DÉTERMINATIF ET RELATIF
§ 623, En revanche, illa{c) uhi au lieu du simple ubi a pris une large extension : cf. en ital. alla career e, la u è lo tuofiglio (Nov. 21), non manifestare la u set stato (Serc. 25), vituperio délia gente Del bel paese la dove il si siiona (Enf. 33, 79) et de même encore aujourd'hui laddove. En vieux français se rencontre une expression correspondanre la ou, qui de bonne heure est devenue monosyllabique et s'est transformée au Nord en leu, leur ou lor, notamment en picard : cf. lor il na cat, soris revielle (Rich. 3630) ou bien en wallon notamment en la : Eve nous empêtra Vavé Que le pechié d'Adam lava Et nous gete d'enfer, la va Qui n'en est purgiez^ ne lave^ (Watr. 3, 272), a Cleomades en vint La nouvele, la il manoit (Cléom. 420).
§ 624. Un fait qui mérite examen surtout pour les langues de la France qui conservent une déclinaison, c'est I'attraction
EXERCÉE SUR LE TERME ANTÉCÉDENT PAR LE RELATIF et qui
consiste en ce que cet antécédent adopte le cas du pronom sans avoir égard au rapport dans lequel il se trouve avec le verbe de la proposition verbale. On s'explique facilement et cil qui diront beau lor est, Isnelement soie^^ tot prest De maintenant la teste prendre (Claris 23107), mais on est plus surpris devant Jure cil qui r engendra (Renart 24717), la nuit l'ont richement garni con cil qui l'avoit deservi (21682); cil qui spécialement est assez fréquent et se maintient jusqu'en plein xvi^ siècle : comme cil qui pardonne aux imperfections (Régnier, L.), c'est-à-dire jusqu'à une époque où cil s'est perdu depuis longtemps, de sorte qu'on prenait cil-qui pour une seule expression; cf. en prov. e ' l major gang corn' puesc aver. Es aquel:^ que om trai per ver de son cor be dir e faire (Sordello 40, 457)- Avec la locution de généralisation // quieus que, l'attraction est particulièrement fréquente : // uns de nos ira, H ques que vos voirez^ (R. Mont. 234, 30), per le quel que soit le ferai comparer (Alisch. 3167), (672) ja fust le chaple du quel que soit finely Ne fust la presse qui les a desevrez (Otinel 1171) etc. En dehors des langues de la France, il y a peu de chose à signaler. Des phrases comme l'espagnol de la mayor rique^a y noble^ct que ellos se preciaban era de tenerme à mi por hija (D. Quich. i, 28), contô el cura las locuras D. Qui joie y del artifcio que habian usado para sacarle (i, 37), tû sabes bien de la mariera que me entregué à toda tu
wluntad (1,36) ramènent à cette classe spéciale de propositions interrogatives subordonnées qui a été examinée p. 651. La même tournure se retrouve dans le franc, voici de la façon que Descartes V expose (La Fontaine, Fables 10, i). En ancien italien, on rencontre surtout quegli che comme cas oblique : che non soccorri quei che t'amd tanto (Enf. 2, 104), io mi rendei Piangendo a quei che vol entier perdona (Purg. 5, 120). Cf. A. ToBLER, Beitr. i, 197-202.
§625. Quand le déterminatif se trouve avec le verbe de la proposition verbale dans le même rapport prépositionnel que le relatif avec celui de la proposition relative, on se contente alors d'EXPRiMER UNE SEULE FOIS LA PREPOSITION : cf. en roum. întru noaptea ceaia ce-l prinsàrâ (Gaster i, 52, i : dans la nuit qu'ils le prirent), en obw. cun quei len^iel che els eran cinclai entuorn, han schigentau (C. Mem. 166, 23 : avec le linceul qu'ils avaient ceint autour d'eux, ils ont essuyé); en italien, la tournure s'emploie presque uniquement avec che^ mais à peine avec il quale : di quel che pasci Jacopina, tu pasci me (Serc. 336), domandandolo di quello che quelli abitatori viverebbero (Mach., Disc, i, i), amandoli del maggior amore che sei capace (Leop. 145), a moite cose che la ragione non f induce, t'induce la nécessita (Mach., Disc. 1,1), vivere in quella vita che mai non si muore (Lasca 109, 13) etc.; en franc, de l'humeur que je sais la chère Marinette^ L'hymen ne ferme pas la porte à la fleurette (Molière, Dép. Am. 1777), en prov. prega dieu quelh do certansa d'aquo que ilh es en doptansa (B., D. 225, 36), en esp. que le ayudase en elfecho que avia mucho menester mi ayuda (Lemcke I, 62). Par analogie, le simple que s'emploie alors aussi dans d'autres cas, notamment pour exprimer des rapports de lieu et de temps : en roum. lângà locul ce stau corabit (Gaster i, 36, 10 : le long du lieu où se trouvent les vaisseaux), en ital. (673) dopo dieci anni che era stata assediata (Mach., Disc, i, 13), puis en ancien vénitien surtout : archui de H boni fruti de questa isola pre^iiosa la quai dio ne a conduti (Brand. 16 r 2), vui ave perdudo moite ore, le quai vui non ave loldado dio (lit i) etc.; il en est de même dans les autres langues, et cet emploi nous conduit à cette conjonction que dont il a été question p. 638.
§ 626. 627. déterminatif et relatif 7oi
§ 626. Quand un pronom relatif sujet se rapporte à UNE première ou À UNE SECONDE PERSONNE, le verbc se met généralement à la même personne ; en ital. io che ti ho anmto, en franc, moi qui t'ai aitné (où l'on remarquera qu'on n'a pas encore de pronom-sujet atone), en esp. yo que te he amado, port, eu que te hei amado. Autre est la règle quand l'antécédent joue le rôle de prédicat. Alors le seul emploi correct serait celui de la troisième personne, et l'on dit en effet : en franc, ce ne serait pas moi qui seferoit prier (Molière, Sgan. 68), vous vous étonne:!;^ que ce soit moi qui s'oppose, en esp. séria yo la que esta endiahlada (J. Valera, Com. Mend. 215). Mais, en même temps, partout et de bonne heure apparaît également une attraction exercée par le sujet de la proposition verbale : en ital. vedi che son un che piango (Enf. 8, 36), en a. -franc, es tu ço qui paroles (IV Livr. 95) et de même alors c'est moi qui suis maître, en esp. nos otros sonws dos caballeros que por agora no tenemos sino esas armas (Amadis 78 a) à côté de vos sois aquella que las mercedes puede hacer (508 b).
§ 627. Quand le relatif se rapporte à un collectif, le verbe peut, dans les mêmes conditions que dans la proposition simple (p. 375 sqq.), se trouver au singulier ou au pluriel; c'est ainsi qu'on lit p. ex. en a. -franc, tante grosse lance qui les fers ont massis (Bast. Bouill. 40) ou en esp. la multitud de infieles que subiràn de Guadalajara (Trueba, H. Cid 30) etc. Le seul cas à signaler à part est celui où, par l'emploi de unus dans la proposition verbale, on détache un individu de toute une catégorie à laquelle on attribue par la proposition relative la propriété que possède aussi ou ne possède pas, dans la pensée de celui qui parle, l'individu ainsi mis en évidence. Sans aucun doute, en pareil cas le verbe devrait se trouver au pluriel, et de fait la grammaire moderne en prescrit l'emploi. Mais, dans le parler populaire, l'un des sujets peut s'avancer au premier plan et par (674) là faire oublier le terme au pluriel qu'on veut déterminer de plus près, de sorte qu'on attribue à ce sujet seul le caractère propre à toute la catégorie : cf. en a. -franc, il fu un de cels qui donc erent, Qui plus ama deu et servi (Tob. 1421), où l'éloignement plus considérable de la proposition relative permet
encore d'expliquer sans difficulté l'irrégularité grammaticale, mais aussi ce iert une des douloureuses journées qui onques fust (Joinv. 486 f) et encore chez Boileau M. de Soubise, dont je ne parle point, est un de ceux qui s'y est le plus signalé (Ép. 4) etc., en esp. una de las cosas que mâs debe de dar contento â un hombre virtuoso, es ... (D. Quich. 2, 3).
Cf. A. ToBLER, Beitr. i, 19S-197.
§ 628. Quand la proposition relative est introduite par que, il est impossible d'indiquer le rapport du pronom relatif avec le verbe de cette relative, à moins que ce rapport ne soit exprimé par une préposition; aussi, pour éviter l'obscurité qui serait résultée de cette impossibilité, a-t-on recours très fréquemment à un pronom personnel atone, et même cet usage s'est introduit alors aussi dans les cas où une préposition accompagnant le relatif pourrait remplir cette fonction. C'est là un emploi poussé très loin par le roumain : cf. cela ce lu învence ispita (C. B. 2, 124 : celui que le vainc la tentation), 0 cetate mare ce 0 chema Antiochie (146, une cité grande qu'on l'appelait Antioche), fericatâ limbà ce lui iaste Dornnul Zeu lui (Cod. Schei. 32, 12 : heureux le peuple que lui est Dieu le Maître), uin gïurelu ce i era numele Eotihu (Cod. Vor. 16, 2 : un jeune homme que lui était le nom d'Eutychus), omul cela ce era întru élu duhulu (Cod. Vor. 5, 12 : cet homme qu'était en lui l'esprit), ponuil cela ce dintrînsu mâncase Adam (Gaster i, 64, 31 : ce pommier que de lui avait mangé Adam) etc., en ital. ombre che amor di nostra vita dipar tille (Enf. 5, 69), tu hai un' altra cosa che non la ho io (Bocc, Dec, 3, 10), avea assai popolane che non le conoscea (Sacch. 28), rispose il giovane che gli parve il detto molto strano : Perché, signor mio (40), la giovine corne colei che le stringevano i cintolini (Lasca 75), un uscio che D. ne avea la chiave (Serc. 188), quelle che la natura ci inclina (Cellini 19), una bottegu:(:(a videro che vi stava uno di questi che mettono le punte aile stringhe (Lasca 20), puis également avec le possessif : cf. un gaglioffo sciaguraio pédante fracido, che non val la vista sua due mani di noccioli (Lasca 194, 2), ha lo scudo mortal che, come pria si scopre, il suo splendor gli occhi assalta (Arioste, Roi. 3, 67) etc., rarement.
§ 628. 629. l'adverbe relatif che 703
en a. -franc. : fix V empereur Kyrsac de Constantinoble, que uns siens frères li avoit tola V empire (R. Clary 17) et avec pronomsujet : les bêles dames cortoises, que eles ont deus amis ou trois avoc leur barons (Auc. 6, 36), mais tout à fait couramment en provençal MODERNE : em uno iino contro, Que ié vesès testeja li très tnoussi (Mistral, P. R. 4 : « ayant près de lui la cuve, d'où l'on voyait émerger les têtes de trois mousses » ), l'antique barcarés dôu flume Rose Que de pertout l'assauton Lou marridun e lou trigos de Voundo (173 : « l'antique batellerie du fleuve Rhône, qu'attaquent de partout la malignité, le cahot des ondes » ) etc., en esp. à esto me respondiô con escusas que yo las tuve por bastantes (Nov. ej. 294), un page^^ico que mâs que à mi lo queria (Silva 256), una fermosa fortale:(a, que en una torre d'ella parecian por las finiestras aquellas lumbres (Amadis 3 1 a), Apelles que nul home mejor d'el non obrava (Alex. 87), tod'omne que el su sabor vence al su seso, cae en verguença (Bu en. Prov. 4, 10) etc. — Si la tournure est facile à comprendre avec que, l'on s'étonne en revanche de la trouver aussi, en italien et en espagnol, avec // quale, el cual : cf. uno ser Antonio da Montagnone il quale gli era stato morto il padre (Serc. 346), peut-être aussi una giovana secondo il cuor mio assai presso di qui, la quale io intendo di torla per moglie (408), puis même cento fiorini li quali con questi mi potete maritare (Serc. 32), en esp. las cosas maravillosas de aquella insola, las cuales otras semejantes que ellas en ninguna parte del mundo se podrian veer (Amadis 286 a). Nous avons un phénomène différent dans les exemples ital. qualche cosa onde io non poco dispiacere ne avea (Arioste, Supp. 4, 3), gente onde possa un nuovo campo fame (Roi. 2, 25), un grande scorpione, il quale loro non l'avevano veduto (Cellini 8) et autr. sembl., en a. -franc, une empeinte ont faite as paiens Dont bien en ont ochis deus cens (Rich. 25 11), pluseurs femmes, cui ne leur chault ou elles s'' abandonnent (S. Sag. 31) et autr. cas sembl., dans lesquels un régime déjà exprimé est répété encore une fois par un pronom, comme dans les cas signalés p. 439 sqq.
§ 629. Pour rendre le pronom substantif, on se sert au (676) neutre de la même forme que pour le pronom adjectif : en
roum. ce^ ital. che, franc., esp. et port, que; le masculin, au contraire, est en roum. cine, ital. chi, franc, qui, esp. qnien et aussi en a. -esp. qui, port, qiiem, qui reposent naturellement sur qui, qiiem. Mais leur emploi n'est pas tout à fait le même qu'en latin. Il est bien vrai que la tournure lat. qui tacet consentire videtur se retrouve dans le roum. cine nare dor pe vale. Nu pi luna cânt ràsare (Doine, 187, i : qui n'a pas regret de la vallée, ne sait pas quand la lune se lève), ital. bene ascolta chi la nota (Enf. 15, 99), a. -franc, ne doit pas estre san^ peor qui ce ma fait (Clig. 6501), franc, mod. qui prend s'engage, esp. quien terne ser enganado, bien merece serlo, port, quem nâo pede, nào tem; mais les langues romanes peuvent aussi employer leur pronom substantif quand il se trouve avec le verbe de la proposition verbale dans un autre rapport qu'avec celui de la proposition relative : cf. en roum. sa ml petrec eu cin mi-i drag (Doine 23, I : que je vive avec qui m'est cher), de cine mi-i mie sete, Nice-l vâd nice ma vede (269, 3 : celui de qui j'ai soif, je ne le vois pas ni lui ne me voit), en ital. ho compassione di chi piange, amate da chi mal riceveste, en franc, cest l'excuse de qui n'en a pas de bonne, vous trouvère:^ à qui parler, en prov. pustella en son iiolh qui m'en part/^ (B. Born 20, 19), non troban a cui demandon via (Flam. 1879), en esp. non hableis de quien es ausente, yo odio de quien no puedo vengarme, en port, impedido por quem das cousas é ultima linha (Lus. 6, 55), ante os olhos morrer por quem vivia etc., puis aussi por avermos conselho, honde somos desaconselhados e por sseermos certos, honde somos em duvida (Graal 109). Étant donné son caractère général, le pronom substantif n'exprime pas le nombre; aussi, les langues romanes n'ayant pas de forme verbale spéciale pour marquer l'absence de nombre, est-il le plus souvent accompagné du singulier. Mais on peut aussi bien avoir le pluriel : cf. en a. -franc, et kl ensi nen affoloient N'en teil manière ne moroient Ne droite voie ne fuioient Es plus proismes aiguës noioient (Brut M. 885) et de même on pouvait indiquer après coup l'idée du pluriel par un pronom placé dans la proposition verbale quand elle venait en second lieu : qui or s' an veut en France ariere retorner. Je lor doins bon ccngic (G. Bourg. 175), qui Dieu ne veut croire, tous les vont ociant (677) (3438). — En ce qui concerne le neutre, il faut observer que