LES TERMES INTERROGATIFS
comment vous êtes-vous avisé de venir ici?, en esp. hijo don Diego, como estas desta manera? qiié traje es esto? (Nov. ej. 250). À la place des adverbes on peut naturellement trouver des substantifs avec le pronom et une préposition : en ital. per quai cagione, di che maniera etc. Mérite seule une mention une tournure absolue employée pour qumnodo : en frioul. ce mûd et de même dans les parlers de l'Italie septentrionale, forme où naturellement (S 52) on ne doit pas voir le lat. quomodo avec déplacement d'accent, mais une création nouvelle comprenant le terme interrogatif roman que et le substantif modo. Enfin dans certains textes normands ANCIENS l'on rencontre quenement, queienement : la terre grant e riche e bêle Cui laisseras ne quenement (Ben., Chron. 3 16 12), où l'on doit voir une dérivation du qtieien mentionné au § 517, de même que I'a.-ombr. quegnamente : quengnamente sono uperte ei tuoi occhie ch'eran chiuse (Riv. fil. rom. Il, 54), ancon. chignamente sciate stato (Dante, Vulg. Eloq. i, 11) se rattache à quegno.
§515. Comme pronoms interrogatifs, nous avons dit qu'on se servait de qui et qualis. Le premier ne s'emploie que substantivement, ne distingue ni le genre ni le nombre, mais possède une forme neutre, qui provient de quïd. Que dans la forme d'un terme interrogatif assimilé aux substantifs on distingue uniquement entre personnes et choses, cela va de soi, car une forme distincte pour le masculin et le féminin ou pour le singulier et le pluriel présupposerait déjà une certaine connaissance de l'être sur lequel la personne interrogée doit seulement nous renseigner; on est plus étonné de constater, dans le développement historique de la langue, que, si le lat. quid a persisté, le lat. quis au contraire a été remplacé par qui, lequel avait en latin une valeur adjective : cf. notamment « quis fuit igitur? » « Iste Chaerea ». « Qui Chaerea? » « Iste ephebus f rater Phaedriae » (Terence, Eunuq. 823}. On pourrait peut-être voir dans la préférence accordée à qui un efibrt pour obtenir une différence phonétique bien marquée entre les formes du pronom selon qu'il se rapporte à une personne ou à une chose, difference qui est encore plus accentuée dans les langues où quem : en roum. cine, esp. quien, port, quem occupe la place de quis ou bien où, comme
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en italien et en espagnol, la place de quid peut aussi être prise par che cosa, abrégé même en italien en cosa. Concernant l'emploi des pronoms, voici les observations qui sont encore à faire. L'ancien datif cui n'a conservé sa fonction primitive qu'en roumain; il l'a quelque peu élargie en s'employant comme cas oblique en général dans l'ancien italien : onde faste e cuifiglimlo (Bocc, Dec. 5, 7) et dans le vieux français : o Jîl:( cui ierent mes gran:( hérédité:^ (Alexis 8i), cui i enveieruns En Sarraguce al rei Marsiliun (Roi. 245), d'où provient alors le franc, mod. (555) 9^^> ^^ sorte donc que nominatif et cas oblique sont, par voie phonétique, devenus identiques; ce n'est donc pas une élimination de l'un des cas par l'autre qui s'est produite. Il est d'autant plus étonnant que, dans le Frioul, kui ait à l'inverse adopté aussi la fonction de nominatif; toutefois, ici encore, on peut attribuer le phénomène à la différence plus marquée entre kui et h. Relativement à la forme neutre, il y a encore pour le FRANÇAIS quelques particularités à signaler. À côté de l'ancien que, qui n'a jamais cessé d'être en usage, on voit exceptionnellement en vieux français, plus souvent depuis le xvi^ siècle jusqu'à nos jours, apparaître aussi qui comme sujet : qui te rend si hardi de troubler mon breuvage (La Fontaine, Fabl. I, 10) etc., donc tendance frappante à supprimer la distinction entre personne et chose. En outre, dans les interrogations introduites par que, le français moderne a coutume de répéter le sujet : qui est arrivé, mais qu est-il arrivé, ce qui était déjà possible anciennement, mais pas nécessaire, ainsi que le prouvent d'ailleurs aussi que vous en semble et autres expressions analogues conservées jusqu'aujourd'hui. Sur les rapports entre que et quoi, voy. Chap. VL A la Sardaigne et à la péninsule ibérique est limité l'emploi de I'interrogatif possessif correspondant au lat. cujus -a : en sarde kuyu -a, esp. cuyo -a, port. cujo -a, qui était autrefois d'un usage illimité : cûya culpa ha sido ? en cûyo servicio empleaste lo que yo compré tan caramente ? et qui de nos jours ne sert plus guère que de prédicat à ser : quién ères, de dônde ères, cômo te Hamas, cûyo ères, que hiciste, que delitos cometiste, porqué aqui fuiste traido y à las bestias echado (C.,D.).
§ 5 16. Dans les cas examinés jusqu'ici, l'on interroge à propos d'un être dont le nom forme un membre de proposition. Or il
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existe une seconde classe d'interrogations, dans laquelle l'être en question est connu, mais où celui qui interroge désire connaître la condition spéciale de cet être ou bien où il veut savoir, parmi tous les êtres de même nature, celui ou ceux qui sont mis en rapport avec un acte donné : cf. en franc, quel temps fait-il aujourd'hui? quel capitaine commandait ce jour-là? La seconde espèce d'interrogations suppose ordinairement déjà un discours antérieur dans lequel l'être sur le compte duquel celui qui interroge désire avoir des indications plus précises, a déjà été nommé ou du moins désigné par le contexte, tandis que la première espèce peut commencer le discours. Mais de part et d'autre les formes qui servent à les exprimer sont à peu près les mêmes, à savoir les pronoms-adjectifs. La première (554) place peut être accordée à que, qui est en roum. ce, eng. h, ital. che, esp.-port. que : cf. en roum. ce timp e afarâ (quel temps fait-il dehors?), ce hasnà de tine, ce hasnà, cà tot sluje{tt // nimic nagonise{tî (Strig. 169, 2 : quel*profit a-t-on de toi, quel profit, si tout le jour tu sers et rien ne gagnes?), ce lunà {i ce bine (Doine 217, i : quelle lune et quel bonheur!), en eng. che boesch ais aquel sto, suot Ig quael tii Is haest chiato? (Sus. 1246 : quel buisson a-ce été sous lequel tu les as vus?), 0 vue, 0 vue, 0 pouvra met Che granda inguoscha ais mae que (336 : o malheur, o malheur, o pauvre moi ! quelle grande angoisse est-ce!), en ital. che tempo fa? che peccati hai tu fatto? (Bocc, Dec. 7, 5), en esp. que tiempo hace? que hombre es este? etc. Le rapport de ce qui ou que, étranger à ce qu'il semble aux langues de la Gaule, avec le latin qui quae quod n'est pas tout à fait clair. Qui étant en roman pronom-substantif, on peut comprendre qu'il n'ait pas été employé comme adjectif; quem et quae auraient donné que; quam, malgré l'appui qu'il trouvait dans l'article, aurait été abandonné, car précisément avec le pronom interrogatif adjectif il n'y avait aucun besoin d'exprimer le genre. La généralisation du que provenant de quem et quae peut avoir été facilitée par l'existence de l'adverbe relatif çw^ (§ ^13)-
§ 517. A côté de ces pronoms s'en rencontrent d'autres encore. Le lat. qualis à l'origine interroge spécialement sur la qualité d'un être, mais ensuite il descend au simple rôle de pronom interrogatif adjectif, ce que les observations faites au
Meyer-Lùbke, Grammaire III. ?7
§ 515 permettent de comprendre facilement. Ainsi qualis apparaît sur tout le domaine roman, le canton des Grisons excepté : en roum. care om ar putea siiferi (quel homme pourrait souffrir cela?), en ital. quai uomo è costuil, en franc, quel temps fait-il? et aussi quelle heure est-il? , en prov. quai pro y auret:(, s'ieu rn enclos tre? (Appel, C. 12, 25), en esp. cuàl homhre hay tan loco y fuera de ra^ôn que no huelgue de ser visitado? (Célest. 18), cuâl su alegria fuély en port, quai culpa tendes? etc. En somme, avec qualis, en vertu de son origine, le sens de manière est encore plus ou moins fortement exprimé, sauf dans les langues où, comme (s s s) en français, que ne se rencontre pas. Le français moderne fait encore une distinction entre quel adjectif et lequel, qui est plutôt substantif; il ne dirait donc plus avec Molière fen ai vu, moi qui vous parle, un effet merveilleux. Et quel? (Don Juan 3, i), mais plutôt lequel. — Puis on rencontre en Italie chente : chenle fue la torta (Nov. 33), chente vê paruta questa vivanda (Bocc, Dec. 4, 9), en a.-v?n. el xudese no de vardar solamente a quel ke l'omo a facto ad un ponto, ma quente e stado (Fra Paol. 80, 21), en a.-lomb. quente pagura, quente stremimento e questo (Testi lomb. 3, 18), quentre e quai per sonna e quella chi la porta (Chrys. 96, i) etc. Le toscan et le vénitien présentent clairement chente dans le sens de quomodo, de sorte donc qu'il faut y voir une formation qui est avec che dans le même rapport que le franc, comment avec com (p. 574), mais qui ensuite est devenue adjectif. — Dans le vieux français de l'Ouest, on trouve en outre queien : le forfet revint au deien, si refet plor ne sei queien (Et. Foug. 967), qui semble être une dérivation faite au moyen de -anus, en provençal quin, quina : quins hom es Karles mayne (Ferabr. 880), Baros e quinas gens es vos (Appel, C. 5, 333), peut-être issu de quinam, bien qu'en même temps on ait aussi quinh, quinha. L'on doit avoir la même forme dans le savoy. quint, -a, sauf qu'elle a été refaite sur quant, et quan, quanha également : quanha différencia Nos fay entre lo naissemen davan dig e • l proce:(i?nen (Breviari 1328) pourra être considéré comme un croisement entre quinh et quan ou quai. Enfin l'a.-ombr. quegno contient peut-être le suffixe étudié au t. II, § 509.
Pour des exemples de chente, voy. Arch. Glott. XII, 425, où sont données d'autres indications bibliographiques. L'explication de queien énoncée ci-dessus provient de W. Fôrster, Rev. 1. rom. XIII, 95.
§ 5l8. PRONOMS INTERROGATIFS ADJECTIFS 579
§ 518. Quand, au moyen du pronom interrogatif, un individu particulier doit être extrait d'un plus grand nombre d'individus semblables, le vieux français et le provençal ont coutume d'employer qualis avec l'article, c.-à-d. donc d'opérer la séparation au moyen de la classe de mots qui sert en général à marquer la séparation : cf. en a. -franc. // queiis est li nies Karle, dmi tant parlâmes ier (Saisn. i, 102) et par conséquent surtout dans le Jeu-parti : lequel doit estre plus blasmez^, ou il ou elle! (B., C. 343, 7), en prov. nEble, or chau^et:^ la melhor odes segon vostrescien : la quais a mais de pensamen . . . selh que . . . 0 selh quel (Appel, C. 96, i) et de même aussi de nos jours voici deux che?ni7is, lequel faut-il prendre? J'attendais pour te dire une chose. Laquelle ? En même temps, le français moderne offre en ce cas le qui substantif : qui sont-elles, ces trois opérations de Vesprit ? (Molière, Bourg. Gent. 2, 4), qui de nous ne se souvient pas de ces tragiques aventures ? Il n'en est pas ainsi dans les autres langues, auxquelles suffit le simple qualis : en roum. care dintre voi merge a casa (lequel d'entre vous va à la nîaison?), en ital. quale è il maestro di voi tre (Nov. 36), quai sarebbe il più iniquo dei due, uno che ama e dice « non sono cristiano » , ovvero uno che dice « son cristiano » e non ama ? (Pellico, Pris. 37), en esp. cuàl es mâs loco : el que lo es por no poder menos 0 el que lo es por su voluntad (D. Quich. 2, 15), cual hixp mâs de los dos? etc., et même en vieux français l'on peut rencontrer le neutre quel : quel d'ure deviim . . . aler u non aler (IV Livr. 337), surtout dans la locution fréquente quel le ferai?, p. ex. di, quel leferay? Respondras tu a chen ou je ni en tournerai? (Doon 7584), ensuite avec d'autres personnes et vous, quel le ferés ? Vendrés vous a merchi ou vous vous combatrés (7584), quel le ferons? (K^n. Mont. 119, 11) etc. Si on lit aussi en français moderne quel des deux voulez-vous, ou mon cœur ou ma cendre? Quelle des deux aurai-je, ou la mort ou Cassandre (Rotrou, Venceslas 2, 2) et autr, locutions sembl., c'est sans doute un italianisme. — Mais, si l'on dit également en espagnol Dios mio, la que me espéra manana (Galdôs, Fort. Jac. 4, 14), ay, il y a là naturellement un tout autre phénomène que l'emploi du franc, lequel, car nous avons un transfert d'une tournure en usage dans les propositions relatives et les interrogations
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indirectes. Mais il pourrait bien y avoir conformité avec l'espagnol dans le français de l'Est a mçx^ efà^ suk à ryé, suk à ryé (Rev. Pat. Gall. 4, 259 : o mes enfants, ce qu'on riait, ce qu'on riait!) et naturellement dans le port, se elle /allasse 0 que séria dos pobres ! (Diniz, Pup. 97), 0 que é necessariol (121).
§ 519. Souvent on se sert, pour introduire une phrase interrogative, de PARTICULES qui, s'écartant de leur sens habituel, n'ont d'autre destination que d'APPUYER plus fortement sur (SS7) l'idée d'interrogation ou, d'autre part, d'ExcLAMATioN, d'augmenter encore la différence de tournure entre l'interrogation et renonciation. Le caractère commun à toutes ces particules, c'est qu'à l'origine elles servent purement à la copulation, de sorte donc que l'interrogation se présente à nous comme la conséquence d'une déclaration antérieure et, lui étant ainsi plus étroitement rattachée, apparaît en opposition d'autant plus marquée avec renonciation. Mais dans le détail les langues suivent des voies différentes. En roumain, il faut d'abord citer oare : ve^ 0 pàrumhea. Oare nu i din teara mea (Doine 379, 2 : je vois une colombe. Est-ce qu'elle n'est pas de ma terre ?), oare auTJ, ce :{ic acestea (Gaster i, 233, 14 : est-ce que tu entends ce que disent celles-ci ?), pentru nepriîatinii no^tri oare irehue sa ne rugâm (2, loi, 19 : pour nos ennemis est-ce qu'il faut que nous priions?). Si oare, comme il y a toute apparence, est vraiment le pluriel de oarà (heure), son emploi suppose qu'on a dans la pensée une expression comme « demandé-je « : « à cette heure demandé-je : n'est-elle pas de ma terre ? ». Ensuite si : si te-aî culcat (t'es-tu couché?) peut être comparé avec l'a.-ital. e, a. -franc, et prov. et, esp. y, dect : decï ie lepe^t (rejettes-tu donc ?) avec le franc, donc, car dect signifie en premier lieu « là-dessus, après cela ». Enfin doivent être cités au de aut et dar : au nu ati cetit nice odînàoare, cà din gura cuconilor si a sugarilor sàvrà{it-aï lauda? (Gaster i, 233, 14 : n'avez-vous jamais lu que de la bouche des enfants et des nourrissons tu as préparé l'éloge?), niaî bàdito, hàdipr, Dar de mine nu-ti-i dor (Dome 154, 2 : eh! chéri, petit chéri, de moi n'as-tu pas regret?). L'équivalence des deux paiticules ressort d'une comparaison entre les deux traductions de Job 26, i sqq.,