SENS DES PROPOS. RELATIVES SUBSTANTIVES
§ 638. Parmi les propositions avec pronom-substantif NEUTRE, deux types en particulier méritent une observation. Le premier existait déjà en latin, mais il a reçu en roman une certaine extension. Il consiste en ce qu'on intercale, dans une enunciation, une proposition relative introduite en latin par quod, en roman par que et dont le verbe exprime la vraisemblance subjective. Le cas le plus ordinaire est le lat. quod sciarriy ital. cV io sappîa, franc, que je sache, esp. que yo sepa, port, que eu saiba, puis aussi d'autres verbes, comme en franc, que je crois, que je pense, a. -franc, que met membre, dont moi souveigne etc. ou bien en port, ninguem mais, que se prove, deu a menor demostraçào de hostilidade aos inimigos (Gomes de Amorin, Am. (685) Patr. 153) etc. Sur le mode employé dans ces propositions, cf. §672.
Pour le vieux français, cf. A. Tobler, Beitr. i, 98-102.
§ 639. Voici le second cas. A une proposition verbale qui renferme une particule comparative se rattache une proposition relative avec le verbe « pouvoir » pour signifier que l'auteur de l'action exprimée par le verbe fait les plus grands efforts possibles pour accomplir cette action : cf. en ital. fra pochi dï gli avrebbe posta Più cavalieri in punto che potea (Ariosté, Roi. 8, 23), ci andavano ognuno più in gala che potesse (Manzoni, Pr. Sp. 31), io la portera il meglio che potro (Sacch. 195), en vieux français surtout des expressions stéréotypées comme plus tost qiiil pot, a Vain'^ qu'il pot, puis nont cure de lor cos gaster Qu'au miau/^ qu'il pueent les anploient (Chev. Lyon 840), son affaire appareille, mains quele puet detrie (Berte 17 15) et avec savoir : loer la devons en tout tens Plus doucement que nos savons (G. Coincy 690, 52), en prov. mais que podia s'escondia (M., R. 35, 47) etc. Ce qui distingue cette tournure de celle du français moderne, c'est que l'adverbe de comparaison y figure encore en général comme adverbe; toutefois l'exemple tiré du Chevalier au lion montre que la substantification, qui est aujourd'hui générale, se rencontre déjà dans les premiers temps. Au lieu de plus (magis) quod peut aussi se présenter quantum : en ital. Lapaccio parti andando tosto quanta potea (Sacch. 48), en esp. lloranda ctianto mâs podia, ensuite como :
en ital. li ahitatori come meglîo poterono con le loro cose mobili, sopra nioltiscogli si rifuggirono (Mach., Hist, i, 3 r), en a, -franc. a ce! port V avivera , Se diu plaist, con plus tost porra (FI. Bl. i^68),faisoientItel joie con greignor sorent (Chev. II esp. 2471), en esp. co7?io el pudiera mejor. Enfin il faut encore dire que l'italien se sert également ainsi de quanto pour désigner des personnes : fate del bene a quanti più potete (Manzoni, Pr. Sp. 29) et que parfois il remplace le neutre che employé substantivement par le che relatif avec valeur d'adjectif : resegli quelle gracie che seppe migliori (Grossi, V.), qu'on pourrait certes interpréter par « les faveurs qu'il sut être les meilleures », mais qui cependant n'est probablement qu'une extension abusive de la tournure che seppe meglio.
Cf. A. ToBLER, Beitr, i, 145-147,
(686) § 640. En ce qui concerne l'emploi des différentes formes du
RELATIF DE GÉNÉRALISATION (§ 630), il faut dire tout d'abord que le franc, mod. qui que, employé avec être, est exclusivement prédicat : qui que vous soye^^, qui que ce soit, tandis que l'ancienne langue ne connaît pas plus que l'italien semblable limitation : cf. en ital. e questo chi che ti se V ahbia mostrato 0 como che tu il sappi, io nol nego (Bocc, Dec. 4, i), en a. -franc, qui que remaingne a sejor. Il viaut estre jusqua tier:( jor An Broceliande (Ch. Lyon 695), certes g' en mangerai, cui quen doie pesser (Elle 1092), a cui quon lefesist touchier. Tous maiis li faisait adouchier (Aniel 51) etc. Un fait plus important est le singulier développement de sens de quel que. De même que tous ces pronoms attirent particulièrement l'attention sur une personne, une chose par rapport à laquelle on fait une concession, auquel cas la concession est exprimée par le subjonctif tout autant que par la forme générale du relatif, ainsi l'a. -franc, quel que s'emploie aussi quand il s'agit d'indiquer dans quel état se trouve un être : mes sire Keus ot talant Qu'il demanderoit la bataille, Queus que an fust la definaille (Chev. Lyon 2228). Dans le cas oil quel que joue le rôle d'attribut, le substantif peut se placer entre quel et queÇcî. p. 705) : a quel cief que il tort, tout le premier ferai (Elle 2302) et de même encore parfois au xvii* siècle :
§ 640. Quelque français 715
en quel bien que ce soit, je veux suivre tes pas (Molière, Fâch. 762). Certaines propositions relatives avec le verbe être peiXvent, notamment quand ce verbe s'entend de soi, être facilement abrégées (cf. § 662), et c'est ainsi qu'on trouve en effet de bonne heure quel que employé en apparence comme pronom indéfini : a quel qu'enui, a quel que paine, Ting celé voie (Chev. Lyon 184), ce qui signifie à proprement parler : « avec quelque ennui, avec quelque peine que cela puisse même avoir été, je suivis ce chemin ». Finalement, par suite d'un mélange de cette tournure avec la construction plus ancienne, se produit ensuite celle qui déjà de bonne heure est attestée en vieux français, mais qui est seule en usage aujourd'hui, à savoir quelque . . . que : cf. en a. -franc, quel que peril que vous veie:(, nae:( pour (Brand. 97é)etc. Quand au substantif auquel se rapportait un quelque attributif de ce genre s'ajoutait un adjectif attributif comme p. ex. a quel que haut pris que il soient (IV Livr. 20 r), le sens pouvait en être modifié de telle sorte que la concession se rapportait à l'idée adjective, et alors en effet (687) il était tout naturel qu'on dît déjà, bien que rarement, dans la période primitive et qu'on dise aujourd'hui en général avec le seul adjectif : quieus que chatis que faie esté (G. Coincy 335, 48). L'italien ne connaît que le premier degré de ce développement : in quai parte che egli sia, et encore cette tournure n'y est-elle pas très répandue. Le neutre aussi présente un déplacement dans le sens de la conjonction concessive, déplacement qui consiste en ce qu'employé comme adverbe, il a d'abord indiqué un degré : « combien que ce soit ». Cet emploi adverbial s'explique par le cas oblique, particulièrement dans des exemples comme l'a. -franc, quoi quil doie couster par assimilation à to// j/^r avec l'indication du prix au cas oblique (p. 61), mais il apparaît aussi en d'autres circonstances : coi ¥ele soit atendant, Ja son cuer si felon nara Que miens ne m'en soit en la fin (B. Cond. 284, 481), que quil me griet, Tresiot me plest quanque li siet (Chev. Lyon 4599) etc., où domine encore clairement l'idée de quantité, comme d'ailleurs le plus souvent en vieux français, conformément au point de départ indiqué. La dernière étape, le passage du sens de quantité à celui d'état de choses, se trouve franchie dans le franc, mod. quoique. L'italien che che reste sujet et régime; pour
déterminer la quantité, l'on se sert de quanUinqne, qui alors devient aussi, comme quoi que, purement concessif.
Sur quelque, cf. A. Tobler, Beitr. 2, 7 sq. et sur quoi que Zs. XVIII, 402-404. Il est vrai qu'un fait demeure encore étonnant et inexpliqué, à savoir l'invariabilité de ce quel que dans la période primitive déjà ; on peut en dire tout autant de l'ordre des mots. De plus, il est difficile de séparer ce quel que de l'ital. qualche, avec lequel il a en partage l'absence de flexion. On a voulu tirer quel que de *eccualiqii,id : ainsi l'a proposé L. Pieri pour l'ital. qualche {hxch. Glott. XIII, 333 Rem.) et, quant au sens, cette étymologie pourrait aussi convenir pour le français ; mais elle soulève des difficultés phonétiques, car aliquid en français devient auques. Peut-être on pourrait admettre qu'avant la syncope de Vi posttonique, par un procédé d' étymologie populaire, *cualiquid aurait été réuni à qualis, comme d'ailleurs il n'est pas douteux qu'à une époque postérieure le simple quel a exercé une influence sur le développement de quelque et l'a protégé, du moins dans la langue écrite, contre le changement régulièrement phonétique en quieuque qui s'est produit en bien des patois. S'il en est ainsi, il en résulte naturellement que les débuts du développement sont différents ; mais l'évolutioji en demeure la même.
§ 641. Pour finir, il nous reste encore à étudier le croisement DE PROPOSITIONS RELATIVES AVEC DES PROPOSITIONS- RÉGIMES. Quand le pronom relatif est régime d'un verbe déclaratif, le roman évite, à l'époque primitive surtout, de faire suivre ce verbe déclaratif d'une proposition-régime; aussi le français a-t-il ici conservé la construction infinitive qu'en d'autres cas il a délaissée (p. 650) : cf. Sphinx, monstre ingénieux que les poètes disent avoir eu le visage d'une femme, et voilà pourquoi un si grand nombre des exemples invoqués p. 601 pour la simple juxtaposition des propositions-régimes en espagnol, appartiennent précisément à la catégorie des propositions relatives. Mais on trouve en même temps, surtout aussi après les verbes qui signifient « entendre » et « voir », une autre construction. D'abord se présente que relatif suivi d'une proposition-régime avec que : en ital. colui ch'io credea che tu fossi (Enf. 19, 77), en franc, voilà des raisons qu'il a cru que j'approuvais, en esp. la arrogancia que dicen que suelen tener los Espanoles (Nov. ej. 286), en port, aquellas grandes honras que sabeis que no miindo ganhei (Lus. 6, 32). Il n'y a pas de doute possible sur la nature de ces deux que : le premier est issu du relatif