‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 183 sur 269 · L INFINITIF HISTORIQUE · texte numérisé non relu

L INFINITIF HISTORIQUE

tournure paraît s'être perdue déjà vers la fin de l'époque impériale ou du moins n'être plus employée que par les écrivains qui s'attachaient à de vieux modèles comme Tite-Live. Si donc nous rencontrons en roman un usage analogue, il ne s'agit pas d'un héritage du latin, mais d'une tournure nouvelle, ce que confirme d'ailleurs aussi le fait que les diverses langues romanes suivent en ceci des voies sensiblement différentes. En italien, des écrivains du xviii' et du xix* siècle présentent l'infinitif avec a : lo spagniiolo a raltenere ora Elia ed ora me (Alfieri, Vita 3, 12), //// non istava mai ferma; dentro efuori del castello^ su e già per la salita, in giro per la valle, a stabilire, a rinfor'^are, a visitar posti, a vedere, a farsi vedere, a mettere e a tenere in regola con le parole, con gli occhi, con la présenta (Manzoni, Pr. Sp. 29) etc. Le même usage se rencontre en espagnol : preguntaban me algunas cosas, yo respondia cou llanexa y descuido, luego les parecia les queria ensenar, y que me tenia por sabia; todo iba à mi confesor, porque cierto ellos deseaban mi provecho : el à rehirme (C.-B.), yo à pecar y vos à esperarme; yo à hair y vos à buscartne (C, D.) et en portugais : por tal forma ia sendo 0 bondoso Joào Semana cumprimentado, interrogado e consultado, e elle a responder a tudo (Diniz, Pup. 86), quantas vezes estarias tu soffrendo, coino eu nem penso que se soffra, e eu a rir-me (26e), ora! e tu d'essa idade ainda a engulir todas as pilulas que te impingem (253). Pour l'expliquer, on pourrait admettre que celui qui parle sousentend le verbe « commencer » : cf. en roum. cînd oi începe a cînta, Frun'^a 'n codru a pica Si toatà 'ngâitàni Pàuna^ul codrului a veni, si nu ve veti putea 'nvoi (Cânt. Mold. 303) ou en a. -franc, dont se boutèrent il ens de plains eslais, et commenchierent a decoper cordes et paissons et a abattre et reverser tentes et très, et a faire un très grand desroy et François a yaus estormir (Froissart, Chron. i, 131). — En français, on trouve tout à fait isolément et bon prestre à soy retirer (C. N. N. 76); sinon, depuis le xv^ siècle dans les Cent Nouvelles Nouvelles, puis plus tard chez Rabelais, Des Périers, chez La Fontaine, à l'époque actuelle (et même ailleurs que chez les écrivains naturalistes), on peut rencontrer fréquemment un infinitif historique avec de : et bon chevalier de l'abandonner et à Monseigneur s'en retourne (C. N. N. 9), et bon mary de soy courroucer, qui dist (38), lors

Meyek-Lubke, Grammaire III. }S

chiens daller et de s' entrebattre l'un l'autre à belles dentz^ (Rabelais 2, 14), grenouilles aussitôt de sauter dans les ondes, grenouilles de rentrer dans leurs grottes profondes (La Fontaine, Fables 2, 14); « tes semblables? Ah ça, le cheval de Soubirat est donc ton semblable aussi. Au fait, il est un peu rétif ». Et de rire (About, R. Br. Homme 27). Si, dans la plupart de ces exemples, l'infinitif est rattaché par et ou lors à ce qui précède, toutefois la phrase de La Fontaine p. ex. montre que ce et n'est pas absolument de règle. Mais cependant on pourrait dire que, dans le langage courant, d'où provient manifestement cette tournure, c'est d'abord uniquement lorsqu'il y a étroite union entre les idées et (ce qui parfois est la cause de cette étroite association) dans le discours rapide que le verbe personnel peut être remplacé par l'infinitif. En outre, il est à noter que, dans les premiers temps, on a toujours un nouveau sujet et qu'il n'y a qu'uN seul verbe à l'infinitif, le second, bien qu'il ait le même sujet, revêtant la forme personnelle : outre le premier des exemples ci-dessus, cf. et le bon homme de soy saulver et dessoui le lit se boute (C. N. N. 4). De là paraît résulter ce qui suit. Lorsqu'au cours d'un récit le narrateur doit exposer une action comme étant le résultat subit, rapide d'une chose qui s'est passée ou dite auparavant, il se contente d'indiquer simplement cette activité sous la forme de l'infinitif, mais il en montre le caractère subit par le fait même qu'il ne choisit pas la construction grammaticalement régulière; toutefois il ne recourt pas à l'infinitif simple, mais à l'infinitif avec de parce (S70 qu'à l'époque où cette manière de s'exprimer a pris naissance, l'infinitif avec de était déjà beaucoup plus usité que l'infinitif simple, alors uniquement employé comme substantif ou dans des tournures de provenance assez reculée.

Ph. Marcou, Der historiche Infinttiv im Franiôsischen, Berlin 1888; A. ScHULZE, Zs. XV, 504-5 10; G. Paris, Rom. XVIII, 204 et XXI, 120; Th. Kalepky, Zs. XVII, 285-288. L'explication de ce dernier est presque identique à celle qui vient d'être exposée.

§ 530. L'on peut de prime abord s'attendre à voir le groupe de propositions se comporter à l'égard de la proposition étudiée dans le chapitre troisième de la même manière que le groupe de mots étudié dans le chapitre deuxième se comporte à l'égard du mot, et de fait cette attente se justifie avec certains phénomènes à un degré tel qu'antérieurement déjà, comme exemple de groupe de mots, nous avons pu donner aussi un groupe de propositions (§ 210). Or, de la même façon, ce qui doit faire l'objet du chapitre quatrième est en connexion étroite avec la matière du troisième. En effet, ou bien le groupe de propositions peut se composer de propositions indépendantes, ou bien au contraire Tune des propositions peut être avec l'autre dans le même rapport qu'un membre de proposition avec un autre, et par conséquent en constituer le sujet, le régime, une détermination soit attributive, soit adverbiale. Conformément à ces données, on a distingué entre propositions principales et propositions secondaires ou subordonnées, et rien n'empêche de conserver ces dénominations, pourvu seulement qu'on n'y attache pas l'idée que la proposition principale renferme la chose principale et la proposition secondaire quelque chose d'accessoire. Il est peut-être plus exact de donner aux propositions secondaires le nom de propositions-parties de propositions (Satzteilsâtze) ou plus brièvement propositions partielles (Teilsâtze), et dès lors de distinguer en outre entre propositions-sujets, pro-

positions-régimes etc. Les propositions principales seraient alors, par opposition aux propositions partielles, des propositions complètes et, par opposition aux propositions-sujets etc., des propositions verbales parce qu'elles contiennent en tout cas un verbe à un mode personnel. Si la matière paraît devoir se répartir de la sorte, il est toutefois à noter qu'il se produit toute espèce de (573) transferts de l'une de ces catégories de propositions dans l'autre, ce qui rend impossible une délimitation rigoureuse. D'autre part, il s'agit également, ici comme pour le groupe de mots, de distinguer entre juxtaposition et copulation, de sorte qu'il vaut mieux partir de cette distinction, puis séparer, au sein de ces deux grandes classes, les propositions complètes et les propositions partielles, et disposer ces dernières d'après leur signification, c.-à-d. d'après le membre de proposition qu'elles représentent. À la juxtaposition seront aussi rattachés les cas où la relation de sens entre les deux propositions est indiquée par l'ordre des mots (§ 543), procédé d'autant plus fondé qu'à l'origine l'ordre particulier des mots n'avait aucunement la valeur qu'on lui attribue parfois à présent. Quant à énumérer tous les différents groupements qui peuvent se rencontrer, il faut y renoncer ici, surtout que pour la juxtaposition le nombre en est presque infini.

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