‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 176 sur 269 · PARTICULES INTERROGATIVES · texte numérisé non relu

PARTICULES INTERROGATIVES

imprimées chez Gaster i, 267 et 2, 158, où l'une introduit les interrogations plutôt avec dar, tandis que l'autre, plus récente, emploie au. Pour expliquer les deux particules, au et dar, il faut partir d'abord des cas où celui qui interroge rattache ses paroles à quelque chose d'antérieurement exprimé et veut y ajouter sa question comme continuation, comme opposition, comme alternative : cf. mi-a fast calm Pe la usa maicà-ta. Darà rnaica ce lucra (Doine 379, 5 : mon chemin a été devant la porte de ta mère. Mais ma mère qu'a-t-elle fait?), de sorte donc qu'ici aussi nous avons de nouveau une concordance absolue avec l'a.franç. et. — En italien se présente d'abord mai : chi mai sarà?, dove mai si va a fissare il diritto ?, cosa si è qtiesto mai ? etc. ; toutefois le sens de ce mai diffère quelque peu de celui des par- (558) ticules roumaines; il généralise, signifie que celui qui interroge doute qu'il puisse jamais être répondu à ce qu'il désire savoir, que dans le premier exemple il puisse y avoir n'importe qui, etc. Il faut donc probablement partir du sens temporel de mai (jamais), tel qu'il s'est développé dans les propositions négatives et tel qu'il apparaît aussi dans ormai etc. (p. 544). Mais il faut certes citer e et dunqiie : rispose V abate . . . il signore è per darmi la mala ventura, se io non lo fa chiaro di quattro cose, che Salamone ne Aristotile non lo potrebbefare. Il mugnajo dice : E che cosa son queste (Sacch. 4), sarebbe dunque loro spejue vana (Purg. 6, 32); on trouve encore plus souvent 0 : Ben tegli darà. Il messo comincia a dire : Oimei! 0 è questa mercanT^a da dire, io tegli darà (Sacch. 52), dice Poste : ofàtti freddo (48) etc., or : or sei tu quel Virgilio (Enf. i, 79), mo : mo corne puà essere ? mo sei sicuro?, en vén. monove vuol ben la Trente de ogni condition (Calmo 91), mais aujourd'hui l'on ne dit plus que xe-eli mo? (est-ce eux?), or et ?no concordant tous deux pour le sens avec l'a. -franc. or. Et au franc, donc correspond l'obw. poÇpost^ : tgi ha po mai aschi malhonestamein mei entardiu (Oct. 302, 3 : qui m'a donc jamais si malhonnêtement trahi?), l'ert. sares-i pu komé vif me pçre kanâi (seraient-ils donc encore vivants, mes pauvres petits?), le greden. H ie pà kast (qu'est-ce donc?), dmie-l pà (donne-t-il donc ?) etc. — En vieux français, et est assez fréquent : par tou^ les liens u jo passai od les fix Israel, e parlai jo nule feii a alcune des lignées de Israel (IV Livr. 143), et quest ce

582 CHAPITRE m : LA PROPOSITION § 519.

ci? (Mir. N. D. II, 180), et dont vene^vos belle niece (31, 2393), sire père, fait il, e vus que men loez^ (S. Thom. 1479), Hieu guardat vers la fenestre, vit la dame si dist : E ceste dame ki est (IV Livr. 378) etc. S'il est vrai qu'à l'origine cet et n'était de mise que dans les cas où se produisait une véritable copulation, comme dans si nos contez^ cornant vos estes si donte:{? — Dame, fet il, An cest valoir m'a mes cuers mis. Et qui le cuer, biaus dow^ amis? Dame, mi oel. Et les iaw^ qui? (Ch. Lyon 2014), il apparaît cependant aussi en cas de liaison moins étroite lorsqu'à une énonciation est rattachée une interrogation : mult est pesmes Rollan:(, Qui tute gent voelt faire recreant, E tûtes terres met en chalengement . Et par quel gent quiet il espleiter tant ? (Roi. 392). Par la nature de son contenu, l'interrogation dans ce (559) dernier exemple équivaut à l'expression d'un doute : Blancandrin est d'avis que Roland n'est pas en état d'accomplir ses desseins. Il s'exprime alors de la même façon que s'il voulait à la première énonciation en ajouter encore une seconde, mais il revêt ensuite celle-ci de la forme interrogative. Même observation pour tu ne ses que je te dirai, Compains ! fe me marierai. Et qui prendras tu? (Mont., Fabl. 2, 164). Celui qui interroge doute de l'exactitude de ce qu'on lui a déclaré : il relève donc cette déclaration, il a dans la pensée une expression comme « et, situ fais cela, qui? . . . »; cependant il l'émet d'autant moins réellement qu'il parle sous l'empire d'une émotion, d'une surprise qui est un refus de croire. Plus rarement que et on emploie si : ne sai. Cornent, si ne save:{ (Mér. 2793), je cuidai que vous m'amissié:(. Plus que rien qui ou monde fust . . . Si est ore si tost desrous Cil boins vol airs (Chev. II esp. 4956) etc. Le caractère particulier des interrogations introduites par si, c'est que celui qui interroge entend parler d'un fait qui l'étonné à tel point qu'il veut, par sa question, se convaincre encore une fois de la réalité de ce fait. C'est ce qu'il exprime en résumant, au moyen de l'adverbe si (ainsi), le fait ou plus exactement la manière dont il s'accomplit ; si a donc sa signification primitive comme adverbe pronominal. En troisième lieu doit être cité l'adverbe de temps donc (ensuite, alors). Si de la succession dans le temps qu'indique d'ahovd donc peut facilement se dégager l'idée de la conséquence logique, ce qui précisément se ren-

Page 1