‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 214 sur 269 · PROPOSITIONS RELATIVES DOUBLES · texte numérisé non relu

PROPOSITIONS RELATIVES DOUBLES

latin; le second est la conjonction romane che; et, s'il subsistait encore un doute là-dessus, il serait levé par des exemples empruntés aux régions qui emploient comme conjonction ka et comme relatif r^^, ainsi p. ex. en calabr. chiji chi eu ntendu ca ti su fatti {Cant. regg. 290 : celles (les ofFenses) que j'entends qu'elles te sont faites). La seule question qu'on puisse soulever est de savoir si le gue est le cas oblique du pronom fléchi pu l'adverbe ou le neutre sans antécédent; or, si l'on s'en réfère au développement historique, qui nous apprend qu'il faut remonter au latin quem, quam etc. et non, comme pour le quod sciam correspondant au franc, que je sache (p. 713), à quod^ on résoudra cette question au profit de la .première des trois alternatives; ajoutons toutefois qu'il faut admettre de bonne heure une confusion, car il semble bien que, même là où d'ordinaire on connaît ««* comme cas oblique (p. 691 sq.), c'est toujours et uniquement que qui se rencontre dans les propositions de ce genre. Mais en même temps il existe encore, au moins en français, d'autres tournures. De même que, dans la maison dont je sais que vous êtes le propriétaire^ le dont je sais que n'exerce aucune influence sur la conformation de la proposition relative, on trouve aussi parfois des cas où le pronom est au nominatif: l'enfant tue por la garde Qui velt qu après resoit ocise (Méon 2, (689) 50, 1561). Il est vrai que ces cas ne sont pas de nature tout à fait identique, car le dont du premier se laisse expliquer par la règle énoncée p. 411 sur la copulation de deux régimes accompagnant un même verbe, de même d'ailleurs qu'on pouvait dire en vieux français : cel angre dont il ne saveit pas que ce fust angres (Serm. poit. 91) et pareillement en prov. cella de cui ni es bel que ieu la repti (B. Born 28, 42). Il y aurait donc avec, la construction introduite par que ce rapport que celle-ci est celle qui dérive du latin, tandis que la construction avec dont répond plutôt à là tournure romane ; il est vrai qu'elle

I n'apparaît que dans les cas où son emploi est justifié par la proposition relative également. Mais alors on emploie tout à fait couramment en vieux français la tournure avec que . . . qui : ne dirai chose que je cuit Qui vos griet (Cligès 5 5 23), les bestes que tu vois qui mostrent félonie Et que l'une vers Vautre porte si grant

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xviii* siècles, mais aujourd'hui disparue. De même, la copulation relative avec ou (p. 694) se présente sous cette forme : V avoir départirent a ceus qu'il sorent Ou il mieulj^ emploie^ seroit (Claris 7863). Et, en ce qui concerne l'interprétation de cette tournure singulière, voici peut-être ce qui en est. Dans tous les cas, nous avons affaire à des propositions relatives predicatives, et même en beaucoup de cas, surtout avec le verbe voir, à des tournures qui ailleurs aussi sont d'un emploi très fréquent (p. 708). D'un autre côté, que je crois etc. est dans l'ensemble de la phrase une simple partie subordonnée, de sens peu marqué et qui modifie uniquement la communication proprement dite, partie qui ne touche pas aux faits en eux-mêmes, mais leur prête simplement une nuance de subjeaivité. Cette circonstance est cause que celui qui parle s'exprime aussi de manière à laisser les faits corrélatifs apparaître sous la forme grammaticale habituelle et, ce qui leur donne un caractère de subjectivité, il le rend par une parenthèse qui n'exerce même pas d'action sur la forme grammaticale. Il pouvait le faire ainsi pour deux motifs, d'abord parce que je le vois qui vient notamrnent était une tournure fréquente et dont la nature était par conséquent présente à l'esprit, ensuite parce qu'il y avait une certaine répugnance à l'égard de que . . . que. — Enfin, un dernier cas possible à (690) mentionner, c'est que d'un verbe signifiant « dire, savoir » etc. peut dépendre également une proposition-régime. La chose ne se constate cependant qu'en vieux français, où des propositions comme cil que tu dis que il sont Li mesage (Mousk. 9987) se rencontrent assez rarement, ou dans des phrases comme l'ital. Mingo che sai quanto egli sia intendente (Lasca 16).

On s'est beaucoup occupé de la nature de ces propositions : cf. A, ToBLER, Beitr. i, 102-110, où se trouvent aussi p. 109 d'autres indications bibliographiques, H. Morf, Littbl. 1887, 216- 218, Ch. Gebhardt, XX, Zs. 45-48 ; A. Tobler regarde le premier que comme un neutre sans antécédent et voit ici l'étrangeté dans la disposition des propositions : les bestes qui — que tu vois mos tr en t félonie devient, en vertu d'une disposition qui peut s'obser- . -ver ailleurs aussi, les bestes que tu vois qui, c.-à-d. que, dans la tournure :

proposition verbale — proposition partielle

proposition partielle — proposition verbale, en latin et dans le roman primitif la seconde proposition partielle se

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