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Compléments adverbiaux tirés de Verbes

§ 497. Le roman possède deux façons d'exprimer un complément adverbial verbal : ce sont le gérondif (II, § 152), qu'on peut qualifier simplement d'adverbe verbal, et l'infinitif. Du premier se rapproche le participe latin de durée (§ 15), et même celui-ci, dans le parler roman non-influencé par le latin post-classique, a été complètement supplanté par lui. Mais d'un autre côté le gérondif aussi, dans une mesure considérable, a cédé la place à l'infinitif, de sorte donc qu'avant tout il faut examiner les rapports réciproques de ces trois formes. Deux d'entre elles, le gérondif et l'infinitif, peuvent s'employer d'une manière absolue ou jointes à des prépositions, de façon donc qu'ici encore on doit faire la distinction entre la juxtaposition et la copulation. Mais l'emploi respectif de ces deux tournures syntaxiques est different, car avec le gérondif c'est la construction absolue, avec l'infinitif la construction prépositionnelle qui est de loin la plus usitée.

a. Le Gérondif

§ 498. Tout d'abord il faut étudier les rapports du gérondif et de l'infinitif. Comme on le sait, ces deux formes se complètent en latin de cette façon que le second remplit la fonction de nominatif et d'accusatif, le premier celle des autres cas et que,

surtout dans la langue du peuple, celui-ci aussi s'emploie dans une proportion illimitée après les prépositions : ainsi cantare, eantandi, cantando, cantare, cantando, ad ou inter cantandum, de ou cum ou sine cantando etc. De cet usage les parlers de la France (552) conservent encore de nombreux vestiges : cf. en a. -franc, eust grant peor de la teste pendant (Jérus. 143), qui répond exactement à une tournure lat. timor perdendi, al terme de son moriant N'ot li reis ou nul enfant (Brut 5390), desi a Vajornant (R. Mont. 78, 3), ^ cel eve passant (Rou 2, 3806), pas pour pas a prendant escout S'en est derier V autel venue (Chev. II esp. 810), par pais faisant en a sa foi plevie (Mitth. 235, 25), fai mort celui sor mon cors deffendant (H. Bord. 1189), P^is les tournures fréquentes saillir en estant, parler en oiant etc. et encore en franc, mod. à son corps défendant, sur son séant, de son vivant, en prov. se levar de se^en, al mien viven, ses sahen. Ces formes se distinguent de celles du latin en ce que, au moins quand le gérondif n'a pas de régime, elles peuvent s'adjoindre aussi un pronom possessif, plus rarement un pronom démonstratif ou l'article : cf. pour ce dernier cas // le fist canchekr et en che canchelant Trouva derier e lui une piere pesant (B. Seb. 9, 288), del remanant (Brut 10093), ou bien en ce qu'elles peuvent jouer tout à fait le rôle de substantifs : a l'entrant de mai L'autrier chevauchoie (Rom. Past. 2, 71, i). En ce point donc le gérondif s'identifie avec l'infinitif, par lequel il a d'ailleurs été généralement supplanté au cours des siècles, de même que le dernier a toujours été seul usité lorsqu'une forme verbale indéfinie accompagnée d'un régime était pourvue de l'article : ni ot que de l'avaler le pont (Ch. Lyon 4165), soleient .faire festival al tundre de lur brebiT^ (IV Livr. 97) ou lorsque, conformément à une disposition des mots plutôt romane, le régime suit le verbe. Comparé à l'infinitif, il résulte donc que le gérondif est une forme en train de s'éteindre, qui n'apparaît plus que dans certaines locutions plus ou moins fixées par la tradition, tandis que partout où la langue crée des tours nouveaux reposant sur une conception tout à fait différente, par conséquent là surtout où elle modifie l'ancien ordre des mots, c'est l'infinitif qu'on choisit à titre d'élément encore vivant. Il est vrai que dans un cas l'on constate une reformation, mais une reforma-

tion qui confirme la manière de voir qui vient précisément d'être exposée. En effet, le gérondif prépositionnel peut aussi être accompagné du sujet, et alors le sujet se place également entre la préposition et le gérondif : a prinie sonnant (R. Cambr. 8399), devant midi sonnant (3226), après faute aparant luisoit la lune clere (Berthe 552), // vinrent a Sébile a soleil lei'ant (Cléom. 5412), tresqua none passant (Rou 3, 4918), a chest esté entrant (Gaufr. 11 29), al coc cantant (Brut 995) et (S3 3) ançois les cos chantant (Mitth, 37, 26), a mes ieus voiant Va chi tué (Aiol 4435) etc. Ces tournures sont dans le rapport le plus étroit avec l'ancien participe en -nt, et même, si l'on fait abstraction des exemples cités en dernier lieu avec le sujet au pluriel, il est impossible de distinguer, au point de vue de la forme, quelle désinence renferme originairement le nt. Lorsque Benoît écrit après le nofnie duc regnant (Chron. 2, 7858), on peut sans hésiter prendre pour point de départ li dus regnan^ (le duc régnant), et a la lune luisant (G^yà.. 4529) signifie sans aucun doute « quand la lune luit ». Mais dans la majeure partie des cas il n'en va pas ainsi. Certes, a mes ietix voiant correspond à une expression allemande « vor meinen sehenden Augen » et ain:( soleil levant a bien l'air d'être l'équivalent de ain:(^ soleil levé. Mais la traduction en allemand est d'autant moins probante que cette langue ne connaît pas de forme qui soit exactement adéquate au gérondif, et les deux exemples mis en regard l'un de l'autre, à les considérer du point de vue historique, sont de composition entièrement différente. Comme nous l'avons dit p. 517, ain^ soleil levé etc. est un développement de l'ancien ablatif absolu, qui s'était également maintenu en vieux français dans bien des tournures. En revanche, dans ce genre d'ablatifs absolus avec participes en -nt, dès l'époque antéromane le gérondif a pris la place du participe : cf. en a.-lomb. abassando lo sol (Besc. 2440) et p. 556, de sorte donc qu'une expression comme soleil levant (Rou 3, 4197) correspond sans doute au lat. sole levante, mais cependant est en réalité la continuation de sole leuando, de même d'ailleurs que voiant to^ traduit évidemment, non *videntes totis, mais *videndo totis. Pareillement donc, si des soleil levant devait d'une façon analogue être rattaché à une tournure absolue, celle-ci pourtant con tien-

drait précisément le gérondif. Or, si l'on songe qu'un infinitif prépositionnel avec sujet préposé est une tournure tout à fait courante en vieux français, on peut parfaitement admettre que, par analogie avec la construction : préposition + gérondif, préposition + régime + gérondif, on a également employé celle de préposition -\- sujet + gérondif pour la raison que, avec l'infinitif, toutes les trois constructions étaient admises par l'usage. L'extension de la construction préposition + sujet -\gérondif a été facilitée dans une certaine mesure par une série de cas où une préposition avec un substantif accompagné d'un (534) participe attributif en -nf était employée de la même manière comme complément adverbial. — Dans les langues-sœurs, il faut citer la tournure italienne aujourd'hui vieillie con alcuna cosa dandogli (Bocc, Dec. lo, 5), sen^a avendo nissun riguardo, en a.-vén. a ochi vedando (Calmo 46).

Cf. A. ToBLER, Beitr. i, 45 et A. Stimming, Zs. X, 526-553. Le dernier attribue à la forme en -anl avec sujet le caractère d'un gérondif, tandis que le premier y voit un participe de durée. Pour les autres cas où se présente encore en vieux français le part, en -nt, l'on peut se contenter ici de renvoyer à Stimming, L'examen de ce qui se passe dans les autres langues, où l'on ne rencontre guère des cas de l'espèce, permet de supposer que parfois il ne s'est produit qu'après coup une transformation de la finale non-fléchie -ant (-ando) en la finale fléchie -ani (-ante) ou que la forme -ant (-ando), en vertu de sa valeur adverbiale, s'est adjoint V-s adverbiale. Ce qui affermit la répugnance à reconnaître l'authenticité des formes en -an:^, ce sont des cas comme od le fais des armes pesan^ Si remaîgnent as fiinigisani (Ben., Chron. 21529).

§ 499. Si nous faisons abstraction de ce qui précède, le gérondif est par sa forme un ablatif et par sa signification, dans une large mesure, le représentant du participe latin de durée. Par là nous arrivons donc aussi à sa signification fondamentale, en vertu de laquelle il désigne sous une forme verbale les circonstances qui accompagnent une action : docendo discimus (c'est par l'enseignement, pendant que nous enseignons, durant le temps que nous enseignons que nous apprenons). Il se trouve donc ici un ablatif d'instrument qui peut adopter toutes les nuances de sens que nous avons observées p. 520 dans les compléments

d'instrument, outre qu'il exprime encore le moment de la durée, car les phénomènes qui accompagnent une action ont toujours, relativement à cette action, un caractère de durée. Par là nous indiquons également quels sont les rapports du gérondif et de l'infinitif entre eux. L'infinitif exprime l'idée verbale sans tenir compte du moment de l'action ni de sa modalité : il lui manque donc avant tout d'indiquer le caractère de durée, qui appartient en propre au gérondif. Mais, ici comme partout ailleurs, on rencontre aussi des domaines où les deux expressions sont presque ou complètement équivalentes. Jean Valera en vient à écrire no con ispirar trivial afecto à todo el mundo sino ispirandok muy vivo â las pocos que el queria (Com. Mend. 27) et il peut s'exprimer ainsi parce que dans la prépo- (53s) sition con réside précisément ce qui donne au gérondif, en regard de l'infinitif, sa raison d'être; il en est de même en a. -franc, vous m'en ave:{ jet confort et en parler et en chantant (Viol. 2417). De cette détermination du sens il résulte de soimême que le gérondif n'a pas de sujet, à moins que ce ne soit le même que celui du verbe personnel. Mais en même temps il se présente aussi assez bien d'exemples avec un sujet propre, exemples qui correspondent aux locutions absolues étudiées p. 473 : cf. en roum. roagându-và sa nu gràiti râu (C. B. 2, 120 : en priant ne dites rien de mauvais), puis ^i prân:{ind ei, unulgustâ scalinà (C. B. i, 354 : et, pendant qu'ils mangeaient, quelqu'un goûta du céleri), ea prefâcându-se a plânge {i a fi bolnavà, Snieul se cài (comme elle feignait de pleurer et d'être malade, le dragon se repentit), voind Dunine:(eu vom reu^l (si le Seigneur le veut, nous réussirons) et même avec le pronom joint au gérondif quoique le sujet soit le même que celui du verbe principal : niergându ea pre cale, tâmpinâ ait a împàrat (C. B. 2, 151 : en allant par la rue, elle trouva un autre empereur), en ital. salvando se salverà anche voi (Manzoni, Pr. Sp. 5), // più interessato sono io lasciando stare che sono il più accorto (2), sperava che don Rodrigo non vedendonii non si curerebbe di me (3), che amor quest' occhi lagrimando chiuda (Pétr., Canz. 14, 2), essendo attori eccellenti, essendo le cose da essi recitate per lo più otlime, io con tulto cià vi andava provando una fredde:(^a di tempo in tempo che mi lasciava mal soddisfatto (Alfieri, V.), la mia prigione

essendo cost alta, gli uomini laggiù mi parevano fanciulli (Pellico, Pris. 23) et d'une manière étonnante en a.-vén. nient voler tu crere a tua mugler laimentando se deli toi servi (Caton 5 v 20), eli vête tuti qiieli omeny de quela vila eser tal chom quelo barbaro corando alo lido (Brandan 19 r r), où le gérondif désigne le caractère distinctif d'un être, c.-à-d. donc qu'il remplit la fonction d'un adjectif ou d'un participe en -nt. En vieux FRANÇAIS, l'on rencontre le gérondif se rapportant au sujet aussi bien qu'à d'autres membres de la phrase ou même employé d'une manière absolue; plus tard, la langue ne le tolère plus que dépendant du sujet : cf. en a. -franc, ase/;^ est mielz^ que murium cumbatant (Roi. 1475), de si qua Amiens les menèrent fuiant (Rou 2, 3544), veant mes iau:( l'ocist (Ch. Lyon 4914), s'est plaini oiant to^ (Cligès 65 11) etc., restant seulement une maison, y mit le feu dedans (Rab. 2, 24), en franc, mod. // (536) prit ce parti, son ami s' obstinant à se taire-, Louis XIV, tout en condamnant la conduite des émigrés, ne voulut pas donner son adhésion aux mesures prises contre eux. A l'Ouest, la règle est de nouveau moins absolue : en esp. non se hace asi el mercado sinon primera prendiendo e despues dando (Cid 139), dijo suspirando, mds vale el pâjaro en mano que buitre volando, les hallaron roncando (D. Quich. 2, 14), pasando per la roperia, le dijo una roper a (Nov. ej. 5), sangriento trae el bra^o par el cobdo ayuso la sangre destellando (Cid 788), nos dormiendo, sus discipulos vinieron (Berceo, Loor. 114), en port, elles em esto fallando virom entrar pella capella uma niàao (Graal 105), elles esto di:(endo, aqul veem dous cavalleiros (50), <ï ignorancia e brut alidade de Faria desmoralisaram marinheiros e soldados, chegando a corveta a Goa em vergonhoso estado (Gomes de Amorim, Am. Patr. 51) etc. En ce qui concerne le rapport de sens entre le gérondif absolu et le verbe personnel, c'est à l'origine un rapport de simultanéité, et tel est encore aujourd'hui le cas le plus fréquent; cependant, comme il arrive assez souvent, de cette idée de simultanéité peut se dégager celle d'opposition, ce qui a lieu en français moderne, où tout exprime cette opposition, mais d'abord ne sert particulièrement qu'à indiquer la simultanéité. Il arrive aussi, comme dans le dernier exemple portugais, que c'est la conséquence qui est exprimée par le gérondif, etc.

§ 500. Souvent, et surtout en français, le participe en -nt tient la place du gérondif. On peut, lorsqu'à l'époque ancienne on rencontre des exemples de cet emploi, songer à une influence postérieure du latin ; mais ce n'est plus le cas lorsque, au xv^ et au xvi= siècle, ces exemples se présentent en très grand nombre; il doit plutôt s'agir ici d'une imitation du latin : cf. je ne sçay quel plaisir vous ave^ prins voyans les lyons (Rab. 2, 308), elle s'excusait alléguante que ce navoit esté de son consentement (2, 98), adjoustans le tesmoignage que Vapostre ameine, nous ne pouvons dire que cela ne compete à un seul Dieu (Calv. 179), en les compaignans aucunes foi^ a faire collacions en leurs chambres, le tiers fut d'elle espris d^ amour (Hept. 5 1). Nous avons un cas different dans le passage de l'usage adverbial à l'usage adjectif, tel que nous l'avons montré p. 558 par deux exemples du vieux vénitien et tel qu'on peut le confirmer par (537) de nombreux exemples modernes : ainsi en franc, mod. des bateaux de vivres appartenant aux Romains, une fenêtre donnant sur une petite rue, la maison portant le numéro 40, en esp. este animal que llamamos hombre, previsor, saga:(, dotado de tantas facultades, teniendo el espiritu lleno de ra^^on y sabiduria, ha sido de una manera inefable y magnifica engendrado por Dios (C), emplois que les grammairiens dénoncent pour incorrects de même qu'ils blâment las ranas pidiendo rey, tandis qu'ils ne font aucune difficulté d'admettre ardiendo, p. ex. echo à su hijo en un homo ardiendo, en port, entreviam-se vestidos claros de senhoras passeando (Eça de Queiroz, Cr. Padre 13). Au fond, il s'agit ici d'un emploi attributif de certains adverbes, tel que nous l'avons déjà rencontré souvent (p. 548).

Pour le rapport de sens entre l'infinitif et le gérondif et pour la maison portant le numéro 40, cf. aussi Th. Kalepky. Zs. XX, 277-304.

§ 501. Enfin il est à noter que parfois le gérondif accompagné d'une préposition est L'ÉaUIVALENT DU GERONDIF

SIMPLE. Avant tout, c'est le français qu'il faut citer ici. Dans les premiers temps, en apparaît d'abord dans son sens propre : qui herbe voelt, il la prent en gisant (Roi. 2535), mais déjà il est parfois employé dans un sens plus général pour désigner les circonstances qui accompagnent l'action : si lor conte s'avanture

tot an plorant (Ch. Lyon 2916), s'en fuiant niuir, je morrai recreant (Og. Dan. 6405) et même se rapportant à un régime : son père ocist par puison en buvant, Dous de ses frères estrangla en dormant (Gayd. 5265), a lions le fera dévorer en menjant (Jérus. 6599), mult me desdaigne en mervillant Et me tnerveil en desdegnant (Brut 10923), et plus tard son emploi n'a cessé de s'étendre; aujourd'hui, d'après les prescriptions des grammairiens, il est usité lorsqu'il se rapporte au sujet : fai va le roi en montant à cheval, si c'est celui qui parle qui monte le cheval, mais fai vti le roi motitant à cheval, et cette distinction trouve une certaine justification dans la tendance du gérondif simple à s'employer comme attribut, ainsi que nous l'avons indiqué au § 500, mais elle n'est encore entrée d'aucune manière dans le génie de la langue. — En italien, les exemples sont rares; à I'Ouest, ils sont bien encore étrangers aux plus (s 38) anciens textes aussi, mais par la suite ils deviennent toujours plus fréquents; de nos jours, cet emploi s'est de nouveau quelque peu limité à l'expression des rapports purement temporels, et il est surtout courant lorsqu'il s'agit d'énoncer une action immédiatement antérieure : cf. perecia de riso la duquesa en oyendo hablar à Sancho (D. Quich. 2, 32), en rebu^nando yo, rebu:(naron todos los asnos del pueblo (2, 27), en cenando yo las llevaré à vuestra casa, mais plus anciennement il a dû avoir aussi plus d'extension : mandolo matar su muy amado y muy obedescido sehor el rey, el cual en lo mandando matar, se puede con verdad decir se matô à si mismo. Dans les mêmes conditions, on trouve en sursilvain ad : cf. en obw. ei lura gleiti suenter vegniu lau speras vi a currend in Hun (Oct. 309, 18 : aussitôt après est arrivé Là en courant un lion), udent el a tucont il :(en de mie^ di (G. Mem. 230, 13 : en entendant sonner la cloche de midi) etc., et aujourd'hui il est d'un usage tout à fait courant surtout avec le gérondif-régime (p. 439). Ensuite on le rencontre en vénitien, pas encore, il est vrai, dans les plus anciens textes, mais bien chez Galmo et plus tard. — Enfin l'on peut encore citer dans ce paragraphe le macédonien purtîndaluî au lieu de purtind : a gîungîndaluî în pràdure, se dispartirà (Texte Macédor. i : en arrivant dans la forêt, ils se dispersèrent), amirâulu vi:(tmdaluï unà price ahât mu{atà, àl fu myilà (2 : le

roi, voyant un si bel animal, eut pitié) etc., tandis que les autres parlers ne présentent rien d'analogue. Lui est sans aucun doute le signe du datif : cf. ahurhi sa àl T^kà a amirâûluî (83, il commença à dire au roi) et même alut peut être à la rigueur la finale du datif pourvu d'article ; toutefois on ne voit pas bien comment le gérondif est arrivé à prendre cette finale.

b. L'Infinitif

§ 502. Bien que de par son origine et son emploi le gérondif soit à proprement parler un véritable adverbe verbal, il fait souvent l'impression d'une forme fixe qui tend de plus en plus à se pétrifier et qui n'existe encore que dans certaines tournures traditionnelles; en revanche, l'infinitif est d'autant plus vivace. Il se présente tantôt seul, tantôt avec des prépositions, à savoir avec toutes les prépositions qui expriment des rapports de temps, d'instrument, de manière ou de cause, tandis qu'il va de soi que celles qui marquent uniquement le (539) lieu, sont exclues de cet emploi. A tout prendre, on peut donc s'attendre à un état de choses correspondant assez exactement à celui qui a été exposé p. 485-529, de sorte qu'il faudra porter principalement notre attention sur les points divergents. Parmi ceux-ci, le plus important est sans doute l'élimination en français moderne de en chanter par en chantant, élimination qui s'explique par le fait que l'idée renfermée dans en est précisément celle qui distingue le gérondif de l'infinitif (p. 554). Il est à noter qu'avec les prépositions en vieux français l'infinitif manifeste une tendance décidée à s'unir à l'article : cf. s'ot moult grant talent de dormir. Mais moult ot plus grant del oïr Les merveilles (Perc. 20235), tens est del her bergier (Roi. 2482), si ni ot que de l'avaler Le pont (Ch. Lyon 4165). Et même l'article est de règle quand a avec l'infinitif désigne le moment de l'action : au partir totes li anclinent (Ch. Lyon 5799), a Fantrer an^ ont tuit loé le bel sanhlant le roi Evrain (Érec 5566), a l'asanbler lor lances froissent (Ch. Lyon 6108), ne cuit que tel esfrois feist Que li jaian:{ fist au cheoir (4246) etc. Cette dernière observation concerne aussi les autres langues : cf. notamment en port, sentia

ao ouvil-a reviver todo o meu passado (Diniz, Pup. 209), sorriam entre si ao verem 0 emharaço em que todos ficaram (153).

Au sujet de l'infinitif on a beaucoup discuté, et naturellement à ce propos l'on a aussi examiné les points qui ont déjà été étudiés antérieurement ici. Les travaux les plus irpportants sont ceux de F. A. WuLFF, L'emploi de Vinfinitif dans les plus anciens textes français, 1875 ; A. Lachmund, Uher den Gebrauch des reinen und pràpositionalen Infinitivs im Altfran-^ôsischen, 1878; H. Schillek, Der Infinitiv bei Chrestien, 1883 ; R. Otto, Der Infinitif bei Camoëns, Rom. Forsch. VI, 299-398. Bien que les plus anciens de ces travaux surtout défendent l'opinion que l'infinitif latin était à l'origine un datif, dans l'exposé qui va suivre il n'en a été tenu aucun compte ; car, abstraction complète étant faite de la question de savoir si cette manière d'interpréter l'infinitif latin est fondée, déjà dans l'esprit de la langue latine l'infinitif renfermait l'idée verbale dépouillée de l'idée de personne et de temps et sans aucun rapport avec n'importe quel cas.

(540) a. Juxtaposition

§ 503. En latin déjà, l'infinitif peut indiquer le but : habeo cantare « j'ai à chanter, je dois chanter ». En roman, cette tournure s'est généralement conservée dans un sens un peu différent (§ 319), tandis que pour la remplacer dans sa valeur primitive on a choisi habeo de ou a (§ 328 sq.). Ce n'est qu'isolément qu'on trouve, pour y correspondre, l'esp. morir tenia (Silva 271) etc. En revanche, la combinaison it visere, venit speculari, qui était également déjà latine, s'est non seulement conservée (sauf en Roumanie et en Italie), mais a complètement supplanté le supin usité dans le même sens : cf. § 324 et en a. -franc, il vait avant la maison aprester (Alexis 65), vait s'apuier suz^ le pin a la tige (Roi, 500), en Sarraguce vus vendrai asegier (476) et ainsi avec aller et venir durant toute la période de l'ancien français, mais pas, dans les plus anciens textes, avec d'autres verbes de mouvement ; toutefois le fait se produit plus tard : sel mena seoir an un lit (Ch. Lyon 1040), Vivien voit si le keurt enbracier (R., Alise. 152), celé faint quell' anvoit querre mon seignor Yvain (Ch. Lyon 1879), puis l'emportèrent entier er (Perc. 727) et aussi desor le ver de herbe menue Se couca mes frère dormir (27478), vers les Kenteis ferir s' esmurent (Kou 3, 8790) et de même alors en français moderne avec aller,

§ 503- 504- l'infinitif juxtaposé 563

venir, arriver, courir, retourner, monter, descendre, rentrer et aussi passons toujours prendre le café (Daudet, Tart. Alp. 300) et après des verbes transitifs : envoyer, mener, en outre nous avons été visiter notre navire, nous fûmes chasser dans les prairies ; il en est de même en provençal, où l'on peut citer es tornat^ dormir (Appel, C. 3, 232), en esp. esta mugier non quiso a la eglesia ir Commo todos los otros las viesperas oir (Berceo, Sil. 559), alguna aiuda te venimos pedir (362), entré à la iglesia rogar (409), subiô al coro prender la bendicion (118), enbiô al buen padre fergelo entender (331), iorno a su eglesia servir al criador (S. Mill. 288); tel est aussi l'usage en portugais, où de nouveau andar, ir sont presque les seuls verbes à considérer. En dehors de là, l'infinitif sert rarement à marquer le but. L'ital. Amore,. il quale to sono disposto, ritnovendo tutti gli altri, lasciare nel consorzjo umano (Leop. 128) est d'autant plus remarquable que la langue italienne n'offre pas même d'exemples avec les verbes de mouvement; les exemples a. -esp. que tu non te trabajes tanto me perseguir (Berceo, Sil. 696), esfuercense fa%er (S40 buenas obras (Baena 41 a) se rattachent à andar; plus étonnant est guardate sobre todo mucho vino beber (Hita 502).

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