INTERROGATION ET EXCLAMATION
353-356 et D. Behrens, Gott. Gel. Anz. 1889, 507-533. Pour la terminologie, observons qu'à l'instar de B. Delbruck on appelle la première classe celle des « interrogations confirmatives » (Bestàtigungsfragen) et la deuxième, à l'exemple d'iMME, « interrogations explicatives » (Verdeutlichungsfragen) ; toutefois H. Paul, Pnn:(ipien der Sprachgesclnchte^ , 121 Rem., fait là-contre des objections fondées ; il mentionne aussi les expressions mieux appropriées de Feussner : « interrogation portant sur la proposition entière » ou « sur un seul de ses termes » (Satz- et Wortfrage).
§513. Aux interrogations portant sur un membre de la proposition, I'excla-MATIgn est si étroitement apparentée que la langue a souvent recours à la même tournure pour exprimer ces deux nuances de sens : cf. « quelle espèce d'ami m'as-tu procuré », « où as-tu encore une fois été », « qui vient là » et autr. exemples sembl. Le caractère commun à l'interrogation et à l'exclamation, c'est que, sous l'empire de l'émotion qui provoque l'étonnement joyeux ou irrité, l'on est incapable de donner à ce qui a déterminé cette émotion la tournure grammaticale qui lui conviendrait; on s'exprime au contraire comme si l'on voulait seulement apprendre d'un autre cette tournure. Mais les interrogations propositionnelles peuvent également, à l'occasion, tenir la place d'une exclamation : « l'enfant est-il grand ! » L'on doit probablement voir ici tout d'abord une interrogation oratoire, c.-à-d. une question à laquelle on attend sans le moindre doute une réponse affirmative, mais qu'on pose néanmoins pour augmenter encore, par la confirmation venue d'un autre, le degré de certitude. Dans la suite, surtout quand on parle sous le coup d'une émotion, l'on n'attend absolument aucune réponse ; finalement, comme l'émotion domine, on n'a même plus conscience de l'interrogation, et seule l'ancienne tournure est conservée. Il peut également se faire que l'interrogation oratoire et dominée par une émotion renferme le sens d'une négation : « qui doute? » peut demander quelqu'un en attendant précisément pour (549) réponse : « personne ». Enfin l'on doit encore dire que même une EXHORTATION peut se formuler sous la tournure interrogative. Si la langue, pour exprimer un ordre, dispose avec l'impératif d'un moyen spécial, une question comme « viens-tu ? » peut cependant aussi facilement être émise avec
l'intention que la personne interpellée, à moins qu'elle ne veuille se mettre en opposition directe avec le désir de celle qui lui parle, soit forcée de répondre par un « oui ». C'est ce que le portugais exprime clairement, même dans la langue écrite , en cas d'EXCLAMATiON : Caho de marinheiros ? Venha a handeira france^a (Gomes de Amorim, Am. Patr. 88), Jacintho? corre ao paiol (89), senhor immediato? Tome nota de qiietn sào os auctores da insubordinaçào (92), Fiel? Arria a handeira portugue:(a e 0 pavilhào. Caho de marinheiros ? Iça a ré a handeira france:(a. Tamhor, rufa; Pifano, toca. Gtiardiâo, apita a visita de officiaes superiores (94). La différence établie dans le dernier exemple entre l'exclamation interrogative et l'impérative, semble être celle-ci : on adopte la première quand celui qui ordonne ne voit pas immédiatement à côté de lui la personne à interpeller, mais qu'il en est encore à la chercher du regard. — Dans ce qui va suivre, les formes de l'exclamation qui sont identiques à celles de l'interrogation, seront également étudiées avec les propositions interrogatives, puis nous nous occuperons de celles qui n'ont rien d'analogue dans l'interrogation.