aussi le franc, nous étions par ^0 degrés de latitude. Une autre extension de sens commune à toutes les langues romanes se rattache au lat. pendere per pedes , où l'on voit que /)er indique la place à laquelle un objet est retenu, et de même alors en roum. prinde pe cap (prendre par la tète), en ital. menare per la mano; i monatti lo presero, uno per i piedi e l'aliro per le spalle (Manzoni, Pr. Sp. 33), la moglie del custode l'afferrà pel collare (Pellico, Pris. 18), en a. -franc, maintenant par le brax le sache (Ch. Lyon 1964), Vescu a pris par les enarmes (2244), par mains le pendent desur une culumbe (Roi. 2586) et aussi en franc, mod. prendre par les cheveux, tenir par la main, en prov. // un pendian per los pes e ' Is autres per las mas e ' Is autres per los cabels e ' Is autres per las lengas e ' Is autres per las aurelhas e ' Is autres per los brasses (Appel, C. 117, 7), en esp. ensartados como cuentos en una gran cadena de hierro por los cuellos (D. Quich. i.

22) etc. — Rarement trans a le sens de per : cf. p. ex. en prov. be veiria iras una paret (Appel, C. 125, 41); en vieux français, il est assez souvent employé avec deci qui le suit et qui indique le terme final du mouvement : donné li a si grant cola Que très le chief li est coulée L'espee desi en la terre (Viol. 1830), puis surtout dans la locution très parmi. C'est seulement dans le canton des Grisons que l'obw. tras, eng. très (485) s'est introduit dans une proportion considérable à la place de per, et cela de telle sorte que per signifie plutôt « par-dessus », tras « à travers » : en obw. ira per Is praus (aller par les prés », tras la ka^ (à travers la maison). — Un renforcement de per apparaît notamment en français : parmi, proprement « par le milieu », déjà en a. -franc, parmi la porte sont entré (Ren. Mont. 109, 2), Marsilie vint parmi une valée (Roi. 1449), e trovai un chemin a destre par mi une forest espesse (Ch. Lyon 180), puis aussi //' rois fist ses homes loger parmi ces prés floris (G. Bourg. 3242), et ce sens se conserve jusque dans le xvi« siècle; mais aujourd'hui il s'est modifié (voy. p. 509). Avec un sens analogue on emploie en prov. par miei, plus rarement en ital. per meT^xp, esp. por medio.

§ 444. Une des formes de la proximité dans l'espace est I'accompagnement, donc les rapports exprimés en latin par cum. Il est certain qu'au fond nous avons ici aussi un rapport, non de temps, mais de lieu, ainsi que le montre entre autres l'équivalent franc, od, prov. ah de apud (voy. § 246 et Rem.). Il est à remarquer qu'en vieux français notamment atout et otout, de' apud totu, sont employés entièrement au sens du simple ad : il s'en vaut atout moi fuir (Chev. II esp. 7313) et de même encore au xvi^ siècle, en partie jusqu'à nos jours dans les patois, spécialement avec un régime instrumental (§ 461). Voici des exemples qui expriment clairement, non la communauté dans l'action, mais la juxtaposition dans l'espace : en ital. quanti ohblighi Roma abbia con Cesar e (Mach., Disc, i, 10), scolparmi con tuo padre (Leop. 133), non volse rimanere con lui et ando ad albergare con un altro suo castellano (Nov. 36), si scusi coi suoi concittadini (Leop. 180), parendole ottimo modo a ricoprire il suo f allô col marito (Lasca 53) et naturellement en

§ 444- 445' Cum, de locatifs 505

français et en provençal : cf. en a. -franc, od eh est Carlemagnes (Roi. 3092), par amor lor prea ke od lui herbergassent (S. Thom. 2240), 0 tnoi vodrai gésir anqmnuit (Floov. 1646), les dou^e per s a 0 sei apele^ (Otin. 394), ab nos albergara lo reis desbateiat^ (Appel, C. 7, 435), puis en esp. dejô con ellos la mitad de su aima (Nov. ej. 216), hacenme bien quisto con ella (3 16), cuan poco valian con el sus lâgrimas (D. Quich. i, 20). — Une certaine extension du sens locatif se manifeste dans les patois des Abruzzes, où ng^, qui d'ordinaire remplace con, correspond souvent à Vin italien, ainsi que le montre en effet (486) la traduction en parler de Teramo du second vers de l'Enfer : m'artruvive nge ne selva skurç.

Au sujet de atout dans les parlers actuels, voy. D. Behrens, Zs. XIII, 410.

§ 445. Pour exprimer le contraire de ad et in, le roman recourt à de, qui dès la période antéromane a pris la place de de, ex et ab. Par là, on a cessé d'exprimer la distinction qui existe notamment entre de (loin de) et ex (hors de) ou, en d'autres termes, la distinction entre l'action de s'éloigner d'un point situé à la périphérie et, d'autre part, celle de sortir d'un endroit. Toutefois il se manifeste au moins^en roumain avec de et din ou de la, en italien avec di et da une tendance à rétablir une distinction entre les deux nuances de sens. En ROUMAIN, de a une valeur générale ; din indique l'intérieur d'une chose, delà sa périphérie : cf. ^i-i goni ditn gîudecàtoare (Cod. Vor. 1,8 : et il les chassa de la salle d'audience), mais dans les versions postérieures {i-i scoase pre ei delà scaunul ghidecàtii (et il les arracha du siège des juges). Voici d'autres exemples, qui montrent clairement la signification de dîn : desciînse diîn Judei prorocu (Cod. Vor. 27, i : il descendit de Judée un prophète), ^i priînserà Pavelii de lu tràgtea afarà di în bàsearecà (33, 10 : et ils prirent Paul et le traînèrent hors du temple) etc. et de même aujourd'hui : pare cam cà:(ut din nori (Doine 381, 7 : il paraît que je suis tombé des nues), cun cutit de o-ai tàia N'ar curge sânge din ea (407, 6 : quand on la coupe avec un couteau, il ne s'en écoule pas de sang) etc., puis surtout dans des cas comme apà din fânîânâ (eau de la fontaine) etc. (voy. p. 285) et alors parfois aussi avec un

sens à son tour déjà affaibli : doua florl, Amîndouà intr'o tulpmâ Crescute din ràdàcinà (163, 3 : deux fleurs, toutes deux crues d'une racine à une tige) etc. Au contraire de la : slujba ceaîea ce preemim delà domnulu Isusu (Cod. Vor. 20, 8 : le ministère que j'ai reçu du Seigneur Jésus), argintu sau auru sau vesmente nece delà urul namu jeluitu (22, 14 : je n'ai désiré ni l'argent ni l'or ni les vêtements de personne) etc., presque uniquement en combinaison avec des désignations personnelles, où în encore une fois ne peut naturellement pas s'employer. Par exception, l'on trouve aussi se nesciînre de voi ràtàcteasce C487) delà deadevârUy si lu va înntoarce élu nesciînre, se sue, cà ciînre îinntoarce pàcàtosulu diîn ràtàcirea caiei lui, màntui-va sufletulu lui diîntru moarte (135, 12 : si quelqu'un de vous s'est écarté de la vérité et que quelqu'un le redresse, qu'il sache que celui qui détourne un autre de son erreur, sauvera une âme de la mort). Mais plus tard de la gagne du terrain et remplit parfois la fonction de din, notamment avec les termes qui, même lorsqu'il n'y a pas de mouvement, peuvent aussi présenter ad au lieu de in (p. 497) : holircà adiisà de la poticà (Doine 507, 5 : eau-de-vie apportée de la pharmacie), de unde vii ? De la ni^te vit pustii (Strig. 259, i : d'où viens-tu ? de certaines vignes du désert) et dé là par conséquent aussi cucul delà pàdurà (l'oiseau de la forêt) etc. Au roum. din correspond le macéd. dit, de dintru. En italien, di et da n'ont pas nettement délimité leur sphère d'emploi respective. Boccace dit aussi bien io son di Costantinopoli (3,7) que questo giovane non è da Cremona ne da Pavia, an^i è Faentino (5, 5), et la même hésitation se manifeste avec partire, ventre, tornare, tandis qu'avec dilungare, scostarsi, allontanarsi, separare et autr. verb, sembl., da est la forme usuelle.

§ 446. Les applications de de sont assez variées. Tout d'abord il introduit l'indication du lieu où prend naissance un mouvement et par conséquent s'emploie avec tout verbe général de mouvement pour exprimer le point de départ : en franc. // vient de Paris etc. Puis il apparaît notamment après les verbes de séparation et d'éloignement avec lesquels l'italien, comme nous l'avons montré au § 445, se sert de da. Sont à

§ 44^- 447- ^^•> ^^^^j po^^ LOCATIFS 507

remarquer p. ex. le lat. cessare ab aliqua re, I'ital. cessare da^ l'a. -franc. // cessent de lur labur (Ph. Thaon, Comp. 294) et de même encore chez Rabelais, tandis qu'aujourd'hui et déjà chez Amyot le verbe est transitif, l'esp. no por esto cesaban ellos de su risa y de su obm (D. Quich. i, 17), mais aujourd'hui césar s'emploie plus souvent avec en ou transitivement; vient ensuite le roum. se apropià de, a.-prov. apropchar de, franc, mod. approcher de d'après l'analogie de son contraire éloigner de, tandis que (nous l'avons déjà dit p. 499) l'ancienne langue emploie a, vers, devers et que le xvi^ siècle même avait encore à. En outre, il faut citer les verbes signifiant « garder, guérir, dérober à la vue de quelqu'un », qui renferment donc en vertu de la conception romane l'idée d'éloignement, les verbes qui signifient « dépouiller, déposséder » et autres. — (488) Un fait plus remarquable, c'est que de indique aussi parfois le POINT DE REPOS. Il s'agit ici notamment des termes qui signifient « partie », « côté » : en roum. stau de 0 parte {i de alta (ils se tiennent d'une part et de l'autre), stâ until de a stânga {i altul de a dreapta lui (l'un se tient à sa gauche et l'autre à sa droite), en ital. questa è Megera dal sinistro canto, quella che piange dal destro t Aleito (Enf. 9, 46), da un lato il monte Vesuvio, dalV altro i campi Elisei le presenteranno -dei punti di vista singolarissimi (V.), en (ranç. ils fortifièrent Ventrée du Delta du côté du désert d'Arabie, les autres passèrent du côté des Perses, j'ai trouvé cela de part et d'autre, en esp. estaban de una y de otra parte etc., expressions exactement correspondantes p. ex. au lat. habere aliquem a fronte, a latere etc. et par conséquent continuations probables de la tournure latine. Ensuite, avec les verbes signifiant « saisir » et les verbes analogues, on peut introduire par de le nom de la partie qu'on saisit sur un objet : en roum. prinse calul de frîn (il prit le cheval par le frein), apoi legâ pe tigancâ de coadele cailor (Basme 71, 3 : puis il lia la tsigane aux queues des chevaux); cf. là-dessus p. 413.

S 447. Concernant les indications relatives de lieu, il y a peu de chose à dire. Pour traduire devant et derrière, on emploie respectivement abante etc. et deretro ou post, depost :

en ital. dopo le spalle, en a. -franc, puis, en français moderne aussi après, du moins lorsqu'il s'agit d'une enumeration : après ce vestibule est un salon. Il est à noter qu'en vieux français, en provençal et dans la péninsule ibérique le lat. trans (au delà de) a pris la signification de derrière : cf. en a. -franc. dune s'esteit la vieille levée, Triers une cortine est alée (M. de France, Yonec 267) et aussi detries : Rou regarde detries lui (Rou 2, 767), en prov. tras : e ' l vilans dit:(^ tras l'araire (B., C. 54, 35), en esp. iba tras el, en port, tras os montes etc. — Les termes qui traduisent dehors ne donnent lieu non plus qu'à peu d'observations. À côté de extra : en prov. estra, a. -franc, estre, on rencontre /om de : en roum. afârà etc. (voy. p. 306). Une mention est due à l'emploi figuré, tel qu'il se trouve dans le prov. estra mon grat (contre mon gré), mais surtout à l'emploi dans l'acception de praeter, c.-à-d. à l'indication de l'exclusion hors d'un tout, de l'exception : cf. en (489) ital. tutti ci sono andati fuor solamente due 0 ire, en franc, ils y sont tous allés hors deux ou trois; de même en espagnol et en portugais. Toutefois il est à noter que, dans cette dernière acception, la plupart des langues recourent aussi à d'autres expressions, comme en ital. salvo, eccetto, franc, sauf, excepté, esp. excepto, puis en obw. auter che : els possien magliar de tutts fregs del Paradis, auter che d'in pumer (Barkam 266, 24 : ils peuvent manger de tous les fruits du Paradis, à l'exception d'un pommier), figei che ei seigi nagina autra persuna con el en il Palla:{, auter che questas Giufnas (283, 34 : veillez à ce qu'il n'y ait aucune autre personne avec lui dans le Palais, à l'exception de ces jeunes filles), en ital. fuorchè (où che se trouve sans doute au sens de quam comme dans altro che^ et tranne (qui doit être à proprement parler l'impératif de trahere), en a. -franc, estre, franc, mod. hormis (p. 176), en esp. amen de.

§ 448. L'idée opposée « dedans » est importante parce qu'elle touche de près à celle de « entre » : c'est ainsi que inter et intra sont souvent confondus l'un avec l'autre; le sur- SILVAIN emploie même denter et l'ancien vénitien dentro (ce dernier renfermant une confusion de inter et intro^ : cf. en obw. denter quests aungels ha el scaffiu in pli H dils auters (Barlaam

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