ALTERNATIVES
parfois encore aujourd'hui, se présente également un traitement différent des deux membres, c.-à-d. que le premier se trouve à l'impératif dans les exhortations, au subjonctif dans les cas de doute, tandis que le second se trouve à l'indicatif, le pronom étant placé avant le verbe; d'autre part, le second membre, dans les interrogations dilemmatiques, est introduit par ou se : cf. faim' enttel compaignie com doit faire frans hom, ou tu passes cek eue (R. Mont. 207, 4), 0 face bien 0 jo follei Couche- (593) rai mei o/«î (Thèbes 4467), aves les vos occis 0 jes avérai prisons? (R. Mont. 213, 22), ies tu, va, crest iens de le malvaise geste U se crois Mahomet (Élie 385), cette dernière tournure se retrouvant à toutes les époques de la langue : cf. est-ce un sujet fameux comme la terre et l'onde. Pour estre absolument cognu de tout le monde. Ou si je dois avoir le don de deviner ? (Mairet, Silvanire 114) et aujourd'hui dois-je l'intimider Ou si par la douceur il vaut mieux procéder ? (Augier, Un homme de bien II, 8). Ce passage de l'ordre ou du doute à la simple énonciation que présentent les exemples français cités en premier lieu, s'explique par le fait que, si la première alternative ne se réalise pas, la seconde apparaît à celui qui parle comme une chose tellement certaine qu'il ne recourt plus à la forme de l'ordre ou du doute; mais, en revanche, dans l'ital. 0 . . . 0 che et le franc, ou . . . ou si, Ton a affaire à un procédé intellectuel un peu plus compliqué. Le second membre est exprimé avec hésitation, indécision; il renferme quelque chose que Ton tient pour invraisemblable ou dont on ne désire pas la réalisation, et de là vient qu'en italien on lui prête la forme d'une proposition sujet ou régime sans proposition verbale exprimée, et qu'en français on le présente comme une proposition interrogative subordonnée.
Cf. A. ToBLER, Beitrâge i, 22-24 et A. Schulze, Fragesatz 137-
§ 550. Comme nous l'avons dit p. 609, les termes employés en latin pour marquer l'opposition se sont perdus presque complètement et ont été remplacés par d'autres termes dont l'un au moins, si l'on en juge par sa présence dans les textes les plus anciens et par son extension sur tout le domaine roman à
él8 CHAPITRE IV : LE GROUPE DE PROPOSITIONS § 550.
l'exception de la Roumanie, peut être considéré comme antéroman; c'est magis : en obw. mo, ital. ma, franc, mais, prov. mais, mas, esp.-port. mas. La signification de ce magis est double : il indique I'opposition et la restriction. Ces deux sens coïncident souvent et se rencontrent dès l'origine, de sorte qu'on ne peut pas déterminer avec certitude si le premier est un développement du second ou s'il s'est constitué en suivant la voie prise par toute espèce de locutions apparentées (§ 551). Quant au magis restrictif, il faut en chercher le point de départ dans les propositions négatives. Si l'on trouve p. ex. chez Dante : questa bestia, per la quai tu gride, Non lascia altriii (S94) passar per la sua via, Ma tanto lo impedisce che l'uccide (EnL i, 94), c'est que primitivement le ma a peut-être appartenu à la première proposition : « elle ne laisse plus passer personne, elle vous empêche si bien qu'elle vous tue » ; mais, plus tard, méconnaissant l'état de choses originaire, on l'a rattaché à la seconde, et dès lors on a pu dire même dans les propositions positives : a bene sperar mi era cagione Di quella fera alla gajetta pelle L'ora del tempo e la dolce stagione, Ma non si che paura non mi desse La vista che mi apparved'un leone (Enf. 1,41). Ici également l'on constate encore une certaine restriction en ce que le contenu de la première énonciation reçoit dans la seconde une atténuation; mais le rapport entre les deux propositions apparaît tout différent dans l'exemple suivant : questi non vide mai V ultima sera, Ma per la sua follia lefu si pressa Che molto poco tempo a volger era (Purg. i, 58). Ici, en effet, la seconde proposition introduit quelque chose qui se substitue au contenu de la première; aussi faut-il probablement admettre que magis s'y trouve dans le sens de « plus », « à un degré plus élevé ». Mais il peut également arriver que la première énonciation ne soit pas du tout exprimée : cf. da me non venni ; Donna scese dal ciel, per li cui preghi Delia mia compagnia costui sowenni. Ma da ch'è tuo voler che più si spieghi Di nostra condi:{ion, com^ella ê vera, Esser non puote il mio che a te si nieghiÇi, 52). Par sowenni, Dante donne la réponse ci la question de Caton. Mais alors, au lieu que Virgile s'en contente, il se déclare disposé à poursuivre son exposé et, comme son interlocuteur ne l'attend pas, il l'introduit par ma. De la sorte, ma perd naturellement une partie essentielle de sa valeur et peut
§ 550. 551- COPULATION ADVERSATIVE 619
s'employer comme particule copulative même lorsqu'il s'agit uniquement d'indiquer, sans la préciser, une modification : cf. e canterô di quel seconda regno Ove Vumano spirito sipurga E di salire al ciel diventa degno. Ma qui la morta poesi risurga (1,4) etc. Il va de soi que ce double développement du sens de magis se présente aussi dans les autres langues : ainsi p. ex. en a. -franc, il ne deit faire a clerc na iglise defeis Ne tolir rien del lur, mes mettre i pot acreis (S. Thom. 58), puis dan'!^ Alexis Vesposet bêlement^ mais de cel plait ne volsist il nient (Alexis 10 d) etc. Nous ne pouvons ici pousser plus loin l'examen de cette question ; mais il y a peut-être encore un point qui mérite une mention : c'est qu'en espagnol et en portugais le sens de remplacement obtient chez mas la préférence sur celui de restriction (tandis qu'en (59s) italien c'est plutôt le contraire qui se présente) et que partout magis ainxe à s'unir à *por hoc (§ 552), de sorte que la seconde énonciation, bien que marquant l'opposition, doit pourtant être représentée comme une conséquence de la première : cf. en ital. lo caldo sghermitor subito fue^ ma perb di levarsi era niente (Enf. 22, 142), en a. -port, elle Ihe disse ûa peça, fnas pero nom Ihe disse, ca era filho de Lançarot (Graal 23). Parfois aussi mas pero redescend ensuite au sens du simple mas : cf. en prov. anc pos lo guit^ de Deu frais, non au:(im pois Vemperador creisser de pretz^ ni de barnat; mas pero s'oimais laiss'en fat Richart, pos en sa preison es, lor esquern en faran Engles (Appel, C. 69, 27). — A ma pero correspond aussi en ital. ma pure (cf. sur pure p. 552 et 621) et en prov. pero si (Appel, C. 59, 20).
Cf. A. ToBLER, Zs. XX, 64-70.
§ 551. Le ROUMAIN suit une voie à part. A côté de la forme ^(de et, p. 610), qui n'est plus actuellement employée, c'est /ara qui est surtout en usage (ses rapports avec les autres langues ont été exposés p. 551), ensuite însà : acïastà cetate va fi cap a multe limbi, însâ eu spat a si eu vràsare de sânge (C.B. i, 356, 18 : cette ville deviendra la tête de beaucoup de peuples, mais avec l'épée et avec effusion de sang), mal nainte însà de a veni ceasul nasteriî (Basme 2, 2 : mais avant que ne vînt l'heure de la naissance), de la 0 vreme incoace însà nu {tiu ce avea cà era tot gale{ (20, mais depuis quelque temps je ne sais pas ce qu'il avait qu'il était tout
triste) etc. Il va de soi que cet însà remonte au lat. ipsa, bien qu'il semble qu'on ne doive point partir de la signification latine « même », mais de celle du roman « cela ». Dans le Cod. Vor., en effet, însà se rencontre encore employé deux fois pour exprimer simplement l'insistance : sa fie a^a cumu si eu sdntu, înnsâ fârâ de legâturile aceastiea (8i, ii : qu'il devienne comme je suis, cela sans ces liens) et nu }tiu ce mi se va tàînplâ înntr'àsu, e însà cumu duhulu sdntu priînn toate cetatile màriurise^teÇi^, 13 : je ne sais ce qui va m'arriver là même, mais cela (sais-je bien) comment le Saint-Esprit par toutes les cités rend témoignage). Par (596) conséquent, c'est seulement de l'idée d'insistance telle qu'elle apparaît clairement dans le premier exemple surtout, que s'est ensuite dégagé le sens adversatif. Une quatrième forme, qui semble originairement restreinte à la seule interrogation, est darà, plus tard aussi dar : cf. darà noao cresjinilor. cadene-se a tinea a{a sdmbàta cajidovilor (Gastev i, 24, 9 : mais à nous chrétiens convient-il de tenir ainsi le sabbat comme des Juifs?), in ce kip vâmdarà noi sàrba dumineca (16, de quelle manière observeronsnous pourtant le dimanche?), nu ■^eace se curàtirà?, darà noao unde-su (27, 10 : dix ne seraient pas guéris?, mais les neuf où sont-ils ?), puis dans l'exclamation : cum te-a^ bate ! Dar mis mânele legate (Doine 16 r, i : comme jeté battrais ! Mais les mains me sont liées) etc. Dans ce darâ, le mieux semble être de voir Jfl(p. 588) iarà. Enfin le macèd.-megl. ma, ama pourrait être le terme synonyme du grec moderne à[Ai, \)Jx, qui provient de l'a. -grec àV^. — Dans le sursilvain comme ici, un mot étranger s'est également introduit, l'allemand « aber » : cf. il grof aber quel eraordadora (Gen. 62, 94 : mais le comte il était dehors) etc.
§ 552. Mais il existe une deuxième série de particules ad versatives qui, pareillement au latin tamen, introduisent une enunciation qui se trouve en opposition avec ce qu'on est en droit d'attendre comme conséquence d'une première énonciation : en franc, tous les hommes recherchent les richesses, cependant on voit peu d'hommes riches heureux. Comme nous l'avons dit p. 609, le lat. tamen ne s'est conservé qu'en sarde ; nihilominus a persisté avec d'autres termes de négation romans dans l'ital. nondimeno, nientemeno, franc, néanmoins. Les mots qui les suppléent
§ 552. 553- COPULATION ADVERSATIVE 021
partent surtout de deux conceptions différentes : ou bien, comme c'est d'ailleurs le cas avec nihilominus, on insiste sur l'idée que la seconde énonciation s'accomplira sûrement : en ital. tuttavia, a. -franc, toutes voies, altéré dans le français moderne en toutefois, esp.-port. todavia, en ital. tiittavolta, en roum. totust (tout à fait), en esp. sin embargo, port, sem embargo (sans obstacle, cependant). Ou bien au contraire on indique, au moyen d'une locution adverbiale, le fait que la première énonciation subsiste, mais ensuite on y ajoute la seconde qui est contraire à ce qu'on attend et par laquelle l'opposition s'imprime plus fortement dans l'esprit : en franc, cependant, ital. cou tutto cio, esp. con todo esto, port, con tiido isso. En même temps, il faut encore citer l'ital. pure, ohvf. pir (aussi; voy. p. (597) 552), qui, sous une des formes les plus vagues, indique la réalisation simultanée de l'objet de la seconde énonciation. A la différence de ces particules, l'ital. perd, prov. pero, empero, esp. pero, a. -port, pero, actuellement porem (p. 469) de pro hoc, *poroca.vec dissimilation de 0-6 en e-ô (I, § 558) ou par suite de la confusion exposée p. 518 de per et de pro, marque alors réellement l'opposition, car le sens fondamental est « pour cela », « au lieu de cela » : cf. en ital. che per Veffetto de sud ma' pensieri, Fidando?ni di lui, io fossi preso E poscia morto dir non è mestieri. Perd quel che non puoi aver inteso, Udirai (Enf. 33, 16), où le sens de substitution est tout à fait manifeste, ensuite avec un sens nettement ^.àvtrszxiî : piangevan elli; ed Anselmuccio mio Disse : « Tu guardi si ! Padre, che hai ? » . Perd non lagrimai ne ripos' io Tutto quel giorno (Enf. 33, 48) etc. En provençal et dans l'Ouest, le nouvel emploi se rencontre presque exclusivement dès l'origine : cf. seulement en prov. Io reis Io près de felnia reptar . . . Pero Boeci anc no venc e pesât (Boèce 70).
§553. Une troisième classe de particules adversatives est celle qui est représentée par le lat. potius. Elles introduisent le plus souvent, après une énonciation négative, quelque chose de positif et, ce fait positif, elles le présentent comme se produisant à un degré supérieur ou pour mieux dire, en le considérant dans le temps, comme arrivant plus rapidement, par conséquent plus tôt. Ainsi nous avons en ital. an:(i, en a. -franc, ain^^.
ançois : cf. ne sui pas Dius, ains sui un bon carné (H. Bord. 1037e) et de même jusqu'à la fin du xvi^ siècle, où il est remplacé par le terme plus général mais, en prov. a«;(, anceis : non i mes foîso, an^^per eveia lo mesdren e preiso (Boèce 27), en esp. unies : yo no soy con él ni le doy à ello ayuda ; antes os desengano y declaro su maldad (Mend., Lazar. 5), en port, ante : nom ouve hi tal que podesse fallar por hûa gram peça; ante syam callados (Graal 17). En même temps, on trouve également enital. piuttosto, franc, plutôt, qui provient de la même conception, puis en roum. mai mult, qui se rattache étroitement au lat. potius. Sur le franc, non pourtant, esp. sino etc., cf. § 703.
§ 554. La SUCCESSION de deux actions se produit ou bien dans LE TEMPS ou bien dans la pensée. Le second cas peut facile- (598) ment se dégager du premier et, de fait, l'étymologie des particules en question montre que la langue tire souvent la conclusion interdite par la logique post hoc ergo propter hoc. À la succession dans la pensée se rattache ensuite de très près la conséquence, c.-à-d. la cause et le motif, lesquels conduisent aux propositions partielles; car, ainsi qu'on le verra dans un cas qui sera discuté plus tard (§ 585), leur délimitation est presque entièrement ou même entièrement effacée. Il est à remarquer qu'ici aussi le roman présente un état de choses essentiellement différent de celui du latin. Seul postea s'est conservé dans un domaine étendu ; vix et deinde n'ont laissé que de faibles traces ; ergo, igitur, ideo, propterea paraissent avoir entièrement disparu. Les mots qui les suppléent sont d'origine très diverse; la plupart sont issus de prépositions romanes combinées avec des adverbes romans; plus rarement, ils proviennent d'éléments exclusivement latins et assez souvent d'autres conjonctions par suite d'un changement de fonction. Les rapports temporels étant les plus concrets, ils peuvent prendre la première place ; la seconde sera donnée aux particules qui, après avoir exprimé la succession dans le temps, servent à l'exprimer dans la pensée ; et celles qui sont uniquement réservées à cet emploi figuré recevront la dernière place.
§ 555. Lorsqu'il y a succession dans le temps, il faut distinguer si deux actions se suivent d'une façon tout à fait
§555- 5 5 6- SUCCESSION dans le temps 623
immédiate ou si la question, après qu'un certain espace de temps s'est écoulé entre elles, est laissée en suspens. Dans le premier cas, on recourt au lat. vix, qui s'est conservé dans l'obw. ves^ dans l'a.-esp. aves, où il s'est combiné avec ady peut-être aussi dans le roum. abia. Ailleurs, *ad pœna l'a remplacé : en ital. mi venne incontra, appena mi raffi^iirà (De Marchi, Giac. id. 6), en franc, à peine avaient-ils jeté leurs lignes dans cette eau tranquille et froide, ils les relevèrent avec des poissons lourds (Loti, Pêcheur d'Islande 12), en esp. apénas salieron de la ciudad, conien^arœi à unirsele caballeros (Trueba, H. Gid iio), habian salido de Cardena, apénas despuntôel alba (44), en port, apenas chegara a Lisboa, impacientava-se com a demora em terra (Gomes de Amorim, Am. Patr. 32) ou d'autres tournures comme en esp. no avie el prior el cimbalo tanido. Un trotero del reyfo a ellos venido (Berceo, Sil. 456), wo bien comen:(ô la hueste à subir la cuesta, se oyô una gran vocerîa en los muros de Alcocer (Trueba, H. Gid 53), en port, mal 0 escaler voltou, foi Brandào, com 0 tenente Sepulveda, agradecer a visita (Gomes de Amorim, Am. Patr. 191) etc. En (599) outre, ainsi que nous l'avons montré p. 612, les deux propositions peuvent aussi être unies par et.
§ 556. Le lat. DEiNDE a pour représentant le plus direct l'a.esp. desend : entrô, al cuerpo sancto fi^p so oracion, Desend siibiô al coro (Berceo, Sil. 118); cependant il est possible que desend soit non une forme nouvelle composée de des et ende, mais une altération de deinde où la particule inintelligible de a été remplacée par une plus claire des (p. 291). Mais d'ordinaire c'est post qui se rencontre : en ital. poi, franc, puis, esp. despues, port. despois (y oy. § 557). En dehors de cela, il faut faire encore à peu près les observations suivantes. En roumain, dece, deace, deacî, plus tard decî, deacia se trouvent déjà dans les plus anciens textes : ^ipuse Pavelu mârule spre ei ; deaci veinrea duhu sdnta spriînsi (God. Vor. 3, i : et Paul posa les mains sur eux; ensuite vint le Saint-Esprit sur eux) etc., élu lu luo ^i lu duse la miia^ulu, deaci-i :(ise (51, 10 : il le prit et le conduisit au capitaine, ensuite il lui dit), où les versions postérieures ont le simple {i. Ici encore, ainsi qu'il arrive si souvent, la valeur temporelle a eu pour point de départ le sens locatif : deace se décompose en de
ace (d'ici, delà). — En sursilvain, la particule usitée est suenter, issu de sequenter : ad ha faig talmein gesligiar che il saung plueva ord la cam. Suenter ha el faig vestgir de purpur (Barlaam 269, 14 : et il l'a fait tellement fouetter que le sang pleuvait hors de la chair. Ensuite il l'a fait vêtir de pourpre) ; on a de même en eng. suvainter. — En italien, à côté àt poi etc., il faut également citer appresso : poi usa fuor per loforo d'un sasso, E pose me in su Vorlo a sedere; Appresso porse a me Vaccorto passa (Enf. 34, 87) ou indi, quindi : dissemi : qui con più di mille giaccio . . . Indi sascose (10, 121), Mn . . . mi disse . . . quindi siorse la boccaÇij, 74). Le français présente dans les premiers temps plusieurs particules qui paraissent être absolument synonymes : cf. trois pis le dist, lors s'a pasmé Ains quun seul mot nëust parlé. Apres s' assist li damoisel Desor la pierre del tomblcl. Durement commence a plorer, Pois en plorant prist a parler (FI. Bl. 713), puis ensuite (dans la suite) : il s'agit premièrement de pourvoir au nécessaire, et puis au superflu ; ensuite viennent les délices (J. J. Rous- (600) seau, L.). Enfin il faut mentionner comme la particule la plus faible, laquelle perd souvent tout à fait le sens temporel et n'indique plus que la copulation, l'ital. ora, franc, or, maintenant.
§ 557. Post n'a en latin d'autre emploi que celui de préposition ou d'adverbe : post quinque dies, quinque diehus post ; comme conjonction, c'est postea que Ton a. Mais en roman, et cela déjà à l'époque préhistorique, donc pour mieux dire en latin postclassique,^o^/ a pris aussi la place depostea, ce qui doit peut-être s'expliquer de la manière suivante. À l'origine, on distinguait entre post festum et post adventum, de même qu'entre ^oj/m ou plutôt en latin vulgaire postja venit et postÇea) evenit, post{ea^ intravit, postj advenit. L'identité de forme dans la plupart des cas où les deux termes étaient antévocaliques et la parenté de sens déterminèrent alors une confusion enlïQpost ti postea et ensuite une simplification des différentes formes, laquelle se produisit comme suit. La Roumanie, la Rhétie et l'ItaUe en restèrent d.pos : en roum. pot, obw. pia, eng. pôia, ital. poi. C'est àe postj que dérivent le franc. puis, probablement aussi l'esp. pues, port, pois, de postea enfin l'ital. pûscia. Quant au sarde pustis, on ne saurait pas dire avec
§557- COPULATION AVEC post 62$
certitude s'il remonte d.post ou àpostj ou àpostja, parce que / peut être issu de ii(l, § 509) et que -is est en tout cas d'origine ultérieure. En ce qui concerne l'emploi, il est à remarquer que l'ital. poscia, conformément à son origine, introduit une action dont l'accomplissement est postérieur à une autre : io mi ragginnsi con la scoria mia; Poscia coii pochi passi divenimvio Là ove uno scoglio délia ripa uscia (Enf. 18, 67) et que ce sens, et celui-là seul, s'est conservé jusqu'aujourd'hui. Il n'en est pas de même avec poi, puis etc. Certes, ici aussi l'emploi temporel est la fonction originaire et s'est maintenu partout ; mais en même temps l'on rencontre aussi, dans une proportion tantôt plus, tantôt moins étendue, l'emploi figuré. En roumain, apoî se présente presque uniquement pour unir des propositions interrogatives : efi nu pociû ceti runuineste. Cum! apoî dar ce înveû ta (je ne puis pas lire en roumain. Comment ? Mais alors, qu'apprends-tu?), /oj/ ail eu drum de fier ? Ei apoî ce mai :(icetî ? (ont-ils été avec le chemin de fer ? Eh bien, qu'en disent-ils ?), mais aussi avec des énonciatives : nu poate se vie ? apoî atuncî nioîu duce eu la dinsul (il ne peut pas venir ? Eh bien, alors je me rendrai chez lui). — Le sursilvain^/, pia conserve à peine encore l'ancienne valeur tem- (601) porelle : cf. au xviii* siècle ei han era dau a nus pelagrins ina da quellas candeilas et pi hanfaig ira nus en la processiun (Whài 157, I : ils ont aussi donné à nous pèlerins un de ces cierges et puis nous ont fait aller dans la procession) ; plus souvent il a une valeur conclusive « donc » : neschin pia bucca tutti ils uniens sauns (Barlaam 263, 10 : tous les hommes ne naissent-ils donc pas sains?), Giosafat pia, essend de quindisch ans veglsy voleva pli bein ad in de quels giuvens che a tutts ilsauters Ç260, 35 : J. donc, étant âgé de quinze ans, aimait mieux un de ces jeunes gens que tous les autres), où pia descend encore davantage au rang d'adverbe presque purement copulatif. — Tandis que l'ital. mod. ^0/, franc. puis ne donne lieu à aucune observation, I'a.-ital. poi, prov. pus, ESP. pues, PORT, pois présente un changement de fonction très étendu. C'est ainsi qu'on le trouve pour introduire une énonciation dont l'accomplissement en précède une autre, par conséquent dans le sens de poichè : cf. en ital. poi giumi fummo air angel benedetto. Cou liela voce disse (Purg. 15, 34) et avec une valeur causale pregollo che, poi verso Toscana andava,
Meyer-LUbke, Grammaire III. 40
^li piacesse d'essere in sua compagnia (Bocc, Dec. 2, 3) etc., de même en prov, e pus lo temps si inelhura, elh s' an lor joya conquisa (Appel, C. 14, 6), quai d'aquels deu amar enan donna, pos la destreinh amor (95, 8), puis également ici pour marquer le même rapport causai : e pueis vei que ta volontatz^ es que ' t vols tan ab me conbatre, si ' t puesc de ton caval abatre, laisar m'as al pueis dormir (3, 247), e pus enjoy vuelh revertir, ben dey, si puesc, al miel hs anarÇii, 3) etc. ou bien, reprenant sa valeur temporelle, il introduit un événement depuis l'accomplissement duquel un second s'est produit : anc tan volentiers non anei E negun loc, pos mi nasquei (Flam. 262) etc. Voici quel pourrait avoir été l'état de choses primitif : quand la proposition introduite par pos vient en second lieu, c'est que le pos appartenait originairement à la première proposition et que la seconde s'y juxtaposait simplement sans particule de liaison. Et de la même manière les propositions commençant par e pos contiennent tout d'abord quelque chose qui, par comparaison avec ce qu'on a dit précédemment, paraît en être la suite, mais à quoi en même temps on ajoute encore une seconde conséquence temporelle ou logique. En espagnol, pues apparaît d'abord avec un sens purement déductif, mais qui s'est fortement affaibli : con eso seguro pues dijo el primero (Nov. ej. 58), dias ha que no le he visto, y no lo hace bien; pues à fe que si no se enmienda, que yo (602) ledeshago la corona (113) ou bien aussi comme en provençal : socorreme, pues por tantas vias te tengo obligado (Nov. ej. 257); il en est de même en portugais, où un exemple à l'appui du second emploi peut suffire : e pois entrarom no campo, dise Boor^ a Gallaa^ (Graal 73).
Cf. là-dessus A. Tobler, Zs. XX, 66.
§ 558. DuNC (§ 486) a suivi les mêmes voies que post. Originairement temporel, il a, en italien et en français, délaissé complètement cette ancienne signification pour devenir purement déductif. Chez Dante, adunque est encore temporel : rispose adunque (Enf. 23, 133; 33, 118: il répondit ensuite); mais déjà l'interprétation de facemmo adunque più lungo viaggio (31, 82) reste douteuse, et ^^r lo suo amore adunque a noi ti piega (Purg. i, 82) exprime purement la conséquence. Mais le
§ 55^- 559- COPULATION AVEC dune 627
simple dunque peut tout au plus occuper une place à l'intérieur de la proposition : cf. e l maestro tnio volse lafaccia : Domanda, disse, ancor. . . Lo duca dunque : Or di (Enf. 22, 61); sinon, il se joint surtout aux interrogations et aux exhortations (cf. p. 581 et 588). Plus tard, la langue continue à présenter l'emploi déductif : io non poteva essere ad un tempo vassallo et autore; io dunque prescelsi di essere autore (Alfieri, Vita 4, 6). Il en est de même en français à partir du xvi^ siècle : le premier donques que il desfeit, fut un voleur nommé Per iphetes (Amyot, Thés. 10) et de nos jours vous ave^^ fait une faute, il faut donc la réparer ou je pense, donc Dieu existe (La Bruyère, L.) pour introduire une conséquence directement logique. D'une manière analogue, le provençal emploie doncx : per dieu, so ditx^ lo corns, ara doncx 0 veiret^ (Appel, C. 7, 292), e ' l malautes que soven recaliva, garis moût greu, ans mor, si sos mais dures ; doncs sui eu nurrtz^, s'enaissi ' m renavela aquest de-^irs (24, 21), tandis que le correspondant espagnol luego, port, logo, bien qu'il s'écarte par la forme des mots cités, a cependant subi, conformément à son origine (p. 470), la même modification de sens.
§ 559. Pour indiquer le motif, les Romains recouraient au locatif zW^, auquel correspond l'ital. quindi, mais plus souvent, pour le motif comme pour la cause, on se sert en roman de la préposition pro (p. 519) et l'on rappelle au moyen d'un (603) démonstratif la proposition qui donne lieu à la seconde énonciation. Ainsi l'ital. perà (pour cela) est tout à fait courant, surtout dans les premiers temps : quinci non passa mai anima buo)ta E perd se Caron di te si lagna Ben puoi saper omai che il suo dir suona (Enf. 2, 127) etc., mais plus tard, peut-être à cause de l'autre ^^r()(p. 597), il recule devant /)é;r c/ô et per tanto. Parfois per lo che aussi s'emploie de même : non fu andato due passi che s' avidde, colando Gian Simone tuttavia, che egli doveva aver piene le cal^e ; perlochè rivoltosegli disse (Lasca 146, 16), ce qui est donc précisément une copulation relative. Le vieux FRANÇAIS aussi connaît poro : e poro fu presentede Maximiien (Eul. Il) etpor ceo : mult suventes feix mordreie e a plusurs riens mesfereie, que mis sires vuelt guarantir, por ceo me fait lié tenir (M. France, Fables 26, 27), en franc, mod. pourtant, pour
cela et sous une forme plus explicite cest pourquoi à la place de la locution plus ancienne par coi, qui est usitée au xvi^ siècle, et cest pour cela que, où l'on retrouve donc encore la forme des propositions partielles. Le provençal a pour correspondant^^r so: anc vos autres non dema?idet:( veniansa de la mia mort, per so siat:( a mal w^j (Appel, C. 74, 28). Enfin l'a. -esp. poro indique manifestement le motif : melistet iras el escano de myo Cid el Campeador, poro menos vales oy (Cid 3332); il est aujourd'hui remplacé Tparporeso et, pour indiquer plutôt la cause, par por tanto; il en est de même en port, porem, por isto,por tanto. Nous avons une forme isolée dans l'a. -franc. gier{e)s : gierres sen:( achaisuri justifiai le mien cuer e lavai entre les nunnuisau/^ les meies mains (P. O. 72, 13), giers mult devons eslre sonious, ke pau ne soit de no:{ biens (Job 305, i) etc., généralement employé pour traduire ergo et où l'on doit peut-être voir de ea re. Tous ces termes, conformément à leur signification première, expriment clairement le rapport des deux propositions entre elles; mais alors il peut également arriver qu'un simple mot indiquant qu'il y a équivalence entre la première et la seconde énonciation, suffise à marquer un rapport de conséquence. C'est notamment le cas pour le franc, aussi : ces étoffes sont belles, aussi coûtent-elles beaucoup et pour la forme correspondante en esp. asl.
Pour les § 544-5 59, '^^- ^' Wehrmann, Beitràge ^iir Lehre von den Partikeln der Beiordnung im Franiôsischen, Rom. Stud. V, 383-444 et E. Floger, Die Partikeln tilt Jîllothringischen, Diss. Halle 1890; (604) ce dernier travail renferme aussi des matériaux pour le paragraphe qui
va suivre. Quant à Vâ.-franç. gier(e)s, H. Suchier, Zs. I, 131, le dérive de de ha re, ce qui est naturellement tout aussi possible, saut qu'il présuppose une forme latine qui n'est pas absolument certaine, *ha au lieu de bac. L'interprétation de J. Cornu, qui le tire de igitiir (Rom. X, 399), soulève de grosses difficultés phonétiques, et de plus on ne doit pas négliger sans plus le fait que igilur se rencontre à peine et gier(e)s presque toujours au début de la proposition, que par conséquent igitnr est atone qX gieiie')s tonique.
§ 560. Le ROUMAIN dispose à son tour d'une particule qui lui est propre, de, laquelle doit à l'origine avoir exprimé tout à fait la conséquence, bien qu'on puisse aussi la traduire fréquemment par « et ». A ce point de vue, une comparaison entre le Cod. Vor. et les versions postérieures de 1648 et 1688
§560. LE de ROUMAIN 629
est très instructive en ce que deux verbes de l'ancien texte unis par de sont le plus souvent remplacés dans les plus récents par un gérondif : cf. au:(i suta^ul ^i se apropiè càtrà miiasu de spuse (44, 7 : le capitaine l'entendit et s'approcha du colonel et dit), mais en 1688 : ^i auxindû sutasulû mergîndu spuse miiea^uhd; deaci {i adesu tremitea de bàsàduiia eu rusulu (64 , 5 : c'est pourquoi aussi souvent il l'envoyait et s'entretenait avec lui), en 1688 : pentru aceaîea {i mai adease pe élu chemîndulu gràiiea eu élu; {i sedeluîngâ de et, de-{i alease ucenicit (3, 12 : et il s'éloigna d'eux et il en écarta les disciples), en 1648 : depàrtândusi delà ei despàrti pre ucenici etc. Dans la suite aussi, de présente le même sens : cf. atunce aduse Dumnexeu càtrà Adam toate vitele {i toaie fierile . . . de se înclnnarà lui Adam (C. B. i, 346, 25 -.alors Dieu conduisit à Adam tous les animaux et toutes les bêtes sauvages, et ils s'inclinèrent devant Adam), ^i se atinse ^iditoriul càtrà coastele lui {i luo os de-i feace 50/(346, 31 : et le créateur lui toucha les côtes et lui prit un os et lui fit une compagne), a {aptea Z} odihni de toate, }i le puse leage lor de le xicc (36, au septième jour il se reposa de tout et leur imposa leur loi et leur dit) etc. Aujourd'hui, de se rencontre surtout pour unir deux impératifs comme dans du-te la mândrà de-î spune (Doine 21, 2 : va trouver la bien-aimée et lui dis), tu ràmài de mi spalà haine (617, 2 : toi, reste en arrière et me lave les vêtements), // vin la noî de me cere (108, 6 : viens chez nous et demande-moi), da ' ndràzne^te de gràe^te (loi, 3 : prends courage et parle) et alors dans les propositions énonciatives pour exprimer bien nettement la conséquence « de sorte que» : eapa (605) era albà, avea càpâstrul aurit si împodobit eu piètre nestemate de lamina ca soarele (Basme 76, 32 : la jument était blanche, avait le licou d'or et orné de pierres inestimables de sorte qu'il brillait comme le soleil). Cf. encore sur de marquant le but § 589 et la condition § 644.
D'après H. Schuchardt, Litbl. 1892, p. 204, dans des cas comme veni vreame de nàscu pruncul (il vint le temps où naquit l'enfant), am voit de 0 am fâcut de isnoavà (j'ai voulu le faire de nouveau), de serait un mélange du lat. de et du slave méridional da avec le sens de ce dernier «que» ; cependant on ne voit pas bien comment ce mélange a dû se produire. L'emploi du lat. de ne se justifierait que dans les cas où la première proposition renferme une locution verbale composée
d'un verbe et d'un nom ; or ces cas ne sont guère assez nombreux pour avoir pu déterminer une transformation de sens aussi surprenante; de plus, on devrait bien rencontrer encore quelque part le slave méridional da, qui au point de vue phonétique n'est d'ailleurs pas très rapproché de de. Pour le sens, on admettrait plutôt le xuxcdeÇtx, aussi) qui, d'après G. Meyer (Alb. Wb., s. v. hè), doit être également la source de l'alb. e^e, Ze. Enfin il n'est pas impossible que la particule albanaise ait des rapports avec le sanscr. ha, le grec ys, le slave \e et les autres formes que cite encore B. Delbrûck (cf. Syntax II, 498 sqq.), qu'ensuite donc le roum. de soit un emprunt à l'albanais ou une survivance du thrace-dacique.
§ 561. Quand des propositions copulées ont en commun CERTAINS MEMBRES, il suffit souvcnt de formuler ceux-ci une seule fois. Tout d'abord la chose se comprend d'elle-même avec un sujet ou un régime nominal, et pas n'est besoin d'en donner des exemples. Mais la façon dont se comporte le sujet pronominal en FRANÇAIS mérite peut-être quelque attention. Quand il y a copulation par et, la grammaire moderne recommande de répéter toujours le pronom de la i" et de la 2^ personne, et de ne le faire pour celui de la troisième qu'au cas où les deux verbes se trouvent à des temps différents. Mais l'ancienne langue en dispose beaucoup plus librement; elle dédaigne la répétition avec et, si, ou, ainx, mais elle en connaît l'emploi avec mais : que tu preignes la croix et sequeures la terre d'outremer (Villeh.38), nos ne venimes miepor vos mal faire, ain:(venimes por vos garder (146), mais;V sui vial/^ hom etfehles, et avroie mestier de repos et maaignie^ sui de mon cors, mais je voi que (Villeh. 65) et chez Molière encore on \\t je vais et vous (606) dirai (Et. 557), je suis devenu là-dessus savant à mes dépens et connois le style des nobles (G. Dand. i). Avec un régime pronominal, la règle est de n'employer qu'une seule fois le pronom lorsqu'il précède le premier verbe ou qu'il suit le second : ainsi p. ex. en a. -ïranç. forment les aime et honore et tient chiers (Jourd. 293 1), franc, mod. // les traite et gouverne à sa fantaisie (Molière, Et. 452), ce qui toutefois n'est plus permis de nos jours; en prov. per la ma ' l prcn efai seser elfenestral (Flam. 827) et en espagnol même avec un régime nominal : el espada tomo e recihio (Cid 3198). Mais, à côté de la non-répétition, il va de soi que la répétition est permise, et que même c'est l'usage habituel