PROPOSITIONS INCOMPLÈTES
celles qui n'ont pas de verbe personnel et par conséquent aussi celles qui ne renferment qu'un infinitif. Diverses sont les raisons de ne pas exprimer précisément ce qui en apparence et dans beaucoup de cas est en réalité la chose essentielle. Au sujet de l'antithèse, notamment dans les proverbes, nous avons déjà formulé nos observations p. 320. Là le rapport entre les éléments du discours juxtaposés sans verbe prête si peu à l'équivoque qu'il n'est pas exprimé. Il en va de même avec le style télégraphique moderne, qui parfois passe ensuite aussi dans la langue de la conversation, surtout chez les personnes qui veulent éviter tout détail superflu, tout ornement. Ainsi ce ne doit pas être par hasard que Bourget fait dire justement à un Américain : impossible de vous accompagner (Id. trag. 114) ou qu'il dit de lui : pour le potentat de Marionville, être dans une voiture et ne pas la conduire soi-même, — croiser sur un yacht et ne pas le conduire soi-même — autant n avoir ni voiture ni yacht {i'J2). — D'autres tournures correspondent jusque dans une certaine mesure à ces abrègements de mots qui ont été examinés au t. I, § 634. Ainsi la formule complète de salutation je vous souhaite le bon jour, à Dieu vous commande est abrégée en bon jour, adieu; c'est aussi une formule de politesse que mille pardons pour je vous demande mille pardons et toute sorte d'expressions analogues qui se rencontrent dans les langues-sœurs. Un (566) autre cas peut se présenter, surtout lorsqu'il y a demande et réplique : le verbe peut ne pas être exprimé dans la répHque parce qu'il résonne encore dans la mémoire et dans l'oreille après la question posée, quand même la forme ne serait pas complètement la même : Mes sire Yvain, Quel siegle ave^ vos hui eu? Tel, f et il, qui moût m'a pieu (Chev. Lyon 1548). Mais le fait se présente avant tout quand on parle sous l'empire d'une émotion et qu'alors on est trop ému pour revêtir de la forme explicite usitée dans renonciation paisible le sentiment qui nous agite et qu'on veut exprimer par des paroles. Il nous suffit d'indiquer l'objet, l'activité, le phénomène dont on est préoccupé, et à la rigueur aussi de faire connaître dans quels rapports on voudrait voir mettre la personne à qui l'on s'adresse avec ce qu'on exprime; mais tout le reste est laissé de côté. La conséquence en est que la majeure partie des propositions incomplètes dont il
nous reste encore à parler, appartiennent à la catégorie de I'exclamation; quant à celle-ci, elle est ou bien sujet, et alors elle marque le plus souvent l'étonnement, ou bien régime, et alors elle indique le plus souvent un ordre, une exhortation.
§ 526. L'exclamation-sujet prête à peu d'observations. Dans cette catégorie rentrent des phrases comme l'ital. graxja a Dio, io fare il diavolo ! io amma:(:(are tutti i signori ! Un fascio di letîere, io! (Manzoni, Pr. Sp. 17), Quello si volta, riconosce il giovane, che gli dice : son qui. Un oh! di sorpresa, un al^ar di braccia, un gettarsele al collo scambievolmente (ibid.), rabbraccid, la bacid e via di corsa (De Amicis, Vita militare 252) etc. Ainsi peut-on naturellement s'exprimer partout, et c'est affaire à la stylistique de montrer quand la langue de la littérature se sert de tournures de l'espèce. Quand l'exclamation se compose seulement d'un nom, nous avons déjà dit et expliqué p. 57 1 qu'on lui adjoignait le pronom interrogatif. À ce propos, il faut seulement observer pour le vieux français que même des textes qui autrement conservent rigoureusement la flexion, mettent le substantif au cas oblique : deus, quel damage! (Reimpr. 117), Deus, quels dous manages! (^6^ etc. Ici se range également le ché, quoi, que, qui exprime l'étonnement : cf. déjà en a. -franc, quel, fel H lous, est il issi qualer ne pues fors por merci? (M. France, Fabl. 26, 33).
(567) Sur l'a. -franc, quel employé comme cas oblique, cf. H. Suchier,
Zs. VI, 445 sq.
§ 527. Pour l'exclamation-RÉGiME, il y a surtout à citer les EXHORTATIONS LOCATIVES, c.-à-d. les locutious désignant un objet sur lequel l'auteur de l'appel veut attirer l'attention d'autres personnes, vers lequel il désire que d'autres personnes se rendent ou transportent quelque chose, ainsi p. ex. en ital. alV arme, en a. -franc, or tost as armes (Percev. 7291), au feu, au secours, en esp. este que se sigue es Florismarte de Hircania, dijo el barbero. Al corral con él y con esotro, sehora ama (D. Quich. I, 6), en hallandole, à la nave con el y amarrenle à un banco (Hartzenbusch, La madré de Pelayo 3, 2) et autr. locutions sembl. Viennent ensuite naturellement aussi certains adverbes : en obw. nau cun mei (Oct. 300, 27 : « ici avec