‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 19 sur 269 · SIGNIFICATIONS SPÉCIALES DU PLURIEL · texte numérisé non relu

SIGNIFICATIONS SPÉCIALES DU PLURIEL

commun la propriété indiquée par le mot abstrait. A côté de l'ital., esp., port, carne (viande) on trouve au pluriel carni, carnes non seulement au sens de « morceaux de viande », « différentes sortes de viande », mais aussi de « chair du corps humain » : en ital. l'altra era cotne se le carni e Fossa fossero State di smeraldo Jatte (Purg. 29, 124), il fuoco ni inaridiva le carne (Leop. 175), en esp. sufriendo vida dura, yaciendo en niai lecho, prendie el omne hueno de sus carnes derecho (Berceo, Sil. 68), perder las carnes (devenir maigre), en port, arrepiani-se as carnes e 0 cabello a mi (Lus. 5, 40); d'une rnanière analogue, l'ital. cuoia, esp. cueros signifie « la peau du corps humain » : en ital. non capriva nelle cuoia (Lasca 56), en esp. en cueros (tout nu); cineres (les cendres humaines) = en ital. ceneri, franc, cendres, esp. ceni^as, port, cinças-, l'ital. pâli, esp. palos = « bâtons » et « coups de bâton »; l'ital. gotte = « gouttes » et « goutte, arthrite » (Lasca 11), aujourd'hui ^o//fl( dans le second sens; le franc, a couche et couches, gage et gages, jet et a. -franc. ;V;( (lanière), arme et armes, et aussi en ital. armi, esp.-port. armas; l'esp. pasaportes = « papiers de légitimation », l'esp.-port. hraga = « braie », hragas « haut-de-chausses, culottes » et « braies », où le rapport est un peu différent en ce que bragas à l'origine ne s'emploie qu'au pluriel et signifie « culottes » (§ 31). Enfin, chaque langue possède beaucoup d'autres cas (38) particuliers.

La plupart des grammairiens ont coutume de ranger encore sous la rubrique en partie inexacte « Pluriel différent pour le sens du singulier )) toute espèce de phénomènes qui ne rentrent pas dans cette catégorie. Lorsque p. ex. Vockeradt § 352, 5 réunit faslo (faste, magnificence) et fasti (fastes, annales), il s'agit là plutôt de deux homonymes qui, sous le rapport étymologique, n'ont rien à faire ensemble; au lieu de misura (mesure, mesurage) et misure (mesure, instrument à mesurer), il était plus exact de dire misura (mesurage, instrument à mesurer), plur. misure (instruments à mesurer), etc.

§ 29. Ce n'est pas une pluralité d'êtres identiques, mais seulement d'êtres analogues qu'indique le pluriel dans des cas comme l'ital. chiamate voi dunque infami i Grisostomi, gli Atanagi, perché ci lassarono esempi si memorabili di perdono, le franc. nous n'aurons plus de Suétons, l'esp. Athenas fué madré de los

Temistocles, los Pericles, los Demosthenes, où le pluriel signifie « des hommes comme Chrysostôme » etc.

§ 30. Dans la péninsule hispanique, le pluriel des noms d'êtres mascuhns s'emploie exclusivement pour désigner les êtres appariés : padres, papas (père et mère), tios (oncle et tante) etc., auxquels on ne peut guère comparer le lat. parentes, franc, parents, car ce terme au singulier désigne d'abord la mère, puis aussi, il est vrai, le père. A plus forte raison encore en est-il ainsi de l'ital. genitori. L'ital. fanciulU, bambini, le franc, enfants diffèrent aussi de l'usage espagnol : sans doute, ils peuvent signifier « jeune homme et jeune fille », mais ils n'éveillent pas précisément l'idée d'une paire; ils montrent plutôt que la difference sexuelle peut être négligée dans des cas où elle n'est pas d'importance.

§ 31. Bien des idées se présentent en général à celui qui parle comme composées d'une pluralité d'individus; elles apparaissent donc exclusivement ou tout au moins le plus souvent au pluriel, de sorte qu'à côté des mots qui ne s'emploient qu'au singulier, étudiés au § 22, se placent maintenant les mots aui n'ont auE LE PLURIEL. Quelques-uns d'entre eux ont été simplement transmis par le latin : ils n'ont donc besoin d'aucune explication spéciale pour le roman; ce ne sont même en partie que des mots savants : cf. annales, en ital. annali, franc. annales, esp. anales, port, annaes; arma : en prov. armas; (39) bracae : en ital. brache, franc, braies, esp. -port, bragas; exeauiAE : en ital. esequie, franc, obsèques, esp. -port, exequias; FAUCES : en ital. fauci; lactés : en roum. lapti; naves : en ital. navi; nuptiae : en roum. nuntî, ital. no:(xe, franc, noces, esp. nupcias; primitiae : en ital. primi^ie, franc, prémices, esp. -port. primicias; renés : en ital. reni; tenebrae : en ital. ténèbre, franc, ténèbres, esp. tinieblas, port, trevas; vanni : en ital. vanni, franc, vans. Beaucoup d'autres au contraire ne sont nés qu'en roman. En se fondant sur leur signification, on pourrait distinguer d'abord les objets aui se composent de deux parties SEMBLABLES. Indépendamment de bracae, déjà cité, et de ses représentants romans ainsi que des termes à signification plus ou moins analogue : en roum. itarï, i^mene, ital. calxpni, mutande,

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usattini (bottines), franc, caleçons, culottes, esp. calmas, caliones, port, calçoes, calças et autr. sembl., il y a surtout lieu d'examiner les noms d'instruments composés de deux parties semblables, donc avant tout « ciseaux » et « tenailles » : en roum. forfecî, iXdX. forbici, ïrznç. forces; en roum. mucârt (mouchettes) ; en ital. mo//e (pincettes) ; en franc, ciseaux, mouchettes, tenailles, pincettes; en esp. despahiladeras, tena:(as, tijeras; en outre en roum. ochelarï (lunettes); en ital. sedili, lucq. sovici (chantier, tin), occhiali, manette (menottes), alari (chenets), palchi (chevilles, andouillers) ; en franc, besides, lunettes, ouïes (branchies), dagues; en esp. esposas (menottes), grillos (fers aux pieds, entraves), alforj as (besace, porte-manteau), nadaderas (nageoires, ceinture de natation), rtwJût^ (brancard) de amites (les deux brancards de la basterne) etc. De même le franc, les poumons (Je poumon = chaque aile du poumon), esp. pulmones, l'esp.-port. narines (nez, proprement fosses nasales) à côté de nari:{ (nez, cf. II, p. 501), ont leur place ici, tandis qu'on hésite à ranger dans la même catégorie l'ital. baffi, basette, mostacchi, le franc. favoris, côtelettes, l'esp. barbas, le port, bigodes : en effet, aussi longtemps que ces mots ne désignent pas spécialement les favoris, l'idée d'une véritable pluralité (moustaches, barbiche, favoris) peut se présenter à l'esprit. Pour finir, il y a encore à mentionner dans ce groupe l'idée de « porte ». De même que le lat. forae, dans son emploi primitif, devait se rapporter aux deux battants de la porte, ainsi s'explique le roum. u{à tiré du lat. ostia (II, p. 78), et c'est dans le même sens que le plur. roum. u{î à son tour paraît aussi être parfois employé (p. ex. Gasterll, 178, 17). Et c'est par un procédé identique que porta se rencontre quelquefois au pluriel là où il ne s'agit (40) guère de différentes portes : ainsi Diniz parle de as portas da casa (Pup. 64) sans qu'il décrive une maison à plusieurs entrées.

Une place à part revient en espagnol àpechos. Si l'on dit en esp. criar â los pechos (donner le sein, allaiter), le pluriel ici peut s'expliquer comme un duel; mais, dans l'esp. caer de pechos (cheoir sur la poitrine), echarse â pechos alguna cosa (prendre à cœur une affaire), subir â pechos (grimper), toniar â pechos (prendre à cœur), il sera plus exact de voir le mot neutre pectus

du latin pris à tort pour un pluriel (v. II, p. i6). Comment faut-il interpréter le port, metelhe a lança pellos peitos (Graal 69), por meo dos peitos (70)? Il y a lieu d'hésiter, car en même temps peito se rencontre souvent.

Or un grand nombre de ces mots se présentent également au singulier, surtout dans les dictionnaires, en partie avec un sens particulier. Ainsi le vieux français connaît le cisel, et la langue actuelle parle de ciseau de la censure; ainsi, à côté de tenailles, on trouve aussi mors de la tenaille, tenaille incisive pour désigner un instrument de chirurgie, tenaille également pour dénommer un poisson. Ou bien, en espagnol, un « gros mangeur » sera appelé buena tijera (cf. le franc, bonne fourchette^; echar la iijera signifiera « découper »; de la prima tijera voudra dire « de première classe » (cf. l'ital. di primo cartello) etc.

§ 32. On peut considérer comme des duels les mots cités jusqu'ici; mais il se présente aussi de véritables pluriels. Parmi eux il faut nommer d'abord ceux qui désignent des chaînes de montagnes et des groupes d'îles (archipels) : cf. le lat. Alpes, en roum. Alpï, ital. Alpi, franc. -esp. -port. Alpes; l'ital. gli Apennini à côté de fApennino, le Cicladi, le isole Borromee; le franc, les Pyrénées, les Antilles, les Philippines (cf. aussi les Landes); l'esp. los Pireneos, los Andes à côté de el Pireneo, las Baléares, las A:(ores; le port, os Pireneos, as Azores etc. En fait d'APPELLATiFS, il y aurait à citer p. ex. en roum. màruntaie, ital. intestini, budella, viscère (bien qu'on dise aussi il viscero), frattaglie, franc, entrailles, esp. entrahas; en ihû.frasconi, franc. broussailles, esp. ramujos; en ital. i dintorni, i pressi (Barrili, Not. Com. 441), franc, les environs (T environ D'Aubigné, Hist. II, p. 480), les alentours, esp. los alrededores, las afueras, port, os arredores; en a. -franc, les estres (Thèb. 8219, l'extérieur), esp. los adentros (l'intérieur); en ital. le confini, franc. (41) les confins, les bornes, esp. las fronteras, los linderos (Trueba, H. Cid 44); en roum. crupe (son), galite (volaille), ite (trame du métier à tisser), schimburî (lessive); en ital. maccheroni, vermicelli et autr. sembl., sarte (cordages); en franc, hardes, nippes, vitraux, semençailles ; en prov. escac (Appel, C. 6, 50 : jeu des échecs, échiquier); en esp. albricias, avères (avoir), hilas (char-

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pie), trebedes (trépied) et quantité d'autres propres à l'une ou à l'autre langue. Quelques mots isolés peuvent encore être l'objet d'une mention spéciale. Déjà les Romains, pour désigner les FESTIVITÉS, aimaient à se servir du pluriel : outre nuptiae (p. 40) rappelons Saturnalia, Florealia etc. Aux représentants romans de nuptiae s'ajoute aussi l'esp. las bodas, port, as bodas et a. -port, os casamentos (Rom. XI, 389); il y a encore l'ital. sponsali, le franc, accordailles, épousailles, fiançailles, funérailles, l'esp, esponsales. Parmi les termes concrets, les mots qui désignent I'argent apparaissent souvent au pluriel : en roum. banî, obw, daners (Sûrs. Miihrch. 18, 6, Alig 297, 298), rapps (Sûrs. Mâhrch. 18, 10); en a.-ital. danari plus fréquent que danajo : par conséquent c'est aussi de là que vient le singulier danaro, forme nouvelle tirée uniquement du pluriel; cf. aussi le proverbe lavorofatto danari as peita; aujourd'hui on dit habituellement quattrini. Ensuite maison, cour, logement. Déjà le latin présente claustra et semble avoir dit stabula, comme on peut l'induire du franc, étable (II, p. 78); en outre on a le roum. palaturî (cf. tatà, am crescut în palaturî taie Basme 81, 13, palaturi-le 294, 14 a côté de poarta palatuluî 294, 13) et aussi l'ital. pala:^7^i (Sacch. 90), esp. palacios (D. Q. II, 8), port, os paços (Lus. 3, 102, 6, 19, 67), où partout le contexte exclut l'idée de plusieurs palais. De même on trouve très souvent le roum. casele au sens de « habitation » alors qu'immédiatement avant ou après il n'est question que d'une seule maison : cf. la casele Smeulm (Basme 261, 17) à côté de fat à din casa a babei (261, 16), enfin curtile pàrintilor (Gaster II, 69, i) à côté de curiea împàratuluî (II, 69, 2) et, pour exprimer à son tour la même idée, l'esp. corrales : en a. -esp. ixiô luego à ellos fuera de los cor raies, Mandoles que entrassen dentro à los ostales (Berceo, Sil. 299). De même le port, solhares (résidence) et telhados (toit) s'emploient souvent pour ne désigner qu'une seule et unique maison : emfim chegou foào Semana ao logar, onde se erguiani os seus solar es. A egoa saudou a appariçào dos telhados dottiest icos (Diniz, Pup. 89). — Viennent ensuite les heures canoniques : (42) en prov. vespras (Flam. 914), franc, les vêpres, esp. horas, matines, visperas et même â la hora de las Avemarias (Nov. ej. 10), port, as trindades. Ensuite les mots qui désignent la phy-

sioNOMiE se trouvent souvent au pluriel; ce qui peut avoir déterminé cet emploi, c'est le jeu de la physionomie ou cette considération que la physionomie est constituée par l'ensemble des diverses parties du visage : cf. l'ital. mostrava belli sembianti (Nov. 36), far le vista (Lasca 33) et souvent, aujourd'hui far le viste (Leop. 132), le port, tomando certas ares de gravidade (Diniz, Pup. né) à côté de um ar de firme^a (250). L'ital. far bocchi aussi (II, § 7) appartient à ce groupe. Enfin il faut également citer nombre de noms abstraits. En ital., le risa est plus fréquent que // riso : cf. cascare mile maggiori risa (Lasca 56) et même uno scoppio di risa vive (Verga, Nov. 154 : un éclat de rire); voces, uni à un verbe signifiant « appeler », est beaucoup plus employé que vox : ital. gridar ad alte voci, a. -franc, a hautes voi:(^ comencent a crier (R., Alise. 4059), esp. gritar à voces, port, dar voxes, et dans les deux cas il a dû s'agir à l'origine d'une manifestation répétée de l'action. Cf. encore l'esp. burlas (blagues), ver as (ardeur), luces : una madré carta de lu^es (Caballero, Cuentos 5), auquel correspond le franc. lumières-, l'ital. pigliar le masse (se mettre en mouvement), star aile masse (se contenir), furar le masse (prévenir) à côté de dar la massa (mettre en chemin, donner le branle). Une forme étrange est le roum. zp^ile (aurore); cependant, dans les langues slaves aussi, auxquelles il est emprunté, le mot se trouve souvent au pluriel; mais ensuite apparaît avec le même sens l'esp. albares, port, alvores. Ici le pluriel est justifié par la diversité des phénomènes; dans les formules de salutation esp. buenos dias^ buenas naches, buenas tardes à côté de buen dia etc., port, boms dias, boas tardes, il doit s'expliquer par le fait qu'on s'adresse tout d'abord à plusieurs personnes, c.-à-d. qu'à l'origine il est identique à las miedas de las mujeres (p. 37). Un grand nombre de mots ne se sont introduits dans cette catégorie qu'à la suite d'un développement spécial de leur signification. A côté du \dX. furca, esp. harca, ^on, força (gibet), on rencontre avec le même sens l'ital. leforche, a. -franc, les fourches, qui ne semblent pas devoir être expliqués comme les noms d'instruments composés de deux parties semblables et cités p. 40, mais comme désignant à l'origine l'endroit où se trouvaient (43) plusieurs gibets, puis comme ayant été transférés de là à l'objet

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lui-même. — Enfin, en ce qui regarde le franc, les gens, il faut remarquer qu'en vieux français on dit encore au même sens la gent, qu'ici donc l'idée plurielle a provoqué la naissance de la forme plurielle, c.-à-d. la substitution de les à la et par suite aussi, dans l'écriture, celle de s h t.

§ 33. Mais on aurait absolument tort d'admettre que l'emploi de ces formes a toujours été borné au pluriel ou qu'il est resté tel. Au contraire on peut observer que nombre de ces pluriels propres au latin ont aujourd'hui passé complètement au singulier, sans la moindre altération de sens : ainsi on dit en lat. litterae (la lettre), mais en ital. la lettera, franc, la lettre, esp. la letra, port, a letra; en outre fauces devient en ital. foce, esp. hœ:^; minaciae en ital. minaccia, franc, menace, esp. amenaT^a-, scopae en ital. scopa, a. -franc, escouve, esp. escoha etc., ou bien à côté de l'a. -ital. gotte se trouve, ainsi qu'il a déjà été dit p. 39, l'ital. mod. gotta (goutte, arthrite). Mais, autre alternative, ce pluriel peut adopter la forme du singulier avec une acception spéciale : cf. les exemples donnés p. 42 et de plus le franc, la jeunesse est naturellement emportée, elle a besoin de quelque entrave qui la retienne, tandis que entraves se dit au sens propre; limite en astronomie : la limite septentrionale ou la l. méridionale (les points de l'orbite lunaire qui sont le plus éloignés de l'elliptique); le provincialisme souhaiter le bon vêpre etc. Le latin nuptl\e persiste aussi en roman (v. p. 40), mais cependant certaines langues romanes ont également tiré du pluriel une forme de singulier, et celle du roum. nuntà porte au front la marque évidente de cette origine (II, p. 73). En français la grammaire exige noce au sens de « célébration d'un mariage », mais la langue semble ne pas toujours s'accorder avec cette exigence : cf. ma noce prochaine (Mairet, Silv. 1687); de même en espagnol on a boda à côté de bodas : concertar esa boda (Valera, Com. Mend. 128), impedir la boda (154), en vieux portugais voda à côté de vodas : foe sem panos de voda aas vodas do rrico homem (Graal 117) à côté de aa voda alo rrico homem sem panos de vodas (118). Ou bien en esp., en même temps que la forme ordinaire tinieblas, Berceo emploie la tiniebra (Sil. 395). Ou bien des mots qui ne s'emploient aujourd'hui

(44) qu'au pluriel, avaient autrefois un singulier : ainsi La Fontaine se sert encore de pleur, tandis qu'aujourd'hui pleurs est seul usité. Donc le nombre des mots qui se rangent sous cette rubrique ne cesse de varier : aussi est-il également impossible de les séparer par une délimitation nette de ceux qui ont été discutés au § 28. A la rigueur on peut dire que l'ital. rami au sens de « gravures sur cuivre » est un de ces pluriels, car en fliit il n'existe pas de singulier rame (la gravure sur cuivre) correspondant. Ou bien si Ferrugia, Fasc. 44, écrit Perché le tue credence non potrehbero esser le mie, on peut dire encore une fois que credence (croyances) n'a pas de singulier credm^^a (article de foi), et l'on aura ainsi trouvé le point de contact avec le § 28.

§ 34. Donc des liens de tout genre unissent les substantifs qui, en vertu de leur forme ou de leur sens, n'ont qu'un seul nombre, à ceux qui en ont deux, et les premiers, aussitôt qu'ils abandonnent leur sens rigoureux, se rapprochent de plus en plus de ceux-ci, pour finir par s'identifier avec eux. Or on rencontre toute une série de cas où, bien que les deux nombres soient usités, la différence de signification s'est néanmoins presque entièrement effacée. Si capilli est plus fréquent que capillus, et si en français cheveu, au lieu de *chevel, présente une forme qui prouve à l'évidence que le pluriel cheveux reste profondément fixé dans la mémoire (II, p. 38), cela se comprend facilement; il en est de même si en prov. crin et crins se trouvent côte à côte avec une signification presque identique (Flam. 3587 sqq.). Il est déjà plus étonnant qu'en latin, surtout à l'époque ancienne, cervices se dise de la nuque d'un seul animal, usage avec lequel s'accorde l'esp. las cervices de su caballo (Amadis 18 b) et le prov, las esquinas en parlant d'uN seul sanglier (Daurel 374). Cœli et cœlum, employés concurremment en latin, sont à peu près synonymes et, en roman, il n'y a pas seulement le langage biblique qui les connaisse : qu'on compare notamment le roum. ceriû, dont Vi renvoie au pluriel cert, et l'esp. huia cielos y tierra. Dans le développement de la forme et du sens de gratia, le latin joue un grand rôle, mais le lat. gratias agere n'empêche pas le singulier ital. gracia d'être aussi souvent employé

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