ADVERBES DE MANIERE
piètre (Nov. 6), ha di molti inganni (Lasca 60), me darebbe di moite busse (34), diedi di moite pugna (24), guadagnô di molta roba (190), la Mante aveva intorno di molti vagheggini (105) et de nos jours encore // danno è stato di nwlto (Giuliani, Del. i, 240). Il faut partir d'un di molto adverbial signifiant « de beaucoup » et dans lequel di indiquait à l'origine la mesure de la différence (§ 266), p. ex. è di molto più belle ou è più bello di molto, équivalant pour le sens à è molto più bello, de sorte que di molto put alors s'employer aussi dans d'autres cas au lieu de molto.
§ 494. Parmi les adverbes de manière, la place la plus importante est occupée par les adverbes de quantité. Ici aussi, comme on l'a déjà montré au § 202, la situation du roman est essentiellement différente de celle du latin. La plupart des termes cités dans ce paragraphe s'attachent aussi directement au verbe; on peut même dire en général que l'adjonction au verbe est le procédé primitif et que l'adjonction à l'adjectif étudiée plus haut lui est postérieure. Le fait se produit en ANCIEN ITALIEN notamment avec molto et troppo : molto fecero grande guasto (1st. Pist. 135), molto fue ricevuto per H detti signori lo detto legato allegramente (437) etc. et de même dans les dialectes : cf. en a.-gén. tropo aveiva grande doglio (Testi lig. 29, 14), en VIEUX FRANÇAIS avec 7nolt, trop : molt uni ôud e peines e ahans (Roi. 267), trop ave:^ mal talant (288), tropave:^ tendre coer (299) et surtout avec par, sans qu'alors on rencontre aucun autre ordre dans les mots : cf. or par sui vedve, sire, dist la pulcele (Alexis 99), David cui deus par amat tant (2), mult par ert pesmes e orguillus efiersÇKoX. 2550), // veoirs H demore et tarde Del vilain qui tant par est lex^ (Chev. Lyon 710) et d'ailleurs aussi avec tant, bien, plus : ad un des por:^ qui plus est près de Rome (Alexis 40) etc.; il en est de même en PROVENÇAL : trop Vac dih mala novela (Flam. 906), tant i ac comtes e comtors (194), moût duret lonc temps (Appel, C. 122, 9), aissim donas leugeramen (Flam. 276), en a. -port, stranhamente vos jex^ deos fremosa creatura (Graal 3), sobejo sodés fremosa (3), sobejamente me parto envidos (29), junito era ledo (16) et môme muito eram ambos muy bons cavalleiros (125) et alors en
même temps aussi tanto Ihe jtT^ de honra (5 1) et pareillement en (528) espagnol : ianto echava de lumbre (Alex. 87), tal era de legal (D. Quich. I, 94), tanto estaba de bien atada (107) etc., où l'on a, comme on voit, un mélange avec la tournure étudiée au § 238. Parmi ces adverbes, le seul à remarquer est l'a. -franc. par. On ne peut guère contester que par est gran^ ne corresponde à un primitif latin permagnus et, comme la formation du comparatif de l'adjectif au moyen de per s'étend plutôt en bas latin, l'on pourra sans hésiter admettre une transmission directe au vieux français. Certes, le passage du préfixe au rôle d'adverbe n'est pas non plus un procédé sans exemple (p. 547, 548), mais il est étonnant que le^^r français s'unisse toujours, le per latin jamais au verbe. Peut-être cette différence résultet-elle en partie du changement dans l'ordre des mots : ille homo permagnus est devient en français // uem par est granx^ (cf. Chap. VI). Ensuite il faut ici rappeler encore une fois l'emploi de totus, solus et autr. adjectifs sembl. déjà étudiés au § 137. On dit en sarde appo vistu sas femnas todu (j'ai vu les femmes entièrement), mais en ce cas l'adverbe « entièrement » ne se rapporte pas à l'accomplissement de l'action en soi, mais à sa relation avec le régime. Il en résulte donc aussi, du moment que le régime est au pluriel, que tous les êtres désignés par le substantif- régime sont atteints par l'action du verbe; en d'autres termes, totus adopte le sens de omnis et peut alors passer aux adjectifs. On emploie ensuite comme adverbes en roum. eu totul, ital. del tutto, a. -franc, del tout : la berbi/^ plus ne vesqui. Sis sire del tut le perdi (M. de France, Fabl. 4, 34), prov. de tot, esp. del todo. -Si nous avons là le de relatif, en revanche le roum. eu étonne davantage. S'il rappelle tout d'abord l'a. -franc, atout, otout, prov. ab tot, ital. cou tutto (p. 504), la signification ne s'accommode pourtant pas de ce rapprochement, car l'a. -franc, atout, même lorsqu'il est adverbe, reçoit l'intonation sur Va : par un e un i ad pris les baruns, Al arcevesque en est venu^ atout (Roi. 2190); de même l'esp. con todo, port, com tudo (avec ou malgré tout cela) s'écarte du roumain par le sens; aussi peut-on admettre une imitation du bulg. su vsemû. La forme qui a été préférée en franc, mod. tout à fait, ital. affatto ne réclame aucune autre explication.
§495^ -^dhnc, etiam 551
§ 495. Parmi les autres adverbes, ceux qui remplacent le latin ETIAM et adhuc doivent seuls encore être examinés ici. (529) Ils indiquent que, indépendamment de ce qui a été exprimé ou de ce que l'on suppose connu, allant de soi-même, il s'ajoute encore à l'idée contenue dans un verbe quelque chose qui ne s'entend pas ainsi de soi-même. S'il agit alors d'un rapport de temps, on choisit adhuc, dans d'autres cas eiiam, en français « encore » et « aussi » : cf. « le père vient aussi » et « le père vient encore ». Par conséquent, on aurait encore pu étudier au moins adhtic et ses représentants avec les adverbes de temps; mais, à regarder les choses de plus près, on s'aperçoit qu'il n'existe pas de distinction rigoureuse entre les deux termes et que dès lors il serait peu pratique de les examiner séparément. Ni etiam, ni adhtic ne s'est maintenu. Parmi les termes qui les ont remplacés, on peut tout d'abord citer *anque : en roum. incâ, obw. aunk, aunha, ital. anche, a. -franc, aine, prov. anc, astur.-galic. anque. En ce qui concerne la signification, il faut noter que le roum. încà a tout à fait le sens de etiam, de même que l'ital. anche, surtout dans la langue écrite, tandis que le langage courant de la Toscane l'emploie aussi pour adhuc, et c'est le seul sens que possède l'obw. aunk; pareillement, le gahc. anque, le prov. anc, l'a. -franc, aine, cà moins qu'ils ne soient accompagnés de la négation, ont une valeur temporelle tout à fait générale : hen se dec Dieus meravilhar Car anc mi poc de lieys partir (Appel, C. 21, 29). De plus, en vertu de sa composition avec hora, l'ital. ancora, franc, encore, prov. ancar, encar est adverbe de temps : il correspond donc à adhuc, bien que l'ital. ancora manifeste une tendance à s'approprier le sens de anche. Si donc le parler des Grisons ne connaît pas *anque avec la signification de etiam, il a remplacé ce dernier terme par l'obw. er, era, eng. eir, qu'on ne voudra pas séparer du prov. era (à présent, maintenant, p. 541) et auxquels se rattache encore le roum. iar{à^ « de nouveau ». Le rapport de sens entre iarà et eir se retrouve dans l'a. -franc, re-, port, er, ar (p. 547); le prov. er s'en éloigne davantage et a peut-être été déterminé par ara. En outre, pour rendre le sens de etiam, on se sert aussi du lat. sic : en roum. si, franc, aussi, ital. altresî, a. -franc, autresi, prov. aîresi, où le al, altre indique qu'une
action en provoque une autre pareille. Une place à part revient à l'ital. pure, qui notamment dans les patois du Sud remplace le anche qui s'y trouve inconnu ; même observation pour l'obw. pir, prov. pur. Le sens le plus ancien et qui se rapproche le plus de l'étymologie lat. pure (purement) est « uniquement »^ : volevi tue uccider mee overo Tristano ? Ed ella disse che no lo vollea (530) fare, ne mica uccidere lui. E dunqua volei tue uccidere pur T.? Ed ella disse allora che pur per lui favea fatto (Trist. ricc. 12, 10), en prov. pur l'una fremna qui vers la terra pent, no com- ■ prari om ab mil liuras d'argent (Boèce 192), donc avec l'idée d'exclusion qui s'est ensuite développée en celle d'insistance. Une autre formation encore apparaît dans I'esp. aun (aussi, encore), qui doit se rattacher au type ad unum, ad una mentionné p. 546 et qui par conséquent exprime tout d'abord la simultanéité. Enfin le port, ainda ou inda « encore » et indagora (précisément maintenant) semblent également se trouver entre eux dans le même rapport que l'ital. anche et ancora. Si indagora comme l'a. -franc, enjusque (p. 291) peut renfermer inde, si donc le moment où s'accomplit une action peut être indiqué par le terme qui exprime le point de départ, auquel cas aussi, à l'initiale atone, i pour le lat. / se justifie (I, § 357), on devrait peut-être voir dans inda une forme qui a seulement été tirée après coup de indagora. — Le franc, aussi bien, I'esp. tambien et le port, tambem s'expliquent d'eux-mêmes.
En ce qui concerne le sens fondamental et l'origine de *anque et *iTfl, l'on ne peut rien affirmer de certain, car la théorie qui rattache le premier à atque (L. Havet, Rom. VIII, 93) et le second à hora se heurte à de sérieuses difficultés phonétiques. Si l'on considère qu'aux diverses spéculations étymologiques sur l'ital. dunque etc. la preuve de l'existence du lat. dune a coupé court en un coup, l'hypothèse la plus plausible est peut-être de regarder aussi anqiie, ëra comme des adverbes latins qui provisoirement ne sont pas attestés par des exemples, surtout parce que le lat. *era répondrait bien, pour la forme et le sens, au cypr. k'pa, grec apa, lit. ir (et, aussi). Et *anqm pourrait, au point de vue formel, être avec an dans le même rapport que ac avec at, que mine, dune avec num, diim, avec ce développement du c adverbial en que dont on a donné des exemples au t. II, p. 691 et qu'on doit d'ailleurs également admettre pour l'ital. dunque à côté du lat. dune. Le point de départ devrait alors être cherché dans l'interrogation. Comme on dit an id joco dixisti, on aurait pu dire *anque hodie (en a.-franç. ancui) venîet etc.
§ 49^-"498- ACCUMULATION d'adverbes 553
§ 496. Pour finir, il faut encore signaler un cas d' accumulation d'adverbes et de locutions adverbiales. Parmi les adverbes de temps, il y a notamment à citer ici la combinaison déjà mentionnée au § 232 de hodie avec le représentant de (S30 dies et qui répond manifestement à un besoin de clarté : cf. en esp, oi en este dia (Cid 754), puis siempre cada dia (Berceo, L. S. 68), siempre toda saion (Misa 54), por siempre jamas (L. S. 169), luego de la primera (S. Mill. 407). Ce phénomène est surtout fréquent en vieux français : moult très grandit de joie lifaisoient (Cléom. 455), tant par avoit hiauté fine (26e) etc. là encore en franc, mod. par trop grand, par trop difficile etc.; de même en prov. jnolt par foron de bel et de sobtil (Boèce 187) etc.