PROPOSITIONS DÉPOURVUES DE VERBE
entra remos a barra. — E eu que cantava chegar a Belem antes do sol pôsto! (Gomes de Amorim, Am. Patr. 12). Ici comme d'ailleurs en réalité dans la plupart des exemples, peut-être s'agit-il aussi tout d'abord d'une exclamation, de la mention de l'intervention imprévue d'une personne dans une action, de renonciation d'un fait qui aggrave encore un événement désagréable qui a peut-être précédé. Alors on ne se contente pas de la simple copulation au moyen de et : on veut plutôt dire « et alors survient Dieu, qui », « et à cela s'ajoute le peu de santé que » etc. ; mais, dans l'émotion qu'on éprouve, on n'exprime absolument pas ce verbe et, seule, la structure ultérieure de la phrase atteste qu'il s'est accompli quelque chose qui n'y est pas exprimé.
Cf. A. ToBLER, Beitr. i, 205-206, où sont mentionnés quelques exemples du français moderne.
§ 661. La PROPOSITION VERBALE ENTIÈRE peut aussi faire défaut, et cette omission également se produit de nouveau surtout sous l'empire d'une émotion, en cas d'exclamation, en cas de désir et d'imprécation. À cette catégorie appartient notamment le franc, qu'il vienne mentionné au début; avec les millions de son oncle, que cette fille achète un nom et un titre, comme elles font toutes (Bourget, Id. trag. 146), le prov. quil pois si sojorn ni s^ engrais (B. Born 2, 33), l'esp. que seas buen cristiano, que reces à la Virgen de Régla, que te acuerdes de tu padre! (Coloma, Pequen. 129), le port, a gente que se viste (Gomes de Amorim, Am. Patr. 195), 0 escrivào e 0 commissario que tragam os livros (200), puis surtout, comme déjà en latin avec ut, quand on interroge avec indignation ou en repoussant une erreur : noblesse, si comme dist le sage. Vient seulement du bon courage. En issirent il a cheval? Ou naissent sans faire travail. Ou que d'argent soient lour boel? (Fauvel 13 11); toutefois cette tournure apparaît si tard qu'on ne peut pas songer à un (706) rapport direct avec le latin : que doit déjà être purement et simplement, sa nature originaire étant oubliée, la particule caractéristique du subjonctif. La proposition verbale dont dépendent les interrogatives peut également, sous l'empire d'une émotion, demeurer inexprimée : ay mesquinos pueblos desamparados ! Si
736 CHAPITRE IV : LE GROUPE DE PROPOSITIONS § 66r. 662.
nos veremos nunca desti mal terminados (Berceo, Mill. 393) et de même, quand celui qui parle est ému, dans les autres langues aussi. Le cas est différent quand la proposition verbale continue à vivre dans la mémoire, raison pour laquelle elle n'est pas exprimée,^, ex. en port. 0 que é mcessario é que a casa seja respeitavel, socegada, central; que a patrôa tenha boni genio e que nâo peça mundos e fundos; deixo tudo isto â sua prudencia e capacidade, e creia que todos estos favores nào cahirào cm terreno ingrato. Sobreiudo que a patrôa seja pessoa accomodada e de boa lingua (Eça de Queiroz, Padr. Am. 7).
§ 662. Parmi les propositions-compléments dépourvues de VERBE, il faut accorder la première place aux relatives et aux temporelles. Le verbe est omis, soit parce qu'on a encore dans l'oreille celui de la proposition verbale : en ital. gli dira tanta villania quanta ad asino (Sacch. 54), en esp. padece lo que nunca caballero (Amadis 36a), alcan:(ô tanta fama come el que màs (D. Quich. I, 25), usted no ha hecho lo que yo (J. Valera, Com. Mend. 134), soit (et ce cas est encore plus fréquent) parce que le verbe de la proposition relative serait esse, lequel n'est pas exprimé comme allant de soi, qu'il soit alors contenu ou non dans la proposition verbale : cf. en roum. cercându-le câte în lunà {i în soare (Basme 85, 17 : leur demandant tout ce qu'il y a dans la lune et dans le soleil), parcà fusese acolo de când lumea (304, 8 : il paraissait qu'ils fussent là depuis que le monde existait), en ital. Minonna cou tutto cio fu a peschi quand' eglino (Sacch. 91), entra dove gli altri (Sacch. 190), d'où provient d'ailleurs la préposition dove (p. 485), monta in una collera che mai la maggiore (Verga, Vita Campi 165), âJ Roma quando pieno di virtù, egli era Vocchio desiro delV imperadore (Grossi, V.), en a. -franc, il a fait que gentius rois e que sages e que cortois (Cléom. 15 127), d'orandroit ai je dit que sages (Chev. Lyon 1435) et de même encore au xvii*" siècle chez La Fontaine, puis c'est li nous qui plus droit se nomme que li tuens (Mér. 4574) et de même alors encore aujourd'hui cest un grand trésor que la santé et (707) dans l'interrogation qu'est-ce que cela?, ce qui nous ramène aux tournures dont il a été question aux § 408 et 411, en outre qui ain:( ain:{, en franc, mod. à qui mieux mieux : des nefs sunt ki
§ 662. RELATIVES Et TEMPORELLES SANS VERBE 737
aini aini^ issu^ (Rou 3, 1083), et fuirent tuit, h ain^ ahi'^ (IV Livr. 15) etc., remarquable en ce que le verbe qui régit aussi bien la proposition relative que la proposition verbale, doit être suppléé d'après ce qui précède. Voici des exemples espagnols : ccharle del agua fria por la bœa, quanta una cucharada (Libro Gaza 3, 29), el'mismo sahia algo que cuando mas tno^o aprendia (Amadis 4 a), Currita estaba à Paris, cuando la abdicacion de la reina (Coloma, Peq. 33). A cette catégorie appartient naturellement aussi le franc, si j'étais que de vous avec le de dont il a été question p. 457, l'esp. si yo fuera que vos (D. Qaich. i, 17). Ensuite se rangent encore ici le franc. // y a de quoi, le prov. una marcha de non sai cui ac lassai el som de la lan^a (Flam. 798), l'esp. el se hallô cargado en la cal le y sin saber de que (Nov. ej. 287) et tant d'autres propositions interrogatives subordonnées dont le verbe est le plus souvent à suppléer d'après ce qui précède, particulièrement souvent après non sapio, et par conséquent ensuite ces pronoms indéfinis dont un certain nombre ont été mentionnés au t. II, p. 649. En fait de propositions- RÉGLMEs, il faut particulièrement citer le franc, je crois que oui et déjà en a, -franc, cil respundi que oil (IV Livr. 228; cf. en ital. rispose che volontieri Bocc, Dec. i, 2); comme propositions COMPARATIVES, indépendamment des exemples cités p. 311, cf. aussi en ital. in quanto a, en franc, quant à, en espagnol simplement en cuanto : asi fuera en cuanto D. Quijote (D. Quich. I, 29). Il y a de plus l'a. -franc, ainsi s'en va si dolan^ que nus plus (Enf. Og. 2976), où l'on peut aussi voir une PROPOSITION DE CONSÉQ.UENCE, de même d'ailleurs que l'expression que nierveille(s) encore en usage aux xiv^ et xv* siècles exprime aussi la conséquence : // cuidoit tant estre en grace que merveille (G. N. N. 33). Les propositions concessives surtout prennent ici aussi une assez large place : cf. en ital. fussino diventati d'animo popolare e sopportabili da qualunche ancora che infimo (Mach., Disc, i, 3), en esp. mager en iierra agena, el bien fa^e la so (Gid 1326), maguer de pocos dias era muy mesurado (Berceo, Sil. 11), en port, de aspeifo, inda que agreste, venerando (Lus. 4, 71).
Cf. aussi A. ToBLER, Beitr. 1, 84-86.
§ 663. Enfin l'on peut rencontrer, surtout dans le domaine des phrases conditionnelles, des propositions verbales construites de telle sorte qu'elles devraient être suivies d'une pro- (708) POSITION partielle, cc qui cependant n'arrive pas. C'est ainsi que l'a. -franc, ja la verroit Uns autre et je qui daim droit En li, ne verrai pas m* amie (Mér. 4893), Monhaux ^st for^^, nus nel prendrait Par force (5143), et qu'en diroie? (1270) et autr. locutions sembl. supposent dans l'esprit une tournure comme « si . . . voulait, pourrait ». Mais il faut également citer ici des propositions comparatives et des propositions de résultat. L'ital. é tanto bello, è si ricco implique en réalité une proposition qui renferme une comparaison ou un résultat qu'annonce ce tanto, si; et cette interprétation convient également à des phrases comme en a. -franc, en la fin pert li biaus, tant ne puet demorcr (Berte 3395), où le contenu de la proposition non-exprimée est déjà impliqué dans le pert. Et l'on aurait encore toute espèce d'autres faits à signaler.
Cf. aussi A. ToBLER, Beitr. i, 110-112, où d'autres détails encore sont mentionnés.