‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 182 sur 269 · PROPOSITIONS EXCLAMATIVES 59I · texte numérisé non relu

PROPOSITIONS EXCLAMATIVES 59I

moi », tout simplement au sens de : « viens avec moi »). Ici se place également l'a. -franc, or sus, or tost : or sus,fet ele, bêle fille! Si en irons a Saint Cor ni lie (Auberée 433), amis, or tost si dites bien (Blancandr. 4273). On peut probablement comparer cet or avec celui dont il a été question p. 588, car la combinaison du verbe personnel avec si (§ 547) montre clairement que or tost équivaut dans notre esprit à une proposition. Nous avons de nouveau un cas un peu différent dans le franc, vite, un flambeau et autr. locutions sembl. — Enfin il faut mentionner un abrègement encore plus considérable dans l'iN- TERPELLATiON en ESPAGNOL et en portugais. On peut laisser sans l'exprimer le nom de la personne interpellée : cf. en esp. ah de mi castillo! gritô el Campeador con vo^^ robusta, pero tampoco recihiô contestacion alguna (Trueba, H. Cid 3), ah de mi casa! ah de mi casa! gritô el Cid (6), en port, gritou em ingle:( : Oh da fragata ?

§ 528. Les propositions qui ne comprennent qu'un infinitif se divisent en trois classes. La première est constituée par des PROPOSITIONS INTERROGATIVES : en ital. ma io perché venirvi? (Enf. 2, 31), en {runç. pourquoi pleurer?, en a. -esp. irfne yo con el? (D. Quich. i, 4) ou bien par des propositions exclama- TiVES : en ital. io dir bugie!, en franc, moi, dire des mensonges!, en esp. yo decir mentiras! etc. L'explication en est généralement simple. Il s'agit de déclarations oratoires, exprimant d'ordinaire l'indignation et qui ont la valeur d'une proposition négative : pourquoi pleurer équivaut, pour le sens, à une proposition comme « il n'y a aucune raison de pleurer ». Celui qui parle n'a pas (568) pour l'instant en vue l'individu qui, par suite de quelque événement, pleure ou voudrait pleurer, mais uniquement la cause de ses pleurs. Or il ne se place pas non plus à son point de vue individuel : il veut seulement émettre l'idée que l'événement en question n'est pas de nature à provoquer des larmes. Il revêt cette idée de la forme de l'interrogation, mais le caractère général de sa façon de voir ne lui permet pas de donner au verbe une forme individuelle; c'est pourquoi il emploie celle qui n'indique aucune personne. — Un second cas est propre au vieux français ; c'est l'emploi d'un

592 CHAPITRE m : LA PROPOSITION § 528. 529.

INFINITIF-IMPÉRATIF, mais Seulement après la particule exhortative or et toujours avec l'article : or del cerchier par tou-^ ces angles (Ch. Lyon 1127), or dou bien faire (Enf. Og. 11 86), or dou secorre (Gaydon 224), or de Vesrer (Chev. II esp. 9420) etc. Que dans l'émotion qui accompagne l'ordre on omette de désigner la personne, la chose se comprend aisément et, sans être une règle, doit à l'occasion se présenter partout : cf. en a. -franc, amis, fet il, or f entremet qua m' amie poisse parler et de nostre conseil celer (M, France, Milun 36), qu'on pourrait peutêtre rendre par « et en ce qui concerne notre convention garder le secret » ; en espagnol, l'infinitif apparaît surtout dans le second membre : paciencia y escarmentar (D. Quich. i, 23), asi que pardon y proseguir (i, 24); mais la tournure française n'a manifestement rien à faire avec celle-ci : il faut plutôt y voir un de relatif et expliquer l'article d'après la p. 561. Sous le coup de l'émotion, celui qui parle n'exprime pas à proprement parler un ordre, une exhortation : il a devant l'esprit l'idée d'une activité par rapport à laquelle il voudrait se mettre lui-même ou mettre d'autres en mouvement : or de V errer signifie donc en quelque sorte « à présent il s'agit de voyager », « à présent pensez à voyager », « à présent en voyage ». Dans un certain sens, cet impératif équivaut donc aux exclamations locatives (p. 590); il est seulement plus général, plus indéterminé encore en ce que celui qui parle n'a pas directement en vue un but, et c'est aussi pourquoi l'on choisit non la préposition de direction, mais celle de relation, qui est plus indéterminée.

L'interprétation de or dou avec l'infinitif qui se rapproche le plus de la précédente est celle de G. Paris, Rom. XVIII, 204 et XIX, 120; (569) seulement, en partant de or pensons (penseO dou bien faire, il suppose

chez celui qui parle une activité intellectuelle plus déterminée. Ph. Marcou à la p. 24 du travail cité à la suite du § 529 et A. ScHULZE, Zs. XV, 505, y voient une assimilation à or n'a que dou bien faire,, mais sans indiquer le point de contact entre les deux tournures.

§ 529. C'est enfin ici que se place I'infinitif historique. Dans une description animée d'événements historiques, le latin peut remplacer le verbe personnel par l'infinitif, mais cette

Page 1