PROPOSITIONS DE BUT
car son de, qui est à l'origine purement copulatif (p. 628), renferme le plus souvent en soi pour les Roumains d'aujourd'hui l'idée d'intention, alors même que le mode employé est l'indicatif. Dans les autres langues, on trouve, plus souvent à l'époque ancienne qu'aujourd'hui, des exemples comme l'ital. (641) che non H fat insegnare quello incantesimo che tu possa far cavalla di me (Bocc, Dec. 9, 10), giiardava dintorno dove porre si potesse, che a dosso non gli nevicasse (2, 2), l'a. -franc, si m'oci, que ces vassals ne rnocient (IV Livr. 118), la nuit vois entur la maisun. Que ni aprisment H larrnn (M. France, Fabl. 26, 32), le franc, mod. approche:^, que je vous parle, le prov. per la cam renovellar que no puesca envelle^^ir (Appel, C. 11, 35), l'esp. guardanos de mal colpe e de mala caida Que las aimas encabo ayan buena essida (Berceo, Mil. 911).
§ 590. Un deuxième groupe de langues recourt à quomodo, c.-à-d. donc qu'il exprime la manière dont une action doit arriver. Ainsi l'on trouve dans le plus ancien roumain : voao làsâ obra^u, cumu se slediti urmeloru lui (Cod. Vor, 149, 13 : il vous laissa un modèle pour que vous suiviez ses traces), adunatîva întruna cum sa spui voao aceiace va veni (Gaster i, 35, 17 : réunissez- vous afin que je vous dise ce qui va arriver); par conséquent, le ca sa qui le remplace plus tard et qui est seul en usage aujourd'hui vient probablement de qtiam. Si en même temps on rencontre aussi le simple sa : duce-mà-voïu ïaràsî ïntraltà cetate, sa propovoduesc cuvântul lui Hs si sa spuîu lor cà pàgâni-su, cum sa botea^à (C. B. 2, 151 : je veux m'en aller de nouveau dans une autre cité, pour annoncer la parole de Dieu et pour leur dire qu'ils sont des païens, qu'ils se fassent baptiser), sa mi dea ajutor, ca sa fac aripi sa sbor, si sa sbor la Cîmpul lung, Sa mâninc carne de Turc (Cânt. Mold. 286 : qu'il me donne aide pour que je fasse des ailes pour voler, et que je vole vers Cimpulung pour que je mange de la chair de Turc), on pourra peut-être voir là une simple juxtaposition. Dans un tout autre domaine encore, en catalan et en espagnol, corn et como s'emploient pour marquer le but : cf. en esp. el le darîa lugar y tiempo como à sus solas pudiese hablar à Camila (D. Quich. i, 33), tournure aujourd'hui peu en usage, mais autre-
fois plus fréquente : armas levaba rreales El su cuerpo bien guarnido Con palomas las sennales, Commo fuese conoscido (A. O. 1755) etc.
§ 591. Enfin, comme formations complètement nouvelles, il faut encore citer certaines locutions prépositionnelles, en partie aussi adverbiales, qui correspondent aux tournures dont il (642) a été question p. 516 sqq., p. ex. en ronm.. pentru ca : sa giuruirà totî boiariî sà-{ gîunge cale un fecïor sa înalte jertve boT^ilor, pentru ca sa întàreascà cuvântul {i pohta împàràteascà (Gaster i , 67, 9 : et tous les boïards jurèrent qu'il arrivât un fils de chacun et qu'il offrît un sacrifice aux idoles, pour que se confirmât l'ordre et le désir de l'empereur), en macéd. ta s ou ira s : cf. mine nu n vin tri sedeare, ma skoatets nveasta ta s u mesku (Weigand, Arom. 61, 32 : je ne vins pas pour m'asseoir, mais allez chercher la fiancée pour que je lui fasse des présents), en obw. per quel che et aussi sin aquei que, ce dernier étant une traduction évidente de l'allemand « auf dass » : cf. aber ei temeien igl pievel a schenan bucca silla fiasia, per quel ch'ei vegnig bucca en ufrilr denter igl pievel (Alig 6 : mais ils craignaient le peuple et disaient non pour la fête, pour qu'il ne vînt pas un tumulte dans le peuple), en ital. perché à côté de perocchê et percio che, où per remplace l'ancien pro, acciô che, affinchè, en a. -franc, pour que et pour ço que : C^i':^^ meismes montât en ciel ki en descendit pour ceu k'il tot a fait aemplisset (S. Bern. 4, 30) et aussi a ceu que : ne venrat il mais a ceu qu'il reliecet (46, 30), enfin la locution généralement employée aujourd'hui afin que, en prov. per que et per tal que : qui-s pessera que-s tondes Guillems per tal que dompnejes (Flam. 3816), en esp. à fin que, à que, ensuite para que et por que et aussi en prov., a. -esp. poiamor que : por amor que creades que vos digo verdad, quiero vos dar â esto una auctoridad (Bevceo, Sil. 261), en port, paraque, por que etc.
e. Les Propositions de Temps
§ 592. Avec la proposition comme avec le complément adverbial (p. 512), on peut distinguer entre le moment passager et l'espace de temps ou la durée; toutefois cette distinc-
§592- Qiiando temporel 669
tion n'est pas toujours rigoureusement observée, attendu que les conjonctions de moment passager renferment aussi très souvent en soi le sens de durée. Bien autrement importante est la différence des rapports respectifs de temps entre proposition verbale et proposition partielle : à l'égard de la première, la seconde peut se trouver dans un rapport de simultanéité ou du moins de succession immédiate, ou bien elle peut lui succéder ou la précéder dans le temps. Ici aussi nous voyons qu'une des conjonctions les plus importantes, cuniy a totalement disparu et que, parmi les formations nouvelles, appa- (643) raissent en partie des conjonctions primitivement locatives, en partie et dans une large mesure des adverbes relatifs.
§ 593. À la place de cum s'est introduit comme conjonction générale quando, qui possède ordinairement en latin, comme conjonction copulative de propositions, une signification causale, mais qui cependant à l'époque classique déjà commence à pénétrer dans la sphère de cum et bientôt étend si largement son domaine qu'il acquiert en roman l'emploi le plus général. Il indique le moment passager aussi bien que l'espace de temps, la simultanéité, le passé et l'avenir : cf. en franc, je sens ce que je perds quand je vois ce qu'il vaut (Corneille, Cid 4, 2), quand on voyage de Saint-Didier à Mayence, on dit : c'est le cardinal de Fleury qui a donné toutes ces terres à la France; quand je revins à moi, il était nuit; quand il était au pouvoir, tout allait bien; j'irai vous voir quafui je pourrai etc. Il n'en est pas autrement dans les langues-sœurs, pour lesquelles il est superflu de citer des exemples. En provençal, comme dans l'interrogation (p. 573), à côté de quand se présente quora : quora ' m vi, fon privada (Appel, C. 14, 39) et dans les Grisons, notamment dans rObwald, le quand ancien a été complètement éliminé par la forme nouvelle, qui est souvent encore unie à que : cf. p. 636 et en eng. cur gnit si' ur'estrema, Als sieus el tuot laschet (Caderas, N. R. 76 : quand vint son heure extrême, aux siens il laissa tout), cur our d'el bavaiva Glilschiva di fô sieu ogl (ibid. : chaque fois qu'il en. buvait, son œil brillait de feu), où la répétition est naturellement exprimée, non par la conjonction, mais par le temps du verbe.
6jO CHAPITRE IV : LE GROUPE DE PROPOSITIONS § 594.
§ 594. À côté de quando se présente quomodo, dans lequel en latin postclassique déjà l'idée de similitude s'était développée en celle de simultanéité et de plus en celle de succession immédiate, ce qui permet ensuite à como d'indiquer en somme d'une façon presque aussi générale que quando des rapports de temps. Le mot se rencontre sous deux formes, como etc. et co, cette dernière en frioulan, vénitien et provençal : cf. en frioul. ko tu venarâs (aussitôt que tu viendras), ko te viod (quand je te vois) etc., en vén. no ve ama le doue tanto che co le ve aide le se cava el cor e si vel dona (Calmo 96 : les dames ne vous aiment pas tant que, lorsqu'elles vous entendent, elles s'arrachent le (644) cœur et vous le donnent), ma co no se puol adimpir i so' apetiti, se revolve el pensier en madona patientia (93 : mais, quand on ne peut contenter ses appétits, on tourne sa pensée vers dame patience) etc., en prov. co : qo venc Judas a nostre Seinor, demandet li don venia (Appel, C. 1 16, 61) etc. A côté de co, Ton a donc en ROUMAIN cuniy souvent assimilé à când : cum sa leagànà iarba Când 0 taie eu coasa, cum 0 taie pica jos, ^i cum pica îngàlbene^te (Doine 188, 3 : comme balance l'herbe quand on la coupe avec la faux; quand on la coupe, elle tombe à terre, et quand elle est tombée, elle jaunit) etc. Même emploi pour corne en italien : corne libero fui da tutte quante quell' ombre, io cominciai (Purg. 6, 25), come l'avremo in potes tate, allora Di ch'esser de' si provi con le spade (Arioste, Roi. i, 20), corne che io vidi d' aver la benissimo ferma, io mi volsi alla miafornace (Cellini 425); plus anciennement, la langue avait aussi corne . . . cosî : il fanciullo come sentito r ebbe cadere, cost corse a dirlo alla donna (Bocc, Dec. 5, 10). Si come, dans tous ces cas, présente clairement le sens de succession immédiate, il se rapproche davantage de quando dans la phrase : com' io tenea levate in lor le ciglia, Ed un serpente cou sei piè si lancia Dinan^i ail' uno (Enf. 25, 49). Le français comme aussi a adopté la signification temporelle : cf. cum il le vit, a ferir le desiret (Roi. 1663), sun compagnun cum il l'at encuntret, Si ' l fîert (1994) et de même alors durant toutes les périodes de la langue française jusqu'à nos jours, avec cette restriction toutefois que comme se rapporte exclusivement au passé, et pas à l'avenir; mais dans cet emploi il indique aussi bien l'action durable que l'action momentanée : comme ils étaient assemblés,
§ 594- Quoriiodo temporel éyi
on leur apporta des lettres ; comme la jeune fille approcha, la malade fit un effort désespéré. A côté de com, l'ancienne langue avait également si com, ainsi com : par main en l'albe, sicum li jur:( esclairet, Guenes li cuens est venw^ as herbergès (Roi. 667), ensi cum li voi:( sonat en l'aire, si descendit li sain:(^ esperiz^ (S. Bern. 133, 22). L'usage français se retrouve en provençal : cf. déjà chez Boèce cum el es vel^, vai s'onors descaptan (114), cum ja^ Boecis e pena charceral, plan se sos dol^ (158) etc., en catal. tota dona ha bon sabrers, con veu cavaliers bornar e cant veu honiens deportar (7 Sages 615). En espagnol enfin, como et asi coma se présentent côte à côte : cf. como vino la noche tomola â cuestas; (64s) como llegaron, luego el emperador diô â vela; asi commo legô â la puerta, falola bien cerrada (Cid 32), asi como Don Qiùjote se emboscô en la floresta, manda à Sancho volver â la ciudad (D. Quich. 2, 10). Par les locutions luego como (p. 674) et de como (depuis), on voit à quel point como est ici devenu conjonction de temps. — Déjà p. 667 nous avons signalé l'étroite parenté entre quomodo et quant en roumain. Il s'en présente ici une preuve nouvelle dans le fait que ca, dans les premiers temps, s'employait aussi comme conjonction de temps : cf. ^/ ca fu a nà duce noao, :(mulsemu-nà delà di în^i (Cod. Vor. 24, 5 : et, quand nous dûmes partir, nous nous séparâmes d'eux), ^i ca vrea {apte :(ile a se spàri, ceïea ce era diîntru Asilea Judeii và'^urà élu întru sfàntutoare (32, 6 : et, quand les sept jours eurent pris fin, les Juifs d'Asie le virent dans le temple), {i ca multe 2^ile prebândi acïe, deaci Fistu spuse lu împâratu ce e de Pavelu (68, 8 : et, quand il eut séjourné là beaucoup de jours, alors Festus exposa à l'empereur ce qui en était de Paul).
Dans la forme co, l'on pourrait admettre le lat. cum, mais cette hypothèse est contredite par la voyelle ouverte et par le fait que co est également employé pour la particule comparative como (p. 314). L'a. -franc, corn non plus ne peut guère, avec Darmesteter-Hatzfeld- Thomas, Diet. gén. sous comme, être ramené à cum, car j'a de jam, ne de non atone à côté de non = non tonique, *so de sum atone montrent que -m dans les monosyllabes atones peut disparaître et, d'autre part, il n'existe aucune nécessité de séparer ce com de la particule de comparaison. Tout au plus peut-on, avec J. Jeanjaq.uet, La conjonction que, p. 39, songer à une influence exercée par cum sur quonto.
672 CHAPITRE IV : LE GROUPE DE PROPOSITIONS § 595. 59e.
§ 595. Ensuite il faut citer les locutions renfermant un ADVERBE RELATIF : eii itdl. dlora che, allorchè et, le substantif étant déterminé, Vora s'appressava Che il cibo ne soleva essere addotto (Enf. 33, 44), en franc. lors que, alors que, ce dernier en usage au xv« siècle, rejeté par Vaugelas et maintenant poétique, le premier absolument équivalent à quand, ce qui ressort à l'évidence de passages comme si tu m'aimais, Phœdime, il fallait me pleurer Quand d'un titre funeste on me vint honorer Et lorsque, m' arrachant du doux sein de la Grèce, Dans ce climat barbare on traîna ta maîtresse (Racine, Mithr. 1525), Et qui s'hono- (646) rerait de V appui d'Agrippine, Lorsque Néron lui-même annonce ma ruine. Lorsque de sa présence il semble me bannir. Quand Burrhus à sa porte ose me retenir? (Brit. 275). Puis on a également ici le jour que cela- arriva et autr. locutions sembl., et de même en esp. al tiempo que estaban las cosas en pa:{ etc. Quant à s'étendre davantage sur cette question, la grammaire peut s'y refuser; toutefois on peut encore signaler le germanisme que renferme Tobw. aschia ei questa magra efamada et misirabla Grova vignida ' manada en, grad che ei eran amie:{ igl gentar (Gen. 67, 21 : ainsi est cette maigre et affamée et misérable comtesse introduite juste comme ils étaient au milieu du repas). Il se peut alors aussi qu'une locution tout à fait relative devienne conjonction de temps, tel l'ital.-prov. qualora, ou bien il se peut que la place de que dans certaines des locutions ci-dessus mentionnées soit prise par quando, ainsi notamment dans l'ital. allorquando. C'est ici qu'il faut sans doute aussi mentionner le prov. LANauAN, qui pourrait s'être formé par assimilation de lors quan à tan quan : lanquan fuelhon H boscatge m'es belhs dous chanz^per Vombratge (Appel, C. 14, i).
§ 596. Parfois aussi le simple che suffit, notamment quand l'une des deux propositions est négative : en ital. non fu prima giorno che andd (Lasca 17), où la présence de prima peut encore faire penser à une comparaison, puis non mi partira di questa terra ch' io lo ritornerô meco (Arioste, Supp. 4, 3), giunse in sul bonté alla Carraja che colui ancora non era a me:{:(a via (Lasca 184, 4), en outre non vi fui cost tosto dentro che la Candida Colomba ed il tetro corbo se ne girono per Varia volando (Lasca