Groupes de Propositions incomplets
§ 658. De même qu'il existe des propositions incomplètes (p. 588 sqq.), ainsi pouvons-nous parler également de groupes de propositions incomplets, et cela en deux sens. D'abord soit la proposition verbale, soit la proposition partielle peut être dépourvue de verbe personnel; en second lieu, une proposition peut être construite de façon à se présenter comme étant la proposition partielle d'un groupe, sans que cependant il y ait
une proposition verbale qui lui corresponde. Le plus souvent, dans toutes les trois classes, c'est qu'on s'exprime sous l'empire d'une émotion et alors, ce qui n'est pas absolument nécessaire à l'intelligence de la phrase, est omis ou bien même n'est exprimé que par un jeu de physionomie ou par l'intonation. Il en est ainsi, originairement du moins, avec le franc, qu'il vienne, qui est l'équivalent de la tournure complète je veux qu'il vienne, et l'on peut dire qu'il en est issu en ce sens que s'accomplit dans l'esprit de celui qui parle l'opération qu'il rend habituellement par ;> veux; seulement, dans certains cas, il ne va pas jusqu'à exprimer par des mots cette opération de l'esprit parce que pour lui elle se comprend trop bien d'ellemême ou qu'il serait trop long de l'énoncer. Il semble que, dans le développement de ces moitiés de propositions, deux procédés différents entrent en jeu, un procédé graduel et un procédé rapide. Ce dernier, conséquence d'une très forte émotion, en arrive directement à une tournure qu'il vienne à côté d'une autre je yeux qu'il vienne où l'émotion n'intervient pas; le premier, généralement propre au discours précipité, à la tournure plus lente je veux qu'il vienne oppose une autre je veux qu'il vienne, c.-à-d. que par suite de l'affaiblissement de sa signification je veux est faiblement accentué, puis ne l'est plus du tout et finit par être entièrement omis. Le résultat final de ces deux procédés est naturellement le même. En outre, il (705) va de soi que des constructions syntaxiques qui proviennent des tournures déterminées par l'émotion ou par la rapidité du débit peuvent aussi, dans des conditions déterminées, mais nulle part encore établies avec précision, devenir des tournures normales et ensuite, par analogie, en entraîner d'autres avec elles. Quant à examiner cette distinction au point de vue historique, c'est à dessein que nous avons omis de le faire dans les paragraphes qui suivent. Nous n'avons pas davantage essayé de donner l'indication complète de tous les types, et nous avons aussi laissé intentionnellement de côté les nombreux cas que le style actuel des affaires, les intitulés de chapitres présentent sous ce rapport (cf. l'exemple portugais cité p. 651) et aussi toute espèce d'autres particularités. Déjà dans ce qui précède, nous avons d'ailleurs examiné certains cas particuliers.