PROPOSITIONS-SUJETS
il pas, chère, de la peine que tu me laisses ainsi au village avec le cœur déchiré?), nu tî-ar fi, bade, rumine Sa te last acum de mine (527, 14 : ne te serait-ce pas, chère, une honte si tu t'éloignais ainsi de moi ?), trebue^te sa vie (il faut qu'il vienne), e timp sa îmblâm (il est temps que nous allions). Sans doute, dans les deux premiers cas, le sa pourrait facilement s'expliquer par^ï, et les autres seraient alors des tournures imitées de celleslà; mais cependant, si l'on considère ce qui se passe avec les propositions-régimes (§ 575), on doit préférer une autre explication. Dans des exemples avec câ comme si mi-e friçà cà s'o pierde (Doine 118, 3 : et j'ai peur qu'il ne se perde), il s'agit évidemment d'une assimilation aux verbes transitifs a teame (craindre) et autr. sembl. ; en outre, pàrea (paraître) : parcà (il paraît que) suit des analogies semblables. — On trouve donc alors des propositions-sujets après tous les verbes et locutions (618) signalés aux § 100 et § 337 sq., en outre après potest en roumain : poale sa vine (peut-être qu'il vient), en espagnol : usted puede que no sea viejo (Caballero, Cuentos 46), après peut-être : peut-être quil viendra, bien que cependant la simple juxtaposition soit plus souvent employée (p. 600), après les indications de temps comme en franc, il y a longtemps, esp. tiempo ha, port. ha muito que etc., puis aussi en ital. sono tre giorni che non ti ho veduto. C'est seulement en apparence que la règle qui veut que la proposition verbale n'ait pas de sujet, est violée dans des cas comme Tesp. semejaron que er an palabras afirmadas (Appoll. 179; cf. en ital. Stella Martini con la sua scialba e floscia fisonomia, che le lacrime antiche parevano avessero vuotata (Serao, Add. Am. 68), car ici nous avons évidemment une attraction exercée par le second verbe.
§ 571. En français, les propositions-sujets ont une importance particulière. Il faut d'abord y noter qu'on peut annoncer la proposition partielle au moyen du pronom démonstratif, et alors ou bien ce pronom occupe la place du sujet, c.-à-d. qu'il se met avant le verbe, ou bien il précède immédiatement la proposition partielle, c.-à-d. qu'il est plutôt déterminatif : cf. pour ce dernier cas moût lor est bel, cui quil anuit. Ce quil s'en vont en Nor mendie (Escoufle 4054), ni a un seul cui moût ne plaise Ce que H rois faisait del conte (666), moût
H greva voir, ce cuit, Ce qu'il aloit seuls (G. Dole 909) etc., pour le premier ço est grant merveille que pitiet ne t'en prist (Alexis 88), ço lor est vis que tiengent Deti medistne (108), ço peiset mei que ma fin tant demoret (92) et de même encore en franc, mod. c'est dommage que vous n'ayez^ point appris cela plus tôt. Ce cas se présente alors notamment quand le verbe être a le sens pregnant de « il se trouve », « il arrive » et qu'on y ajoute, en l'introduisant sous la forme predicative ou au moyen d'une préposition, un terme sur lequel on veut attirer spécialement l'attention. Ainsi, au lieu de je parle à vous, on peut dire c'est à vous que je parle. L'emploi de cette tournure est encore plus étendu dans l'interrogation que dans renonciation : on dit en effet aujourd'hui beaucoup plus souvent est-ce que vous parte:(^ (\\1Q partex-vous , ou dans une énonciation explicative : si je ne vais plus chcT^ vous, c'est que je crains de rencontrer voire cousin. Quant (619) à l'époque où remontent ces façons de s'exprimer, on en rencontre déjà des exemples au moyen âge : cf. c'est sa merci qu'il nos consent V honor (Alexis 73 d), sire, est ce ore en mauvais usage Que je m'emploie (M. N. D. 11, 56) et ils sont particulièrement fréquents et anciens dans les interrogations circonstancielles : e cument est ce dune que Adonias règne e reis se fait (IV Livr. 222), où est a de toute évidence le sens de « arriver, se faire ». Voici un ancien exemple provençal : es que non sere:( gelas (Flam. 875). Peu à peu, ce c'est, est-ce devient une particule invariable. Le rapport entre être et le terme à faire ressortir étant exprimé sous la forme exigée par le verbe de la proposition-sujet, ainsi c'est contre le socialisme qu'on a voté cette loi, c'est de l'empereur qu'il a parlé etc., déjà ce fait atteste une certaine atténuation de la signification de la proposition verbale; mais sa nature particulaire apparaît en toute évidence dans les cas où l'exactitude de l'expression exigerait c'était : cf. jolis, ses livres! S'imaginaitil, par hasard, qu'ils lui avaient valu l'Académie ? Mais c'est à elle seule qu'il le devait, son habit vert (Daudet, Immortel 374), l'étrange petite créature entrait dans les fureurs. Est-ce que ça n'allait pas finir? (Daudet, Numa R. 1 14) etc. — La plupart des propositions interrogatives commençant ainsi par est-ce que, il peut alors résulter en outre de ce fait que l'on considère que comme un élément essentiel de toute interrogation, et de là viennent
§ 57i-~573 FR AtiÇAis est-œ, c est que 645
ensuite les tournures dialectales pourquoi donc que t'y mets une cage d'osier au museau de ion veau (Huysmans, En Rade 97), je compte coucher à l'étable, quoique t'en dis (9^5 Ç"'^* ^^'^^ ^ à faire (96) etc. — Jusqu'à quel point trouve- t-on ailleurs pareil phénomène? C'est une question qu'il reste encore à étudier; à la tournure franc, oiï est-ce que correspond exactement le sic. unnè chi l'aviti a niettiri (Fiabe 138 : où est-ce que vous devez la mettre?). Cf. encore § 632.
Sur est-ce, c'est que, cf. A. Tobler, Beitràge 2, 6-14.
§ 572. L'espagnol aussi donne lieu à certaines observations. Quand le contenu de la proposition-sujet se rapporte à quelque chose qui est déjà connu, qui vient d'être énoncé, on peut alors attirer là-dessus l'attention par l'emploi de lo ou aquello, mais en ce cas la proposition-sujet ne s'attache pas immédiatement à ce pronom; on l'y joint plutôt au moyen de de : cf. no esta muy conforme con la ver dad todo aquello de que el viejo rabadan no puede ya con sus huesos, ni baila, ni corre (J. Valera, (620) Com. Mend. 53), por amor de Bios que no se le escape A Listed lo de que D. Carlos esta enamorado de mi amiga y lo de que ella es Clori (54). Évidemment, nous avons ici une assimilation à la construction étudiée au § 258, c.-à-d. que la proposition introduite par que est traitée exactement comme un substantif. — L'espagnol peut ensuite, avec plus de facilité peut-être que les autres langues, remplacer un sujet quelconque par toute une proposition : il assimile donc aussi dans ce cas à un substantif la proposition introduite par que ; mais il le montre en introduisant cette proposition au moyen de l'article masculin : cf. en la mente imparcial y filosôfica del bermejino se presentaba como un contrasentido espantoso el que su gobierno tratase de afogar en sangre aquella rebelion (J. Valera, Com. Mend. 23) et el que le gustan los versos non se opone à que puedan gustarle los poetas(jy2).
Sur l'a.-ital. con ciô sia cosa che, qui au fond est aussi la proposition verbale dont dépend une proposition-sujet, cf. § 588.
b. Les Propositions-Régimes
§ 573. Aux différentes espèces de régimes correspondent différentes espèces de propositions-régimes, qui jusqu'à un certain
point se distinguent les unes des autres dans la forme de la même manière que les régimes; il est vrai toutefois qu'il se manifeste une tendance tantôt plus, tantôt moins clairement exprimée à opposer aux régimes prépositionnels, au lieu de propositions prépositionnelles, des propositions simples. Ici comme avec les propositions-sujets, le latin se sert aussi tantôt des constructions infinitives, tantôt des propositions introduites par ut et par quod : volo venire, sentit animus se moveri, Orpheum poetam docet Aristoteles nunquam fuisse (Cicéron, Nat. Deor. i, 107), Orgetorix, Casticus et Dumnorix totius Galliae sese poiiri posse sperant (César, Bell. Gall, i, 3), salvum te advenire gaudeo etc. à côté de gatideo quod te interpellavi et ut domi meae te adservarem rogasti (Cicéron, Cat. i, 19), volo ut mihi respondeas (Cicéron, Vat. 17), vos monco ut for ti anima sitis (Salluste, Cat. 58, 8) etc. Vis-à-vis du latin, le roman présente une diminution considérable dans l'emploi de l'infinitif et, au lieu de la double (621) série de propositions avec quod et ut, la seule conjonction que, au Sud de l'Italie ca; il n'y a que le roumain qui ait sa et cà. Le point de départ de ca doit naturellement être cherché dans son emploi avec les verbes qui expriment un mouvement de l'âme : « je me réjouis de ce que tu viens »; cf. § 365 et § 570. Le même phénomène paraît de nouveau s'accomplir actuellement en calabrais dans une proportion qui n'est pas encore exactement établie : cf. ti pregu pemmi mi insini (Cant, regg. 290 : je te prie que tu m'enseignes) et il se manifeste aussi avec car dans une mesure restreinte en vieux français et en provençal (voy. § 585). Nous avons dans como une nouvelle conjonction, qui d'ailleurs n'étend pas non plus beaucoup son domaine. Nous devons maintenant examiner avant tout le rapport de ces différentes tournures entre elles; puis nous étudierons la forme des propositions-régimes prépositionnelles.
§ 574. Ainsi que nous l'avons déjà dit p. 427, l'infinitif est^ employé seul avec les verbes pouvoir, devoir, oser, avoir COUTUME et, quand les deux verbes ont le même sujet, avec vouloir. Le roumain prend une place à part. Dès les tout premiers temps déjà, votû avec l'infinitif n'y est plus employé que dans le rôle de futur (p. 355); avec putea, il y a hésitation