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PRÉPOSITIONS INSTRUMENTALES

1726), qui peri sa joie e son sola^ par son mesfet et par son tort (Ch. Lyon 3542), il me prendront par pri ou par podeste (^A\e\is 41), en esp. que si non la qiiebrantas por fuerça que non gela abriese nadi (Cid 34). II va de soi que ces trois emplois de per sont unis entre eux de la façon la plus étroite, bien qu'ils se rencontrent dans des proportions assez inégales : ainsi en Italie notamment le premier est plus rare que les autres, tandis qu'en France tous trois se présentent avec une fréquence extrême. Nous avons une tournure propre au latin dans per judicem damnari, quae domi geretida sunt, ea per Caecilium transiguntur , principalement avec les désignations de personnes qui éveillent l'image de la voie à suivre, du moyen à employer : cf. en franc. (505) cest par le ministre quon arrive au roi. Il faut encore rattacher ici per dans les serments, emploi qui est déjà latin : per Jovem, per Deos jurare etc. et qui s'est conservé partout en roman : en roum. jur pre DumneT^eû, ital. giuro per Dio, franc, je jure par Dieu, esp. juro por Dios, port, juro por Deus, puis naturellement en ital. per la santa croce, per mia fi, per Vatnore di Dio etc. et de même dans les autres langues.

§ 466. Ad a surtout pour domaine le français. Déjà dans Eulalie on a ad une spede H roveret tolir lo chief, puis a l'une main si ad sun piz^ batud (Roi. 2368), bien le bâtirent afu:{ e a bastuns (1825), a gran;<^ bastuns le bâtent (2588), a ses armes tan^ baruns calunjant (3376) etc. à côté de od : tu vien^ encuntre mei od espée, a lance e a escu (IV Livr. 67) et ainsi encore au xvi^ siècle, aujourd'hui dans des locutions plus ou moins fixes comme fouler aux pieds, toucher au doigt, poursuivre à coups de pierre, aller à voile et à rames, tirer à poudre^ traverser à la nage etc., souvent avec une nuance de manière : ainsi cf. notamment crier à haute voix ou travailler avec la même aiguille à côté de travailler à l'aiguille, cette dernière expression renfermant actuellement en soi tout à fait l'idée de manière et non celle d'instrument; cf. prier à mains jointes, recevoir à bras ouverts. De même en ital. batteansi a palme (Enf. 9, 50), un orto che lavorava a sue mani (Bocc, Dec. 8, 2), chiudere a chiave, nwstrare a dito, cacciare a calci, stare a testa china, pregare a mani giunte, par lare a sangue freddo, en esp. quien à hierro mata à

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hierro niuere, hablar à boca llena, dar à manos llenas, hacer à ojos cerrados, à dientes las tomô (Cid 2022) etc., expressions où le roumain emploierait parfois eu et où souvent ad paraît d'ailleurs avoir eu tout d'abord le sens instrumental. En considérant ces exemples, il ne peut y avoir aucun doute sur la manière dont l'a. -franc, à doit se comprendre dans les phrases citées en premier lieu et alors aussi dans des groupes de mots comme l'a. -franc. Berie as gran:( pie:^ etc.; toutefois il n'est pas très facile de dire par quelle voie ad est arrivé à cette valeur instrumentale. Peut-être y aurait-il une indication dans un exemple latin comme ad unum gladii ictum caput desecare (Orose 5, 46), où l'on voit que ad joint avec le sens locatif à un substantif (506) abstrait indique la circonstance concomitante. Par une extension ultérieure de sens, on a pu dire ensuite aussi ad gîadium au lieu de ad ictum gladii.

§ 467. Finalement il faut encore citer in instrumental. On doit partir de compléments de matière comme en franc, payer en or, bâtir en pierres, esp. pagar en oro (Cid 186). Sur ce modèle alors on dit aussi en franc, sa demeure était en bois de sapin, il n^y a rien quon ne fasse avaler lorsqu'on l'assaisonne en louanges (Molière, Av. i, i), en esp. comprô una casa en doce mil ducados (Nov. ej. 188), habiendola dotado primero en veinte mil ducados (^iSj) etc.

e. Les Prépositions de Manière

§ 468. Comme dernier point, il reste les rapports de manière, que le latin exprime en recourant de nouveau tantôt à l'ablatif, tantôt à des prépositions. Il s'est conservé toute espèce de traces de l'ablatif, comme nous l'avons montré p. 472; parmi les prépositions, sont à examiner celles qui désignent le point de départ, la cause et les prépositions d'instrument. Car on peut en réalité considérer tout d'abord comme formant une des trois catégories d'idées que nous venons d'énumérer, les conditions matérielles et morales dans lesquelles une action s'accomplit, qui en caractérisent l'exécution, qui indiquent la manière dont elle se produit. Au surplus, le concept de modalité étant de nature assez générale, il est permis d'y faire rentrer

§ 468. 469- ^^ MODAL 527

aussi l'idée de grandeur dans l'indication d'un état ainsi que la façon d'indiquer qu'une action se présente, régulièrement répétée, dans des objets différents qu'on assimile.

§ 469. Comme de introduit le point de départ aussi bien que la raison d'être d'une action (§ 445 et 462), il peut facilement arriver, dès que ce qui était à l'origine point de départ ou raison d'être apparaît comme signe caractéristique, qu'il introduise également les compléments de manière. En réalité, le fait s'est produit en latin et s'est ensuite répandu sur tous les domaines romans dans une proportion si considérable que la grammaire doit se contenter d'en citer un petit nombre d'exemples. Tout d'abord on peut mentionner les adjectifs. En latin déjà l'on dit de piano, de longo, de improviso, de intégra etc. presque avec le (507) sens des adverbes correspondants, et conformément à cet usage on trouve en roum. adiirmirà de greû (C. B. i, 353, 41 : ils dormirent profondément), bàiatul a^a de încet {i u^or lua-ase, încàt fata nu simti nimic (Basme 25e, 12 : le jeune homme avait si lentement et facilement opéré que la jeune fille ne sentit rien), cereal pàhartil eu vin Jo-tî dam bu^ele de plin (Doine 538, 5 : tu demandais le verre avec du vin, je t'en donnai plein les lèvres), doar nus carà de ajuns (Strig. 25, 4 : peut-être qu'il n'y a pas de chars suffisamment), en ital. di rado, di nascoso, di subito, d'improv-viso , di leggieri, di certo, di sicuro etc., en franc, ja qui de luin^ sereit, le cirge ne verreit (Ph. Thaon, Comp. 2563), aujourd'hui de loin, en outre de biais, d'ordinaire, de présent, tout de beau etc., en esp. de firme, de f also, de ligero, de recio, de vacio, anciennement devero etc., en port, de certo, de levé, de manso etc. Plus fréquentes encore sont les LOCUTIONS substantives : cf. en ital. dar di mano alla spada, dar di petto, dar dei remi, dar di cot^o, andar di passo uguale, andar d'accordo, fare q. c. di buona voglia, parlar di viva voce etc., en franc, faire q. ch. de bon cœur, marcher d'un pas ferme, manger de bon appétit, il cria d'une voix terrible, il fut élu d'un consentiment unanime, traiter d'une manière humaine etc. et tout particulièrement dans I'Ouest : en esp. hincar de rodillas, caer de cabe:(a, estar de pié, estar herido de niuerte, la vi junto â la dehesa de pecho sobre su cayado, y de esta manera estuvo gran

picTia antes que me viese (Montemayor ap. C, D.) et même van de por fuer^fi y no de su voluntad (D. Quich. i, 22) etc. Du PORTUGAIS on ne peut mentionner que 0 sol encontrava-o sempre de pé (Diniz, Pup. i), pô:(;-se de màos nos bolsos a passear no adro (21), era Daniel que, de braços abertos, caminhou para ella (95).

§ 470, Tout aussi facilement ou presque plus facilement encore, ad en arrive à exprimer la manière, surtout là où il s'emploie pour indiquer le moyen et l'instrument (p. 525), et même, en pareils cas, précisément parce que l'idée d'instrument n'est qu'un développement de celle de proximité, la combinaison avec ad peut avoir un sens plus général, moins déterminé et par conséquent exprimer la manière. Ici aussi se présentent des locutions adjectives comme le roum. a màrunt (séparément), a tot (tout à fait), l'ital. a cheto, a (508) pieno, a voto, al solito, le franc, à présent, à travers, l'esp. â duro, â menudo etc. ; on les trouve tout particulièrement avec un adjectif féminin pourvu d'article, donc avec maniera, guisa sous-entendu : cf. en ital. alla cieca, alla francese, alla meglio, en franc, à la légère, à l'italienne, en esp. à la espahola, puis même à la Henri IV etc. Plus fréquentes encore sont des tournures SUBSTANTIVES comme l'ital. correr a tutta carriera, stare a occhi aperti, a capo chino, piangere a caldi occhi, pregare a mani giunte, a chiome sciolte, a caso, a ventura, a maniera, a foggia, a guisa, ensuite a ginocchioni etc. (II, § 621), le franc, uns chevaliers vint a si grand bruit (Ch. Lyon 813), a loi de, le franc, mod, à genoux, à merveille, à peine, à tort, à foison, à dessein, voyager à pied etc., l'esp. morir à cuchillo, correr à rienda suelta, â guisa de, â uso de, à ley de etc. Ici doit probablement trouver place aussi l'ital. vendere a caro preT^:^, franc, vendre à bon marché, à vil prix, au prix de etc. et dès lors les tournures analogiques ital. vendere a trenia scudi, franc, prêter à 4 °/o, à usure, esp. vender â cien reaies.

§471. Per passe également de l'emploi d'instrument à celui de manière, et le fait se constate en latin déjà comme aussi par la suite en roman : en ital. per awentura, per caso, per sorte, per verità, per minuto et autr. locutions sembl., en a. -franc, et

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parole par coverture de la prison où il iert mis (Ch. Lyon 1938), einsi par avanture asane an chaslel (4880), par hasard, en esp. por Ventura. II en va de même avec le cum instrumental et ses représentants : en ital. parlare con pruden^a, con civilià, en a. -franc, et li Turs H revint 0 Vire qu'il ot grant (G. Bourg. 2023), puis lor adrespundu od grant humilité (S. Thom. 1722); tel est aussi l'usage en français moderne et dans les langues de l'Ouest. Enfin, comme dernière préposition, on peut encore mentionner le in locatif : en ital. in vano, in brève, in ascoso, in ristretto, in questo modo, in nessuna maniera, in fretta, in piê, in croce, parlare in tuono minaccioso, en a. -franc, en comunel, en basset li escrie (G. Bourg. 3303), en haut parla, en es le pas, vaigne donc tost celeement e en repost (Ch. Lyon 1900), et de la pierre, queus ele est, vos dirai je tot an apert (2602), en franc, mod. en vain, en vérité, en effet, en croix etc., en esp. en vam, en balde, en ôrden, decir en vo:^ alta etc.

§ 472. Les adjectifs qui contiennent des indications de QUANTITÉ sont joints au verbe par de, surtout dans les proposi- (509) tions predicatives. Le roumain va particulièrement loin dans cette voie : cf. câta au fost corabie lui Noe de lat, de lung, d, înalt (Gaster 2, 61, 18 : combien a été l'arche de Noé large longue, haute), ani và^tit eût sînt de frumos {i bogat împodobite (Basme 50, i : nous avons vu combien ils sont bellement et richement ornés), câtu-i :{iulica de mare, toarcem (49, 86 : autant que le jour est long, filons), câtu-i fânatul de mare (Strig. 77, I : autant que le pré est grand), puis aussi un bàrbat ca un brad de frunios (Basme 60, 25) etc. — L'italien ne présente pas grand'chose à citer ici, mais bien le vieux français : bien plaine paume ot Vespee de large (Jourd. 1065), puis aussi avec des substantifs : plus hall parut de l'espalle (IV Livr. 35), // ne pot parler d'une lieue e demie (K. Mont. 22, 13), tonniaus de vin que il avoient achetei de deux ans devant que H rois venist (Joinv. 86 sq.), le prov. es de )0 coudes de aut (S., D. 381), près de Borbo de XV legas (Flam. 18 10), l'esp. la lonja deve seer de luengo tanto quanto pueda el falcon del un poyo en el otro (Gaza 49, 9). A vrai dire, il s'agit peut-être dans tous ces cas du de partitif.

Meyer-Lubke, Grammaire III, 34

§ 473. Une dernière question à traiter est celle de la signification DISTRIBUTIVE, au sujet de laquelle c'est surtout per qu'il faut considérer : en roum. mânânc o data pre ^i (je mange une fois par jour), en ital. una volta per giorno^ una migliaja per giorno infer mavano (Bocc, Dec, Intr.), un me:(;{0 hicchiere per nonio, vender per pe^^i (vendre par pièces), en a. -franc, par un e un i ad pris les baruns (Roi. 2190), paien sont par X foi:^ XXX mil (Otinel 188), si he par pieces jus tut ses cors dechai (S. Thom. 3795), en franc, mod. une fois par jour, tin franc par tête, couper par morceaux, en esp. una ve^ por aho, trescientos reaies por mes, por grados (par degrés). Si l'on fait abstraction de l'exemple emprunté à la Chanson de Roland, dans tous les autres cas le sens distributif n'est pas d'abord réellement exprimé : per introduit uniquement l'idée d'espace de temps, puis au sens figuré d'autres idées également sur lesquelles s'étend l'action, de sorte donc que p. ex. l'ital. mangio una volta per giorno signifie uniquement « je mange une fois en un jour ». Grammaticalement, l'idée que la chose se répète chaque jour, n'est absolument pas exprimée; mais le lecteur ou l'auditeur le comprend par l'ensemble du contexte.

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